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A propos berdepas

Directeur Général de Banque, en retraite, mais toujours actif...intellectuellement!!!

Le mythe de la « victimisation ».


Les générations actuelles ont été accoutumées à l’écoute d’un discours qui s’est développé au lendemain de la décolonisation, en vertu duquel les musulmans, et tout particulièrement les Arabes auraient été les « victimes » de la domination d’un Occident qui, usant de sa supériorité technologique a pu, pendant un peu plus d’un siècle imposer sa Loi dans des pays où régnait jusque là, un ordre « coranique » s’appuyant sur des structures tribales, tout particulièrement dans le monde Arabe.

Un matraquage médiatique, véhicule de la « pensée politiquement correcte », a contribué à populariser l’idée que toute analyse historique critique centrée sur le monde musulman était inspirée par un reliquat de « néo-colonialisme », était de nature à encourager une islamophobie rampante et à susciter des attitudes « discriminatoires » et « stigmatisantes » à l’égard des Musulmans.

Cette attitude intellectuelle a largement contribué à obscurcir l’Histoire des rapports entre l’Islam et l’Occident. Ostensiblement entretenue par une fraction de la classe intellectuelle française, cette attitude a contribué à développer chez les Musulmans de France le sentiment d’appartenir à un peuple de « victimes ».

Des Musulmans en qui une partie de la Gauche et du monde syndical voyait la perspective de se reconstituer une clientèle de substitution afin de remplacer un « prolétariat » qui se détourne des analyses marxisantes d’une société en pleine transformation. C’est aibsi que « L’Islamo-gauchisme », grâce à cette attitude ambiguë, a acquis ses « lettres de noblesse » ( si j’ose dire ), a réussi a se tailler une place et à « occuper le terrain » du débat sur l’islamisation rampante dans notre société !!!

Or les Musulmans d’Afrique du Nord, – s’ils ont été effectivement soumis, par la force et avec brutalité, à la domination française -, ont fini par considérer que leur Histoire a commencé au XIXème siècle, – plus précisément en 1830, moment de la conquête de l’Algérie – un peu comme certains Français qui ont fini par considérer que l’Histoire de leur pays a commencé en 1789, à la Révolution française – et ont fini par tirer un trait sur tout ce qui a précédé la période coloniale.

Je dialogue souvent, via internet, avec de jeunes algériens et je suis à la fois sidéré par le degré de leur ignorance de l’Histoire de leur pays, et surpris par leur curiosité et leur désir de découverte d’une Histoire que leur éducation ne leur a jamais révélée : ils connaissent dans le détail l’Histoire de la colonisation, et celle de ce qu’ils appelle leur « Guerre de Libération », mais rares sont ceux dont les connaissances historiques vont au-delà.

Leurs connaissances sur la période de l’occupation ottomane de leur territoire qui, à l’époque ne dépassait pas les limites d’une bande côtière, et qui a duré trois fois plus longtemps que la période française, sont extrêmement limitées. Je ne parle évidemment pas de la période de leur Histoire antérieure à l’époque ottomane qui est le plus souvent totalement ignorée….

Et pourtant !!! Il y aurait tant à dire sur la longue Histoire des Arabes.

Deux livres, dont je conseille vivement la lecture, – il y en a probablement beaucoup d’autres – contribuent à la destruction du mythe des Arabes « victimisés », et à la restitution de chapitres de leur Histoire volontiers occultés aujourd’hui, et qui démontrent que les « victimes » incontestables de la période coloniale, ont été auparavant, d’impitoyables conquérants, des guerriers sanguinaires n’hésitant pas à faire le tri entre leurs victimes, les unes étant massacrées sur place, les autres converties en esclaves.

Esclavage       Chebel esclavage

La suite de ce billet est très largement inspirée des deux ouvrages précédemment cités, auxquels j’ai emprunté de larges extraits, parmi les plus significatifs, notamment dans l’excellent ouvrage du regretté Malek Chebel, Historien, ethnologue et sociologue algérien de talent, hélas prématurément disparu.

Elle devrait contribuer à ouvrir les yeux de ceux qui, avec complaisance, contribuent à populariser le mythe du Musulman, éternelle victime de l’Occident, dont les persécutions se poursuivent à travers les « stigmatisations » et autres « discriminations » dont il serait l’objet…..

Islam et esclavage

« Le Coran, texte sacré de l’islam, entérine l’existence de l’esclavage (voir la sourate XVI, Les abeilles) tout comme d’ailleurs les textes bibliques. Notons que le premier muezzin désigné par le Prophète pour l’appel à la prière est un esclave noir du nom de Bilal originaire d’Éthiopie.

La loi islamique ou charia, qui s’appuie sur le Coran et les dits du prophète (hadiths), considère qu’en pays d’islam, seuls sont esclaves les enfants d’esclaves et les prisonniers de guerre. Elle autorise d’autre part la réduction en esclavage de quiconque provient d’un pays non musulman. Mais si un esclave vient à se convertir, il n’est pas affranchi pour autant.

Très tôt, du fait de la rapidité même de leurs conquêtes, les Arabes vont se heurter à une pénurie d’esclaves. Comme ils ne peuvent asservir les populations des pays soumis à leur loi, ils se voient dans l’obligation d’importer en nombre croissant des esclaves des pays tiers, qu’ils soient ou non en voie d’islamisation.

Comme les chrétiens du haut Moyen Âge, ils s’abstiennent de réduire en esclavage leurs coreligionnaires mais cette règle souffre de nombreuses transgressions et ils ne rechignent pas à asservir des coreligionnaires, notamment noirs, au prétexte que leur conversion est récente .

Une économie fondée sur l’esclavage.

L’esclavage devient rapidement l’un des piliers de l’économie de l’empire abasside de Bagdad du fait de très nombreuses prises de guerre et de l’avènement d’une très riche bourgeoisie urbaine. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire Les Mille et Une Nuits, un recueil de contes arabes censés se dérouler sous le règne du calife Haroun al-Rachid, contemporain de Charlemagne.

