Nouveau Monde….


Du fond de mes 86 ans, j’observe, avec un certain détachement et une pointe de scepticisme, les convulsions d’un monde qui fait mine de croire qu’il peut encore se réinventer.

Enfant, sur les bancs de l’école, j’avais appris que Christophe Colomb avait découvert « Le Nouveau Monde » ….Plus tard, passionné par l’Histoire et parcourant les livres, j’ai pris la mesure des bouleversements que cette découverte allait susciter sur les équilibres d’un monde ancien qui ne s’en est toujours pas remis….

Adolescent j’ai assisté, sans bien comprendre ce qui justifiait le déchaînement des horreurs d’une guerre dans laquelle s’affrontaient le Bien et le Mal et dont j’ai cru comprendre que l’issue nous permettrait, enfin, d’espérer vivre dans un « Monde Nouveau ».

A la Libération, le Conseil National de la Résistance jetait les bases d’une société nouvelle, enfin apaisée, inspirée par un idéal de justice sociale et de liberté. Je me souviens également, qu’à la même époque, le communisme triomphant à l’Est de l’Europe laissait entrevoir à la jeunesse dont je faisais partie, la perspectives de « lendemains qui chantent ». On sait ce qu’il en est advenu.

Plus tard, De Gaulle revenant aux affaires après en avoir été chassé à l’occasion du conflit sanglant de la Guerre d’Algérie créera « L’Union pour la Nouvelle République » sur laquelle reposait l’espoir de voir émerger une France indépendante et fière d’elle même, dont le destin, tournant le dos à son passé colonial était de s’entendre avec l’Allemagne et avec les autres nations européennes pour créer « un Monde Nouveau » auquel la jeunesse dont je faisais partie a longtemps cru avant de sombrer dans d’amères déceptions…

De Gaulle parti, et sous l’ère Pompidou, le sémillant Chaban-Delmas a vainement tenté de nous faire espérer en l’avènement d’une « Nouvelle Société » : ce ne fut pas une réussite.

Plus tard, Valérie Giscard d’Estaing, convaincu que la France voulait être gouvernée au centre, a tenté, à son tour, de nous faire croire qu’avec l’assentiment de 2 Français sur 3, il parviendrait à moderniser une société menacée de « ringardisation » par l’héritage gaullien. On sait ce qu’il en est advenu.

Mitterrand lui succédant nous annonça par la voix de Jacques Lang que la société française allait enfin passer de « l’ombre à la lumière ». On connait la suite.

Chirac succédant à Mitterrand nous laissa un temps espérer qu’il pourrait mettre un terme à la « fracture sociale » identifiée par le regretté Philippe Seguin »….

Sarkozy succédant à Chirac faisait irruption dans le paysage politique en bousculant l’opinion avec des thèmes tels que « Travailler plus pour gagner plus » : au fond, remettre la France au travail c’était un peu ouvrir la perspective d’un « Nouveau Monde » dans lequel le travail, le mérite, seraient enfin reconnus et récompensés. Il est clair que la perspective de cette société-là n’aura pas convaincu les Français…

Sarkozy remercié, Hollande surgit avec un slogan qui faisait mouche dans une opinion désormais prête à croire, naïvement, que « le changement c’était maintenant »… On connait la suite.

L’élection abracadabrantesque de Macron semble avoir convaincu les Français qu’il était nécessaire de jeter le vieux monde aux oubliettes : Macron, qui se voulait accoucheur d’un Nouveau Monde aux perspectives à la fois rassurantes et flatteuses, se retrouve empêtré dans les vicissitudes d’un monde qui refuse de basculer dans le Progrès, sans trop savoir de quel progrès il s’agit.

Sans doute devrait-il méditer sur l’expérience de ses prédécesseurs. Changer le monde n’a jamais été une entreprise facile. Passer d’un ancien monde à un nouveau monde est une redoutable entreprise.

N’est pas Christophe Colomb qui veut : de méchants historiens ont rapporté que lorsque Christophe Colomb s’est embarqué pour l’Amérique, son intention était de redécouvrir les Indes. En fait, en prenant la mer, il ne savait pas où il allait, il ne savait pas ce qu’il découvrirait en mettant un pied sur le continent américain, il ne savait pas vraiment où il était. Et pourtant …. N’y avait-il pas chez Macron quelque chose de Christophe Colomb ???

En effet, Macron me semble parfois ne plus savoir où il va – probablement pour avoir oublié d’où il vient – car il ignorait sans doute tout de cette France profonde qui lui résiste et pour laquelle il n’a jamais su trouver les mots pour convaincre qu’on le suive alors qu’il ne sait pas où il va…

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