C’est quoi ça, un « kwassa-kwassa » ???


kwassa

Je laisse aux « belles âmes » le soin de qualifier l’agitation vibrionnaire du jeune Président auquel la France s’est offerte à l’issue d’une élection qui laissera les futurs historiens pantois, lorsqu’ils se pencheront sur les pages récentes de notre « roman national »….

Car ces pages récentes auront été écrites par d’habiles « communicants » qui font leur miel du désarroi d’un peuple ne sachant plus à quel saint de la politique se vouer, et manipulent effrontément une classe médiatique dont l’abaissement du niveau d’éthique le fait ressembler, de plus en plus, à celui d’une république bananière.

Le « courage » de Macron, célébré en chœur par une presse déchaînée jusqu’à l’ivresse dans la flagornerie, lorsque celui ci dénonce devant un Poutine médusé la propagande déversée sur internet par des médias téléguidés depuis Moscou, prête à sourire quand on sait ce qu’est devenue la Presse française, aux mains d’oligarchies aux motivations obscures, et qui en matière de « propagande » n’a de leçons à recevoir de personne….

La même Presse, il faut le dire, s’était illustrée dans la même « séquence », dans l’évocation d’une « poignée de main » historique, au cours de la quelle notre Macron national aura offert aux caméras du monde entier, la preuve irréfutable de sa virilité face à un Trump médusé, n’en déplaise à ceux qui auront vainement tenté de la mettre en doute par des allusions fielleuses….

Dans cet univers de communication artificiel, fait de signes à haute signification symbolique, Macron confirme des dons d’acteur et de communicant qui lui ont permis, très jeune, d’exercer une séduction fatale sur celle qui lui enseignait l’art de la comédie….. «Un sans-faute», ont dit les chœurs des médias subventionnés .

Reste que ce recours au théâtre muet, favorisé par l’intrusion du monde virtuel en politique, infantilise chaque jour un peu plus la chose publique.

On comprend mieux alors, l’énervement que suscitent, dans les coulisses de ce pouvoir théâtral qui n’a pas encore été, jusqu’ici, réellement soumis à l’épreuve des faits, les « réseaux sociaux » ainsi que la Presse « hors-les-murs », qui sur internet exercent une vigilance critique, un tantinet narquoise, pour dénoncer, voire souligner avec insistance, le moindre faux-pas de celui qui détient désormais les clés du destin de la France…..

Qui « rase » Poutine ???


Au moment où Macron reçoit Poutine, j’ai pensé qu’il n’était pas sans intérêt de rééditer ce billet qui date d’Août 2014…

Tempus Fugit....

Europe

J’avoue ne pas très bien comprendre la démarche de la France, et de l’Europe, dans le litige qui nous oppose à la Russie de Poutine, dans l’affaire Ukrainienne.

J’ai parfois l’impression que nous sommes gouvernés par des petits coqs, prêts à affronter un ours dont on nous dit qu’il est méchant et pas du tout fréquentable….Et pour reprendre une expression que j’emprunte à Chevènement, « pourquoi aller chatouiller les moustaches de l’Ours Russe » ????

Ma remarque vaut aussi bien pour la « diplomatie française » que pour celle, – s’il en est une -, de l’Europe dont la Ministre Anglaise des Affaires Etrangères ( rappelez-moi son nom ???), chargée de défendre les positions de notre Union,  pratiquement inscrite aux abonnés absents, est inaudible…

En effet, qu’est-ce  que l’Europe avait à espérer dans un bras de fer avec Poutine ? On se le demande.

De Gaulle rêvait d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural, mais…

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ô Méditerranée !!! ( fin ).


Calpe

Lorsque j’étais élève, en classe de Première au Lycée Bugeaud d’Alger, nous avions un professeur « d’Histoire-Géographie », Monsieur Frémont, qui avait été un élève de Fernand Braudel et en était devenu  l’assistant puis le disciple .

Cet homme du Nord, ( je crois me souvenir que c’était un Picard ) nous parlait de la Méditerranée avec une passion qui ne nous laissait pas indifférents. Car à l’âge qui était le nôtre, à cette époque, nous n’avions pas réellement conscience de notre singularité méditerranéenne.