Les harems du calife et des notables de Bagdad se remplissent de Circassiennes. Il s’agit de femmes originaires du Caucase et réputées pour leur beauté ; ces belles esclaves ont continué jusqu’au XXe siècle d’alimenter les harems orientaux en concurrence avec les beautés noires originaires d’Éthiopie.

Pour les tâches domestiques et les travaux des ateliers et des champs, les sujets du calife recourent à d’innombrables esclaves en provenance des pays slaves, de l’Europe méditerranéenne et surtout d’Afrique noire. Ces esclaves sont en général castrés et maltraités.

D’autres esclaves et eunuques sont employés comme soldats et chefs de guerre par les différentes dynasties musulmanes, du Maroc aux Indes. Ces esclaves-là accèdent parfois à des fonctions élevées, voire au pouvoir suprême. Ainsi en est-il des fameux Mamelouks d’Égypte, que Bonaparte devra combattre en 1798.

Eunuques et castrats.

Inventée et développée à grande échelle par la Chine impériale, exportée dans les pays musulmans et jusqu’en Italie (les castrats), l’exploitation des eunuques (hommes castrés) est l’une des formes d’esclavage les plus inhumaines qui soient.

Elle poursuit deux objectifs principaux : empêcher que les esclaves étrangers ne fassent souche ; éviter les relations sexuelles entre les femmes des harems et leurs serviteurs. Notons que dans les cours italiennes, les castrats étaient à la Renaissance et aux Temps modernes recherchés par les mélomanes pour leur voix à la fois puissante et très aigüe. Ils suppléaient à l’interdiction faite aux femmes de monter sur scène, au nom de la religion.

La castration consiste en l’ablation des parties génitales, soit totale, soit limitée aux testicules (pour empêcher la reproduction). Elle est le plus souvent pratiquée à la pré-adolescence et se solde par une mortalité effroyable.

Esclaves blancs en terre d’islam.

Dans les premiers temps de l’islam, les notables de Bagdad s’approvisionnent en esclaves blancs auprès des tribus guerrières du Caucase mais aussi auprès des marchands vénitiens qui leur vendent des prisonniers en provenance des pays slaves, encore païens.

À la fin du Moyen Âge, comme le vivier slave s’épuise du fait de la christianisation de l’Europe orientale, les musulmans se tournent vers les pirates qui écument la Méditerranée. Ces derniers effectuent des razzias sur les villages côtiers des rivages européens, y compris même dans l’océan Atlantique jusqu’aux limites du cercle polaire. En 1627, des barbaresques algérois lancent un raid sur l’Islande et en ramènent 400 captifs. Le souvenir des combats livrés par les habitants à ces pirates perdure dans… la tête de prisonnier maure qui sert d’emblème à la Corse.

On évalue à plus d’un million le nombre d’habitants enlevés en Europe occidentale entre le XVIe et le XVIIIe siècle, au temps de François 1er, Louis XIV et Louis XV. Ces esclaves, surtout des hommes, sont exploités de la pire des façons dans les orangeraies, les carrières de pierres, les galères ou encore les chantiers d’Afrique du nord.

Des organisations chrétiennes déploient beaucoup d’énergie dans le rachat de ces malheureux, tel Miguel de Cervantès ou plus tard Saint Vincent de Paul.

En Europe orientale et dans les Balkans, pendant la même période, les Ottomans prélèvent environ trois millions d’esclaves.

Jusqu’au début du XIXe siècle, les princes de la côte nord-africaine tirent eux-mêmes de grands profits de la piraterie en imposant de lourds tributs aux armateurs occidentaux en échange de la garantie que leurs navires ne seront pas attaqués par les pirates. En 1805, le président américain Thomas Jefferson lance une expédition navale contre le dey de Tripoli, en Libye, pour l’obliger à renoncer à ce rackett. Le dey d’Alger le poursuivra quant à lui jusqu’à la conquête française en 1830. »

Bien évidemment, ces crimes odieux ne lavent pas ceux commis pendant les conquêtes coloniales !!! Mais ils s’inscrivent dans l’Histoire d’un monde musulman au sein duquel certains voudraient justifier le « djihadisme conquérant » en le considérant comme une révolte contre l’Occident dominateur !!!

Ce petit rappel n’a d’autre ambition que celle d’inciter à la réflexion ceux qui trop souvent, par angélisme, se laissent séduire par des thèses « islamo-gauchistes », et de faire accepter l’idée que chacun, en Occident comme dans le monde islamique, doit assumer son Histoire….

 

Repentance ???


Lavisse bouquins

Il fut un temps, dans ma période parisienne, où j’écumais les bouquinistes à la recherche de ce que je considérais comme de vieilles pépites.

Ma passion pour l’Histoire orientait alors ma curiosité vers les vieux bouquins de l’époque coloniale consacrés le plus souvent, à l’exaltation de « l’œuvre civilisatrice de la France » ou vers de vieux livres scolaires consacrés à l’enseignement de l’Histoire de France.

J’ai acquis ainsi, petit à petit, une collection de Manuels d’Histoire de Lavisse, un historien qui connut son heure de gloire scolaire, ainsi que bon nombre de Manuels, recouvrant pratiquement tous les parcours des études secondaires, que les anciens reconnaîtront assurément, dûs au talent pédagogique du « binôme » Mallet et Isaac.

Feuilleter de temps à autres ces ouvrages constitue pour moi la source d’un vrai bonheur mélangé à un brin de nostalgie: ceux de mon âge ont connu, sans doute, cette génération d’enseignants en voie de disparition que l’on a parfois considérés comme « les Hussards de la République »qui avaient sur notre Histoire une vision infiniment moins culpabilisatrice que celle des enseignants d’aujourd’hui !!!

Il est clair que la façon dont on raconte aujourd’hui l’Histoire a beaucoup évolué depuis la fin du XIXème siècle et le début du XXème.

