Vers un « césarisme bourgeois »….


César

Durant la Révolution française puis sous le Directoire, le Consulat puis les premier et second Empires, apparaissent en France des régimes qualifiés de « césarisme démocratique » pour désigner des gouvernements qui concentrent les pouvoirs au bénéfice de l’exécutif tout en feignant de s’appuyer sur le peuple, quand ça les arrange.

Ainsi, nous vivons un curieux instant de la vie politique de la France : nous assistons, au moins en apparence, à la juxtaposition d’un pouvoir personnalisé et centralisé avec un régime parlementaire, synonyme de pluralisme et inclinant ( théoriquement ) vers la limitation de l’exécutif.

Et pourtant, sommes-nous  en train d’assister à la naissance d’une nouvelle manière de concevoir la Démocratie, ou à l’émergence d’une nouvelle forme de « césarisme soft » ????

J’emprunte l’expression de « césaro-centrisme » à Jacques Julliard, philosophe et éditorialiste d’une Gauche encore capable de réfléchir, à l’extrait d’un de ses articles publiés dans le Figaro Vox ( Je cite ): » D’où l’expression de césarocentrisme que je propose pour désigner le système macronien, forgée sur le modèle du «césaropapisme», régime où le pouvoir temporel prétend exercer un droit de contrôle sur le pouvoir spirituel de l’Église (Byzance, le Saint Empire romain germanique) !!!

http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/12/03/31001-20171203ARTFIG00130-jacques-julliard-macronvers-le-cesarocentrisme.php

Ce « césarisme » semble vouloir appuyer sa légitimité, non pas sur la majorité des citoyens, ce qui est la base de la Démocratie, mais sur les « minorités » qui sont passées du statut de « groupuscules protégés » à celui de « groupuscules dominants » dans l’opinion, grâce aux relais médiatiques dont ils disposent.

Qui ne voit, en effet que l’opinion populaire , celle de ce que l’on désigne sous le vocable de « la France profonde » est désormais enfermée dans le tiroir catégoriel d’un « populisme » qui n’a plus droit à la parole.

Ceux qui prétendent s’exprimer au nom de cette  » France des oubliés », sont immédiatement classés dans la catégorie des « extrémistes identitaires », ringardisés,  condamnés au silence afin de ne pas couvrir la voix des « bobos » devenus les porte-voix de toutes les minorités chères au « Think-tank » Terra Nova, inspirateur de la Gauche socialiste.( 1 )

Minorités sexuelles, ethniques, religieuses, sexistes, conjuguent leurs efforts pour clouer le bec de ceux qui sont devenus les « vrais indigènes de la République », c’est-à-dire, les « Français de souche »considérés avec mépris comme les héritiers de tous les crimes de notre Histoire: esclavagisme, colonialisme, racisme, sexisme, et intolérance aux « nouveaux genres » qui sous le vocable de LGBT, sortent de l’ombre, toisent et provoquent le citoyen ordinaire de couleur blanche, hétérosexuel et attaché à ses valeurs « traditionnelles », rangées au tiroir des antiquités perverses….

Je ne suis pas le seul à le penser: comme le montrent les articles cités ci-après, nous sommes entrés, en douceur et en rasant les murs, dans l’ère d’un « totalitarisme mou », teinté de snobisme bourgeois, dont notre société donne de plus en plus de signes avant-coureurs.

Cette évolution est favorisée par un climat entretenu, où le culte quasi puéril, chez certains, de la personnalité du « Guide », l’abaissement du niveau dans tous les domaines de la culture, l’analphabétisme reconnu des candidats à l’Université ne sont que les symptômes d’un déclin perceptible par tous, sauf par ceux qui en tirent le meilleur parti….

En même temps la conséquence visible du recul de l’enseignement des « humanités », – ce qui est singulier à une époque où il est de bon ton de se piquer « d’humanisme »- , l’abrutissement de générations entières par des jeux vidéo violents et des émissions de télévision débiles, l’illettrisme et l’incapacité chez beaucoup de jeunes d’exprimer une pensée cohérente, une aptitude à la mémorisation ( 2 ) ravagées chez ceux qui sont accrocs au cannabis quand ce ne sont pas à des drogues plus « dures », tout cela favorise le formatage de la pensée collective.

Ce climat est encouragé par le bavardage creux des médias, destiné à empêcher le citoyen de réfléchir, par l’élévation de la sexualité au rang des obsessions collectives avec ses dérives pornographiques, et surtout le bannissement de tout discours de nature à élever le « sens moral » des individus.