Il appuyait son cours sur l’enseignement qu’il avait lui-même reçu, dans sa jeunesse : Fernand Braudel avait profité de son long séjour en Algérie, d’abord au Lycée de Constantine, puis au Grand Lycée d’Alger pour approfondir sa connaissance du monde méditerranéen dont il était devenu, à cette époque, un éminent spécialiste.

Il en avait tiré un ouvrage intitulé « La Méditerranée » dans lequel il nous fait partager sa connaissance du monde méditerranéen et à l’élaboration duquel notre professeur avait participé. Cet enseignement a contribué à me convaincre du fait qu’ il existe réellement un monde méditerranéen, – auquel notre époque a tourné le dos, un peu légèrement, selon moi -, en raison de la fascination qu’exerce désormais l’Europe du Nord, depuis que cette « construction européenne »  dont on ne discerne plus clairement, ni les objectifs, ni les limites territoriales, mobilise toutes les énergies et toutes les attentions, et enferme les peuples de l’Europe méditerranéenne dans l’image peu valorisante de « peuples du Clubmed »….

Dès l’Introduction de cet ouvrage dont je possède une belle édition illustrée, Fernand Braudel énonce , comme une sorte de synthèse de ce que ses travaux lui ont révélé.

Pour Fernand Braudel , ( je cite ) : » Qu’est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres.

Voyager en Méditerranée, c’est trouver le monde romain au Liban, la préhistoire en Sardaigne, les villes grecques en Sicile, la présence arabe en Espagne, l’Islam turc en Yougoslavie. C’est plonger au plus profond des siècles, jusqu’aux constructions mégalithiques de Malte ou jusqu’aux pyramides d’Égypte. C’est rencontrer de très vieilles choses, encore vivantes, qui côtoient l’ultra-moderne: à côté de Venise, faussement immobile, la lourde agglomération industrielle de Mestre; à côté de la barque du pêcheur, qui est encore celle d’Ulysse, le chalutier dévastateur des fonds marins ou les énormes pétrolières.

C’est tout à la fois, s’immerger dans l’archaïsme des mondes insulaires et s’étonner devant l’extrême jeunesse de très vieilles villes ouvertes à tous les vents de la culture et des profits qui depuis des siècles, surveillent et mangent la mer. » ( fin de citation ). La Méditerranée, Fernand Braudel, éd. Arts et métiers graphiques, 1977, p. 8

Celui qui, comme moi, a longtemps vécu en Algérie, a travaillé au Maroc, en Tunisie, au Liban, a voyagé en Italie, en Grèce, en Syrie, et termine ses jours en Espagne, ne peut qu’être convaincu du fait que l’identité méditerranéenne existe. Elle existe tout autant que l’identité nordique ou germanique, l’identité balkanique, ou l’identité maghrébine. Elle s’exprime par l’assemblage des cercles croisés de nos appartenances culturelles et sociales.

Les uns et les autres, pays des deux rives, sommes méditerranéens. Nous ne sommes pas que cela, mais nous le sommes.

L’identité méditerranéenne est d’abord culturelle. Cette identité méditerranéenne nous appartient, à nous européens du Sud, et elle traverse nos autres appartenances, notre appartenance à l’Europe, à la chrétienté ou, sur l’autre rive, à l’islam, au monde développé, ou au monde sous développé qui subsiste en Afrique.

L’aventure européenne ne doit pas nous faire oublier que nous sommes avant tout méditerranéens.

Il y a entre nous, une parenté de culture et de mode de vie, fondée sur la lumière du soleil, la gastronomie,  la vigne, l’olivier, l’amandier, le verbe, le geste, les couleurs de la vie que tant de peintres ont célébrées et qui sont l’antithèse du clair obscur de Rembrandt.

Elle est fondée sur le goût du dialogue, voire de la controverse, l’hospitalité, l’humour, ainsi que la sensibilité, l’affectif qui trop souvent prend le pas sur le rationnel, et surtout, le culte de la mémoire : la plupart des monuments que nous a légué l’antiquité méditerranéenne sont dédiés à la mémoire, cette mémoire greco-latine que les temps modernes cherchent à occulter au profit du  culte voué à une prétendue « modernité » qui confond le progrès de la technologie avec celui de la civilisation ….

Gabriel Audisio, un auteur méditerranéen digne des Pagnol et des Giono, dans un ouvrage intitulé « Jeunesse de la Méditerranée » écrivait, ( je cite ) : « ma patrie, c’est la mer, la Méditerranée, de bout en bout. ». Et il ajoute, quelques pages plus loin, « «  Et je spécifie que, pour les peuples de cette mer, il n’y a qu’une seule mer elle-même, la Méditerranée. » ( Page 15 ).

