Bouteflikisme….


boutef

L’article qui suit est tiré d’un quotidien algérien. Il est si évocateur que je n’ai pas jugé utile d’y ajouter un commentaire si ce n’est pour dire: « Pauvre Algérie, doux pays de mon enfance… ».

Le Matin d’Algérie (dz), toute l’actualité en Algérie au quotidien, à l’international, l’actualité économique et politique avec-

Algérie, France, Repentance : Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera ?

Nous devînmes pauvres, par inadvertance, un jour d’été particulièrement chaud où l’on commémorait le cinquante-cinquième anniversaire de l’indépendance, la fin d’une guerre dont personne ne se rappelait plus si elle avait été gagnée ou perdue et que le président nous apprit que les caisses de l’État étaient vides.

Ce jour-là, on revint sur terre : nous voilà pauvres pour longtemps ! Au 55è anniversaire de l’indépendance, nous apprîmes que notre pain, nous l’achetions auprès de l’ancienne puissance colonisatrice ! Celle-là à qui le président algérien, expert en matière de diversion, vient d’exiger la repentance pour les crimes coloniaux.

C’est toujours utile de sortir la carte de la mémoire et du patriotisme, quand on veut noyer le poisson dans l’eau. Bouteflika sait que les peuples sont incorrigibles : il succombent au premier serment venu. Il suffit de poser la main sur le Livre ou de parler d’une voix étranglée par l’émotion. C’est gagné ! Ça marche à tous les coups. Ainsi se gouvernent les hommes.

Il convient de savoir faire semblant. Simuler est le seul lien qui unit la base et le sommet. Simuler le bonheur, la démocratie, la sérénité, l’amour de la patrie, la piété…Ou, comme sait si bien le faire le président, invoquer Dieu, le Coran, les martyrs, la nation en danger…

Ce 55è anniversaire de l’indépendance, Bouteflika a préféré parler de « crise économique grave », d’appeler le peuple à la « résistance » et d’exiger des dirigeants français qu’il se repentent de leurs actes de colonisateurs. Oui, mais cela ne résout pas la question, la seule question qui n’a jamais rencontré de réponse : comment est-on passé d’exportateur de céréales à importateur de pain ?

En 1962, la part des hydrocarbures dans les ventes à l’étranger n’était que de 53 pour cent ! Cela veut dire ce que cela veut dire : 47 pour cent de nos recettes provenaient de produits hors-hydrocarbures. Aujourd’hui, ce taux est passé à 3 pour cent ! L’Algérie ne produit plus rien, n’exporte plus rien. Et ce n’est ni la faute de Bigeard ni celle de Massu ! C’est la responsabilité des « libérateurs » qui ont pris le pouvoir en 1962, et dont notre président est un échantillon fort représentatif.

 Aucune vision, aucune stratégie, rien que l’exercice absolu du pouvoir. La gouvernance ? Plus tard !En près de 19 ans de règne, Bouteflika n’aura pas diminué d’un seul dinar la facture alimentaire du pays, bien que les caisses de l’Etat n’ont cessé de déborder de dollars. Huit mille milliards de dollars plus exactement, de quoi devenir un pays quasi-développé, capable, en tout cas, de se passer de pétrole.

A l’échelle des crimes historiques, condamner 40 millions d’Algériens à la précarité est-il plus pardonnable que le crime de les avoir colonisés ?

Aucun président n’a bénéficié d’une si généreuse manne financière. Ce 5 juillet, un président digne de ce nom aurait annoncé à son peuple la fin de la dépendance pétrolière, la fin du chômage et des incertitudes. Au lieu de cela, il leur apprend qu’ils seront plus pauvres et sans aucune politique de rechange.

Parce qu’il n’a pas diversifié l’économie nationale malgré un afflux financier sans précédent, Bouteflika laisse une Algérie à l’agonie : dès cet automne, les subventions seront supprimées, nous connaîtrons le temps des licenciements de fonctionnaires, des produits de première nécessité inaccessibles de même que l’électricité, le temps du retour à la bougie et au charbon de bois, de la réduction des budgets santé et de l’éducation. mais aussi de l’incertitude sur les versements des retraites et des prestations sociales.

Vous attendez repentance des dirigeants français pour les crimes du passé.

Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera les crimes d’aujourd’hui et de demain ?

La rédaction

Sommes-nous entrés dans l’ère du « post-modernisme » ???


Qui c'est le Chef

Si on en croît la doxa médiatique du moment, l’irruption brutale de Macron dans le paysage politique aurait « ringardisé », en quelques mois, l’organisation, les méthodes, le discours et les postures d’un personnel politique à bout de souffle.

Tous ceux qui regardent, avec un certain recul et une pointe de scepticisme le prétendu chambardement qui se déroule sous leurs yeux étonnés se demandent s’ils assistent à un tournant de notre Histoire, ou s’il s’agit d’un épisode dont nul n’ose prédire quel en sera l’aboutissement.

Pour quelques observateurs du monde des idées et de leurs prolongements en politique, – répondant à ceux qui sont convaincus que l’épisode actuel se terminera par un retour aux vieilles méthodes -, nous sommes, au contraire, entrés dans une ère nouvelle, « post-soixante-huitarde » appelée à rejeter dans l’oubli les gesticulations idéologiques de « l’après gaullisme ».