A cela s’ajoute le traitement par la dérision de tout ce qui ne va pas dans le sens d’un « pseudo-progressisme » et de tout ce qui s’écarte d’un discours « politiquement correct ».

Nous voilà sous la férule de la « tyrannie douce » tatillonne et bien-pensante prophétisée par Tocqueville, où les blagues les plus innocentes attirent la foudre sur ceux qui osent, même avec humour, s’écarter des chemins du « politiquement correct »….

Dans un article du Figaro, Gaspard Koenig, s’inquiétant des rumeurs concernant la volonté des Pouvoirs Publics de « contrôler » les réseaux sociaux, dénonce les formes variées que peut prendre « la Police du langage » chargée de réprimer touts dérive sémantique, et tout écart de la pensée de ceux qui n’ont pas encore compris qu’ils devaient allégeance à cette forme douce de tyrannie:

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/12/08/31003-20171208ARTFIG00049-gaspard-koenig-la-liberte-d-expression-n-est-pas-faite-pour-tenir-des-propos-courtois-et-raisonnables.php

Tout comme Franz-Olivier Giesbert qui, dans « Le Point », s’inquiète de voir se multiplier les interdits de traiter certains sujets, dès lors qu’ils sont abordés avec humour. « L’hystérie de tous les pseudo-comités de vigilance qui crient au racisme dès qu’il s’agit de l’Afrique ou du Maghreb » est telle que l’on se demande si, aujourd’hui des Coluche ou des Desproges pourraient avoir encore le droit de nous faire rire :

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/franz-olivier-giesbert/fog-defense-de-rire-09-12-2017-2178387_70.php

Comme nous l’enseigne la Philosophe Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ». Or, la pensée d’Hannah Arendt nous permet de réfléchir sur notre époque:  elle prend une acuité exceptionnelle sur certains thèmes : les notions de Démocratie, la notion de frontières, celle des contours de l’Europe, les questions que soulèvent la fragilité de nos identités, face à une immigration mal maîtrisée….

Le vide de la pensée chez la plupart de nos dirigeants, obsédés par l’épanouissement de leurs egos, ce vide, sidéral, prépare le terrain pour le glissement d’une société de « bisounours », dont chacun peut contempler autour de soi, ceux qui s’admirent et diffusent les « selfies »de leur propre image avec une auto-satisfaction puérile, signe d’une société immature.

Vivons-nous dans une société qui se laisse mener en douceur, sous la conduite d’un totalitarisme « soft »vers un monde dont les héros ne sont plus ceux qui risquent leur vie pour la défense d’un idéal patriotique, car ceux ci sont remplacés par des mythes qui leur sont imposés à grand renfort médiatique ???

Quelques exemples pris dans l’actualité récente pourrait le laisser penser…..

( 1 ) – En mai 2011, le think tank progressiste Terra Nova, publiait une note intitulée: «Gauche, quelle majorité électorale pour 2012?» dans laquelle elle présentait la base sociologique sur laquelle la gauche devait selon elle s’appuyer pour être majoritaire, celle des minorités. Les auteurs écrivaient ceci: «Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes: elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. C’est tout particulièrement vrai pour les diplômés, les jeunes, les minorités. Elle s’oppose à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement, qui considère que «la France est de moins en moins la France», «c’était mieux avant, un électorat inquiet de l’avenir, plus pessimiste, plus fermé, plus défensif».

( 2 ) – « A l’âge de 10 ans, un écolier français a plus de mal à lire que ses homologues européens. Déjà derniers (22e) dans l’Union européenne en mathématiques et avant-derniers en sciences dans l’enquête internationale Timss (Trends in Mathematics and Science Study ) publiée l’an dernier , les écoliers français, en l’occurrence les collégiens de CM 1, partagent le bonnet d’âne européen pour la lecture avec les belges francophones, et la 34e position sur 50 pays dans le monde dans le classement Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisé tous les cinq ans et publié ce 5 décembre. 319 000 élèves de 9 à 10 ans, 310 000 parents, 16 000 professeurs et 12 000 écoles de 50 pays ont participé à ce programme mené au cours de l’année 2016 par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IAE), qui dépend du Boston College. Les champions internationaux sont la Russie et Singapour. Malgré dix heures d’enseignement hebdomadaire du français du CP au CE 2 et huit heures par semaine en CM 1, les collégiens testés au printemps 2016 comprenaient mal ou pas du tout le texte qu’ils lisaient. Seuls 4% des CM1 ont été jugés aptes  «à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société ». Depuis 2001, année de lancement du programme,  les résultats de la France n’ont cessé de décliner, avec 14 points perdus. « 

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