On a le droit d’en penser ce que l’on veut  .

Surtout à une époque où les problèmes d’identité sont devenus épidermiques, sauf pour ceux qui ont renoncé à toute identité pour se fondre dans le nouveau peuple des apatrides qui hypocritement se déclarent « citoyens du monde », sans trop s’attarder à préciser de quel monde !!!

Ce soir, je m’attarderai à écouter le murumre de la vague qui vient mourir sur le sable doré de la plage. Le regard fixé sur l’horizon, et, songeant au poême de du Bellay,  je m’exclamerai « in petto » :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

ô Méditerranée…( encore)


Marquet

Marquet: Paysage méditerranéen.

Depuis ce petit coin d’Espagne où je me suis retiré pour vivre mes derniers jours, je contemple l’agitation désordonnée d’un monde dont les repères ne sont plus les miens. L’actualité dont les images « domestiquées » défilent « en accéléré »à la Télévision ne m’intéresse plus que pour y mêler, de temps à autres, mon grain de sel, ironique et un brin provocateur….

De mon petit coin de Méditerranée, je contemple, impuissant, les ravages de la mondialisation sauvage, du terrorisme islamiste, d’une l’immigration massive, la crise de la transmission et l’individualisme d’une société devenue avant tout « libertaire » qui se radicalise jusqu’au fantasme de l’auto-engendrement….

En fait, la seule chose qui me hante, c’est le temps qui passe. « Tempus Fugit » disait Sénèque…. Il ne me reste plus qu’à en saisir quelques bribes comme les gouttes d’eau qui restent dans la main que l’on referme après avoir bu à la rivière….

Lorsque j’ai décidé de venir me retirer ici, tous mes amis parisiens m’ont dit  » mais que vas-tu faire dans ce trou, toi qui as vécu si longtemps à Paris, qui as parcouru le monde et rencontré tant de gens passionnants, et porté de si lourdes responsabilités ??? ».

Je ne savais quoi leur répondre, tant je sentais que mes raisons étaient sans valeur pour ceux qui ne conçoivent leur existence que dans l’agitation fébrile d’une vie à laquelle ils tentent de donner un sens…..

Comment leur expliquer que je suis venu ici, pour, – enfin -, vivre en accord avec moi-même….J’avais envie, enfin !!!, de ne plus faire semblant d’être un parisien avec tout ce que cela comporte de futiles exigences …..Paraphrasant Camus dans « l’Eté », j’étais tenté de leur répondre « Paris est souvent un désert pour le cœur »….

Car si j’ai longtemps vécu, – en Algérie d’abord ( trente ans, ça n’est pas rien !!! ), puis en Corse, ( cinq ans, ça vous marque !!! ) puis à Orléans ( 14 ans, ça ne s’efface pas ) et enfin, 15 ans à Paris – , je découvre, sur le tard, qu’ici, « j’existe ». Enfin.

J’existe car je respire l’air marin, l’air de ma Méditerranée, qui me procure le souffle vital grâce auquel je trouve la force de vivre. Chaque promenade dans « l’arrière-pays », fait surgir en moi des images, des souvenirs qui me ramènent au temps de ma jeunesse, et qui me rappellent que j’ai quelque part, ici, des ancêtres qui ont mouillé la terre rouge et sèche de la campagne, de leur sueur.

Les parents de ma Grand Mère paternelle étaient ouvriers agricoles, dans la plaine de Jalon, à quelques kilomètres du lieu où je vis, avant de quitter leur terre pour fuir la sècheresse et les années de misère pour s’installer en Algérie où ils reposent désormais….

Je pense à eux, lorsque je contemple le paysage autour de moi, ce paysage méditerranéen façonné par la main des hommes, que je prends parfois tant de plaisir à peindre…

Je ne puis m’empêcher de penser, en effet, à ceux qui ont dû se battre contre une nature tantôt généreuse et tantôt ingrate, qu’il a fallu domestiquer à coups de pioches, et de combats contre la pierre: murettes de pierres qui dessinent au flanc des montagnes des lignes infinies, pour retenir la terre si rare et si précieuse, afin d’y faire pousser l’olivier majestueux ou l’amandier squelettique….

