« Les études » ou « les copains d’abord » ???


Yaouled

( Suite ).Mes parents, sur le conseil de mon oncle, l’Instituteur Baldenweg, m’ont « mis en pension » au Lycée de Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Alger. Je ne reviens chez mes parents, que les Samedis et Dimanches où je ne suis pas « collé ».

Car, disait-on alors, j’étais un  des « élèves dissipés » de l’internat!!! Tantôt étais-je puni pour avoir participé à un chahut général en classe de Latin, tantôt pour avoir déclenché une bataille de figues sèches au réfectoire, tantôt pour avoir, au cours d’une partie de foot, dans la grande cour, envoyé le ballon dans les vitres du bureau du Surveillant Général, etc….

Mais quand j’étais « de sortie », quelle joie de retrouver la famille, mais également…les copains du quartier de Belcourt, ceux précisément dont la fréquentation, nuisible à mes études, m’avait conduit à « l’enfermement »….

Ma famille habite au 4 du Boulevard Villaret-Joyeuse. Face à notre immeuble se trouve un garage, et derrière ce garage, une impasse et un terrain vague: notre terrain de jeux.

Je me souviens de l’existence dans cette impasse d’un entrepôt qui abritait un grossiste en articles de bureau et fournitures scolaires. Son propriétaire, Mr Staropoli, nous appelait quelques fois pour l’aider à décharger une camionnette, et nous rétribuait en crayons, gommes, ou en plumes « Sergent-Major », dont j’étais le principal bénéficiaire, car mes copains avaient rompu avec l’école. 

Entre deux parties de foot, ou deux parties de « pelote basque », contre le mur blanc de l’entrepôt constellé de traces de balles de tennis, nous occupons notre temps à des discussions sans fin, assis sur le bord d’un trottoir qui menaçait de ruine… Parfois nos discussions s’enflamment et se terminent par une bagarre sans conséquence, qui fait plus de bruit que de mal…. Il nous est arrivé, lorsque la bagarre avait lieu sous les fenêtres d’un immeuble, de recevoir un seau d’eau sur la tête, en signe de protestation des voisins.

Il y a là Albert, fils d’un Facteur et d’une employée des Postes, et Maurice le fils de Madame Hazan, la couturière de ma mère, qui habitent dans le même immeuble que nous. Albert est un athlète en herbe qui deviendra champion cycliste. 

Il y a là, Raoul, dont les soeurs excitent nos commentaires à connotation sexuelle qui mettent Raoul en rage. Il y a Joseph dont le père travaille au garage voisin et que ses parents ont « mis au travail »à 14 ans, car il a échoué au Certificat d’études….

Mais il y a aussi Saïd qui a « quitté l’école »pour travailler avec son père, marchand de légumes au marché de la Rue de l’Union, ce marché fréquenté par la mère d’Albert Camus et cité par ses biographes. Il y a Slimane, excellent joueur de foot, qui s’exprime plus facilement en Arabe qu’en Français, et qui ne fréquente que l’école Coranique du Marabout, où se trouve le cimetière musulman. Il y a aussi Aït-Kaçi, un Kabyle surnommé par les Arabes « Bouselouff » (en Arabe, tête de mouton), – parce qu’il est frisé et blond aux yeux clairs -, qui joue magnifiquement d’une flûte, qu’il s’est fabriquée avec un roseau.

Le plus « argenté » de nous tous, c’est Saïd, car il est rémunéré, chichement, par son père, le marchand de légumes qu’il accompagne aux Halles Centrales, en bas du Boulevard Villaret-Joyeuse, dès 4 heures du matin pour faire ses achats de légumes, puis pour se rendre au marché préparer son étalage. Il est apprécié de tous car de temps à autres, nous allons en sa compagnie chez l’épicier arabe de la rue de Lyon, et il nous paye une bouteille de Limonade « Hamoud Boualem », qu’Ahmed, le garçon qui travaille chez l’épicier, nous sort, bien fraîche, de la glacière.

Je n’oublie pas les « expéditions » que nous faisons, en bande, au Jardin d’Essai, un superbe jardin botanique, proche du Stade Municipal où je joue au Foot dans « l’équipe cadets » du RUA.

Nous prenons le tram des CFRA, une sorte de tortillard, dont on pouvait, quand il ralentissait, monter ou descendre en marche: ainsi, nous allons jusqu’au Jardin d’Essai, en fraude, et descendons du wagon, dés que le contrôleur se pointe, pour prendre le tramway suivant, « à l’oeil »….

Au Jardin d’Essai, sur le banc qui se trouve près du Grand Bassin, nous passons des heures à discuter: le foot, les filles qui passent, dont on se contente de rêver, car , tout juste pubères, nous n’en intéressons encore aucune. Mais les filles sont déjà un sujet à controverse avec les Arabes, qui trouvent normal d’interpeller une européenne, mais qui se fâchent dès que l’on importune une Arabe, surtout si elle est voilée, ce qui est « haram »à leurs yeux….

Mais nos plus grands exploits, ceux qui étonnent tout le quartier, et terrorisent ma mère, ont lieu dans le boulevard qui descend vers les Halles.

Joseph, récupère parmi les débris de voitures empilés au fond du garage, des roulements à bille, et Saïd nous procure chez l’épicier arabe de la rue de Lyon, des caisses de « Savon de Marseille » vides, avec quoi, dans l’atelier du garage, nous fabriquons des « chariots à roulements », avec lesquels nous déferlons à toute vitesse sur le boulevard, parmi les voitures (rares à l’époque) et les camions, en poussant des hurlements sauvages, sous le regard désapprobateur des passants.

Jusqu’au jour où « Bouselouf » est passé sous un camion est s’en est sorti avec de multiples fractures. Cet épisode a mis un point final à nos « exploits ».

Le pauvre « Bouselouf », avec des restes de caisses de savon s’est fabriqué une boîte qui deviendra son « fonds de commerce »: il rejoindra le peuple des « petits cireurs » de chaussures, les « Yaouleds » comme on les appelait alors, qui écument les terrasses de café pour proposer leurs services.

Mais, peu à peu, l’école est devenue, entre nous, un sujet tabou: mes copains sont fâchés avec les études. L’école, sa discipline, les devoirs à faire à la maison, tout cela « leur prend la tête » comme on dit aujourd’hui…

C’est ce qui fait que très vite nos routes vont se séparer…..Mes parents me reprochent le temps que je passe avec « ces voyous sans éducation », mais je tiens tête car ce sont encore « mes copains », mais je sens que nos centres d’intérêt divergent de plus en plus….

Le Lundi matin, je reprends, le coeur serré, le chemin de l’internat.

Dans le trolleybus qui part de la Place du Gouvernement, juste en face du Bar du Gallia, – encore un autre grand club de foot – je retrouve d’autres copains, ceux qui comme moi rejoignent le Lycée de Ben Aknoun pour se replonger dans « le monde des livres ».

J’ai vécu ainsi, alors que j’avais entre douze et quinze ans, à l’intersection de deux mondes, celui qui échappant à « l’école »se condamnait à l’illétrisme et à rejoindre le peuple des « défavorisés », et l’autre, celui qui grâce à l’éducation, grâce à des maîtres que je n’oublie pas, s’engagent sur la voie d’un autre destin….(à suivre)

PS: sur le site http://www.demarcalise.com/iconisma/?q=image/100-phabelcourt-15 on trouvera d’intéressantes photos du Belcourt de ma jeunesse. La photo du Bd Villaret-Joyeuse montre l’immeuble (jaune) où nous habitions. On apprend sur ce site, que ce quartier tombe aujourd’hui en ruines…

Le cochon.


Naïvetés porcines

( Suite ).

A force de se croiser et d’échanger des sourires, mon père et ma mère se sont « rencontrés », puis fiancés. J’essaie de faire parler ma grand-mère sur le mystère qui entoure, dans presque toutes les familles, la rencontre amoureuse entre « Papa et Maman ».

– » Tu sais, mon fils, je n’ai pas voulu intervenir quand ta mère a décidé d’épouser ton père. Je ne voulais pas agir comme ma propre mère qui ne voulait pas que j’épouse ton grand père, « trop allemand » à son goût….Moi, je trouvais que ton père était un peu trop maltais…Les maltais ont la réputation d’être un peu trop « machos »… ». J’aurais préféré qu’elle épouse Vincent Giordano, le fils d’une amie, un garçon sérieux, d’une famille italienne,…mais, bon!!!… »

Le mariage a néanmoins eu lieu en grande pompe, suivi d’un banquet au Restaurant « Le Pavillon Bleu » aux Deux Moulins. C’est ainsi, dans beaucoup de familles méditerranéennes: on n’a pas un sou, mais on se ruine pour fêter un mariage !!!!

De ce mariage naîtront cinq enfants dont je suis l’aîné. J’y reviendrai.

Ma mère présentera son mari à Prosper Durand. Tout de suite, mon père, cet homme pourtant peu chaleureux, au caractère plutôt ombrageux, mais à l’intelligence vive, et surtout infatigable travailleur , plaît à Prosper Durand qui le propose à son gendre: le Docteur Fine, qui exerce la médecine en France et vient rarement en Algérie, possède un grand domaine agricole sur le quel il a greffé un Club de tennis avec Club House, Restaurant et piscine ( où j’ai failli me noyer…) à Badjarah, tout près d’Alger. Mon père en deviendra, en quelle que sorte, le Régisseur.

Ce sera sa première expérience en la matière,mais il y en aura d’autres. Dont celle de la gestion d’un autre domaine, celui de la famille Mérigot, armateurs et propriétaires d’une Compagnie de Navigation . Ce domaine arboricole et de vignobles, mon père en fera un petit bijou. Ce qui ne lui vaudra pas, pour autant, la reconnaissance de la famille Mérigot, au moment de l’Indépendance de l’Algérie….J’y reviendrai….

