Abdallah.


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Lebada

(Cliquez sur les liens ci-dessus)

Le poste que je dirigeais alors, à Lebada, à proximité de la jonction entre les frontières de l’Algérie, de la Tunisie et de la Lybie, – dont la mission était d’intercepter les passeurs d’armes et de munitions destinées aux maquis de l’intérieur de l’Algérie – comportait un vingtaine d’hommes auxquels s’ajoutaient six harkis que l’on avait affectés à mon unité sans me demander mon avis.

Ces harkis devinrent très vite, pour moi, les meilleurs soldats de ma petite unité, constituée essentiellement d’appelés, souvent indisciplinés, contestataires, qui se demandaient ce qu’ils étaient venus faire là, dans ce désert, où il n’avaient, en aucune manière, le sentiment de servir la France….

Paradoxalement, je décelais, chez ces harkis une grande fierté de porter l’uniforme et un véritable respect pour leur chef que j’étais, et un sincère attachement à la France.

Leur endurance, leur connaissance du terrain, leur habileté à déchiffrer et à lire les traces que les « rebelles » laissaient sur leur passage, leur capacité à en évaluer le nombre, ont été pour nous, à de nombreuses reprises , un concours précieux qui nous a évité bien des pièges et parfois nous a permis d’échapper à des embuscades meurtrières…

Parmi ces Harkis, il y eut Abdallah .

Abdallah était le plus jeune de la harka: il avait 25 ans et il était donc plus âgé que moi….

Les autres Harkis avaient entre trente et quarante cinq ans, mais leur sens de la discipline et le fait que je parlais arabe avec eux faisaient qu’ils ne me posaient aucun problème.

Abdallah était le fils d’un ancien tirailleur, qui avait combattu pour libérer la France, et dont la photo écornée et jaunie ne quittait jamais son vieux portefeuille. Abdallah était fier de nous montrer son père en tenue de tirailleur à la poitrine ornée de la médaille militaire, – une haute distinction parmi les combattants – arborant ses galons de Caporal , ce qui avait facilité, après la guerre, sa nomination comme Garde-Champêtre de son petit village de Kabylie, et ce qui lui coûtera la vie, car il avait été égorgé par le FLN….

C’est sans doute un désir de vengeance qui avait motivé l’engagement d’Abdallah aux côtés de la France.

Abdallah était de toutes les patrouilles, de toutes les embuscades, solide malgré sa petite taille, courageux jusqu’à l’inconscience du danger, mais instinctif et habile à sentir tous les pièges, dans une nature sauvage dont il connaissait toutes les possibilités de dissimulation du danger.

J’ai conscience du fait que lui, – et les autres harkis -, nous ont plus d’une fois sauvé la vie et nous évitant ces pièges et en nous guidant sur un terrain apparemment désertique mais d’où la mort pouvait surgir à chaque instant.

Je pense très souvent à ces harkis dont « le crime » a été de rester fidèles à la France qui a fait preuve, à leur égard d’une injustifiable ingratitude.

Lorsque j’ai quitté l’uniforme, « libéré de mes obligations militaires », ils étaient au garde-à-vous devant la Jeep qui allait m’accompagner à la Gare de Souk Aras : ils avaient tenu à porter mes affaires personnelles et mon paquetage jusqu’à la Jeep, et je les sentais aussi émus que moi-même.

Plus tard, je rencontrerai le Lieutenant Toma, notre Commandant de Compagnie devenu Capitaine, à Alger où il se faisait soigner à l’Hôpital Maillot, pour une grave blessure subie au combat. Toma avait quitté le 25ème Bataillon de Chasseurs Alpins pour fonder, près de la frontière tunisienne, un Commando de Chasse dans lequel s’était enrôlé Abdallah. J’apprendrai qu’Abdallah avait été tué au cours d’une opération.

Quelques mois plus tard j’apprendrai que Toma était mort à son tour, tué au cours d’un combat que raconte Jean Mabire  dans un livre passionnant :

Commando de Chasse

Je n’ai jamais réussi à savoir ce que sont devenus les autres harkis dont j’ai recherché, en vain, la trace pendant toute ma vie. Mais je redoute que leur sort ait été celui des milliers de Harkis « liquidés » après l’Indépendance de l’Algérie, dans des conditions souvent atroces par le FLN.

La « grandeur de la France » et le prestige du Général de Gaulle en ont pris, depuis cette époque, un sacré coup dans ma mémoire….

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