Parmi ces observateurs, le philosophe Shmuel Trigano qui écrit dans le Figaro , je cite :  » Le propre d’une idéologie dominante, c’est qu’on ne sait pas qu’elle domine. Ses idées, les cadres mentaux et sociaux qui la portent semblent faire partie de la réalité, de l’évidence naturelle, de la vérité si bien que l’acteur social reste inconscient au fait qu’il ne s’agit là que d’un point de vue sur la réalité. Tout phénomène idéologique est massifiant. Prenons pour exemple une des idées phares du postmodernisme: la théorie des genres. C’est une nouvelle version de l’«Homme nouveau», ce mythe qui a hanté les totalitarismes du XX° siècle. Ce qui relève d’une utopie de l’humain, qui ne vise rien moins que la redéfinition de l’identité humaine et de la famille, semble s’imposer comme une vérité, une obligation morale, un impératif absolu alors qu’il n’y a là qu’une théorie contestable. Le postmodernisme qui est en délicatesse avec le réel pour éliminer toute critique à son égard a inventé une parade: le «réel» n’était qu’un «narratif» et tous les narratifs se valent… ».

Nous serions donc en train d’assister à l’avènement d’une idéologie nouvelle dont Macron serait, en quelque sorte le Messie, choisi pour accomplir une mission « sacrée », par une congrégation d’élites dont certaines ont été clairement identifiées, mais dont d’autres restent et resteront invisibles : faire de la France un territoire avancé dans lequel s’épanouirait une nouvelle conception du « monde civilisé ».

Une entreprise qu’il entend mener au pas de course, maniant, tel Jupiter, la foudre pour éliminer quiconque aurait la prétention de se mettre en travers de son chemin !!!

Cette idéologie, présentée comme un « passage de l’ombre à la lumière » est celle d’un monde sans frontière, où les individus n’ont plus d’identité propre, où il devient interdit de contester la moindre spécificité, – les « identitaires » sont considérés avec mépris comme des imbéciles qui n’auraient pas compris que « le monde est en train de changer »- ou chacun peut être « en même temps » tout et son contraire…. Un monde où la notion de « limites » n’a plus de sens, y compris dans le domaine de la morale, un mot exclu du vocabulaire des « sachants », qu’il s’agisse de la morale qui régit la vie en société, de la morale sexuelle, de règles de la vie familiale et, bien tendu, de celles qui régissent la vie politique…

Beaucoup de nos hommes politiques viennent de sombrer pour avoir ignoré la nouvelle notion de « limites »….

Dans ma jeunesse, les combats idéologiques qui animaient « le Parti du bien » de mon époque, étaient ceux du « droit à la différence ». Un combat ringardisé par le relativisme de la post-modernité qui exige que l’on soit tous pareils, quelles que soient nos origines, notre couleur de peau, ou la culture dont nous sommes issus.

La religion, qui veut que toutes les cultures se valent, que les graffitis urbains valent bien les œuvres des plus grand peintres, que la musique des « rockers » n’a rien à envier à celle de Mozart, et que nos civilisations auraient beaucoup à apprendre en s’inspirant des mœurs des pygmées ou des aborigènes qui couvrent leurs épidermes de tatouages en signe de fidélité au tribalisme, cette nouvelle religion a supplanté toutes les autres et effacé toutes les « valeurs » qu’elles étaient censées répandre.

Le candidat Macron, en « initié » de la nouvelle religion, s’est vivement inspiré du refus des limites traditionnelles en faisant du refus du « clivage » gauche-droite, ( pourtant inhérent à toute conscience politique depuis la Révolution française ), l’épine dorsale de son projet politique.

 Le dispositif électoral des « primaires » était en quelque sorte un précurseur de cette post-modernité dans la mesure où il supprimait toute frontière entre les partis et les acteurs politiques, en ouvrant le vote pour élire le leader de la droite aux électeurs des partis concurrents, – au grand dam des « sectaires »de chaque Parti,  confondant ainsi le partisan et le national – signe qu’il n’y avait plus rien de «national».

À l’image de cette Europe, absente de tous les débats de fonds au cours de la dernière élection présidentielle. Cette Europe d’où se propage l’idéologie de la confusion des peuples et de l’abstraction des frontières….

Macron s’en fait « l’apôtre » en proclamant qu’ «il n’y a pas de culture française». Il se fait clairement l’avocat de ce «multiculturalisme» et quand il dit qu’au contraire «il y a une culture en France» ( sous-entendu « comme partout ailleurs », il rejette le référent à une spécificité française. Quand il évoque le «crime contre l’humanité» que la France aurait commis en Algérie, il cible l’État-nation français par excellence que fut la IIIème République et cible sa culpabilité comme État des citoyens auxquels on avait expliqué qu’ils agissaient « au nom des droits de l’homme ». Il fait de même, lorsqu’au Vel d’Hiv il pointe la responsabilité de la France en tant qu’État-nation.

L’Union Européenne étant le centre de gravité de l’expression de cette nouvelle idéologie, on comprend que l’élection de Macron ait été saluée avec enthousiasme dans la classe dirigeante européenne qui, – a un moment où dans de nombreux pays du Nord et de l’Est de l’Europe les consciences s’éveillent et expriment des réticences ouvertes devant les prétentions d’une élite européenne à leur imposer les conséquences de l’application de cette idéologie « post-moderne »- voit en la France de Macron un allié et un renfort pour surmonter les « réticences » de certains pays….

L’idéologie postmoderniste est devenue le discours du pouvoir : il impose la légitimité d’une certaine conception de l’Union européenne elle même devenue le champ, par excellence, de l’épanouissement du concept de «mondialisation», bien plus active que le reste de la planète dont elle veut devenir un phare, dont la lumière est loin de parvenir jusqu’en Asie où se joue réellement le destin du monde.

D’un point de vue sociologique, la constitution de ce nouveau pouvoir, essentiellement élitiste, est la clef de compréhension de la nouvelle idéologie que veut imposer une Europe qui se voit comme un nouvel Empire.

Un Empire sans tête, et sans frontière.

L’embuscade.


Le 2 Août 1956.

