La Droite à la recherche d’elle-même.


vita latina

La Droite française est désemparée.

Il faut reconnaître que, paresseusement, elle s’était contentée d’attendre la fin du quinquennat catastrophique de Hollande pour bénéficier d’une alternance qui lui semblait promise, ce qui la dispensait de faire les efforts nécessaires pour repenser en l’actualisant son message politique et pour renouveler un leadership à bout de souffle, car épuisé par les « combats de chefs »….

Elle a cru pouvoir, enfin, faire émerger un leader incontesté en singeant le Parti Socialiste et en s’imposant la redoutable épreuve des « primaires » qui a fait émerger en Fillon, un candidat qui attendait son heure après avoir été dans l’ombre d’un Sarkozy usé jusqu’à la corde, et à propos duquel il m’a parfois été reproché par les lecteurs de ce blog de considérer qu’il n’avait pas de pire ennemi politique que lui-même ….

L’Histoire dira peut-être, un jour, qui a tiré les ficelles d’un hold up monté de façon magistrale et qui s’est transformé en un coup fatal pour la Droite: l’affaire était conçue pour tuer politiquement et elle a permis de descendre en plein vol le candidat Fillon qui semblait pourtant être celui des leaders de la Droite qui avait le plus travaillé son programme de redressement du pays.

La stratégie était imparable et digne, par son habileté, d’une manœuvre que n’aurait reniée  Bonaparte, en stratège de la grande époque : en frappant les armées de la Droite à la tête, le combat ne pouvait que conduire cette dernière à la défaite, car une Droite sans chef n’est plus qu’une armée mexicaine condamnée à la déroute.

Le vote de dimanche prochain consacrera sans doute la déconfiture de cette Droite qui, pour se relever, devra se choisir une ligne politique tirant les leçons des échecs passés, une stratégie de reconquête de son électorat, et un nouveau chef, ce qui ne sera pas l’exercice le plus facile….

Car la Droite républicaine paie ses hésitations à pratiquer une vraie politique de Droite, économe et rigoureuse dans la gestion des deniers publics quand elle est au pouvoir, tout comme le Parti Socialiste paie une politique velléitaire et libérale contraire à ses promesses et aux attentes de son électorat…..

Les notables bourgeois qui en ont pris le contrôle n’ont jamais su apporter des réponses claires aux interrogations du peuple de Droite :  sont-ils pour une France souveraine ou diluée dans l’Europe? Sont-ils pour une réforme profonde de la sphère publique? Sont-ils prêts au retour à un respect des marqueurs identitaires du pays, à une réorientation de notre politique étrangère pour vaincre le péril islamiste? Sont-ils désireux de réduire les dépenses d’État Providence afin de rendre au citoyen sa responsabilité? Estiment-ils que le monde est dangereux et que notre armée doit être forte, ou au contraire bienveillant et qu’en conséquence les frontières doivent continuer à disparaître?

Faute d’avoir su apporter des réponses convaincantes à ces questions qui, hélas, les préoccupent moins que leur sort personnel, ils auront été balayés par le souffle d’un vent venu d’ailleurs…

Tirer la leçon des échecs passés et surtout du nouvel état des lieux : l’analyse des résultats des différents scrutins conduira, sans doute, à un retour aux valeurs fondamentales d’une Droite qui n’a jamais su se dégager de l’emprise intellectuelle culpabilisante de la Gauche.

J’en veux pour preuve les sursauts d’indignation qu’ont provoqué durant les quinquennats précédents la seule évocation de l’émergence d’une « Droite décomplexée », comme si le destin de la droite était de « survivre » honteusement face à une Gauche qui s’est appropriée depuis toujours les thèmes de la Justice sociale et de la générosité.

La stratégie de reconquête du pouvoir devra prendre en compte une évolution majeure de la société française, évolution que la quinquennat de Macron ne fera qu’amplifier.

Car il existe désormais deux grands courants, à droite: celui de la Droite bourgeoise des grandes métropoles, prête à toutes les concessions et à tous les renoncements pour tenter de conserver sa place, « son rang », et ses privilèges, et celui de la Droite Populaire crispée sur ses valeurs identitaires et larguée par les effets d’une mondialisation dont personne ne maîtrise les conséquences à moyen terme, et qui ressemble à une sorte de fuite en avant sous couvert d’une course au progès dont nul ne sait quel en sera le point d’arrivée….

Quand à l’émergence d’un Chef, il faudra attendre les résultats et les conséquences des « combats de Chefs » qui ne manqueront pas d’émailler la vie politique des mois et des années qui viennent.