C’est dans de telles circonstances que mon père sera confronté au contact avec des « vrais colons », des propriétaires, héritiers de domaines familiaux, où ils ne mettaient jamais les pieds, si ce n’est pour empocher « les bénéfices » et repartir en France. Des gens pour qui les liens avec l’Algérie n’étaient que des liens vénaux, car cette terre où ils n’étaient d’ailleurs pas nés ne leur inspirait aucun sentiment d’attachement.

J’ai quelques souvenirs de tout cela:

A Badjarah, il y avait sur la propriété agricole, un métayer, Mr Gomez qui vivait sur l’exploitation avec sa famille. Ces gens avaient l’accueil simple et chaleureux des Pieds Noirs d’origine espagnole, et mon père nous a parfois confiés à eux, mon second frère et moi, pour des vacances scolaires.

Mon père venait là une fois par semaine, pour faire la paie des ouvriers. Il s’installait devant l’écurie, avec une petite table, et les Arabes, alignés, se présentaient, chacun à son tour, pour recevoir leur dû.

Je devais avoir onze ou douze ans, et j’ai souvenance d’une scène qui est restée dans ma mémoire. Mon père avait coutume d’offrir à chaque ouvrier,- il les connaissait nomément, et connaissait la situation de famille de chacun-, des gros pains qu’il ramenait, tout chauds, d’une boulangerie d’Hussein-Dey. Chacun des ouvriers recevait, en prime, donc en plus de son salaire normal, un ou plusieurs gros pains, en fonction de sa situation familiale. Les ouvriers remerciaient par un « ya ramoualdick »sonore….

Ce jour-là, la paie avait lieu en présence du propriétaire du Domaine de passage à Alger. Le Docteur Fine, s’adressant à mon père sur un ton qui m’avait profondément choqué, lui reproche cette « libéralité », pourtant bien modeste et destinée à humaniser quelle que peu la relations avec des ouvriers dont certains travaillaient là depuis de nombreuses années.

Par la suite, j’ai su, de la bouche de Mr Gomez, que malgré cet « incident », qui m’avait révolté, mon père avait continué, à ses frais, à distribuer ce pain qui dans son esprit, devait être un acte de générosité modeste mais symbolique.

Pour moi, « les vrais colons », c’était cela.

Non que tous les « colons » aient eu, en Algérie, ce type de comportement. Car il faut faire la distinction entre les agriculteurs qui étaient nés là-bas , vivaient « sur » et « de » leur exploitation agricole, parmi leurs ouvriers, dans des « bleds » isolés, loin de tout, et ceux qui n’avaient aucun lien avec une terre dont ils avaient hérité, et sur la quelle ils n’avaient jamais travaillé ni laissé une goutte de leur sueur….

A la ferme, on « tuait le cochon » en famille.Tout le monde y participait, Monsieur Gomez dirigeant les « opérations »avec son épouse. Et j’ai assisté, horrifié par les cris de la bête, au sacrifice, puis à la découpe de la bête, qui en une matinée, était transformée en saucisses, soubressades, pâtés, jambons et autres charcuteries….

Le jour où l’on « tuait » le cochon, – c’était en général pendant les vacances scolaires de Noël -, avait lieu un sorte de grand banquet, en plein air: la famille Gomez au complet était là, ainsi que notre famille, et pour la circonstance, mes deux grands mères étaient là, au bout de la table, manifestement heureuses de participer aux agapes. Les Gomez avaient préparé une grande paella, ma grand mère paternelle avait préparé des « tapas », et l’autre grand mère un grand plat de salade de tomate à la mozarella et au basilic et ma mère, son  flan délicieux aux oeufs et à la vanille… 

Participaient à la « fête »les deux  Arabes »contre-maîtres » ( c’était le terme exact ) – qui n’avaient pas participé, évidemment,  à l’abattage du cochon, mais qui avaient l’air heureux d’être là – et leurs femmes, dévoilées, qui, avec Madame Gomez, et ma mère paticipaient à la préparation et au service du repas. 

Je ne sais si on comprendra, à travers ce court récit, la complexité des rapports sociaux qui existaient en Algérie. Une complexité qui a échappé à de nombreux chroniqueurs de la vie de cette époque.

Ma famille est, en quelque sorte, le prototype de la famille de Pieds Noirs, venus en Algérie pour survivre et y travailler, avec un niveau de vie relativement modeste, qui entretenait avec les « Arabes » des rapports dépourvus de supériorité ou de condescendance, des rapports souvent amicaux et même parfois chaleureux.

 Je n’ai, pour ma part, dans mes jeunes années, jamais ressenti d’hostilité ou de difficulté dûe à des différences de culture ou de religion. Nous vivions côte à côte,mais sans nous ignorer, chacun respectant les usages et les règles de vie de l’autre. Que ce soit avec mes copains de Belcourt, – même avec ceux qui étaient un peu voyous « sur les bords »- , que ce soit à l’école, ou au lycée, que ce soit au football, et plus tard à la Fac, je n’ai jamais été confronté à une détestation ouverte de la part des « Arabes » que j’ai fréquenté pendant toute ma jeunesse. Même s’il m’est arrivé d’échanger quelques coups de poings avec eux pour un litige au cours d’une partie de foot, cela n’allait pas très loin et ne comportait aucune connotation « raciale », comme on dirait aujourd’hui…

Cela surprendra certainement, mais pendant mes jeunes années, je n’ai jamais entendu prononcer, dans mon entourage les mots dont on abuse aujourd’hui : « stigmatisation », « islamophobie ». L’Islam était présent autour de nous mais ne mous menaçait pas, donc nous n’en avions pas peur.

Ma grand mère me parlait quelques fois de « racisme », mais il s’agissait surtout des problèmes rencontrés par les Juifs pendant la guerre. Le »racisme » était latent, probablement, mais il n’empêchait pas le petit peuple de Belcourt ou de Bab El Oued de cohabiter, de se retrouver le soir après le travail au bistrot pour jouer à la belote ou au jacquet, sur les terrains de pétanque ou de foot, toutes confessions confondues.

Certes,  j’ai toujours ressenti le poids  de la religion musulmane dans le comportement des Arabes avec qui nous cohabitions. Mais à cette époque l’Islam pratiqué par les Algériens était réellement un « Islam modéré ». Les femmes, surtout les femmes âgées, portaient le « haïk »blanc, mais sans ostentation, et les plus « évoluées », – comme on disait alors -, s’habillaient le plus souvent » à l’européenne ».

Un ami arabe de mon père ne mangeait pas de cochon, mais mangeait volontiers…du jambon !!! Ce qui nous faisait sourire …

Ce n’est que beaucoup plus tard, parvenu à l’âge adulte, que je serai confronté aux réalités et aux difficultés de notre cohabitation avec les musulmans. 

Car, hélas, tout a changé, par la suite, mais très progessivement, au lendemain du 1er Novembre 1954….

Je m’étonne, encore aujourd’hui, de la profondeur du fossé que le terrorisme aveugle et cruel du FLN, et la réponse brutale de l’Armée, ont pu creuser en quelques années, au point d’instaurer des rapports de méfiance entre des êtres qui jusque là avaient vécu paisiblement et côte à côte, au point de suspecter et de craindre l’Arabe au côté de qui on avait vécu de longues années: combien de nos compatriotes ont été assassinés, parfois avec sauvagerie, par « l’homme de confiance » , celui qui avait les clefs de la maison et participait aux joies et aux peines de la famille….

Mais cela est une toute autre histoire.

(à Suivre ).

Prosper Durand et Cie.


(Suite).Ma grand-mère a cessé de faire le ménage du Consulat de Suisse, lorsque ma mère qui venait d’obtenir son Brevet Supérieur, et son Diplôme de « Sténo-Dactylo », a eu son premier emploi, un poste de Secrétaire de Direction chez « Prosper Durand et Cie », une entreprise de négoce de charbonnages, de pétrole, et de fournitures destinées aux navires du Port d’Alger.

C’est grâce au salaire de ma mère que ma grand-mère a pu »faire bouillir la marmite »et que mon oncle, titulaire d’une bourse d’études a pu terminer sa formation à l’Ecole Normale d’Instituteurs.

Ma mère nous racontait que pour économiser le prix du ticket de tramway, elle faisait, par tous les temps, le trajet entre « la maison » et « le bureau », à pied. Environ une heure de marche: une heure à l’aller, autant au retour….

Tout ceci n’est pas destiné à émouvoir le lecteur, en jouant le couplet du « misérabilisme ». Bien au contraire. Ceci montre que la pauvreté, n’exclue pas  la dignité, le courage, et surtout, la volonté de réussir dans la vie, pour sortir de la misère, précisément. Par le Travail…. 

Ma grand-mère était totalement illettrée, et cela n’a pas empêché ses enfants de faire de bonnes études, malgré des moyens financiers très limités. Cela me permet, au passage, de tordre le cou à un discours ambiant selon lequel l’échec scolaire s’explique, aujourd’hui, par « les difficultés sociales »….

Cela me permet de montrer également que- contrairement à une légende coriace – les « Pieds Noirs » n’étaient pas tous, et loin s’en faut, des « colons » exploiteurs, et que beaucoup d’entre eux vivaient dans des conditions qui n’étaient guère meilleures que celles de beaucoup d’Arabes. 

Je ferme cette petite parenthèse, mais j’y reviendrai ultérieurement, à propos d’un autre sujet.

En entrant chez Prosper Durand, ma mère va découvrir un milieu qu’elle ne pouvait imaginer pénétrer un jour: celui de la grande entreprise, mais aussi celui des affaires dont les centres de décisions ne se trouvent pas en Algérie.