Il est 4 heures du matin. Dans la cour du bordj construit sur la frontière algéro-tunisienne par les chasseurs de la 2ème Compagnie du 25ème BCA, les hommes désignés pour la patrouille sont rassemblés, silencieux. On entend à peine quelques murmures et le cliquetis des armes… Le Caporal d’ordinaire passe au milieu des hommes avec son bouteillon de café chaud, dans lequel chacun trempera son godet métallique avant d’avaler quelques gorgées bienfaisantes. L’un des chasseurs a ouvert un paquet de biscuits et en offre autour de lui….

Retardataires,  quatre des huit harkis rattachés à l’unité rejoignent les rangs.

Le Chef de Poste donne les consignes : une moitié de la section restera au camp pour en assurer la garde. L’autre moitié fera partie de la patrouille. Les instructions du Commandant de Compagnie, le Lieutenant Toma, sont formelles : jamais plus de la moitié de l’effectif en patrouille.

Vérification des gourdes : elles doivent être pleines car la journée sera chaude….

Une courte discussion s’engage : le fusil-mitrailleur suivra-t-il la patrouille ou restera-t-il en batterie, au bordj ??? Décision : le FM sera de la patrouille, au cas où….

La veille au soir, le bordj a été, comme presque chaque soir, la cible de tirs venant de la frontière, et il n’est jamais à l’abri d’une tentative d’attaque dangereuse . Le but de la patrouille : repérer le point de passage de ceux qui ont tiré sur le bordj hier soir, afin de monter une embuscade pour les surprendre lors d’une prochaine tentative…Car, là où ils sont passé,ils repasseront ou d’autres passeront…

A 4heures30, la petite troupe composée d’une demi-section se met en marche. Il fait encore nuit et l’on entend au loin, le cri familier des chacals qui peuplent le djebel alentour.

Elle s’engage dans un sentier  rocailleux qui prend naissance à quelques centaines de mètres du bordj : en « colonne par un, en « gardant les distances », la patrouille progresse entre les broussailles et les rochers pour atteindre,  quelques centaines de mètres plus loin, les rives d’un oued profond, complètement sec, qui doit être un affluent de l’Oued Meridj et qui courre entre deux falaises rocheuses.

Patrouille djebel

Nous sommes dans une zone désertique, loin de toute habitation et de toute vie humaine : la zone est interdite, en raison de la proximité de la frontière et des passages fréquents de combattants de l’ALN basés en Tunisie . A cette époque, le barrage électrifié n’existe pas encore et la frontière est extrêmement perméable aux incursions, dont certaines « ne font que passer « pour rejoindre les maquis de l’intérieur, et d’autres font parfois un « petit détour » pour venir « canarder » les postes installés sur la frontière….

Une petite discussion s’engage . Décision : trois hommes partiront en reconnaissance dans l’oued, sous la protection du reste de la troupe qui couvrira, du haut de la falaise, la progression des trois éclaireurs .

Au moment où les deux groupes se séparent, le soleil se lève sur l’horizon. Pas un nuage dans le ciel. La journée sera torride, en effet !!! On entend les premiers chants des rares oiseaux qui, probablement, nichent dans les buissons de lauriers roses sur lesquels une légère couche de rosée s’est déposée pendant la nuit, qui fait miroiter les feuilles sous les premiers rayons du soleil. Dans l’air, flotte toujours ce parfum de thym sauvage que l’on rencontre partout dans le djebel en Algérie.

Nous avançons, prudemment, car c’est un endroit idéal pour une embuscade et il s’agit d’éviter de tomber dans une embuscade ennemie, là même où nous envisageons d’en monter une dans les jours suivants…..

Au fur et à mesure que nous avançons, le terrain devient plus escarpé et plus difficile. La progression est lente pour ceux qui sont en bordure de l’oued, alors que les trois hommes qui sont au fond de l’oued avancent plus facilement en progressant  de buisson en buisson, à la recherche de traces de passages….

Nous marchons ainsi pendant trois heures, alors que le soleil s’est élevé dans le ciel. La température doit friser les quarante degrés, alors que le soleil n’est même pas encore à son zénith. La veste de treillis colle à la peau et la sueur inonde les visages . Il faut économiser l’eau de la gourde : j’avale une pastille de sel qui fait partie de nos rations, afin de lutter contre la déshydratation.

De temps à autres nous marquons un temps d’arrêt pour échanger quelques signes avec ceux qui progressent dans l’oued.

Soudain, l’un d’eux s’agite : avec des gestes significatifs il nous indique qu’il y a de nombreuses traces dans le sol sableux de l’oued. Nous dévalons à travers les rochers pour participer au constat : c’est clair, il y a eu un groupe d’hommes  qui est passé là, et que nos harkis qui savent lire les traces dans le sable, évaluent à une dizaine avec au moins deux mulets chargés – les traces de leurs sabots sont profondes dans le sable humide- qui transportent vraisemblablement des armes et des munitions destinées aux maquis de l’intérieur….

Nous explorons les alentours, entre les rochers qui bordent l’oued. Soudain, l’un des hommes qui sont dans l’oued nous fait de grands signes : il vient de découvrir les traces d’un campement, avec des braises encore fumantes, des boites de haricots et de lentilles ouvertes et à moitié pleines, et quelques cartouches égarées dans le sable.

Le visage de nos harkis s’assombrit : selon le plus expérimenté d’entre eux, il faut redoubler d’attention car les traces sont très fraîches et « ils » ne doivent pas être très loin. Les traces indiquent qu’ils sont revenus sur leur pas, sans doute alertés sur notre présence, et compte tenu de leur chargement, ils ne peuvent pas être allé loin. Combien sont-ils ??? Une dizaine, probablement, selon l’évaluation de nos harkis.

Le silence devient la règle : nous sommes une troupe aguerrie, qui a vécu de nombreux « accrochages », et chacun sait ce qu’il a à faire. Nous ne communiquons plus que par gestes, en reprenant notre avancée, mais cette fois, en abandonnant le fond de l’oued, afin de profiter des rochers pour masquer notre progression.