Ces murailles, on les voit partout autour de la Méditerranée.

On raconte ici, que ces murailles, dont la plupart remontent à l’époque de l’occupation de cette région par les Maures, ont été construites par les esclaves que ceux-ci capturaient en Méditerranée alors que leur piraterie régnait sur cette mer aux apparences si paisibles…..

Muurettes

Ces murailles, je les ai retrouvées partout, en Provence, aux Baléares, en Andalousie, en Sicile, dans les îles grecques et dans le Maghreb. Partout j’ai vu les mêmes paysages, les mêmes silhouettes de troncs noueux et tordus, parfois foudroyés mais debout, de ces oliviers millénaires témoins du temps passé et qui seront toujours là après nous….

Ces paysages, Homère les a décrits mieux que je ne saurais le faire et Ulysse y a promené son regard. Ils ont inspiré Virgile dont « L’Enéide », relate le voyage d’Enée depuis Troie jusqu’à l’Italie si riche en vestiges d’une culture qui malgré les assauts d’une prétendue « modernité », résiste au temps qui passe…

J’ai toujours été écartelé entre mon attirance vers la mer et le sentiment d’évasion qu’elle me procure et mon inclinaison envers l’arrière-pays méditerranéen, parce qu’il est, presque partout, resté sauvage et donc authentique.

Dans  » L’été » , la première phrase de Camus fut pour dire que ( je cite) :  » Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin pourtant s’en fait sentir. Pour comprendre le monde, il faut parfois s’en détourner: pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance. Mais où trouver la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? » ( fin de citation ).

Les déserts sahariens que j’ai parcourus dans ma jeunesse ne sont plus que des territoires où se traine la misère des peuples qui comme mes ancêtres fuient la pauvreté. Pourchassés par des brigands qui prospèrent, en tentant de leur extorquer le peu qui leur reste pour les conduire à la mort dans la traversée d’une Méditerranée devenue le tombeau de peuples faméliques….

Les îles de notre Méditerranée ne sont plus que des refuges où tentent de survivre les survivants de ces embarquement tragiques….

Ô Méditerranée, qu’ont-ils fait des tes rivages peuplés autrefois de sirènes à la beauté mythique dont la voix douce attirait les navigateurs pour mieux les engloutir après les avoir embrassés ????

ô Méditerranée… ( suite ).


Tipaza

J’aurais pu évoquer bien d’autres rencontres, tout aussi  inattendues : chacune d’elles est inscrite, dans ma mémoire, comme un moment chaleureux d’échange de souvenirs partagés, qui font revivre, sans amertume, les moments forts de notre jeunesse….

Ainsi, j’ai rencontré, au cours d’une mission, au Liban, un compatriote algérois membre du Corps Consulaire, avec lequel j’ai sympathisé, et qui m’a fait découvrir Beyrouth, encore en ruine après des années d’une guerre civile intercommunautaire atroce. Beyrouth et ses restaurants populaires…. Je me souviens de l’évocation, devant un plat de rougets et de langoustines, de nos souvenirs de pêche sous-marine en Algérie….

Julien avait connu, comme moi, les nuits passées avec quelques copains, à la belle étoile,  sur le sable de la plage du Chenoua, (qui sera plus tard ensanglantée par un cruel attentat),  afin d’être fin prêt  pour être à l’eau  dès l’aube, vêtus de notre combinaison sous-marine, à la recherche du mérou mythique dont tous les pêcheurs qui connaissaient le coin parlaient sans l’avoir jamais vu.

Nous évoquions les parages de ces lieux mythiques qu’Albert Camus a  immortalisés. Car à l’époque dont je parle,  il fallait transpirer pour arriver jusqu’aux ruines romaines de Tipaza, non loin de la plage du Chenoua : il fallait crapahuter entre des éboulis de rocaille, sous une chaleur estivale, parmi les ronces, les touffes de câpriers en fleurs, mais aussi, entre deux lignes de figuiers de barbarie aux épines menaçantes, en respirant le parfum enivrant des bouquets de lavande et de thym sauvage.

Au fur et à mesure de l’évocation de ces souvenirs, d’autres détails nous reviennent en mémoire : mon interlocuteur évoque le chant strident des cigales qui déchire le silence des lieux. Je lui réponds en évoquant le souvenir des lézards minuscules et fragiles,  immobiles sur les pierres romaines,  sous un soleil brûlant, dont les lourdes  paupières battent au rythme du petit cœur que l’on devine sous la peau du ventre…..