Cela va lui ouvrir , ainsi qu’à mon père, un peu plus tard, des horizons inattendus. Car elle est fort appréciée dans son travail et très estimée par son patron. Cela comptera pour la suite.

Car Prosper Durand est une personnalité à Alger. Sa famille est fortunée, et il est Membre de la Chambre de Commerce, ainsi que l’atteste le document que l’on trouvera sur le site:

http://alger-roi.fr/Alger/port/texte/notice.htm

En effectuant une petite recherche, grâce à Google, j’ai retrouvé la trace de l’entreprise « Prosper Durand et Cie » jusque dans le Conseil d’Administration de la Compagnie de Navigation Worms:

http://www.wormsetcie.com/1949/19490600de-roger-menneveeles-documents-de-laiiiarticle.html

Je cite:

« En dehors de Sir Arthur C. Cory-Wright, la personnalité la plus importante de l’affaire était M. Frédéric James Leather, grand armateur, né le 21 novembre 1884 à Londres, administrateur de nombreuses sociétés relevant du commerce et du transport des combustibles, spécialement des filiales de la Worms Cory and Son Ltd, où dans laquelle celle-ci possédait des intérêts.
C’est ainsi qu’en 1938, on le trouvait au conseil de :
Cory Colliers Ltd
Cory and Strick Ltd
Cory Lighterage Ltd
Bridge Wharf C° Ltd
Forward Lighterage Ltd
Mann George and C° Ltd
Prosper Durand and C°
Fuel Shipplng and Trading CP Ltd
English Coaling C° Ltd
Suez-Canal Lighterage C° Ltd
Tunnel Asbestos Cement C° Ltd
Walton Joseph and C°
K.V. Nederlandsche Steenkolen Handelmaats (société hollandaise)
Société française Worms Cory et Fils
Compagnie de gestions et de participations (société française), etc. »( Fin de citation ).

Car le Port d’Alger, qui, depuis la conquête de l’Algérie, n’est plus un repaire de pirates « barbaresques », est devenu l’un des grands ports de la Méditerranée, par où transitent les importations et les exportations de ce pays en plein essor.

De la fenêtre de son bureau, ma mère peut apercevoir ce qui reste du quartier de la Marine, toujours en cours de démolition car ce quartier a mis plus de quarante ans avant d’être entièrement rénové. Ce quartier où pour notre famille, tout a commencé.

Quartier de la Marine

Elle aperçoit de loin, les dockers, les marins, les grutiers, les navires qui entrent et sortent du Port d’Alger. Elle évoque tout ce petit monde avec sa grand-mère Alphonsine qui termine ses jours chez sa fille Catherine…. Car ma grand-mère a recueilli sa mère trop vieille pour continuer à tenir son bar.

Sur le trajet, effectué à pied, entre la maison et le bureau, ma mère croise très souvent, un garçon brun, aux grands yeux noirs, et échange avec lui un sourire: de sourires en sourires une idylle va naître….

Ce garçon sera mon père.

( à Suivre ). 

Femmes d’Alger


Ma grand-mère paternelle a eu jusqu’à l’extrême limite de ses forces un courage exceptionnel. Peu de temps avant qu’elle n’entre dans la phase finale de son cancer qui a duré un mois, elle travaillait. C’était une « lève-tôt », comme mon père d’ailleurs.

Elle habitait dans un petit appartement, au-dessus des bureaux de mon père.

Debout à cinq heures du matin elle avalait un café noir, et l’estomac vide, car elle ne « supportait » plus rien, elle partait, à pied, seule, petite silhouette fragile, au lever du jour rejoindre la rue d’Amourah.

C’est cette petite silhouette qui reste gravée dans ma mémoire.

A cette époque, nous sommes en 1946, mon père avait créé, pour ma grand-mère qui ne concevait pas de vivre sans travailler, un atelier de conditionnement de figues sèches et de dattes dans un grand entrepôt, à deux pas du Jardin d’Essai.

Il parcourait, dans sa vieille Peugeot 202, les routes montagneuses de Kabylie, accompagné de ses deux fidèles, Touami et Bendada, qui lui servaient depuis toujours, de guides, et parfois d’interprètes. Il avait, sur place, des fournisseurs kabyles qui regroupaient les figues, récoltées par les femmes, qui les avaient fait sécher sur le toît de leurs mechtas, étalées sur des toîles de jute, et il organisait les tournées de « ramassage » avec un camion qu’il affrétait auprès d’un de ses copains.

Je l’ai souvent accompagné dans ses tournées, et je me souviens de ces petites routes étroites et caillouteuses, qui nous conduisaient de Ménerville à Tizi-Ouzou, à Boghni, Tizi-Reniff, ou Tigzirt…

De même que je l’ai souvent accompagné dans le Sud algérien, aux confins du Sahara, jusqu’à Biskra où il négociait des cargaisons de dattes destinées aux ateliers de la rue d’Amourah.

C’est sans doute au cours de ces incursions dans le Sud que j’ai contracté le virus de la passion du désert saharien.

C’est ma grand-mère, qui réceptionnait ces cargaisons, et dirigeait l’atelier de conditionnement. Le figues arrivaient dans des casiers et passaient directement dans une étuve où elles étaient stérilisées, puis passaient dans un séchoir, avant d’être déversées sur une grande table.

Je revois cette grande table autour de laquelle, une vingtaine de femmes arabes, aux vêtements folkloriques et bariollés, à la fois rieuses et bavardes, les triaient, puis les emballaient, dans un alignement parfait, dans des petites corbeilles en osier.

De temps à autres, ma grand-mère s’asseyait auprès de l’une d’elles, pour lui montrer, par l’exemple, comment on doit soigner cette présentation, car ces fruits secs étaient destinés à l’exportation en France. Et ma grand-mère détestait le travail baclé….

Je revois, également, dans un coin de la pièce, le petit canoun où posé sur des braises, une grande théière maintenait un délicieux thé à la menthe au chaud. De temps à autres, une femme se levait et servait à celles qui le souhaitaient, un petit verre de thé qu’elles buvaient, en aspirant bruyamment le liquide bouillant. « Sroun besef, disaient-elles » en riant.

Parmi ces ouvrières, quelques femmes, au visage marqué de signes mystérieux sur le front, qui leur donnaient un air sévère qui ne correspondait pas à leur gaité et à leur douceur. Elles avaient pour l’enfant que j’étais encore, des attentions qui restent gravées dans ma mémoire, tout comme les mots d’Arabe qu’elles me disaient en riant. Je pense souvent à elles en feuilletant un ouvrage reproduisant des oeuvres du peintre Dinet, et je songe aux vertus de l’innocence, qui faisait que rien, à 13 ans, ne me laissait présager qu’un jour, un fossé nous séparerait  de ceux et celles auprès de qui nous vivions des moments si paisibles…..

Les dattes, elles, étaient soigneusement sélectionnées, et les « Deglet Nour » – la reine des variétés -, appétissantes, dorées et sucrées, rangées dans des barquettes ornées d’une belle étiquette et d’un petit ruban. Elles étaient destinées aux vitrines des confiseurs, à l’époque de Noël, à Paris.

A la fin de la journée, ma grand-mère donnait le signal de la fin du travail, et comme une envolée de colombes, les ouvrières, après avoir revêtu leur haïk blanc sans lequel elles ne pouvaient sortir dans la rue, se dispersaient jusqu’au lendemain.

Alors commençait pour cette femme courageuse, le nettoyage de la table, et des locaux, et le comptage des colis réalisés pendant la journée.

Puis elle repartait, petite silhouette maigre et fragile, à pied, la nuit tombée, jusque chez elle.

Parfois, à la demande de mon père, j’allais la chercher pour la raccompagner. Mon père craignait, sans doute, qu’elle fit un malaise en raison de son état.

 Pourtant elle marchait à mes côtés, d’un pas vif, mais s’arrêtant de temps à autres, pour souffler. De sa petite voix aigüe, aux délicieux accents espagnols, elle me parlait, avec douceur. Le plus souvent, la conversation pouvait se résumer à quelques recommandations, dont celle qui revenait le plus souvent:  » tu dois bien travailler à l’école, car ton père fait beaucoup de sacrifices pour que toi et tes frères vous puissiez étudier ».

Car « l’Ecole », pour cette femme qui savait à peine écrire son nom, c’était l’alpha et l’oméga de la réussite qu’elle souhaitait pour ses petits enfants.

J’acquiescais. Depuis la rue d’Amourah, nous avions parcouru une bonne partie du chemin sous les platanes du Boulevard Thiers. Nous arrivions à la hauteur de la rue Aumerat et passions devant l’école où l’instituteur Germain avait préparé Albert Camus à son destin…. Mais à cette époque, je ne savais pas encore qui était Albert Camus. Qui le savait, d’ailleurs ????

Il n’empêche qu’en quelques pas, nous approchions de la Fontaine de Jeanne d’Arc, où Camus raconte,-précisément, dans « Le Premier Homme » -, qu’à la sortie de l’école Aumerat, les jours de canicule, il faisait une halte avec ses copains, pour se tremper dans les eaux du bassin de cette fontaine, qui je l’espère, coule encore aujourd’hui…..  

La « diversité ».


( Suite ).

La « diversité », cette « tarte à la crème »que l’on nous sert aujourd’hui à toutes les sauces, a fait partie de notre vie familiale, et je puis dire que dès l’enfance j’ai pu en éprouver la richesse…et les limites.

J’appartiens à cette « race »improbable, étrange même, pour celui qui venant d’une France qui, ignorant encore la notion de « multiculturalisme », observait avec une sorte de méfiance, ce « melting pot » qui caractérisait la société algérienne.