Il est très exactement 11heures25 à ma montre lorsque les premiers coups de feu claquent. Ces instants, tout comme d’autres moments identiques, sont gravés dans ma mémoire : les éclaireurs de pointe sont « au contact »….

C’est un instant dont les impressions font partie de souvenirs jamais effacés. Pour en avoir vécu plusieurs j’en connais tous les symptômes !!! Le cœur se met à battre plus rapidement. On a la bouche sèche, mais le regard devient perçant : il faut scruter les éboulis de roches d’où peut partir un tir à chaque seconde. En se répétant, mentalement : « reste calme », « ouvre l’œil »….

Des rafales de pistolet mitrailleur indiquent que des Chasseurs ont repéré ceux qui ont ouvert le feu. Tout se passe à une trentaine de mètres de moi, mais, de là où je suis, je ne vois rien. Le servant du fusil mitrailleur , à mes côtés ne voit rien, non plus. Ce qui accenteu notre angoisse. J’entends des cris, des « Allah ou akbar »… Un mulet affolé dévale l’oued perdant en route, une partie de son chargement….

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Puis, le porteur du FM qui se trouvait tout près de moi pousse un cri de douleur, touché à la cuisse. Je me laisse glisser sur le rocher qui m’abrite et m’approche de lui pour tenter de lui faire un garrot, en m’appliquant un peu plus que lors de l’accrochage du 4 Mai à Ouenza où le lieutenant de la Bigne a eu l’artère fémorale sectionnée…. Sa blessure n’est pas très profonde: probablement, la balle a ricoché sur la roche .

J’entends le bruit des balles qui ricochent, en effet, sur les rochers, et le « feulement » de celles qui me sont destinées…. J’ai beau scruter la falaise qui nous fait face, mais je ne vois toujours rien, ce qui fait battre mon cœur très fort, car si je ne les vois pas, eux, sans doute, me voient….

Les échanges de tirs se poursuivent. Sporadiques. Puis, peu à peu ils cessent. Les « rebelles » ont décroché. Nous nous rassemblons pour inspecter les lieux : des traces de sang nous indiquent qu’un ou plusieurs rebelles ont été touchés. Mais aucune trace de corps : « ils » se sont repliés emmenant, comme très souvent,  leurs blessés, en profitant d’un terrain qu’ils connaissent mieux que nous….

Je n’ai pas tiré une seule rafale de ma Mat49.

Nous n’avons qu’un blessé : celui qui a été touché près de moi, et qui courageusement, supporte la douleur de sa blessure qui a beaucoup saigné mais qui n’est pas profonde. Le Caporal infirmier lui désinfecte la plaie et lui applique un pansement « dans les règles de l’art ». Il pourra marcher pour le retour, aidé par ses camarades.

Il fait une chaleur torride et il est difficile de trouver un coin d’ombre alors que le soleil est à son zénith…. J’ai la gorge sèche et la langue pâteuse.

Dans l’oued, nous récupérons trois fusils Beretta, une « Kalach » et deux caisses de munitions, tombées du dos du mulet qui a pris la fuite aux premiers coups de feu…

La prise est maigre, mais nous avons peut-être échappé au pire.

Nous décidons d’attendre que le soleil baisse sur l’horizon pour reprendre le chemin du retour.

Nous arrivons au bordj au soleil couchant. Épuisés.

Nous trouvons l’équipe demeurée sur place en état d’alerte : les coups de feu lointains ont été entendu jusqu’au bordj et faute de moyens radio nous n’avons pu informer nos camarades de ce qui s’est passé.

L’instant le plus précieux, gravé dans ma mémoire, c’est celui où je retrouve ma « gargoulette » entourée de bas de laine mouillés placée, au courant d’air, sur le rebord de la fenêtre de ma « piaule »,-  mon « frigo » – pour englouti des gorgées d’eau fraîche, qui me donnent le sentiment de retrouver la Vie, une nouvelle vie…jusqu’à la prochaine fois  !!!

Lecture d’été…( La tête de Robespierre ).


Profitant de la douceur d’une belle soirée d’été, je m’attarde un instant dans le jardin afin d’emplir mes poumons de l’air frais de la nuit, chargé de senteurs enivrantes mélangeant des parfums de Jasmin, de fleurs d’orangers, de « Galan de Noche ».

Après une journée caniculaire, j’adore trainer un peu, le soir, jusqu’à une heure avancée de la nuit, pour regarder le ciel étoilé et prendre la mesure du bonheur d’être là, encore, après tant d’années et de partager celles qui restent encore avec un être aimé.

Comme très souvent, à cette époque de l’année, c’est la présence d’un moustique, particulièrement agressif, qui m’oblige à sortir brutalement de mes rêveries et à me réfugier à l’intérieur, dans le salon, pour marquer un temps d’arrêt devant ma bibliothèque : j’adore lire la nuit, quand tout est silencieux et que rien ne vient distraire l’attention…

Ce soir-là, je tombe en arrêt sur un livre présent dans les rayons, depuis plusieurs années, et qu’inexplicablement, je n’ai jamais ouvert.

DaudetEn feuilletant les premières pages, je comprends assez vite que les pages suivantes n’ont rien de « politiquement correct ». Un « avertissement de l’Editeur » est destiné à alerter le lecteur:  » Un violent pamphlet dont les arguments sont souvent troublants, y compris lorsqu’ils visent, au-delà de la Révolution de 1789, la démocratie parlementaire façon IIIe République « .

Ce n’est pas étonnant. Je cherche alors à en savoir plus sur le personnage. Je me plonge alors dans Google.