Puis nous nous souvenons avec la même émotion du moment où, après une dernière course, entre deux rangées de ruines, nous plongeons, enfin dans la mer, si bleue, pour jouir du plaisir de la fraîcheur bienfaisante, et du privilège de nager seuls, en ces lieux  sauvages, sans même songer un instant à célébrer l’antique présence de ces pierres, témoins d’une civilisation romaine dont les traces sont partout autour de notre Méditerranée.

Car de Mycènes, en passant par Thèbes, partout des pierres massives sur lesquelles le Temps a inscrit sa marque, sont là pour témoigner de ce que notre Méditerranée a souvent divisé ses riverains, mais ne les a jamais séparés à jamais. Et l’Histoire, la solennelle Histoire, celle que l’on n’enseigne plus que parcimonieusement aujourd’hui, est là, partout, pour nous rappeler que les rivages de notre Méditerranée n’ont jamais cessé de changer de domination. Que si l’Italie du Sud fut espagnole, n’oublions pas que les Aragonais régnèrent sur le Languedoc, sur la Sicile, Naples, la Sardaigne et la Corse. Que le roi d’Aragon a repris plusieurs fois les Baléares aux Maures, et que ceux-ci avant d’être colonisés, furent des colonisateurs….

Plonger dans ces eaux chargées d’Histoire, en des lieux demeurés sauvages, procure à celui qui en a eu le privilège, et qui en a gardé le souvenir, des émotions intenses. Nager parmi les pierres romaines, en observant les girelles aux couleurs vives, les sards étincelants, les bancs d’oublades et de « tchelbines » et les corbs aux couleurs brunes se glissant entre deux roches où des colonies d’oursins s’étalent à leur aise, c’est un spectacle qui a émerveillé ma jeunesse et que je conserve comme un souvenir précieux et intact.

Car la Méditerranée, si on la respecte, ce qui est de moins en moins le cas, est capable d’offrir à ceux qui l’aiment des trésors de souvenirs sous-marins….

( à suivre )

ô Méditerranée…


TipazaIl nous arrive, de plus en plus souvent, le soir, lorsque notre promenade nous conduit à l’autre bout de la plage, de faire une halte, sur un banc face à la mer. C’est un instant précieux pour moi.

C’est l’heure où, mon épouse et moi-même remplissons nos poumons de l’air frais du large, en savourant les parfums marins subtils que transportent les embruns. Nous admirons en silence le bleu profond du ciel que reflètent, ornées de leurs scintillements, au soleil couchant, les vagues de notre Méditerranée.

Je laisse alors mon esprit divaguer….

Le regard fixé sur la ligne d’horizon devenue, pour moi, au fil du temps, comme une frontière, mes pensées vont vers ceux de ma famille qui sont restés là-bas : mon père qui souhaitait rester enterré sur une terre qu’il aimait, auprès de sa mère , de ses oncles et tantes qui m’ont connu enfant.

Leur poussière appartient désormais à cette terre, qui n’est plus la mienne, mais dans laquelle plongent mes racines.

C’est à eux que je dois d’être ce que je suis: un méditerranéen,  incorrigiblement .

Dans mes veines coule un sang mélangé où l’on trouverait des traces d’ADN issues du pourtour de cette Méditerranée vers laquelle j’aspire à revenir toujours, et plus encore au soir de ma vie, après avoir parcouru le monde sous toutes les latitudes et tous les Continents.

Je n’ai jamais cru aux races pures. La mienne, celle que j’assume, a de multiples visages, et son authenticité repose , comme pour toutes les «évidences», sur un amalgame d’antécédents suspects, dont la complexité échappe aux « gens du Nord ».

Il faut être un « méditerranéen »pour comprendre la culture et le langage de ceux qui ont grandi sur l’autre rive : ces « sangs mêlés » au langage fait de français, d’espagnol, d’italien et d’arabe ….

C’est cette culture qui fait que je me sens chez moi partout, en Grèce, en Italie, en Provence, en Espagne, mais aussi dans les pays Arabes où au bout de deux ou trois jours me reviennent , comme par enchantement, les mots et les bribes de conversations, en Arabe, appris dans ma jeunesse, et qui font que dans le fin fond de la Syrie , on me dit « inta, Djezaïri ??? »….. tant l’Arabe que parlent les Algérois est différent de celui des autres pays arabes….