Entre-temps, la meule du « politiquement correct » est passée par là, et l’on trouve dans ces vieux manuels des formulations, voire des évocations qui ne seraient plus tolérées aujourd’hui au risque de transformer certains cours d’Histoire en Foires d’empoigne….

C’est ainsi qu’au détour du Tome II d’un Lavisse en 9 Tomes intitulé « Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution, » Paris, Hachette, 19001911Tallandier), (1re éd. 1900) , je tombe sur une série de chapitres consacrés à une période de notre Histoire sur laquelle les Manuels d’aujourd’hui sont devenus silencieux….Ce tome est intitulé : « Tome II/1: Charles Bayet, Arthur Kleinclausz et Christian Pfister, Le Christianisme, les Barbares ; Mérovingiens et Carolingiens, 1903, 444 p. »

Au chapitre des « Barbares »( 1 ) je tombe en arrêt sur un long texte, en annexe, consacré aux Maures dont je reproduis ici quelques extraits:

« Les musulmans sont entrés pour la première fois en 714 dans ce qui était la France de l’époque. Ils se sont emparés de Narbonne, qui est devenue leur base pour les 40 années suivantes, et ont pratiqué des razzias méthodiques.

Ils ont ravagé le Languedoc de 714 à 725, détruit Nîmes en 725 et ravagé la rive droite du Rhône jusqu’à Sens. En 721, une armée musulmane de 100.000 soldats mit le siège devant Toulouse, défendue par Eudes, le duc d’Aquitaine.

Charles Martel envoya des troupes pour aider Eudes. Après six mois de siège, ce dernier fit une sortie et écrasa l’armée musulmane, qui se replia en désordre sur l’Espagne et perdit 80.000 soldats dans la campagne.

On parle peu de cette bataille de Toulouse parce qu’Eudes était mérovingien. Les Capétiens étaient en train de devenir rois de France et ne souhaitaient pas reconnaître une victoire mérovingienne.( ! )

Les musulmans ont conclu alors qu’il était dangereux d’attaquer la France en contournant les Pyrénées par l’est, et ils ont mené leurs nouvelles attaques en passant à l’ouest des Pyrénées :15.000 cavaliers musulmans ont pris et détruit Bordeaux, puis les Pays de la Loire, et mis le siège devant Poitiers, pour être finalement arrêtés par Charles Martel et Eudes à vingt kilomètres au nord de Poitiers, en 732.

Les musulmans survivants se sont dispersés en petites bandes et ont continué à ravager l’Aquitaine. De nouveaux soldats les rejoignaient de temps en temps pour participer aux pillages.

Ces bandes n’ont finalement été éliminées qu’en 808, par Charlemagne.

Les ravages à l’est ont continué jusqu’à ce qu’en 737 Charles Martel descende, au sud, avec une armée puissante, et reprenne successivement Avignon, Nîmes,  Maguelone, Agde, Béziers et mette le siège devant Narbonne.

Cependant, une attaque des Saxons sur le nord de la France obligea Charles Martel à quitter la région.

En 759 enfin, Pépin le Bref reprit Narbonne et écrasa définitivement les envahisseurs musulmans. Ces derniers se dispersèrent en petites bandes, comme à l’ouest, et continuèrent à ravager le pays, notamment en déportant les hommes pour en faire des esclaves castrés, et les femmes pour les introduire dans les harems d’Afrique du Nord, où elles étaient utilisées pour engendrer des musulmans.

La place forte des bandes se situait à Fraxinetum, l’actuelle Garde-Freinet (le massif des Maures). Une zone d’environ 10.000 kilomètres-carrés, dans les Maures, fut totalement dépeuplée.

En 972, les bandes musulmanes capturèrent Mayeul, Abbé de Cluny, sur la route du Mont Genèvre. Le retentissement fut immense. Guillaume II, comte de Provence, passa 9 ans à faire une sorte de campagne électorale pour motiver tous les Provençaux, puis, à partir de 983, chassa méthodiquement toutes les bandes musulmanes, petites ou grandes. En 990, les dernières furent détruites. Elles avaient ravagé la France pendant DEUX SIÈCLES.

La pression musulmane ne cessa pas pour autant. Elle s’exerça pendant les 250 années suivantes par des razzias effectuées à partir de la mer.

Les hommes capturés étaient emmenés dans des camps de castration en Corse, puis déportés dans les bagnes du Dar al islam, et les femmes d’âge nubile dans les harems. Les repaires des pirates musulmans se trouvaient en Corse, Sardaigne, Sicile, sur les côtes d’Espagne et celles de l’Afrique du Nord.

 Toulon a été totalement détruite par les musulmans en 1178 et 1197, les populations massacrées ou déportées, la ville laissée déserte.

Finalement, les musulmans ayant été expulsés de Corse, Sicile, Sardaigne, du sud de l’Italie et de la partie nord de l’Espagne, les attaques sur les terres françaises cessèrent mais elles continuèrent sur mer par des actions de pirateries.

Ce n’est qu’en 1830 que la France, exaspérée par ces exactions, se décidera à aller en Algérie détruire définitivement les dernières bases des pirates musulmans.

Ce fut l’origine de notre implantation en Afrique du Nord .« 

( Fin de citation ).

On est bien loin de la version édulcorée qui nous sera enseignée plus tard, selon laquelle l’origine de la conquête de l’Algérie se trouvait dans une ridicule histoire de « coup d’éventail » asséné par le Bey d’Alger de l’époque à notre Ambassadeur !!!

Il est clair, à mes yeux, que si la France devait un jour faire acte de repentance pour avoir sorti l’Algérie de l’obscurité de son Histoire, il ne serait pas inutile de rappeler – et de comptabiliser – les épisodes ci-dessus de notre Histoire commune, au sujet desquels les « Historiens officiels » de notre épisode algérien sont bien discrets….