Comment ignorer que dans mes veines coule le sang de napolitains, de Suisses allemands, d’espagnols et de maltais ???

L’un des auteurs qui ont le mieux exprimé l’étrangeté de ce petit monde, c’est encore Louis Bertrand, un Académicien de l’époque, dans un vieil ouvrage retrouvé dans ma bibliothèque, intitulé « Le Sang des Races » (Paris. Editions G; Crès.1921. Mais que l’on peut encore trouver chez Amazone.fr ).

Un auteur et un ouvrage classés avec une pointe de mépris, dans la rubrique de la « Littérature Coloniale »….Cela s’explique: comme on peut le constater dans le titre de l’ouvrage, à cette époque, le mot « race », n’est pas encore considéré comme une grossièreté. Et personne ne songe encore à le faire disparaître des premiers articles de notre Constitution….

Louis Bertrand évoque ces hommes (et ces femmes) qui étaient venus là, après avoir connu le dénuement le plus total, ces gens venus du pourtour de la Méditerranée, à la recherche d’un « el dorado » plus proche que celui des Amériques, et d’un autre destin que celui de la misère. Ils n’avaient que leurs bras  pour défricher, assainir, assécher des plaines marécageuses, et ils ont fait pousser des légumes là où ne poussaient que des pierres, ils ont planté de la vigne, des orangers et des oliviers là où il n’y avait que broussailles ou terres de parcours pour les chèvres et les moutons. 

Ces hommes partis de rien, qui n’avaient que leur savoir faire de palfrenier ou de cordonnier et leur courage, et ne craignaient pas les dangers de l’aventure, ont bâti des entreprises et affronté des fortunes diverses. Ces gens, vivant de peu, aux moeurs rudes, aux coutumes et au langage colorés, ont fini par se fondre, en moins d’une génération, en un seul peuple qui a pris racine, là même où il avait planté ou ensemencé.

C’était l’époque où une certaine idéologie en vogue enseignait que « la Terre appartient à ceux qui la travaillent »…..

Ce peuple là ne s’est pas plus posé de questions sur la légitimité de son enracinement sur le territoire d’un pays qui n’en était pas encore un, que ne s’en sont posé, ceux qui, à la même époque, en quittant l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou le Sud de l’Italie, s’en sont allés en Argentine, en Australie, au Brésil ou à la conquête de l’Ouest américain….. 

Ce peuple, je le retrouve, à travers les récits, et quelques fois, les silences de mes deux grands mères.

Au fil des années elles m’ont fait prendre conscience de cette étrangeté, et m’ont fait admettre que j’en suis issu, alors que l’influence de l’école républicaine, l’apprentissage de l’Histoire de France, les immersions dans la Littérature française faisaient, qu’à l’époque, j’essayais plutôt de m’identifier à un vrai « petit français »qui cherchait à oublier ses origines….

Mais mes grand-mères étaient là pour me rappeler que « nul ne peut savoir où il va s’il ignore d’où il vient »….

Je cite Louis Bertrand:  » je découvrais ( à travers ce peuple ) , l’éternel Méditérranéen, avec son goût irréductible pour les odyssées de la Route ou de la Mer, pour la vie en parade et en beauté, pour le labeur harmonieux qui ne brise pas les corps et qui n’avilit pas les âmes, son respect de la famille, du père, de l’enfant, de l’épouse féconde, des rites immémoriaux de la naissance, du mariage, de la mort et de la sépulture, son sens très jaloux de l’indépendance et de la valeur individuelle. »

On comprendra mieux ainsi, la colère et parfois la fureur que j’éprouve lorsque j’entends ou je lis des élucubrations destinées à faire croire que « les Pieds Noirs, c’étaient des Colons »profiteurs, ou à insinuer que leur niveau de vie, ils le devaient à l’exploitation de la sueur des Arabes. Qu’il y en ait eu qui répondent à cette définition, cela n’est pas douteux. Mais sa généralisation s’apparente le plus souvent à une tentative « d’escroquerie intellectuelle », obéissant à d’obscures motivations idéologiques. 

D’autant qu’à ma grande stupéfaction, j’ai pu découvrir, par la suite, à l’occasion de notre exil, que pour ceux qui, dans les classes populaires, étaient de simples salariés (l’immense majorité), les salaires et le niveau de vie étaient largement inférieurs à ceux de « la Métropole »…..

Car, dans la classe moyenne », ceux qui, en Algérie, vivaient comme des seigneurs ( c’était notre expression ! ), c’était les fonctionnaires « métropolitains »qui, en « récompense » de leur acceptation d’une mutation en Algérie, bénéficiaient, eux, d’une majoration de leur salaire de 33%, et, entre autres, d’un voyage gratuit en Métropole, tous les deux ans….

C’est tout de même cela qui a permis à ceux de ma génération qui ont pu « faire des études », de bénéficier d’enseignants métropolitains de haute qualité, tant à l’école primaire qu’au Lycée ou à la Fac. Des enseignants que nous enviaient les meilleurs Lycées parisiens, ou qui auraient pu enseigner dans les meilleures Universités de France. Je dois à leur talent de pédagogues, et au sens élevé et rigoureux qu’ils avaient de leur mission, d’avoir acquis une solide formation qui m’a ouvert, dans les brumes de l’exil, et après avoir  perdu le peu que j’avais à trente ans, les chemins d’une nouvelle  réussite professionnelle.

Je me suis souvent interrogé, par la suite, sur les raisons profondes qui pouvaient motiver ce dédain, et parfois cette rage haineuse souvent rencontrés par la suite, que  manifestaient certains de ceux que nous considérions pourtant comme nos compatriotes, à l’égard des Pieds Noirs que nous étions.

Je me suis souvent demandé si ces gens n’étaient pas motivés par une sourde jalousie suscitée par cette exubérance, ce verbe haut, cette joie de vivre, ce bonheur fait de peu, ce goût pour les grandes tablées où se retrouvaient ce petit peuple, dans la lumière du soleil, et dans une bonne humeur tapageuse, autour d’un méchoui, d’un couscous, d’une paella, ou d’une « macaronade », ce petit peuple qui , vu de l’extérieur, ressemblait à un monde bigarré, et cosmopolite.

Tout cela irritait le « métropolitain » qui observait avec un mélange d’ironie, et d’envie,  la gaité de ces rassemblements populaires, sous des abris de fortune, le dimanche à la plage, autour d’une oursinade, de quelques « tortillas » ou de « pizzas », arrosés d’anisette et ponctués de monstrueuses rigolades déclanchées par des plaisanteries et une forme d’humour qui lui échappait alors totalement. Des rassemblements dont il se sentait probablement exclu ???  

Car s’il se sentait « étranger » à ces gens dont il ne pouvait assimiler l’humour narquois, c’est que cet humour résultait d’une sorte de synthèse subtile entre l’humour spécifique des italiens, celui des espagnols, et des maltais, et celui des Juifs et des arabes…..

C’est probablement une des raisons qui ont fait que de Gaulle nous détestait, car nous ne correspondions pas, pour celui qui avait « une certaine idée de la France », au prototype du Français imaginaire qu’il s’était fabriqué. Pas plus que les Arabes, d’ailleurs, sur lesquels il a émis des jugements détestables, montrant qu’il ne souhaitait pas intégrer dans la nation française. Je me demande d’ailleurs souvent ce qu’il penserait, aujourd’hui de ce qu’est devenue la France…..Il n’empêche que pour nous, il restera toujours, « La Grande Zohra ».

Ayant grandi dans cet environnement, j’ai, dès l’enfance, été sensible aux « différences » qui caractérisaient les usages, les coutumes, les habitudes culinaires, au sein d’une famille comme la mienne.

Je surprenais, ici ou là, des petites allusions, des remarques plus ou moins ironiques, mais jamais méchantes qui s’échangeaient entre les différentes branches de l’arbre familial. Certes, les Maltais avaient leur petite idée sur les Italiens qui avaient la leur sur les Espagnols, et inversement. Ceux-là mêmes avaient bien quelques préjugés sur les Juifs récemment naturalisés, ou sur les Arabes. Mais cela n’empêchait pas, au quotidien, de vivre en parfaite harmonie.  

Personnellement, je me sentais bien, parce que je savais « bien me tenir », dans tous les milieux même si je sentais qu’il y avait des différences de « climat » entre les branches maltaises,  italiennes ou espagnoles de la famille. J’avais parmi mes copains, des Arabes et des Juifs que je fréquentais quotidiennement et sur lesquels je ne me posais aucune question, à cette époque.

Dans le même immeuble que ma grand-mère maternelle, qui habitait au dernier étage, face au Square Nelson, à l’entrée de Bab El Oued, habitaient deux familles.

L’une, la famille Ducasse, était originaire de « métropole », comme on disait alors. Monsieur Ducasse était, je crois, le patron de l’Office Météorologique d’Algérie. Un Haut Fonctionnaire, assez distant avec ma grand mère, qui n’était pas de son monde, probablement. 

Par contre, son épouse, une femme d’une grande douceur doublée d’ une excellente pianiste me donnait gratuitement des leçons de piano, et je lui dois d’avoir convaincu ma grand mère de m’inscrire au Conservatoire.

Madame Ducasse, était issue d’une famille d’artistes, et son père, Étienne Chevalier, était un peintre reconnu à Alger. Cette pauvre Madame Ducasse, que ma grand-mère adorait, s’est suicidée un matin, en se jetant du cinquième étage de l’immeuble: elle venait de découvrir que son mari avait une maîtresse. Je me souviens de la tâche de sang encore humide que j’ai découverte en rentrant du Lycée devant la porte de l’immeuble, au milieu d’une attroupement de badauds qui commentaient encore cet acte désespéré…

J’en ai été longtemps choqué et rempli de tristesse.