Il se peut, pour ceux qui n’en sont point, que ces « sangs mêlés » aient quelque chose de dérangeant  car ils sont porteurs inconscients de valeurs qui, dans l’Europe du Nord, se sont effritées au fil du temps : un sens aigu de la famille, le respect des traditions, celui des vieux et des ancêtres,  un goût prononcé pour les grandes tablées et les discussions bruyantes autour d’un Couscous ou d’une Paella, ou pour les plaisanteries grivoises entre deux brochettes et un verre d’anisette.

Je les ai rencontrés partout.

Et pas seulement autour de la Méditerranée : alors que j’étais en mission en Uruguay, dans un petit patelin nommé  « Paysandu »,à la frontière du Brésil, non loin des chutes d’Iguazu, le Directeur local de la Banque agricole auprès de laquelle j’étais en mission, me conduit auprès d’une communauté de Pieds Noirs qui, chassés d’Algérie, avaient recréé là, une superbe exploitation sur 2.000 hectares de citrus, devenue, en Uruguay, un modèle de mise en valeur de terres arides.  Je me souviens de leur hospitalité chaleureuse et émouvante…. Et surtout, je n’ai pas oublié qu’en moins de quelques minutes, autour d’un verre d’anisette, ils avaient retrouvé, en évoquant leurs souvenirs d’exil, mais aussi leur aventure humaine, cet inimitable accent et ces expressions savoureuses que les Pieds Noirs utilisent dans leur langage, dès qu’ils se retrouvent entre eux….

Je suis capable de reconnaître d’un seul œil, d’une seule oreille, et au flair, dans n’importe quel coin du monde, ses plus divers représentants.

Ainsi, un soir, sortant de l’Hôtel Rex à Saîgon où j’étais encore en mission, je suis entouré d’une nuée d’ enfants qui guettent la sortie des « touristes » pour mendier quelques dollars. L’un d’entre eux,  trouve le moyen de glisser sa main dans ma poche : je me retourne et dans un reflexe de colère, je lui lance, pour l’impressionner : «  ça suffit !!! Tu arrêtes, ou « je t’en donne une que le mur , y t’en donne deux » !!! ». Une expression qui n’appartient qu’à nous !!!

Soudain quelqu’un frappe sur mon épaule : je me retourne et un grand gaillard me dit «  vous, vous êtes un Pied Noir !!! ». Il s’agit de Gabriel Conesa, reporter à Paris-Match, qui fut le gardien de but de l’équipe de water polo d’Algérie. Inutile de dire que la soirée se terminera au bar de l’Hôtel Rex,- avec le merle célèbre qui sifflait la Marseillaise, depuis sa cage-, arrosée de Ricard, (à défaut d’Anisette), à évoquer nos souvenirs de jeunesse sportive à Alger, sous le regard amusé des autres reporters qui accompagnaient ce compatriote inattendu…

A New York, à l’issue d’une réunion qui s’était terminée tard dans la nuit, nous sortons des bureaux du Crédit Agricole, et à quelques mètres sur le trottoir une odeur sympathique nous attire dans une Pizzeria encore ouverte à une heure du matin : nous entrons avec mes collègues et je lâche un « putain !!! ça sent bon ici ». Le patron qui m’a entendu, accourt et me dit « vous, vous êtes Pied Noir » !!! A son accent , je reconnais un compatriote oranais, et nous voilà partis, sous le regard médusé de mes collègues dans une évocation colorée de nos souvenirs communs…. Vous êtes mes invités, nous dit-il !!!  Nous sommes sortis de cette Pizzeria, repus, à trois heures du matin !!!.

( à suivre ).

« Et en même temps »…


HollandeBourget

Je ne sais ce que l’Histoire retiendra de la période déconcertante que nous traversons depuis près d’un demi-siècle.

Sera-ce l’épisode qui s’est refermé  avec la période Mitterrandiène du « Ni-Ni », ou celui qui s’ouvre, avec le « en même temps » de Macron ???

Car il semblerait que la période qui s’ouvre devant nous soit caractérisée par le triomphe de « l’ambivalence ».

Une évolution qui ne surprendra pas ceux qui comme moi, pensent qu’une société qui souffre d’une surprenante perte de repères, une société qui déteste les « discours clivants » n’ait d’autre projet que celui de se réfugier dans une attitude de confusion des valeurs, inspirée par l’attitude philosophique à la mode depuis quelques décennies, celle du « relativisme ».