Djamel Debouze, – l’inénarrable humoriste pour « les Nuls » – a coutume de dire dans quelques uns de ses sketches que l’Islam est présent en France depuis 3.000 ans !!!

Au fond, il ne se trompe que de quelques 2.000 ans, et se garde bien d’évoquer « l’œuvre civilisatrice » de l’Islam dans nos provinces….

On ne nous dit pas tout ….

Car évoquer les pages sombres de nos rapports avec cette religion de conquête qu’est l’Islam, … cela n’est pas correct, « politiquement » !!! N’est-ce pas ???

( 1 ).- « Les Barbares » sont le nom dont dont « les anciens » avaient affublé les populations vivant en Afrique du Nord. Ce nom provient de la déformation du mot « Berbères », alors que les invasions dont il est question dans ce livre concernent principalement « les Arabes », qu’il ne faut pas confondre avec les Berbères.

PS : Le Christianisme, les Barbares, Mérovingiens et Carolingiens, en collaboration avec Charles Bayet et Christian Pfister, dans : Ernest Lavisse, Histoire de France des origines à la Révolution, tome II, 1re partie, coll. « Monumenta historiae », Paris, 1903 (réimpression : Tallandier, Paris, 1981, 466 p.

La Droite sans boussole ???


J’ai regardé, avec un certain recul, l’émission télévisée consacrée, hier soir, par France 2, à Laurent Wauquiez.

Je savais que cette émission n’était pas faite pour l’aider à s’installer en leader d’une Droite dont la phase de décomposition s’achève et qui doit désormais se reconstruire sur des bases à redéfinir.

Le panel de journalistes qui habituellement anime cette émission constitue un échantillon représentatif d’une caste médiatique qui a perdu tout sens de ce que devrait être une juste neutralité par rapport au débat politique. Certains d’entre eux n’ont même pas la pudeur de cacher leur engagement partisan: parmi eux, il y avait là,  » celles-zé-ceux » qui ont depuis peu changé de chemise et qui, après avoir été des défenseurs combatifs et parfois hargneux d’un François Hollande pourtant bien mal en point, sont devenus de pathétiques inconditionnels de Macron.

Les personnalités de Droite qui s’affichent dans cette émission, comme dans celle de Laurent Ruquier, devraient savoir qu’elles n’ont aucun bénéfice à attendre de ce genre de prestation, si ce n’est celui de faire « le buzz » au moindre de leur dérapage verbal en cours d’émission…..

Pourtant, j’ai trouvé que Laurent Wauquiez ne s’était pas mal tiré de ce traquenard qui a mis en évidence les nombreux obstacles qui se dressent sur sa route, le moindre d’entre eux n’étant pas la redoutable habileté de Macron, qui après avoir cocufié tous ceux qui voyaient en lui l’homme providentiel capable de sauver la Gauche d’un désastre annoncé, chasse désormais, sans pudeur, sur les terres de la Droite, au point de créer le trouble dans l’électorat traditionnel de ce courant politique, qui ne sait plus trop à quel « saint » se vouer….

Malgré le talent de débatteur dont il  su faire preuve, face à un Alain Minc conforme à sa propre caricature à qui il a « cloué le bec » (1), ou face au « porte-parole » de l’Elysée (3), la tâche de Wauquiez était rude.

Elle continuera à être rude dans les mois qui viennent. ( 2 )

Wauquiez a entrepris de « faire le ménage » dans son propre camp en éliminant ou en marginalisant tous ceux qui tiraient systématiquement la Droite vers le centre et même vers le centre-gauche, ce qui fait autant d’adversaires à combattre, outre les adversaires « naturels » de la Droite.

Ce n’était pas le plus facile. Mais le plus difficile reste à faire : doter son mouvement d’un corpus idéologique puisant dans les valeurs traditionnelles de la Droite, mais en l’adaptant aux évolutions d’une société elle-même en perte de repères, et au sein de laquelle le sentiment le plus partagé est celui d’un doute, d’une méfiance, voire d’un scepticisme têtu à l’égard d’une classe politique qui depuis trente ans n’a cessé de la décevoir.

J’ai quelques fois évoqué, sur ce blog, mon attachement à la personne et aux idées de Philippe Seguin, qui fut pour moi, l’un des très rares Hommes d’Etat dignes de ce nom que la Vème République ait enfantés.

Il se trouve que je viens d’achever la lecture de la volumineuse et excellente biographie – que l’on doit au talent d’Arnaud Teyssier – de ce personnage prématurément disparu, et qui a marqué de sa stature les débats les plus importants de son époque.

Séguin

Rares sont ceux qui aujourd’hui se souviennent du combat qu’il a mené contre les Accords de Maastricht, et de son discours fleuve devant une Assemblée Nationale pétrifiée : un discours qui mériterait d’être relu aujourd’hui, notamment par les inconditionnels d’une Europe Fédérale dans laquelle la France devrait se dissoudre: il y a dans ce discours la mise en garde contre tout ce que l’on reproche aujourd’hui à une Europe technocratique qui s’est écartée de plus en plus de la volonté populaire, et a fini par décevoir ses plus chauds partisans….

Philippe Séguin fut l’un des rares politiciens visionnaires qui dénonçait un projet européen fondé sur des préoccupations purement économiques et financières, qui prévoyait ce que seraient les effets néfastes d’une mondialisation conçue pour les seuls intérêts des grands groupes devenus plus puissants que les Etats Nations.

L’Europe est l’un des thèmes sur lesquels Laurent Wauquiez est le plus attendu.

Les prochaines élections européennes seront un test pour la Droite que veut reconstruire Laurent Wauquiez. La République en Marche soutiendra le projet des « zélites » qui repose sur « toujours plus d’intégration européenne »,  » toujours plus d’abandons de souveraineté », « toujours plus de technocratie », et … » toujours moins de démocratie »…..

Wauquiez devrait orienter la réflexion des Républicains en s’inspirant des positions défendues par Philippe Séguin chez lequel il trouvera un argumentaire solide, une vision éclairée de ce que devrait être une Europe capable de sensibiliser les peuples à un projet mobilisateur.