Selon Wikipedia, ( je cite ) : « Léon Daudet est un écrivain, journaliste et homme politique français, né le 16 novembre 1867 dans le 4e arrondissement de Paris1 et mort le 30 juin 1942 (à 74 ans) à Saint-Rémy-de-Provence.

Républicain converti au monarchisme, antidreyfusard et nationaliste clérical, député de Paris de 1919 à 1924, il fut l’une des principales figures politiques de l’Action française et l’un des collaborateurs les plus connus du journal du mouvement.

La bibliographie des œuvres de cet écrivain engagé et prolifique est énorme : plus de 300 notices sur le catalogue de la BNF. Son œuvre de mémorialiste est conséquente, six volumes de « choses vues » de 1880 à 1921, « prodigieux Souvenirs », comme disait Marcel Proust, qui ajoutait : « Les ressemblances entre Saint-Simon et Léon Daudet sont nombreuses : La plus profonde me semble l’alternance, et l’égale réussite, des portraits magnifiquement atroces et des portraits doux, vénérants, nobles. » ( fin de citation ).

Qui pourrait croire alors, que Léon Daudet  est le fils aîné de notre Alphonse Daudet, des « Lettres de mon moulin », et de son épouse, Julia née Allard, 

Ce père, écrivain renommé mais aussi homme enjoué et chaleureux, a beaucoup d’amis. Les réceptions du jeudi de Mme Daudet attirent de nombreuses personnalités du monde de la culture. Aussi Léon fréquente-t-il dès son enfance des écrivains et des journalistes, les uns, comme Gustave Flaubert, visiteurs épisodiques, les autres, comme Edmond de Goncourt, presque membres de la famille. Maurice Barrès, Émile Zola, Édouard Drumont, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Arthur Meyer, Gambetta, entre autres, marquent ses souvenirs d’enfance. Il est également ami de jeunesse de Marcel Proust, alors inconnu.

Léon Daudet n’est donc pas un personnage insignifiant.

Et je comprends mieux en progressant dans la lecture de son livre, les raisons qui font que la doxa intellectuelle du moment a tout fait pour étouffer, au plan littéraire, cette voix insolite, capable de s’attaquer aux idées reçues, parmi les plus répandues depuis la troisième république, à propos de la Révolution française.

Dès le Premier Chapitre, le décor est dressé :

CHAPITRE I
« Causes et origines de la révolution de 1789
La plupart des premiers historiens qui aient parlé de la Révolution de 1789, sauf les Goncourt, se sont exprimés sur son compte avec un mélange de crainte et de
respect.
Michelet a écrit, en termes magnifiques, l’apologie absurde de la Révolution et de ses hommes. Le libéralisme a conclu qu’il y avait en elle du très bon, du très neuf et du mauvais, avec une finale de très mauvais, la Terreur.
Par la suite Taine, que la Commune de Paris avait impressionné, insista sur l’absence du très bon, l’ensemble législatif des plus médiocres et la férocité bestiale des chefs, qu’il appela‘‘ les crocodiles ’’.
Lenôtre, hostile à la Révolution, disait peu avant sa mort, à Octave Aubry :« J’ai étudié la Révolution, dans les archives, depuis quarante ans. Je n’y comprends rien.»
Gaxotte enfin, le dernier historien en date de cette funeste crise politique et morale, a ramené à la toise les‘‘ crocodiles ’’et signalé leur médiocrité intellectuelle et morale.
A mon tour je veux montrer que, conformément au mot de Clemenceau, la Révolution est un bloc… un bloc de bêtise, – d’âneries, eût dit Montaigne – de fumier et de sang.
Sa forme virulente fut la Terreur. Sa forme atténuée est la démocratie actuelle avec le parlementarisme et le suffrage universel, et le choix, comme fête nationale, de l’immonde quatorze juillet, où commença, avec le mensonge de la Bastille, la promenade des têtes au bout des piques.
Le quatorze juillet, véritable début de la période terroriste et complété par la grande peur. Date fatale au pays. »
Tout est dit !!!
Avant d’aller plus loin, il me revient alors en mémoire le fait que je dispose dans ma bibliothèque, d’un pavé littéraire intitulé  » Le Livre Noir de la Révolution française .
Écrit par un collectif d’auteurs dont certains furent des compagnons de route du Parti Communiste revenus à de meilleurs sentiments, ce livre décrit dans le détail ce que furent les atrocités de la Révolution, dont la doxa intellectuelle du moment ne souhaite pas rappeler les faits tant ils seraient funestes à l’image que l’on nous a enseigné d’une République vertueuse, humaniste et fraternelle….
Ce livre se situe dans la lignée du Livre noir du Communisme, paru en 1997, que je possède dans mes rayons.
Le livre noir de la révolution, rédigé par plus de quarante collaborateurs n’est pas pas un réquisitoire passionné contre dix ans de notre histoire, mais une remise en perspective de faits dont la violence parle d’elle-même.
Il œuvre à la réhabilitation d’idées qui ont été jusqu’à ces dernières années soigneusement occultées, car elle viennent heurter la « sensibilité » des apôtres du « politiquement correct »….
Un échantillon de la violence sauvage qui a marqué cette époque nous est donné par la description, dans Wikipedia, de l ‘exécution de Robespierre qui fut lui-même l’un des acteurs les plus cruels de cette période sinistre :

« À la suite des événements du 9 thermidor (27 juillet 1794), Maximilien de Robespierre, décrété hors la loi, fut exécuté sans procès le 10 thermidor de l’an II (28 juillet 1794). Il fut amené en charrette sur la place de la Révolution (ancien nom de la place de la Concorde) en compagnie de 21 de ses partisans, dont son frère et Saint-Just pour y être guillotiné.

71 personnes de plus seront exécutées le lendemain, essentiellement des membres de la Commune insurrectionnelle de Paris, 12 le surlendemain.