L’autre porte, à l’étage au dessous, était celle d’une famille Juive, les Dahan. Monsieur Dahan était un homme de petite taille, très avenant. Il était bijoutier à Bab El Oued. Madame Dahan, une femme « forte », dans tous les sens du terme, impressionnante par son volume, c’était la vraie Mère Juive, chaleureuse et généreuse qui régnait sur une famille nombreuse, – je ne saurais plus dire combien d’enfants elle avait -, car la plupart étaient plus âgés que moi, sauf le dernier, qui était mon copain. Tous ces enfants avaient en commun des qualités d’intelligence, et d’acharnement au travail qui leur ont permis, plus tard, en France, d’appartenir à l’élite. 

La porte de cet appartement était toujours ouverte. (A cette époque on ne craignait personne….) Et lorsque je rentrais du Lycée, je m’arrêtais au quatrième étage, pour souffler un peu, et  pour savourer, l’estomac creux, les odeurs d’une cuisine savoureuse et épicée qui me « prenaient la tête ».

Combien de fois ai-je entendu, du fond de sa cuisine, la voix de Madame Dahan qui m’appelait: « Viens « mon fils », viens une minute !!! Assiez-toi là, et goûte… » Alors, c’était un festival de boulettes de viande, de beignets d’aubergine, ou de poissons farçis dont le souvenir me fait encore saliver…

Puis je prenais congé en remerciant d’une bise, et arrivant à l’étage au-dessus, chez ma grand-mère, j’avais du mal à avaler le plat de « pasta et Padano » qu’elle m’avait préparé. « Toi, tu t’es encore arrété chez Madame Dahan !!! Alors tu n’as plus faim, bien sûr…. »me disait-elle avec, sans doute, un petit pincement.

Lors de la Pâque Juive, une des enfants Dahan, frappaient à la porte de ma grand-mère les bras chargés d’un énorme plat de friandises qui faisait mon bonheur, …et celui de ma grand-mère.

Ainsi vivions-nous, dans un environnement qui n’était cloisonné, en définitive, que pour ceux dont les préjugés étaient un obstacle à l’acceptation des « autres ». Chaque communauté existait en tant que telle, mais respectait les usages des autres communautés, et personnellement, je n’ai jamais ressenti de sentiment d’exclusion ou d’hostilité dans mon entourage. Ni de notre fait, ni à notre encontre.

Il n’y a pas si longtemps, finalement, que le mot « stigmatisation » est entré dans mon »dictionnaire »…. Et il n’y a pas si longtemps que, barbé par les discours de ceux qui abusent de ce terme, dès lors qu’il s’agit des « musulmans », j’ai pris conscience de ce que nous, le « peuple Pieds Noirs », avons été bien plus souvent stigmatisés par nos concitoyens, que ne le sont aujourd’hui ceux qui représentent, à leur tour, « la diversité »….

La Guerre, la peur, la mort.


 

 PAUL HANNAUX (1899-1954) ALGER, DÉBARQUEMENT AMÉRICAIN

Cela se passe le 8 Novembre 1942, au petit matin. Je ne peux pas me tromper sur la date, car les évènements de la nuit précédente sont gravés dans ma mémoire.

Dans la nuit du 7 au 8 Novembre 1942, Alger est réveillée par un tonnerre de détonations. Par moment, des explosions sourdes font trembler les murs de l’appartement où nous habitons alors, au 10 de la Rue Duc de Cars, sur les hauts de la ville.

Je me lève terrorisé, pour me réfugier dans la chambre de mes parents, qui  sont déjà debouts pour essayer, du balcon, de comprendre ce qui se passe. Dans l’immeuble, d’autres personnes sont également sur leur balcon, certaines en pyjama, d’autres enveloppées dans une couverture. Mes parents échangent quelques mots avec leurs voisins. Tout le monde est inquiet.

Jusqu’ici Alger avait été épargnée par le vacarme de la guerre et des bombardements. D’où notre surprise.

Mon père se précipite sur le vieux poste radio, pour tenter de comprendre la situation. Il revient très vite sur le balcon et annonce aux voisins: c’est le débarquement des Américains. Des avions sillonnent le ciel poursuivis par les explosions des tirs de DCA.

Mon père me dit: « vas t’habiller, vite… »!!!. Le jour se lève et nous remontons la Rue Duc des Cars, jusqu’à une petite place d’où partent des escaliers qui descendent jusqu’à la Rue Michelet, à la Hauteur des « Facultés ». De cette place, à travers cette trouée, nous avons une vue panoramique de la Baie d’Alger, et le spectacle qui s’offre à nous est hallucinant.

La baie d’Alger est noire de navires de guerre, au dessus desquels flottent en l’air, des espèces de ballons dirigeables que plus tard nous nommerons « des saucisses », destinées à les protéger des attaques aériennes. Partout crépitent les tirs de mitrailleuses et les explosions.

J’ai neuf ans, et j’ai très peur. La Guerre, je ne sais pas encore ce que c’est. En 1942, il n’y a pas de télévision dans les foyers, et je ne suis encore jamais allé au cinéma: mon premier film sera pour plus tard, quand j’aurai douze ans: ce sera « Le Dictateur » de Chaplin. Je ne peux donc pas me représenter ce qu’est « la guerre ».

Le ciel est constellé de petit nuages noirs qui très vite se dissolvent. Ce sont les obus de la défense aérienne tirés depuis le « Fort l’Empereur ». Une odeur acre se répand. Mon père me prend par la main pour me conduire chez sa mère qui habite près de chez nous: dans son immeuble il y a une cave où nous serons à l’abri.

Pendant que nous redescendons la Rue Duc des Cars, deux voitures chargées de militaires remontent la rue à toute allure. Des voitures comme je n’en avais jamais vu. Ce sont des Jeeps de l’Armée américaine. Leurs occupants nous saluent du geste en faisant un V, l’air triomphant.

Nous arrivons chez ma grand mère qui, emmitoufflée dans un grand châle de laine, s’est réfugiée dans le couloir de son minuscule appartement. Mon père me « dépose » là, et repart rejoindre ma mère.

Avec ma grand-mère,que j’appelle Mémé, nous descendons dans la cave éclairée par deux bougies. Quelques instants plus tard, des voisins de ma grand-mère, puis mes parents nous rejoindront.

En attendant, je tremble comme une feuille. Je découvre à neuf ans ce que des millions de petits Français ont vécu avant moi: le vacarme de la guerre, les bombardements, la peur …. Ma grand-mère  m’a pris sous sa protection, dans ses bras, et je partage la chaleur de son grand châle de laine, qui nous abrite contre l’humidité de cette cave souterraine.

Je ne sais pas encore que chaque soir pendant des mois, nous nous retrouverons, dans cette cave, car maintenant que les Alliés ont pris pied en Algérie, Alger sera bombardée toutes les nuits par les Junkers allemands ou les avions italiens. Un peu plus tard, mon père nous évacuera, « dans le bled », c’est à dire à l’intérieur du pays qui échappe aux raids aériens.

Les longues soirées passées auprès de ma grand-mère paternelle, créent entre nous une proximité et une intimité affectueuse.

J’étais le premier enfant de ce fils unique qu’elle avait élevé seule. Cela me conférait une place particulière dans son coeur.

Espagnole jusqu’au bout des ongles, elle était une catholique fervente.

J’ai encore en mémoire, l’image de son visage déformé par la souffrance, la dernière fois que je l’ai vue, à la veille de sa mort, chez elle, dans son lit. Mon père m’avait amené auprès d’elle, sans doute parce qu’il savait sa fin très proche. Elle m’avait demandé d’une voix faible de m’approcher d’elle. Elle a posé sa main sur mon front et dans un souffle m’a dit: « mon fils donnes-moi le chapelet qui est sur la commode ». Puis elle s’est mise à prier. Je suis sorti de sa chambre sur la pointe des pieds.

Le lendemain, mon père nous annonçait sa mort. Avant sa mise en bierre, il m’a conduit, une dernière fois auprès d’elle. Elle paraissait dormir, le chapelet entre ses doigts. J’ai été pris d’un violent sanglot: c’était la première fois, alors que je n’étais pas encore sorti de l’enfance, que j’étais confronté à la violence de l’image de la mort.( à suivre ).

Képis, Bottes de cuir…et Chapeaux-melon.


         ( Suite du « Savetier et du Financier ) )

Manifestement embarrassée par mes questions, grand-mère se lève, ajuste son tablier, et va chercher, dans la cuisine, un petit arrosoir avec lequel, pour se donner une contenance, elle commence à arroser les géraniums rouges qui ornent son balcon.

Puis, elle pose l’arrosoir et me regardant droit dans les yeux, me dit, en écrasant une larme«  je ne t’ai jamais parlé de cela, fils, parce que c’est un sujet difficile, pour moi ».

Je comprends alors que la suite de l’histoire de mon arrière grand-père recèle une blessure dans la mémoire de ma grand-mère.

 Non sans peine, elle me raconte, alors, ceci :

– « Lorsque mon père débarque à Alger, c’est un bel homme, vigoureux, plein de courage qui envisage de rentrer en Italie, dès qu’il sera en possession de quelque argent, car il a hâte de retrouver son Alphonsine, ma mère, qui a passé sa vie à l’attendre patiemment .

S’éloignant du quai, il ne sait pas où aller et faire ses premiers pas sur cette terre inconnue.

A tout hasard, il se rend dans un petit bar, du quartier de la Marine, qui deviendra par la suite « son quartier général »pour  y boire un café.