Un projet fondé sur une confédération d’Etats respectueuse des identités et de l’Histoire de chacun, s’appuyant sur l’immense fonds commun de savoir faire et de ressources culturelles qui caractérise notre civilisation.

Un projet qui est le contraire d’un renoncement à ce que nous sommes et du reniement de notre Histoire, pour une soumission à des cultures exogènes contre lesquelles les peuples européens sont de plus en plus nombreux à se révolter.

La sacro-sainte mondialisation dont on commence à peine à percevoir les effets dévastateurs pour le plus grand nombre, au profit des minorités qui en tirent bénéfice, ne pourra continuer longtemps à servir d’alibi à ceux qui envisagent sereinement la disparition de la France et qui, le sachant, trahissent odieusement le projet des « pères fondateurs » d’une Europe forte, libre et protectrice de ses peuples.

La Droite, libérale, réaliste mais patriote, porteuse de valeurs humanistes et sociales, celles héritées du Gaullisme et qui fut le moteur d’un RPR qui a sombré sous Jacques Chirac dans un regroupement de la Droite et du Centre, dans lequel la Droite a perdu son âme avant de perdre ses électeurs, cette Droite là, n’en déplaise à ceux qui voudraient  l’ignorer, existe et n’est pas prête à se dissoudre dans « l’eau tiède » !!!!

Wauquiez a du pain sur la planche….le peuple de Droite attend de le voir à l’œuvre. Mais Wauquiez doit les savoir : « la planche » est savonnée….

(1) – https://twitter.com/twitter/statuses/957003427934081025

(2) – https://twitter.com/twitter/statuses/957002684216856582

(3) – https://twitter.com/twitter/statuses/957002912370216960

 

Histoire: les accords de Munich, 30 septembre 1938


Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

A la suite  de sa nomination comme chancelier de l’Allemagne, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler multiplie les coups de forces contre les démocraties, suivant à la lettre le projet qu’il avait annoncé dans son livre écrit en prison, Mein Kampf.  Bafouant le traité de Versailles, en 1934, il rétablit le service militaire en Allemagne. Toujours en violation avec l’une des clauses essentielles de ce traité de paix, l’armée allemande occupe la Rhénanie démilitarisée en mars 1936, menaçant directement la France. Le gouvernement radical d’Albert Sarraut, n’ayant pas le soutien de l’Angleterre, refuse d’intervenir – alors que l’armée française est encore à l’époque en position de force – et se contente de protestation. En mars 1938, Les nazis annexent l’Autriche (l’Anschluss), sans plus de réaction des démocraties qui ferment les yeux.

Puis, Hitler réclame en septembre 1938 l’autodétermination pour les 3,2 millions d’Allemands qui peuplent la région des…

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Relire Renan.


Je tombe, une fois de plus par hasard, en fouillant parmi les vieux livres que recèle ma bibliothèque, sur un ouvrage acheté il y a fort longtemps sur les bords de la Seine à un vieux bouquiniste qui semblait s’être spécialisé dans la revente de livres anciens d’une époque littéraire dont on se détourne, à tort, aujourd’hui.

Car qui, aujourd’hui s’intéresse aux écrits de Mauras, de Déroulède, ou de Renan ??? Et pourtant….Ernest Renan a connu une immense gloire au XIXe siècle, principalement pour sa critique du christianisme .

Mais il serait profondément injuste de réduire l’oeuvre de Renan aux pages critiques qu’il a écrite sur le Christianisme .

Les combats qu’il a pu mener tout comme les débats qu’il a soulevés nous paraissent si lointains aujourd’hui….Et pourtant ….

En feuilletant l’ouvrage exhumé des rayons de ma bibliothèque, qu’à vrai dire je n’avais jamais ouvert, je découvre des pages entières consacrées à une réflexion dont l’actualité m’a paru tellement évidente que je ne résiste pas au plaisir d’en partager les meilleurs morceaux sur ce blog !!!

Renan

Cette édition comporte une préface qui rehausse l’intérêt de ce livre. Sous le titre prometteur des « Origines de la France Contemporaine », Jean-François Revel, qui fut dans les années 70/80 un éditorialiste de talent ( même si je n’ai pas toujours partagé ses points de vue ) nous livre une réflexion dont la hauteur distanciée tranche sur les propos médiocres de ceux qui ne supportent plus que des Français puissent encore s’interroger sur leur « identité »……

Pour Jean-François Revel  » .  « La France est le sel de la Terre » -, la déchéance où elle s’abîme est de toutes la plus profonde lorsqu’elle vient à s’en écarter. » Et plus loin : « N’est pas médiocre qui veut. L’homme qui prostitue un grand nom, qui manque à une mission écrite dans sa nature, ne peut se permettre sans conséquence une foule de choses que l’on pardonne à l’homme ordinaire, qui n’a ni passé à continuer, ni grand devoir à remplir. »

Intéressant, non ??? 

Pour J-F Revel, Renan oppose déjà la médiocrité des Français à la grandeur de la France, et citant Renan, il stigmatise ces « politiciens médiocres et jaloux, naturellement peu respectés de la foule, qui sait par quel charlatanisme on a surpris son suffrage »…..Pour J-F Revel, Renan est un libéral réactionnaire qui se situe entre Montesquieu et de Gaulle.

L’Histoire n’est, en définitive, qu’un éternel recommencement….

Mais revenons à l’ouvrage de Renan, objet de ce billet. En somme, si on se réfère à Revel, ce qui inspire Renan, c’est le sentiment de la médiocrité foncière de notre peuple, sentiment difficile à concilier – comme ce sera aussi le cas chez de Gaulle – avec l’affirmation que ce même peuple est « le sel de la terre ».