Parcours de Robespierre vers la place de la Révolution

Robespierre et ses partisans allant à l’échafaud (gravure du XIXe siècle).

 

Robespierre avait reçu, ou s’était tiré, une balle dans la mâchoire, Couthon avait eu la tête fracassée et Augustin Robespierre s’était gravement blessé en sautant par la fenêtre de l’hôtel de Ville. François Hanriot avait reçu un coup de baïonnette qui lui avait arraché l’œil de son orbite. Il fut sorti d’un égout, ensanglanté et défiguré. Deux mourants (Robespierre le jeune et Hanriot) et un infirme (Georges Couthon) furent transportés dans l’escalier de la Conciergerie ; le convoi se terminait par le cadavre de Philippe-François-Joseph Le Bas.

À 16 heures 30, les charrettes qui transportaient les condamnés sortirent de la cour du Mai et débouchèrent sur les quais. Lorsque les charrettes furent arrivées devant la maison où logeait Robespierre, elles furent arrêtées, et l’on barbouilla la façade de la maison avec du sang. À 18 heures 15 les charrettes arrivèrent place de la Révolution.

Exécution de Robespierre

M.J. Maximilien Robespierre : surnommé le Catilina moderne, exécuté le 10 Thermidor an 2.e, de la République, estampe anonyme, Paris, BnF, 1794.

 

Adrien-Nicolas Gobeau, 53 ans, membre de la Commune, fut exécuté le premier. Quand ce fut le tour de Saint-Just de monter, il embrassa Georges Couthon, et, en passant devant Robespierre, il lui dit : « Adieu ». Maximilien de Robespierre fut exécuté en avant-dernier, le dernier fut Fleuriot-Lescaut. Lorsqu’un des aides du bourreau arracha brusquement les linges qui lui soutenaient sa mâchoire, Robespierre poussa un cri de douleur. Il fut placé sur la bascule et le couperet tomba. La tête de Robespierre fut montrée au peuple, sous des applaudissements.

Les vingt-deux têtes furent placées dans un coffre en bois, les corps étant rassemblés sur une charrette qui se dirigea vers le cimetière des Errancis (ouvert en mars 1794). On jeta les têtes et les troncs dans une fosse commune et on répandit de la chaux vive pour que le corps de Maximilien de Robespierre ne laisse aucune trace. Néanmoins entre le moment de la décapitation et la mise à la fosse commune, une empreinte mortuaire de la tête de Maximilien de Robespierre aurait été prise par Marie Tussaud1, ce que conteste l’historien Hervé Leuwers qui considère qu’il s’agit d’un faux et souligne les incohérences du témoignage de Mme Tussaud.

Diable !!! Le mystère reste entier !!! Qui s’est emparé de la tête de Robespierre ???

J’en ai la nausée, et du coup je referme mon livre, sans l’avoir terminé. Car les chapitres qui suivent me confirment dans une conviction que je porte depuis que j’ai été élève en classe de seconde au Lycée: était-il nécessaire de faire couler autant de sang, d’exterminer une génération d’hommes et de femmes parmi lesquels se trouvaient beaucoup d’innocents et surtout de futures élites du pays, pour aboutir à une démocratie aussi imparfaite que celle décrite dans le livre de Daudet, que fut celle de notre Troisème République ???

J’irai me coucher hanté par un mystère : quel est le « collectionneur d’horreurs »qui a bien pu voler la tête de Robespierre ???

Alors que les questions affluent, elles vont perturber mon premier sommeil : pourquoi une certaine doxa intellectuelle a-t-elle tant de mal à évoquer les pages sinistres de notre Histoire, et pourquoi le « mensonge historique » s’est-il, depuis la Révolution française, érigé en discours institutionnel, contribuant ainsi à donner bonne conscience à tous les « manipulateurs de l’Histoire ???

 

Et maintenant….


Ni droite

La Droite est en crise.

l’affaire des « Républicains constructifs » est révélatrice d’un parti où les élus n’ont plus grand-chose en commun avec la plupart de leurs militants. Il est clair que pour l’électorat traditionnel de la Droite, « voter LR n’a plus de sens, car on ne sait plus ce qu’est ce parti ». C’était déjà le cas bien avant l’épisode lamentable qui a conduit ce Parti à l’échec dans une élection qui semblait quasi « imperdable ».

Car, qu’on se le dise, ce n’est pas François Fillon seul qui a perdu l’élection présidentielle couronnée par la victoire d’un Macron sorti de nulle part….. C’est l’ensemble de l’appareil des Républicains qui porte la responsabilité de cet échec historique qui illustre la cécité des membres de ce Parti qui estimaient  que le candidat Fillon allait perdre la présidentielle mais que le Parti imposerait une cohabitation au futur Président au terme de législatives qu’ils paraissaient certains d’emporter.

Car la trahison s’inscrit dans les maladies héréditaires de la droite.

Souvenons -nous:  Jacques Chirac n’était-il convaincu qu’il reprendrait rapidement la main après avoir incité à faire  battre Valéry Giscard d’Estaing au profit de Mitterrand aux élections présidentielles de 1981 ???

L’Historien Edouard Husson fait remonter  à la Révolution française pour trouver l’origine de ce comportement de la droite. Selon lui, je cite : ‘Louis XVI est, entre 1774 et 1788 l’un des plus grands rois de notre histoire: un réformateur à l’intérieur et le vainqueur, sur terre et sur mer, de la Guerre d’Amérique. A l’époque, les Français étaient trois fois moins imposés que les Anglais; le roi demande à ses soutiens naturels de donner une contribution financière au pays; ils refusent puis ils jouent la carte de la radicalisation politique, contre le roi, vers la gauche (les évêques, le duc d’Orléans) ou vers l’extrême-droite (les émigrés). Cela a très mal tourné pour la droite de l’époque ». ( Fin de citation ).