Dans un monde devenu instable et sans repères, la Droite Bourgeoise compte sur sa capacité d’innovation pour survivre. Elle ne voit pas qu’innover, c’est rompre avec le passé, déconstruire des valeurs traditionnelles pour inventer le monde nouveau mais c’est aussi se couper de ses racines et qu’il est devenu difficile de trouver un équilibre entre ces deux pôles qui lui avait permis jusqu’ici, de traverser le temps…

Tout cela, la « France profonde » le ressent : les résultats des élections récentes montrent que plus d’un Français sur deux s’installe dans la réserve et dans l’attente, ce qui fait peser un doute sur la légitimité du pouvoir qui s’installe.

Car la France profonde se méfie des feux de paille et des emballements, et encore plus lorsqu’ils sont « orchestrés » par de talentueux « communicants »

Le Voltairien que je suis, depuis toujours, se méfie de « Pangloss », « ce mentor de Candide, brocardé par Voltaire pour son optimisme impénitent, pour son «tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles» sans cesse asséné à son jeune protégé devant les pires catastrophes ».

Lucide et cramponné à ses propres « valeurs », le voltairien que je suis se méfie des Dieux, même lorsqu’ils descendent de l’Olympe….

Notre Macron est devenu en quelques mois, une vedette des médias français et occidentaux ébahis par une audace et un culot hors normes et qui se prend pour Jupiter, Dieu de l’Olympe, qui gouverne la terre et le ciel, ainsi que tous les êtres vivants s’y trouvant.

Je n’ai pas trouvé mieux pour conclure ce billet que de citer le propos de l’essayiste Jean-Claude Barreau (1) dans le Figaro ( Je cite ):

« En l’an 494 avant Jésus Christ, les citoyens pauvres de Rome s’estimant bafoués, quittèrent tous la ville et se retirèrent sur la colline de l’Aventin. Cet épisode est connu sous le nom de «Sécession de la plèbe». Les Patriciens furent obligés de faire des concessions. Ainsi furent créés les «Tribuns de la plèbe», inviolables et sacrés, chargés de défendre le peuple.

« L’histoire romaine (que l’on n’apprend plus) est riche d’enseignements mais aujourd’hui, seuls les plus âgés ont entendu parler au collège de la «Sécession de la plèbe».

« C’est bien dommage car c’est exactement ce qui vient de se passer . Le patriciat c’est-à-dire la petite moitié de Français gagnant plus de 3000 euros par mois a acclamé Macron. La plèbe, c’est-à-dire l’autre moitié gagnant en moyenne 1500 euros, la France périphérique de Christophe Guilly, délaissée par l’État, menacée dans son identité par une immigration trop nombreuse et que l’oligarchie au nom du «droit à la différence» se refuse à assimiler ( Alain Juppé a déclaré en mars dans le Figaro que «l’Assimilation était une folie»), victime désignée des «Plans Sociaux», s’est abstenue.

Abstention non encore hostile, résignée à laisser sa chance à Macron, mais qui pourrait le devenir.

C’est la première fois que l’électorat est ainsi séparé en deux, les «gagnants en Marche» «les perdants sur L’aventin».

Dans la précédente élection, le Président avait des partisans et des opposants à la fois dans le patriciat et dans la plèbe. Pour la première fois le partage électoral est complètement un partage de classe lourd de menaces. »( Fin de citation).

(1).- Jean-Claude Barreau, né en 1933 à Paris, est un essayiste français. Ancien conseiller sur l’immigration de François Mitterrand puis de Charles Pasqua et de Jean-Louis Debré.

 

 

Une réflexion au sujet de « La Droite à la recherche d’elle-même. »

  1. François Carmignola

    La défaite est consommée et il ne sert maintenant à rien de se motiver en la niant ou en voulant en atténuer les effets. Le « peuple » dont vous parlez n’est tout simplement plus en état de se défendre contre ce qui lui arrive et son retrait sur l’aventin n’aura pas d’effet, il n’est pas une grève, ni l’expression d’une volonté quelconque bien au contraire: il est un abandon et aussi le choix morose et honteux du moindre mal.

    Tout l’a montré: la réaction du peuple est un refus de la réforme énergique, de la grandeur et du travail. La grande coalition est celle du « ne rien faire » que Macron est chargé d’exécuter. On ne touchera à rien, ni aux fonctionnaires, ni aux 35 heures, ni à l’immigration. Simplement on en a honte, alors on s’abstient, dégouté de soi et on se parjure davantage du cynisme de voir que pour cela on a invoqué des raisons morales bafouées immédiatement.

    Ce vote est un non vote fait par une société méprisable en déclin. Il est à la hauteur des errements d’un peuple faible, à nouveau plongé dans son abjection ivrogne, celle de 40 ou de 81.

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