Il y rencontre Lucien Ayache, le négociant en peau qu’il avait croisé, une heure avant, sans le connaître, à sa descente du bateau. Ayache, qui l’a reconnu, l’observe avec intérêt et l’apostrophe depuis l’autre extémité du comptoir en lui proposant un verre. Ce négociant en cuirs et peaux appartient à une famille aisée de commerçants juifs d’Alger. Son beau-frère, Gilbert Tubiana, possède plusieurs magasins de chaussures.

 Les verres de rosé se suivent et les deux hommes sympathisent. Mon père lui raconte ses mésaventures et comment il a dû gagner Alger pour fuir ls Carabiniers. Il explique qu’il est aussi bottier, et qu’il souhaiterait trouver un travail qui lui permette de gagner un peu d’argent pour payer le voyage de retour dans son pays.

Ayache, qui est un homme au grand cœur, le fait embaucher par son beau-frère, pour réparer des bottes de militaires clients de ses magasins. Très vite le beau-frère, Tubiana, constate, avec l’œil d’un professionnel, que mon père est un excellent bottier et qu’il peut faire mieux que réparer de vieilles bottes. Il le met en contact avec un de ses proches, David Bensoussan, qui est prêteur sur gages, qui avec la caution d’Ayache, lui avance les fonds nécessaires pour ouvrir une échoppe. »

Peu à peu, ma grand-mère a changé de visage. Cette femme dont l’oeil brille toujours a maintenant les yeux pleins de larmes, et j’éprouve un sentiment de révolte, au fur et à mesure du récit:

– « Mais Grand-mère que fait il de sa famille, de sa femme qui l’attend et de ses enfants restés en Italie ??? »

Ma grand-mère détourne son regard, et écrase encore une larme. Je me sens, à mon tour, envahit par l’émotion….

– « Ensuite, fils, tout va très vite .  Alger, où les fonctionnaires venus de France, et les Officiers de l’Armée tiennent le haut du pavé et constituent une aristocratie aisée, est une ville en pleine expansion où les affaires vont bien .

Mon père songe de moins en moins à repartir en Italie, car pour lui aussi, les affaires marchent bien, et il prend goût à ce changement de vie.

En moins d’une année,  il a acquis la réputation d’un excellent bottier : les officiers, beaucoup de Spahis, viennent se faire fabriquer des bottes de cavaliers , sur mesure, élégantes et solides. Les femmes d’officiers viennent  s’approvisionner en bottes montantes à boutons.

Mon père se lève tous les matins à quatre heures pour être parmi les premiers au marché de la rue de la Lyre, pour y choisir et acheter  les plus belles peaux, tannées à façon sur ses prescriptions.

Il écrit à Alphonsine pour lui dire combien il l’aime et lui annonce qu’il pense pouvoir gagner assez d’argent, assez vite, pour revenir riche à Sorrente et retrouver ses enfants.

En Octobre, les journées sont plus courtes, et peu à peu,le soleil se couchant, je sens le vent frais qui balaie le balcon et soulève le toldo qui nous abrite. Mais je suis anxieux de connaître la suite de cette histoire que personne ne connaît, dans la famille, sauf peut-être ma mère et mon oncle, mais qui sont toujours restés discrets sur leur grand-père…. »

– « Grand-mère, crois-tu qu’il est sincère quand il lui écrit ces mots ??? »

–  » Je n’en sais rien….Toujours est-il que la petite échoppe est devenue trop étroite. Mais vivant à peu de frais, il a déjà remboursé la majeure partie du prêt qu’il avait contracté. Il emprunte à nouveau pour s’installer dans le quartier de la Marine, dans un ancien entrepôt, où il crée un vaste atelier d’une vingtaine de personnes, qu’il organise, en divisant le travail : les ouvriers, en majorité des Arabes, sont divisés en deux équipes : ceux qui sont les plus habiles découpent le dessus de la chaussure, les autres découpent les semelles, et lui-même se charge avec un des fils de son ami Ayache à qui il a appris le métier en très peu de temps, de« monter » la chaussure.

Les affaires marchent de mieux en mieux. Vincent Consiglio, qui s’est créé un excellent réseau de relations parmi les militaires qui connaissent maintenant son « expérience de soldat Garibaldien », et qui sont sensibles à ses sentiments francophiles, possède maintenant une notoriété qui dépasse le quartier de la Marine.

Car grâce a ses relations avec un Général de ses clients, qui appartient à une Loge maçonnique, il est introduit, – déjà « initié »-, chez « les Frères », où il progresse très vite en grade. Ses relations s’élargissent et lui permettent de s’introduire alors, dans le Cercle des Officiers, où ont lieu de nombreuses réceptions.

C’est là qu’il fait la connaissance de la veuve d’un officier qui devient sa maîtresse.

Avec cette jolie femme, qui appartient au « beau monde », il oublie peu à peu Alphonsine, ses enfants, et Sorrente, se laissant entraîner dans le tourbillon de la vie mondaine.

Pendant ce temps, Alphonsine se désespère, car elle assume seule l’éducation de mes frères et sœurs restés auprès d’elle. Elle qui n’avait jamais travaillé jusque là, doit se mettre au service de familles bourgeoises. Elle envoie des appels à son « héros » qui ne donne plus signe de vie. »

Ma grand mère est émue. J’ai envie de la serrer dans mes bras, mais je n’ose pas.  Elle poursuit:

–  » Jusqu’au jour où…. »

( à suivre )

Contre l’Omerta….


Massacres de Hrkis

Massacres de Harkis

…….sur les circonstances de la fin de la Guerre d’Algérie.

L’année 2012 ne sera pas seulement l’année de l’élection Présidentielle, en France.

Elle sera également l’année de la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie. C’est dire que les « combats mémoriels »sur cette période tragique de notre Histoire vont redoubler d’intensité.

Notre Parlement vient de s’illustrer en votant une Loi condamnant le « négationisme » concernant le « génocide » des Arméniens commis par les Turcs de l’Empire Ottoman.

J’ai eu l’occasion, dans un précédent billet, d’exprimer mon désaccord sur le principe des ces Lois dites « mémorielles », dont le but est de sanctionner des opinions, au mépris des valeurs républicaines parmi lesquelles la liberté de penser, qui fait partie du socle des principes démocratiques que la France a toujours défendus. 

Car la mémoire fait partie de l’intime de chaque individu. Elle n’appartient pas au domaine du débat politicien. Seuls les Historiens (les vrais ), sont habilités à en visiter les recoins les plus secrets, en les éclairant de leurs travaux, en les soumettant aux débats contradictoires et à la critique des autres Historiens.

Il faut donc laisser les Historiens faire leur métier, en toute conscience. Et quand il on fait leur travail, il convient de le respecter, même lorsqu’il choque certaines convictions, ou lorsqu’il bouscule certains préjugés.

Mais puisqu’il est question de ce sujet, je ne puis manquer au devoir d’ouvrir les pages de mon blog aux travaux récents d’un Historien ( un vrai ), dont les révélations sont susceptibles de nuire à la « vérité officielle », celle de la vulgate de ceux qui, dès lors qu’il s’agit de l’Algérie, se livrent à une manipulation cynique de l’Histoire, obéissant le plus souvent à des motivations idéologiques peu avouables….

Guy Pervillé  né en 1948 dans l’Oise, Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, est un historien français, spécialiste de l’histoire de l´Algérie coloniale, du nationalisme algérien et de la guerre d’Algérie. Il enseigne l’Histoire Contemporaine à l’Université de Toulouse.

Il a été contacté depuis plus d’un an (novembre 2010) par le Directeur chargé des Archives de France, afin de rédiger un article, le plus objectif possible, sur la fin de la guerre d’Algérie dans la publication annuelle du Ministère de la culture et de la communication, intitulée « Commémorations nationales 2012 ».

Je le cite:

« J’ai envoyé cet article à la date prévue, et accepté quelques corrections mineures, avant d’envoyer mon texte définitif le 17 juin 2011. Puis j’ai appris, un peu avant Noël, que mon texte avait été amputé des quatre cinquièmes sans que je sois consulté, et qu’il paraîtrait sans ma signature. En effet, le texte publié à la page 56 tient en une vingtaine de lignes (la bibliographie que j’avais fournie se trouve néanmoins à la page 281). »

Il publie sur son site internet, le texte complet, pour que chacun puisse juger du procédé. C’est sa manière de dénoncer, selon ses propos, « ce qui s’avère être le premier acte de censure que j’aie subi en plus de quarante ans de carrière ».

Voici l’intégralité de ce texte:

 « La guerre d’Algérie se termina en 1962, puisque la France finit par reconnaître l’indépendance du pays revendiquée depuis le 1er novembre 1954 par le Front de libération nationale (FLN), mais on ne peut pas indiquer une date plus précise. En effet, la fin de cette guerre impliquait trois critères généralement confondus, mais qui sont restés distincts : la fin des hostilités entre le FLN et la France ; la reconnaissance d’un Etat algérien par la France ; la formation d’un gouvernement algérien capable d’incarner cet Etat.

 « La fin des hostilités entre le FLN et la France fut la conséquence des accords d’Evian signés le 18 mars 1962 par les représentants du gouvernement français et ceux du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

« Ces accords prévoyaient : la formation d’un Etat algérien au terme d’une période transitoire de trois à six mois (durant laquelle l’Algérie resterait gouvernée par le haut commissaire de France coopérant avec un exécutif provisoire franco-algérien désigné d’un commun accord) ; la formation du futur Etat par un processus démocratique d’autodétermination garantissant les droits de tous ses habitants ; et les principes des futures relations de coopération entre les deux Etats. Au terme de cette période, un référendum devait créer l’Etat algérien et ratifier en son nom les accords d’Evian.