Dès les premières pages Renan cadre son propos sur la France :  « Énervée par la démocratie, démoralisée par sa prospérité même, la France a expié de la manière la plus cruelle ses années d’égarement. La raison de ce fait est dans l’importance même de la France et dans la noblesse de son passé. Il y a une justice pour elle ; il ne lui est pas loisible de s’abandonner, de négliger sa vocation ; il est évident que la Providence l’aime ; car elle la châtie.

« Un pays qui a joué un rôle de premier ordre n’a pas le droit de se réduire au matérialisme bourgeois qui ne demande qu’à jouir tranquillement de ses richesses acquises. N’est pas médiocre qui veut. L’homme qui prostitue un grand nom, qui manque à une mission écrite dans sa nature, ne peut se permettre sans conséquence une foule de choses que l’on pardonne a l’homme ordinaire, qui n’a ni passé à continuer, ni grand devoir à remplir. » Il en est de même pour la France.

Ce vieux pays ne peut se permettre de se complaire dans la médiocrité. Or, selon le Renan de l’époque  » pour voir en ces dernières années que l’état moral de la France était gravement atteint, il fallait quelque pénétration d’esprit, une certaine habitude des raisonnements politiques et historiques. Pour voir le mal aujourd’hui, il ne faut, hélas ! que des yeux. L’édifice de nos chimères s’est effondre  comme les châteaux féériques qu’on bâtit en rêve. Présomption, vanité puérile, indiscipline, manque de sérieux, d’application, d’honnêteté, faiblesse de tête, incapacité de tenir à la fois beaucoup d’idées sous le regard, absence d’esprit scientifique, naïve. et grossière ignorance, voilà depuis un an l’abrégé de notre histoire « .

N’en déplaise à ceux qui continuent de faire naître la France au lendemain de la Révolution française, Renan assène ce douloureux constat, dont on mesure encore aujourd’hui les effets dévastateurs ; «  Le jour où la France coupa la tête à son roi, elle commit un suicide. « . Rien que cela !!!

Plus loin, Renan évoque le vieux rêve que les décennies qui viennent de s’écouler ont transformé en fantasme, tant le rêve européen a perdu de sa capacité à nourir les espoirs des générations futures : «  Nous crûmes un moment que notre rêve allait se réaliser, c’est-à-dire l’union politique et intellectuelle de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France, constituant à elles trois une force directrice de l’humanité et de la civilisation »….

Et ce saisissant paragraphe dans lequel Renan décrit le processus de déclin qui conduira la France à de cruelles défaites, et qui mériterait d’être médité par ceux qui ont aujourd’hui entre leurs mains, le destin de la France :

« Toujours légère et inconsidérée, la France avait à la lettre oublié qu’elle avait insulté il y a un demi-siècle la plupart des nations de l’Europe, et en particulier la race qui offre en tout le contraire de nos qualités et de nos défauts. La conscience française est courte et vive ; la conscience allemande est longue, tenace et profonde. Le Français est bon, étourdi ; il oublie vite le mal qu’il a fait et celui qu’on lui a fait ; l’Allemand est rancunier, peu généreux ; il comprend médiocrement la gloire, le point d’honneur ; il ne connaît pas le pardon. »

« Les revanches de 1814 et de 1815 n’avaient pas satisfait l’énorme haine que les guerres funestes de l’Empire avaient allumée dans le cœur de l’Allemagne. Lentement, savamment, elle préparait la vengeance d’injures qui pour nous étaient des faits d’un autre âge, avec lequel nous ne nous sentions aucun lien et dont nous ne croyions nullement porter la responsabilité. »

« Pendant que nous descendions insouciants la pente d’un matérialisme inintelligent ou d’une philosophie trop généreuse, laissant presque se perdre tout souvenir d’esprit national (sans songer que notre état social était si peu solide qu’il suffisait pour tout perdre du caprice de quelques hommes imprudents), un tout autre esprit, le vieil esprit de ce que nous appelons l’ancien régime, vivait en Prusse, et à beaucoup d’égards en Russie. L’Angleterre et le reste de l’Europe, ces deux pays exceptés, étaient engagés dans la même voie que nous, voie de paix, d’industrie, de commerce, présentée par l’école des économistes et par la plupart des hommes d’État comme la voie même de la civilisation. »

« Mais il y avait deux pays où l’ambition dans le sens d’autrefois, l’envie de s’agrandir, la foi nationale, l’orgueil de race duraient encore. La Russie, par ses instincts profonds, par son fanatisme à la fois religieux et politique, conservait le feu sacré des temps anciens, ce qu’on trouve bien peu chez un peuple usé comme le nôtre par l’égoïsme, c’est-à-dire la prompte disposition à se faire tuer pour une cause à laquelle ne se rattache aucun intérêt personnel. »

« En Prusse, une noblesse privilégiée, des paysans soumis à un régime quasi-féodal, un esprit militaire et national poussé jusqu’à la rudesse, une vie dure, une certaine pauvreté générale, avec un peu de jalousie contre les peuples qui mènent une vie plus douce, maintenaient les conditions qui ont été jusqu’ici la force des nations. »

« Là, l’état militaire, chez nous déprécié ou considéré comme synonyme d’oisiveté et de vie désœuvrée, était le principal titre d’honneur, une sorte de carrière savante. L’esprit allemand avait appliqué à l’art de tuer la puissance de ses méthodes. Tandis que, de ce côte du Rhin, tous nos efforts consistaient à extirper les souvenirs selon nous néfastes du premier empire, le vieil esprit des Blücher, des Scharnhorst vivait là encore. »

« Chez nous, le patriotisme se rapportant aux souvenirs militaires était ridiculise sous le nom de chauvinisme, là-bas, tous sont ce que nous appelons des chauvins, et s’en font gloire. »

« La tendance du libéralisme français était de diminuer l’État au profit de la liberté individuelle ; l’État en Prusse était bien plus tyrannique qu’il ne le fut jamais chez nous ; le Prussien, élevé, dressé, moralisé, instruit, enrégimenté, toujours surveillé par l’État, était bien plus gouverné (mieux gouverné aussi sans doute) que nous ne le fûmes jamais, et ne se plaignait pas. Ce peuple est essentiellement monarchique ; il n’a nul besoin d’égalité ; il a des vertus, mais des vertus de classes.