Mais la Droite française ne souffre pas seulement d’une maladie héritée du temps de la Révolution.

Elle souffre de son incapacité génétique à ouvrir, en son sein, de vrais débats sur les idées: car les idées ne manquent pas à droite, où l’on constate, depuis plusieurs années, un renouveau de la vie intellectuelle qui inspire ce courant de pensée politique depuis la Révolution française. Un renouveau qui contraste avec l’effondrement des « penseurs » du marxisme et des valeurs de la social-démocratie, dans presque tous les pays occidentaux.

Car la vraie question est : qu’est-ce que les Républicains peuvent incarner aujourd’hui, comme alternative au parti du Président ??? La réponse n’est pas évidente au moment où des responsables importants du parti sont entrés dans le gouvernement d’un Emmanuel Macron qui a su habilement brouiller les cartes, en attirant à lui les « constructifs » à l’Assemblée.

On peut s’interroger sur les raisons qui font que  l’Etat-major des Républicains a manifestement peur de déclencher un véritable débat sur le fond: les primaires, ravageuses, ont révélé la forte droitisation de l’électorat traditionnel de la Droite. Si les primaires ont fait émerger un François Fillon, ce n’est pas un hasard. C’est parce qu’il a eu le courage d’assumer un vrai positionnement de droite qui parlait un langage d’effort pour le redressement du pays.

Les Français de droite n’acceptent plus de se laisser berner par ceux qui se font élire sur un programme de droite et qui, aussitôt au pouvoir n’ont de cesse de donner des gages à la gauche. Ils rejettent de plus en plus, cette Droite qui ne vit, en permanence, qu’en scrutant le regard de la gauche, sous la hantise d’apparaître comme « ringarde »….

On peut d’ailleurs considérer qu’il en est de même dans l’électorat de gauche qui a fait payer chèrement ses « changements de pied » à un François Hollande qui avait cru pouvoir ruser avec « le peuple de gauche » en se faisant élire sur un programme de gauche et en appliquant une politique économique libérale pensant qu’un accompagnement de cette politique par des mesures à caractère « sociétal », telles que le mariage pour tous, ferait passer la pilule.

L’habileté de Macron, c’est d’avoir convaincu une fraction – minoritaire – de l’électorat que son programme n’était ni de droite ni de gauche ou plutôt « les deux en même temps ». L’avenir ne tardera pas à montrer les limites de ce parti pris ambigu…..

Si dans leur tentative de reprendre contact avec leur électorat, les Républicains, au lieu de centrer leur réflexion sur les raisons de l’échec de Fillon, se recentrent sur les valeurs que doit incarner une droite de gouvernement, il est tout à fait probable que les réponses iront dans le sens du vote de la primaire. 

Mais beaucoup de responsables des Républicains ont peur du net glissement à droite de leur électorat – Alain Juppé l’a avoué à plusieurs reprises. Et il est probable que nombreux sont ceux qui redoutent la prise du Parti par Wauquiez: ce dernier semble laisser penser qu’il assumera, au moins tactiquement, la droitisation de l’électorat du parti .

Mais attention !!! que ce ne soit pas une pure instrumentalisation, sinon le réveil risque d’être catastrophique. C’est ce que l’on peut craindre car Wauquiez n’a jamais montré, depuis son lancement en politique par le « centriste » Jacques Barrot, de fortes convictions politiques capables d’en faire durablement le nouveau leader d’une nouvelle Droite, forte et décomplexée.

Petit despote « en marche »….


 

 

L’affaire de la démission du Chef d’État Major des Armées n’est pas qu’un « incident de parcours ».

Elle révèle, à travers le comportement du Président de la République, l’émergence d’un petit despote en herbe, dont le succès électoral – qui doit être nuancé, car 57% de Français ne lui ont pas accordé leur voix -, semble l’avoir grisé.

Ce personnage sorti de nulle part, et dont beaucoup de Français pensent qu’il est une « créature » d’un système médiatico-financier qui aurait trouvé, en lui l’instrument permettant d’imposer aux Français, un modèle de société qu’ils refusent majoritairement, tant est grande leur défiance à l’égard de l’oligarchie dont il est issu et qui est celle qui a conduit le pays au bord de la faillite et de la fracture ….

Car cette « affaire », si on l’analyse à travers les faits tels qu’ils se seraient déroulés, montre clairement que Mr Macron a un très sérieux problème d’ego.

De toute évidence, il ne supporte pas la moindre contradiction et encore moins, la moindre opposition y compris lorsque celle ci s’exprime selon les règles éprouvées de la Démocratie.

Car ce Général démissionnaire, entendu selon les formes constitutionnelles, par la Commission de la Défense nationale, n’a rien fait d’autre que de remplir son devoir en expliquant, devant cette Commission, les difficultés que l’Armée rencontre dans l’exercice de sa mission, et en contestant des mesures de restrictions budgétaires sévères, prises sans concertation avec ceux qui auraient à les mettre en œuvre, et contraires aux engagements et aux promesses faites à ce même Général au moment de la prolongation de son mandat.

Les Parlementaires, – toutes familles politiques confondues -, y compris, parmi eux, certains membres de la Commission de la Défense Nationale, qui se sont exprimés sur cette affaire l’ont fait sans équivoque: le Général était parfaitement dans son rôle, s’exprimant à huis-clos devant une instance parlementaire dont le rôle est de contrôler la politique gouvernementale.

Je ne suis pas certain que « cette affaire » nuise au prestige de ce Général dont tout le monde s’accorde à reconnaître les grandes qualités morales et tout particulièrement le courage.