« En conséquence, un cessez-le-feu devait entrer en vigueur le 19 mars à midi.

 « Le gouvernement français appliqua les accords. Le 8 avril 1962, il les soumit à un référendum en métropole, qui leur donna une ratification éclatante par une très grande majorité des électeurs (64,8% des inscrits et 90,6% des suffrages exprimés).

« Dès la proclamation officielle des résultats, le 13 avril, fut installé à Rocher Noir l’Exécutif provisoire franco-algérien présidé par Abderrahmane Farès ; et à Paris, le Premier ministre Michel Debré démissionna le 14 et fut remplacé par Georges Pompidou, alors considéré comme un simple exécutant de la politique du président Charles de Gaulle.

« Le 15 mai, la date du référendum algérien fut avancée au 1er juillet, et ses résultats, ratifiant massivement les accords d’Evian (par 91,23% des inscrits et 99,72% des suffrages exprimés, furent proclamés le 3 juillet.

 « Mais l’Organisation armée secrète (OAS) avait répondu à l’annonce du cessez-le-feu en intensifiant son action violente contre le FLN et contre les forces gouvernementales.

« Elle aboutit à un désastre pour la population française d’Algérie (fusillade sanglante de la rue d’Isly, commise par un barrage de tirailleurs contre la foule manifestant en faveur de la population de Bab-el-Oued le 26 mars à Alger), mais l’OAS, bien qu’affaiblie par plusieurs arrestations (dont celle de son chef le général Salan) intensifia son action terroriste jusqu’en juin.

« L’organisation d’Alger négocia des accords avec le président de l’Exécutif provisoire et le chef des ses membres FLN (accords Susini-MostefaI du 17 juin), mais celles d’Oranie et du Constantinois continuèrent leur action presque jusqu’à la veille du référendum.

 « Cependant le FLN profita des accords d’Evian pour reconstituer ses forces armées et pour étendre leur autorité sur une grande partie du pays et de sa population.

« L’armée française s’y opposa jusqu’au 8 mai, puis dut y renoncer. A partir du 17 avril 1962, le FLN déclencha une vague d’enlèvements contre la population française, supposée complice de l’OAS, dans les agglomérations d’Alger et d’Oran, mais aussi dans l’intérieur de ces régions.

« Le 14 mai la Zone autonome d’Alger, dirigée par Si Azzedine, rompit ouvertement le cessez-le-feu en déclenchant une série d’attentats.

« C’est alors que le président de Gaulle, tout en demandant au GPRA de les désavouer, accepta l’avancement de la date du référendum algérien au 1er juillet proposé par l’Exécutif provisoire.

« D’autre part, des enlèvements et des massacres avaient été commis après le 18 mars contre d’anciens « harkis », en violation flagrante des clauses d’amnistie des accords d’Evian ; des tracts de l’ALN saisis par l’armée française faisaient craindre qu’une épuration systématique soit déclenchée après le référendum.

« Le respect de ces accords par le FLN semblait de moins en moins assuré, car le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), réuni à Tripoli en mai et juin, les avait qualifiés de « plateforme néo-colonialiste », puis s’était divisé entre les partisans du GPRA présidé par Ben Khedda et ceux de ses opposants rassemblés dans un « Bureau politique » par Ben Bella. Mais pourtant le référendum du 1er juillet eut lieu dans l’enthousiasme avec la participation du FLN faisant campagne pour le oui.

 « Le 3 juillet, la France reconnut l’indépendance de l’Algérie sous l’autorité de l’Exécutif provisoire, qui devait organiser au plus vite l’élection d’une assemblée constituante souveraine ; mais cet exécutif ne pouvait fonctionner sans l’accord du FLN, lui-même divisé depuis l’échec du CNRA de Tripoli.

« Le 27 juin, les membres du groupe FLN de l’Exécutif provisoire avaient remis leur démission au GPRA, et le président Farès avait remis sa démission au président Ben Khedda le 3 juillet à Alger, mais il dut rester en place pour assurer la continuité de l’administration.

« En même temps une lutte pour le pouvoir, jusqu’au bord de la guerre civile, se déclencha entre deux coalitions issues du FLN, reconnaissant l’une le GPRA, l’autre le Bureau politique de Ben Bella soutenu par l’Etat-major général de l’ALN (Armée de libération nationale) du colonel Boumedienne (destitué par le GPRA le 30 juin).

 » Absence d’autorité incontestée et compétition pour le pouvoir déclenchèrent de nouvelles vagues d’enlèvements et de violences meurtrières contre des Français d’Algérie (notamment des centaines d’enlèvements à oran le 5 juillet) et contre d’anciens « harkis ». Les troupes françaises accueillirent et transférèrent en France les fugitifs, mais le gouvernement leur interdit de les rechercher sans l’accord des autorités algériennes.

 « Cette période d’anarchie prit fin à partir de septembre, avec l’élection d’une Assemblée constituante composée de membres du parti unique FLN, qui reçut le 25 les pouvoirs de l’Exécutif provisoire et du GPRA, et qui investit le 26 un gouvernement présidé par Ahmed Ben Bella. Les enlèvements de Français diminuèrent alors, et les enlevés furent recherchés, mais les massacres d’anciens « harkis » durèrent encore plusieurs mois, et leur emprisonnement, sous prétexte d’assurer leur sécurité, près de dix ans.

 « Les accords d’Evian, voulus par le gouvernement français comme la « solution du bon sens », se révélèrent donc une utopie, qui échoua à ramener une vraie paix en Algérie. Le « rapatriement » des Français d’Algérie, et celui de « Français musulmans » (que le général de Gaulle ne considérait pas comme de vrais Français) s’imposèrent comme des nécessités. De Gaulle maintint aussi longtemps que possible ce qui restait de la politique de coopération pour éviter la faillite de l’indépendance algérienne, en espérant que la France finirait par en bénéficier un jour. »

 Guy Pervillé.

 PS de l’historien : « Je ne suis pas à plaindre, puisque mon site me permet de m’exprimer en toute liberté. Le sont bien davantage les responsables de cette publication officielle qui s’efforcent de la réaliser honnêtement, de façon à lui donner un réel intérêt. Je ne les confond pas avec ceux qui leur ont imposé cette décision inepte, laquelle ne peut que discréditer injustement leur travail en gâchant une très bonne occasion de tenir un langage de vérité sur un sujet encore douloureux, un demi-siècle après les faits. »

 » J’aurais apprécié que le ou les responsables de cette décision aient eu l’honnêteté et la simple courtoisie de m’informer de leurs raisons, mais il n’en a rien été. « 

« C’est donc à ces derniers que je m’adresse pour leur dire à mon tour (comme Maurice Clavel à la télévision le 13 décembre 1971) : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »

Guy Pervillé.

Ainsi ce texte, destiné à figurer dans un document officiel dont la « sortie » est prévue au moment des commémorations de la fin de la Guerre d’Algérie, que les « chiens de garde » de la vérité falsifiée ont réussi à faire censurer, pour occulter le non-respect par les autorités algériennes, des accords de « cessez-le-feu », et continuer à passer sous silence, les crimes abominables commis par le FLN au mépris des « lois de la guerre » les plus élémentaires, ce texte donc ne restera pas complètement occulté.

 Harkis massacrés.

Mais cette censure illustre, ce que sur ce blog, j’ai plus d’une fois dénoncé: l’omerta appliquée par tous ceux,- et ils appartiennent à toutes sortes d’horizons politiques ( Gaullistes, Communistes, Socialistes, et autres « porteurs de valises » ) – qui veillent à ce qu’il n’y ait qu’une seule vérité historique: la leur !!! 

Au mépris de la mémoire de ceux qui ont été livrés pieds et poings liés, au massacre: les Harkis, et les civils Pieds Noirs qui n’avaient pu regagner la France.

Ainsi, les médias se sont imposé une loi du silence hermétique sur des faits reconnus:  il y aurait eu environ 70 000 harkis assassinés, selon notre actuel secrétaire d’État aux Anciens Combattants et aussi aux « rapatriés » (en réalité, les historiens le situent entre 80 000 et 100 000), et pour les pieds-noirs, le chiffre varie entre 1 500 et 4 000 tués.

Seddouk: familles massacrées

 Certaines familles entières ont  disparu. Deux plaintes contre X pour crimes contre l’humanité ont été déposées en 2001 par les harkis et, en 2002, par les pieds-noirs, qui portent sur 43 familles disparues.

 On sait, par ailleurs que 1 300 dossiers ont été classés « secret-défense », concernant des témoignages de harkis qui ont réussi à s’échapper et à rentrer en France entre 1963 et 1975.

 « Secret défense » parce que ces harkis, échappés des tueries du FLN, ont confirmé, dans leurs dépositions que les filles pieds-noirs avaient été réduites à la prostitution et que les hommes étaient astreints au travail dans les mines jusqu’en 1965, date à laquelle ils ont été supprimés. 

Autre  exemple du comportement indigne de la France, celui du sort des harkis du camp de Bias, dans le Lot-et-Garonne. Des associations, en 1963, s’étaient émues des conditions de vie dans ce qui était un véritable mouroir. Un rapport gouvernemental avait répondu : « Ce résidu disparaîtra par voie d’extinction naturelle. »

Est-ce une manière de traiter (sur son territoire) dans le pays des Droits de l’Homme ceux qui avaient combattu pour la France , et dont la mémoire mérite le même respect que celle des autres combattants.

Ces faits auraient dû, depuis longtemps, révolter les consciences de ceux qui ne ratent pas une occasion pour pleurer sur le sort que subissent les immigrés maghrébins , dès lors qu’ils mettent un pied en France, avec ou sans papiers…..