« Tandis que parmi nous un même type d’honneur est l’idéal de tous, en Allemagne, le noble, le bourgeois, le professeur, le paysan, l’ouvrier, ont leur formule particulière du devoir ; les devoirs de l’homme, les droits de l’homme sont peu compris ; et c’est là une grande force, car l’égalité est la plus grande cause d’affaiblissement politique et militaire qu’il y ait. Joignez-y la science, la critique, l’étendue et la précision de l’esprit, toutes qualités que développe au plus haut degré l’éducation prussienne, et que notre éducation française oblitère ou ne développe pas ; joignez-y surtout les qualités morales et en particulier la qualité qui donne toujours la victoire à une race sur les peuples qui l’ont moins, la chasteté et vous comprendrez que, pour quiconque a un peu de philosophie de l’histoire et a compris ce que c’est que la vertu des nations, pour quiconque a lu les deux beaux traités de Plutarque : « De la vertu et de la fortune d’Alexandre. De la vertu et de la fortune des Romains », il ne pouvait y avoir de doute sur ce qui se préparait.

« Il était facile de voir que la révolution française, faiblement arrêtée un moment par les événements de 1814 et de 1815, allait une seconde fois voir se dresser devant elle son éternelle ennemie, la race germanique ou plutôt slavo-germanique du Nord, en d’autres termes, la Prusse, demeurée pays d’ancien régime, et ainsi préservée du matérialisme industriel, économique, socialiste, révolutionnaire, qui a dompté la virilité de tous les autres peuples. La résolution fixe de l’aristocratie prussienne de vaincre la révolution française a eu ainsi deux phases distinctes, l’une de 1792 à 1815, l’autre de 1848 à 1871, toutes deux victorieuses, et il en sera probablement encore ainsi à l’avenir, à moins que la révolution ne s’empare de son ennemi lui-même, ce à quoi l’annexion de l’Allemagne à la Prusse fournira de grandes facilites, mais non encore pour un avenir immédiat. »

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » affirmait Winston Churchill. Or, c’est précisément ce que nous vivons.

Relisez Ernest Renan, et méditez sur ces pages qui, sans concession, décrivent les menaces qui, en de nombreuses circonstances historiques, réveillent les vieux démons qui hantent ce vieux pays.

« Pour n’avoir pas suffisamment médité les leçons tirées des épreuves traversées par notre pays au cours des précédents siècles, nous subissons de plein fouet les conséquences d’une légèreté à laquelle la tragédie du 13 novembre semble avoir mis fin, nous rappelant tristement à une réalité que nous voulions ignorer.

Notre légèreté a consisté à avoir cru que nous pouvions offrir une vie harmonieuse à une jeunesse désœuvrée, sans l’enraciner dans les profondeurs de l’âme française. « Un pays qui a joué un rôle de premier ordre n’a pas le droit de se réduire au matérialisme bourgeois qui ne demande qu’à jouir tranquillement de ses richesses acquises »

Ernest Renan dans La Réforme intellectuelle et morale, au sortir du traumatisme de la guerre de 1870 décrivait déjà le processus du déclin d’une France qui s’abandonne à ses chimères.

Si vous n’avez pas le courage de vous plonger dans Ernest Renan, alors faites un détour par le livre de Barbara Lefebvre qui dépasse largement ce constat. A travers Génération « j’ai le droit » (Albin Michel). Cette essayiste et professeure dans le secondaire aborde des enjeux tels que la démission des familles, la dérive multiculturaliste de notre modèle d’assimilation ou encore l’instrumentalisation politique de l’histoire. Et livre une réflexion puissante sur la crise de l’autorité qui mine notre société ultra-individualiste.Autant de symptômes de ce déclin d’une France qui s’abandonne à ses démons qu’Ernest Renan décrivait si justement….

 

 

 

L’Islam et les naïfs…..


J’ai grandi dans un environnement où l’Islam était partout présent.

Mon enfance s’est déroulée à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt : mes parents habitaient à deux pas de l’immeuble fort modeste où avait grandi Albert Camus. Dans ce quartier peuplé majoritairement d’Arabes, vivaient en bonne intelligence des musulmans, des Juifs, des Chrétiens et des athées de toutes origines.

J’ai relaté sur ce blog, quelques souvenirs d’enfance qui témoignent de notre proximité paisible, de nos jeux partagés, mais aussi de la perception aigüe que nous avions de nos différences: il ne s’agit pas là de la différence de nos origines sociales, car ma famille et celles qui habitaient l’immeuble où vivaient mes parents étaient aussi pauvres que celles des Arabes qui m’entouraient. Il s’agit surtout des différences résultant de l’éducation reçue dans nos milieux familiaux respectifs, qui elles-mêmes résultaient de l’empreinte de nos religions respectives.

https://berdepas.com/2012/11/24/les-etudes-ou-les-copains-dabord/

Plus tard, au Lycée puis à la Fac j’aurai d’excellents copains algériens, tous issus de familles pratiquant une religion musulmane paisible, dont j’ai gardé un souvenir  chaleureux, car l’hospitalité n’est pas la moindre des qualités de l’Arabe.

J’ai partagé le couscous dans le plat familial placé au centre de « la table des enfants », servi par la mère attentive qui insiste pour que l’on se serve copieusement, tout comme lorsque viendra le plateau de pâtisseries au miel et aux amandes arrosées du traditionnel thé à la menthe…..

Du balcon de chez mes parents, je regardais passer, impressionné, la foule qui suivait les enterrements de ceux que l’on mettait en terre au cimetière musulman du « Marabout »….. Et j’entendais au loin les appels à la miséricorde d’Allah, pour le défunt.