Par contre, cette affaire constituera une grosse tache sur l’image que cherche à imposer le Chef de l’État, celle d’un chef « jupitérien » devant lequel chacun doit se coucher….Elle mettra de nombreux Français en alerte sur les risque d’une dérive dangereuse de « l’État Macron »….

Car l’avertissement donné aux Armées est sévère : il s’adresse en même temps à tous les Directeurs des Administrations. Mr Macron ne supportera « ni commentaire ni opposition » à ses décisions….

Cet épisode marque, sans aucun doute,  le retour au réel du président et c’est peut-être le début d’une longue série…

D’autres chantiers comme l’Université l’attendent où il aura également du mal à tenir ce fameux «en même temps» qui consiste à promettre une hausse des budgets et des investissements dans de nombreux secteurs et une réduction du déficit public….

Nous sommes « en marche » vers une sorte de « despotisme doux » qui, peu à peu, remplacera le « socialisme mou » dans lequel la France se vautre depuis tant d’années….

Macron va devoir nous montrer s’il a autant d’autorité sur les corps sociaux auxquels il va devoir s’attaquer que sur les militaires habitués à obéir….

Le vieil homme….


Thon

L’homme et la mer

Charles Baudelaire

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire

Rien de mieux, pour fuir une actualité décevante, que de se réfugier dans la Littérature dont les mots traversent le Temps, ce Temps qui fuit, et dont chaque minute devient précieuse à qui sait que la vie est courte….

La littérature nous aide à oublier les misères du quotidien.

La semaine dernière, errant une fois de plus, à travers les rayons de la grande Librairie « Filigranes » de Bruxelles, je tombe en arrêt devant un livre que j’ai dû lire une bonne dizaine de fois, à l’époque où, passionné de pêche et de chasse sous-marine, je dévorais tout ce qui, en littérature, avait trait aux choses de la Mer.

« Le vieil homme et la mer », ce petit chef-d’œuvre d’Hemingway me tendait les bras et m’invitait à plonger, encore une fois – peut-être la dernière pour moi – dans la lecture de la prose de cet auteur dont l’œuvre sait si bien évoquer la dimension tragique de l’héroïsme dans certaines circonstances de la vie humaine.

J’ai toujours aimé lire ceux qui savent de quoi ils parlent….C’est le cas d’Hemingway qui a toujours vécu dangereusement….

Le vieil homme que je suis devenu retrouve à la lecture de cet ouvrage, des émotions qu’il a connues, plus jeune, lorsque seul sur son bateau il attendait que « ça morde », et remontait sa palangrotte, le cœur battant, impatient de savoir quel était le malheureux poisson qui frétillait pour tenter de décrocher l’hameçon qu’il avait imprudemment avalé, dans l’espoir d’échapper à la friture….

Mais « Le vieil homme et la mer » n’est pas qu’un simple histoire de pêche !!!.

C’est l’histoire d’un vieux pêcheur malchanceux, qui revient trop souvent bredouille, jusqu’au jour où aux prises avec un énorme marlin, il rencontrera pour une courte durée, et après un combat héroïque, la chance de sentir que l’énorme poisson a mordu l’hameçon . Une chance de courte durée car le marlin, trop gros pour être remonté à bord du petit bateau, sera dévoré, sur le chemin du retour par les requins qui rodaient dans les parages….

C’est aussi l’histoire de l’amitié entre le vieux pêcheur et un enfant à qui il a tout appris de la pêche, racontée avec beaucoup de sensibilité et des mots justes par un Hemingway au sommet de son art de conteur.

A une heure avancée de la nuit, et au moment de refermer ce petit livre de 141 pages, je sentais que le sommeil m’envahissait.

En fermant les yeux, je me suis revu enfant.

Mon père avait, en Algérie,  pour copain un certain Mr Martinez, qui tenait à Francis Garnier, un tout petit village de bord de mer, sur la route de Ténès, une petite auberge, très modeste: il n’y avait que deux chambres équipées chacune d’un vieux lit de deux étagères et d’un lavabo.

Pour me récompenser d’avoir réussi au BEPC, mon père m’avait offert une semaine de vacances dans cette auberge me laissant aux bons soins de Mr Martinez, un petit vieux tout voûté, et de son épouse, une brave femme pleine de gentillesse et d’attention pour le gamin de 14 ans que j’étais.

La spécialité de la table de cette auberge, c’était le poisson frais que Mr Martinez ramenait de sa pêche tous les jours, à bord de sa « pastera », un bateau pointu, qui n’avançait qu’à coups de rames.

Pendant mes huit jours de vacances, je fus, tous les matins, celui qui devait ramer jusque sur les lieux de pêche, c’est à dire pendant une bonne heure et autant au retour. Le vieil homme m’encourageait tout en mâchonnant un petit bout de bois qu’il promenait d’un bord à l’autre de sa bouche moustachue.

Avec lui, j’ai appris à « monter une palangrotte », à amorcer un palangre composé de centaines d’hameçons, et à « caler des filets »….

Partis au lever du jour, nous revenions sur le coup de 11 heures avec deux corbeilles de vigneron remplies de dorades roses, de sarres aux couleurs d’acier, de rascasses rouges aux dards dangereux, d’oblades grises avec leur tache noire sur la nageoire codale, et surtout de pageots dodus qui frétillaient encore en arrivant à l’auberge….

Les mains douloureuses en raison des ampoules encore saignantes, je me jetais sur le verre de menthe à l’eau glacée, épuisé mais heureux, conscient d’avoir été initié aux vieux secrets de la pêche par ce vieil homme usé par le temps, au visage buriné par les embruns, le sel et le soleil, dont la pêche était le gagne pain et la mer, le seul horizon. Mais quel horizon !!!

Le vieil homme que je suis n’a jamais oublié ces moments là. Et c’est sans doute à ces moments que je dois l’affection particulière que j’ai depuis toujours pour le personnage d’Hemingway.