 Cet exemple devrait suffire à expliquer les raisons pour lesquelles je m’oppose avec les faibles moyens dont je dispose, à toute tentative de spéculation et de manipulation sur la mémoire, de même que j’exprime ma défiance à l’égard de tous ceux, de quelque bord qu’ils viennent, qui se servent d’une Histoire falsifiée, à des fins sectaires et idéologiques.

Et pour comprendre le ressentiment des « survivants » de la période évoquée par l’Historien Guy Pervillé, lire intégralement ces articles de l’hebdomadaire « Le Point »de cette semaine:

http://www.lepoint.fr/societe/les-pieds-noirs-ont-ils-ete-abandonnes-par-la-france-25-01-2012-1423454_23.php

http://www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/les-harkis-montrent-les-dents-24-01-2012-1423117_324.php

Sarkozy pourrait bien devoir « payer le prix fort » pour tant d’années de silence et de lâchetés: les siennes, et celles de ceux qui l’ont précédé…..

Mascarade.


Selon « lepoint.fr »:http://www.lepoint.fr/economie/olivier-besancenot-pour-un-nouveau-mai-68-14-10-2010-1249506_28.php

« Olivier Besancenot (NPA) a appelé, jeudi, à « un nouveau Mai 68 », jugeant que, « pour faire échec à ce gouvernement qui pratique le mépris et la répression » face aux manifestants opposés à la réforme des retraites, « il faut être plus fort qu’en 1995 ou en 2003 ». « Derrière la réforme des retraites s’engouffre un profond ras-le-bol de Sarkozy et de son gouvernement, de sa politique qui cogne sans cesse sur les salariés, les catégories modestes de la population, qui détruit les services publics et réserve aux plus riches le bouclier fiscal, les exonérations et cadeaux fiscaux », écrit le porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste dans un communiqué intitulé « Pour un nouveau Mai 68 ».

Soulignant que, « depuis le 12 octobre et ses 3,5 millions de manifestants », « la grève a été reconduite à la SNCF, la RATP, les raffineries et les ports » et que « les jeunes, lycéens et étudiants, se mobilisent massivement », il affirme qu’une « révolte globale est en marche ». « Pour faire échec à ce gouvernement qui pratique le mépris et la répression pour empêcher la jonction entre les travailleurs et la jeunesse, les faire taire, il faut être plus fort qu’en 1995 ou en 2003. C’est un Mai 68 aux couleurs du XXIe siècle qu’il nous faut », conclut-il.

Aux couleurs du XXIe siècle, ou du XIXe  ???, a-t-on en vie de lui répondre  !!!

Ainsi, donc, les masques tombent,…. en attendant que des têtes tombent.

 Olivier Besancenot que l’on n’entendait plus depuis plusieurs semaines, refait surface.

 Son appel à » la révolte »permet d’y voir plus clair. Il montre que les « groupuscules » anarcho-révolutionnaires, sont, comme chaque fois que la France traverse une crise politique grave, en embuscade, pour tenter de »récupérer » la « colère du peuple ».

Il y a déjà un moment que ces révolutionnaires impénitents sont à l’oeuvre. Leurs méthodes, tout comme leurs déclarations guerrières, dégagent un petit parfum totalitaire que l’on a un peu trop tendance à oublier….Car pour beaucoup de jeunes appelés à défiler, la « démocratie populaire » n’est qu’un lointain souvenir….pour leurs parents.

Discrètement, »libertaires » et  soixante-huitards nostalgiques, communistes radicaux, trotskistes, adeptes des sectes occultes qui grouillent à la gauche de la Gauche, se livrent à un travail sous-terrain de sape des institutions, de noyautage de secteurs considérés par eux comme stratégiques. Certains d’entre eux sont à l’origine des fuites qui alimentent la Presse en indiscrétions scandaleuses, d’autres participent aux actions de provocation contre la Police, dans l’espoir de créer la bavure décisive, etc…

On peut lire ceci, cette semaine, dans le NouvelObs, sous la plume de Bouguereau: « La manipulation de la jeunesse est un grand classique. Quand, comme moi, on a été soixante-huitard, on en connaît un rayon. La jonction des manifestants anti-retraites et des jeunes est depuis le début l’obsession de Sarkozy. A force de la craindre, notre Président a réussi une prophétie auto réalisatrice, ce genre de prédiction qui modifie des comportements de telle sorte qu’ils font advenir ce que la prophétie annonce. Hier, les jeunes sont entrés massivement dans le mouvement. »

( http://jeanmarcelbouguereau.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/10/14/le-grand-classique-de-la-jeunesse-manipulee.html ).

L’entreprise de détabilisation des institutions a donc commencé depuis longtemps.

Elle a permis d’aboutir à la situation pré-insuréctionnelle que nous connaissons aujourd’hui. Avec la complicité bienveillante de la Gauche, qui trépigne d’impatience, dans l’attente, et l’espoir, d’accéder, au plus vite aux privilèges d’un Pouvoir dont elle a été privée depuis la disparition de Mitterrand.

Car pour la Gauche française, il ne peut y avoir l’ombre d’une légitimité dans un Pouvoir de Droite. Une France gouvernée « à Droite » leur fait « honte ».

Les attaques violentes comme peu de Présidents français en avaient connu avant lui ont accompagné l’accession de Sarkozy aux fonctions suprêmes de la République. Rien n’a été négligé pour tenter de délégitimiser le personnage, et son entourage. Toutes ses faiblesses, toutes ses erreurs – qui sont indéniables et malheureusement répétitives – ont été surexploitées, avec la complicité de l’appareil médiatique et des « plumitifs » qui foisonnent dans son giron,  et qui en ont fait leur beurre. Elles ont, en quelque sorte constitué « l’artillerie lourde » dont les tirs destinés à déstabiliser l’adversaire, préparent, dans la stratégie « révolutionnaire », l’avancée de l’infanterie « populaire ».

Des attaques, qui précisément, avaient si longtemps épargné un François Mitterrand, qui drappé dans sa posture de « monarque républicain », protégé par une armée de courtisans chargés de répandre une image artificielle symbolisée par la « force tranquille » de celui qui ne craint rien de ses amis. Cela a permis de masquer, derrière cette image de « tonton » bienveillant, un personnage trouble, dont on ne finit pas de découvrir les aspects cachés et peu attirants .

Petite parenthèse: un livre attendu prochainement,- sous la co-signature d’un Benjamin Stora dont j’ai souvent tracé un portrait d’historien « engagé » mais incontournable dès qu’il s’agit d’aborder l’Histoire des relations entre la France et l’Algérie -, trotskiste impénitent, et qui en tant que tel, ne ménage pas l’icône défunte des socialistes.

Ces socialistes qui ont tout fait depuis un demi-siècle, pour étouffer le rôle et les responsabilités qui pèsent sur leurs dirigeants de l’époque dans la tragédie algérienne. « Mitterrand et la peine de mort en Algérie », n’a rien à voir avec le Mitterrand qui, par le talent d’un Badinter est devenu, historiquement, celui qui a mis fin à ce châtiment barbare, en France.

Mitterrand en coupeur de têtes, ça défrise, non??? Fermons la parenthèse.

Il suffit de se replonger dans la lecture de l’ouvrage remarquable de François Furet et Denis Richet sur « La Révolution Française », pour relever les similitudes concernant les méthodes de déstabilisation du Pouvoir en place, avec celles qui se reproduisent à l’occasion de chaque crise de ce même pouvoir.

 L’utilisation des rumeurs, des petites phrases, des fausses interprétations, des « indiscrétions », des anecdotes que l’on fait circuler dans les allées de la République, les campagnes orchestrées par une fraction de la Presse, et surtout l’utilisation forcenée du cliché du « pauvre que l’on affame » pendant que « les riches se gavent » ,les allusions au surprenant « s’ils ont faim qu’on leur serve des brioches », tout y est passé. C’est « l’Affaire du Courrier de la Reine » qui se répète à l’infini, avec la recherche des mêmes conséquences, la révolte contre » les abus » et « les privilèges……, enfin, certains privilèges, mais pas tous !!! Pas ceux des conducteurs de trains, ou des aiguilleurs du ciel, par exemple……

La République régicide est alors menacée sur ses bases les plus fermes, et les moins contestables: le suffrage universel qui en est l’essence même, devient source de contestation. Le Président de la République, élu au suffrage universel n’est plus légitime, et le Parlement contesté dans sa vocation à voter le Lois, ne représentent plus, aux yeux de ces « révolutionnaires éternels », le « bon peuple ».

Et celui ci, lentement conditionné, habilement manipulé, est appelé à « descendre dans la rue », la rue qui devient le vrai pouvoir, celui de tout renverser, de faire « table rase », sans même qu’elle sache – ceux qui tirent les ficelles le savent-ils eux-mêmes ???- où tout cela conduira la Nation.

Tous les moyens sont bons pour tenter de « légitimer » le pouvoir de la rue, où s’exprimerait, selon nos « révolutionnaires », la vraie voix du « vrai peuple », étouffée par le Pouvoir en place. Le trucage des chiffres d’évaluation du nombre des participants fait partie des moyens d’intoxication de l’opinion, comme le démontre cet article paru dans « lepoint.fr »:

 http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/michel-richard/le-sale-coup-anti-manifestations-14-10-2010-1249711_54.php,

le Point, y dénonce les astuces et les combines utilisées avec la complicité silencieuse de certains médias, pour accréditer l’idée d’une contestation et d’une « mobilisation » massives.

Ainsi, la France, lentement, irrésistiblement, prise par la main par des apprentis sorciers soutenus par des marchands d’illusions, est conduite sur le chemin de la Grèce, sur un chemin de ruines……