De même, j’ai grandi avec le son de l’appel à la prière du muezzin dans l’oreille, mais aussi avec celui de la musique arabe qui émanait d’un café maure voisin, qui à longueur de soirées nous gratifiait des chansons de Lili Boniche et du répertoire populaire algérien …..

L’Arabe parlé par mes copains algériens, et que je comprenais alors parfaitement,  n’avait rien à voir avec l’Arabe dit « littéraire », – celui que parlent les « Arabes lettrés »-, que nous enseignait au Lycée, le Professeur Stambouli, et nos conversations ressemblaient à un salmigondi de mots dans lequel se mélangeait ce patois de l’Arabe algérois avec du Français, de l’Espagnol et une sorte de « pataouète » parlé dans les quartiers populaires d’Alger……

D’aussi loin que remontent mes souvenirs de cette époque, j’ai gardé la conviction que  l’islam influençait grandement les musulmans que je fréquentais, et j’ai toujours considéré qu’un véritable musulman ne pouvait s’intégrer à la France et s’adapter à nos mœurs profondément imprégnées de nos racines humanistes et chrétiennes, alors que les leurs sont issues de traditions patriarcales et parfois même tribales.
Je continue à être surpris de la naïveté de ceux qui rêvent de l’émergence d’un « Islam de France « : ils méconnaissent l’empreinte identitaire dont l’Islam marque ses fidèles et s’exposent à de graves désillusions.

Ma conviction a toujours été, et demeure aujourd’hui que seuls auront vocation à « s’intégrer » des musulmans, peu nombreux,  s’adonnant à une pratique édulcorée de l’Islam, ce qui les marginalisera aux yeux de ceux qui resteront fidèles à une conception rigoriste de cette religion qui régit le moindre des actes de la vie courante de ses pratiquants, jusqu’à la manière de procéder à leur toilette intime…..

Il se trouve que j’ai exhumé, hier soir, par hasard, de ma bibliothèque, un vieil ouvrage consacré aux correspondances du Père Charles de Foucauld.

De Foucauld, avait réussi à conquérir la confiance des musulmans au point de devenir la cible de fanatiques précurseurs de « djihadistes » d’aujourd’hui, qui sentant, déjà, le danger que constituait sa tentative de construire des ponts entre nos deux cultures, ont fini par l’assassiner, – ( ce qui préfigure, depuis le siècle dernier, ce que le siècle présent se condamne à vivre ).

Le Père de Foucauld  nous livre dans cette correspondance, ses convictions intimes.

Dans une lettre adressée à l’écrivain René Bazin de l’Académie française, et parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917, le religieux qui a consacré sa vie de missionnaire à tenter de se faire accepter des musulmans, et « de devenir pour eux l’ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l’affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument« , livre le fond de sa pensée, – prémonitoire – à propos des Musulmans. Je le cite :

« Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l’Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l’esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l’étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses; d’autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu’elle a avec les Français (représentants de l’autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle. »

C’est exactement ce qui s’est passé en Algérie, et ce qui a abouti à sa séparation avec la France. Et un peu plus loin, dans cette correspondance, je le cite :

« Des musulmans peuvent-ils être vraiment Français? Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent; avec certains il y a des accommodements; avec l’un, celui du Mehdi, il n’y en a pas : tout musulman (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi) croit qu’à l’approche du jugement dernier le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l’islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-musulmans.

Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui ou ses descendants; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve; “l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes; s’il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération”, disent-ils. ( Fin de citation ).

Et aux naïfs qui croient encore aujourd’hui que la révolte algérienne fut causée par le fait que trop longtemps les Musulmans se sont vu refuser les attributs de la citoyenneté française, le Père de Foucault répondait déjà, par anticipation, dans une correspondance datant, je le répète, de 1917 : 

Je le cite:

 » ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d’honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles, mais, d’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Mehdi, en lequel ils soumettront la France.

De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d’un peuple étranger qu’on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d’apostasie, un renoncement à la foi du Mehdi… » ( Fin de citation )

Ces propos du Père de Foucauld, qui datent de 1917 font écho au propos plus récents tenus par le Roi du Maroc, Mohamed V, qui répondant à la journaliste Anne Sinclair sur TF1, lui déclarait que jamais les citoyens marocains vivant en France ne seront « intégrés », et qu’il fallait cesser d’entretenir des illusions à cet égard…..

A méditer par tous ceux qui, par naïveté ou par calcul, tentent de nous faire croire que cette « immigration » qui exerce une fascination naïve sur leurs esprits aveuglés et nourrit leur goût pervers pour le déni de réalité et l’exotisme, sera un jour , « une chance pour la France », refusant d’entendre les évidences de propos émanant de gens qui  connaissent, en profondeur, l’Islam et le monde musulman ( le Père de Foucauld en était réellement un ), et pas seulement à travers leurs relations avec « l’épicier sympa » ouvert à toute heure du jour dans les « beaux quartiers »  …..

Pour un renouveau authentique de la vie politique


Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Ci-dessous, mon article paru ce matin dans le Figaro (papier). L’idée n’est vraiment pas de se demander, à l’image de 98% des commentaires médiatiques, si l’actuel président de la République est formidable ou s’il ne l’est pas. Tout ce qui compte, c’est le pays, le bien commun, l’intérêt général, par-delà tel ou tel individu. La véritable question est de savoir ce que recouvre le prodigieux écran de fumée médiatique autour d’une personnalité et du grand spectacle politicien, cette vertigineuse fuite dans la posture, la polémique, l’émotion, l’idolâtrie et sa face cachée, le dénigrement, la haine, le lynchage. Sans doute est-il plus difficile de réfléchir que de s’émerveiller ou de s’indigner. L’extraordinaire enfumage que nous subissons à présent a un sens: s’auto-aveugler sur la réalité d’une nation qui s’effondre lentement (encore que…) mais sûrement, dans l’indifférence, la lâcheté, l’abêtissement. Plus que jamais, sur tous les grands enjeux de l’époque, l’heure est…

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