Le relativisme est une doctrine ou un mouvement de pensée qui affirme qu’il n’existe pas de vérité absolue.

Pour le relativisme, les valeurs, la morale ou l’esthétique sont variables et dépendent des circonstances socio-historiques. Le sens et la valeur des croyances, des coutumes et des comportements humains n’ont pas de références absolues. La recherche du vrai, ainsi que les notions de bien et de mal sont liées aux circonstances et n’ont donc rien d’absolu.

En tant que conception philosophique, le relativisme admet la relativité de la connaissance humaine. Niant toute référence absolue, il considère que différents points de vue et points de départ sont possibles et équivalents entre eux, ce qui rend toute objectivité impossible.

Rapportant tous les éléments d’une culture à l’Homme en général, il est une forme d’humanisme. Un humanisme qui s’exprime à travers des sentences du style de « toutes les cultures se valent », « il n’y a pas de hiérarchie entre les civilisations qui toutes se valent », etc…. Une attitude philosophique immortalisée par l’humoriste Jean Yane dans un célèbre « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »…..

Le « Macronisme » se révèle être une forme de relativisme appliquée à la vie politique : ainsi, peut-on, – selon Macron – , être « en même temps » de droite et de gauche, en fonction des circonstances.

Cette approche relativiste semble parfaitement convenir aux aspirations d’une époque où l’on considère sans pudeur, que l’on peut être un homme tout en ayant « en même temps » des inclinations sexuelles féminines, et inversement, de même que l’on peut aspirer à la vie « bourgeoise » de la « Gauche caviar », et « en même temps » avoir des idées « socialement avancées », ce qui, paradoxalement constituerait un brevet de supériorité en matière « d’intelligence sociale » et de tolérance….

Tous ceux qui refusent d’adhérer sans réserve à cette forme de « prêt-à-penser »qui s’est répandue en Occident, alors qu’elle est presque totalement absente sur le restant de la planète, sont considérés comme d’affreux ringards…

Tout comme le sont ceux qui, comme moi, ne partagent pas l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale.

Dans ce contexte, la « ringardisation », c’est, en effet, ce qui menace la Droite française, si elle ne procède pas, sans trop tarder à une sérieuse remise à niveau de son « capital idéologique » .

La cuisante défaite aux élections Présidentielles, et la déroute qui menace dans la perspective des élections législatives l’a placée face à une réalité douloureuse :  depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite traditionaliste, patriote et sociale qui assume ses valeurs.

Or, pour se recomposer, la droite doit retrouver de vrais leaders capables d’incarner réellement les valeurs d’un courant politique consubstantiel à l’Histoire de la République : une Droite sans chef, c’est une Droite qui perd sa boussole. Or, actuellement, la Droite manque cruellement d’intelligences capables d’en théoriser les fondamentaux, comme le fit, sous Chirac, un Philippe Séguin, malheureusement insuffisamment écouté….

Comme l’écrit l’Historien François Huguenin dans le Figaro de ce jour , ( je cite ) « une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. »( Fin de citation ).

La Droite, elle aussi, a fini par perdre ses repères « idéologiques »( je n’aime pas trop ce mot pour la Droite ) et renoncé à défendre ce qui fait l’essence de la droite: l’alliance modérée et pragmatique du libéralisme et du conservatisme.

Encore faudrait-il que la nouvelle génération politique de droite, soit capable de faire émerger un leader aux épaules suffisamment larges pour relever le défi et restaurer la noblesse du débat d’idées, le souci du bien commun, l’amour du pays, et  la protection des plus fragiles que « la mondialisation » et « la France d’en-haut » ont abandonnés sur le bord du chemin….

En attendant, et « en même temps », et pour le bien de la France, on ne peut que souhaiter la réussite d’Emmanuel Macron si celle-ci doit contribuer au redressement économique du pays.

Mais ce n’est pas gagné d’avance, car une fois l’euphorie laborieusement entretenue par un climat médiatique en surchauffe, le mur des énormes difficultés accumulées par des années de dénis, de lâchetés, de dérobades et de renoncements ne tardera pas à se dresser à nouveau sur la route de celui qui ne doit pas oublier que, comme son prédécesseur, il a été élu par défaut….