ô Méditerranée…( encore)


Marquet

Marquet: Paysage méditerranéen.

Depuis ce petit coin d’Espagne où je me suis retiré pour vivre mes derniers jours, je contemple l’agitation désordonnée d’un monde dont les repères ne sont plus les miens. L’actualité dont les images « domestiquées » défilent « en accéléré »à la Télévision ne m’intéresse plus que pour y mêler, de temps à autres, mon grain de sel, ironique et un brin provocateur….

De mon petit coin de Méditerranée, je contemple, impuissant, les ravages de la mondialisation sauvage, du terrorisme islamiste, d’une l’immigration massive, la crise de la transmission et l’individualisme d’une société devenue avant tout « libertaire » qui se radicalise jusqu’au fantasme de l’auto-engendrement….

En fait, la seule chose qui me hante, c’est le temps qui passe. « Tempus Fugit » disait Sénèque…. Il ne me reste plus qu’à en saisir quelques bribes comme les gouttes d’eau qui restent dans la main que l’on referme après avoir bu à la rivière….

Lorsque j’ai décidé de venir me retirer ici, tous mes amis parisiens m’ont dit  » mais que vas-tu faire dans ce trou, toi qui as vécu si longtemps à Paris, qui as parcouru le monde et rencontré tant de gens passionnants, et porté de si lourdes responsabilités ??? ».

Je ne savais quoi leur répondre, tant je sentais que mes raisons étaient sans valeur pour ceux qui ne conçoivent leur existence que dans l’agitation fébrile d’une vie à laquelle ils tentent de donner un sens…..

Comment leur expliquer que je suis venu ici, pour, – enfin -, vivre en accord avec moi-même….J’avais envie, enfin !!!, de ne plus faire semblant d’être un parisien avec tout ce que cela comporte de futiles exigences …..Paraphrasant Camus dans « l’Eté », j’étais tenté de leur répondre « Paris est souvent un désert pour le cœur »….

Car si j’ai longtemps vécu, – en Algérie d’abord ( trente ans, ça n’est pas rien !!! ), puis en Corse, ( cinq ans, ça vous marque !!! ) puis à Orléans ( 14 ans, ça ne s’efface pas ) et enfin, 15 ans à Paris – , je découvre, sur le tard, qu’ici, « j’existe ». Enfin.

J’existe car je respire l’air marin, l’air de ma Méditerranée, qui me procure le souffle vital grâce auquel je trouve la force de vivre. Chaque promenade dans « l’arrière-pays », fait surgir en moi des images, des souvenirs qui me ramènent au temps de ma jeunesse, et qui me rappellent que j’ai quelque part, ici, des ancêtres qui ont mouillé la terre rouge et sèche de la campagne, de leur sueur.

Les parents de ma Grand Mère paternelle étaient ouvriers agricoles, dans la plaine de Jalon, à quelques kilomètres du lieu où je vis, avant de quitter leur terre pour fuir la sècheresse et les années de misère pour s’installer en Algérie où ils reposent désormais….

Je pense à eux, lorsque je contemple le paysage autour de moi, ce paysage méditerranéen façonné par la main des hommes, que je prends parfois tant de plaisir à peindre…

Je ne puis m’empêcher de penser, en effet, à ceux qui ont dû se battre contre une nature tantôt généreuse et tantôt ingrate, qu’il a fallu domestiquer à coups de pioches, et de combats contre la pierre: murettes de pierres qui dessinent au flanc des montagnes des lignes infinies, pour retenir la terre si rare et si précieuse, afin d’y faire pousser l’olivier majestueux ou l’amandier squelettique….

Ces murailles, on les voit partout autour de la Méditerranée.

On raconte ici, que ces murailles, dont la plupart remontent à l’époque de l’occupation de cette région par les Maures, ont été construites par les esclaves que ceux-ci capturaient en Méditerranée alors que leur piraterie régnait sur cette mer aux apparences si paisibles…..

Muurettes

Ces murailles, je les ai retrouvées partout, en Provence, aux Baléares, en Andalousie, en Sicile, dans les îles grecques et dans le Maghreb. Partout j’ai vu les mêmes paysages, les mêmes silhouettes de troncs noueux et tordus, parfois foudroyés mais debout, de ces oliviers millénaires témoins du temps passé et qui seront toujours là après nous….

Ces paysages, Homère les a décrits mieux que je ne saurais le faire et Ulysse y a promené son regard. Ils ont inspiré Virgile dont « L’Enéide », relate le voyage d’Enée depuis Troie jusqu’à l’Italie si riche en vestiges d’une culture qui malgré les assauts d’une prétendue « modernité », résiste au temps qui passe…

J’ai toujours été écartelé entre mon attirance vers la mer et le sentiment d’évasion qu’elle me procure et mon inclinaison envers l’arrière-pays méditerranéen, parce qu’il est, presque partout, resté sauvage et donc authentique.

Dans  » L’été » , la première phrase de Camus fut pour dire que ( je cite) :  » Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin pourtant s’en fait sentir. Pour comprendre le monde, il faut parfois s’en détourner: pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance. Mais où trouver la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? » ( fin de citation ).

Les déserts sahariens que j’ai parcourus dans ma jeunesse ne sont plus que des territoires où se traine la misère des peuples qui comme mes ancêtres fuient la pauvreté. Pourchassés par des brigands qui prospèrent, en tentant de leur extorquer le peu qui leur reste pour les conduire à la mort dans la traversée d’une Méditerranée devenue le tombeau de peuples faméliques….

Les îles de notre Méditerranée ne sont plus que des refuges où tentent de survivre les survivants de ces embarquement tragiques….

Ô Méditerranée, qu’ont-ils fait des tes rivages peuplés autrefois de sirènes à la beauté mythique dont la voix douce attirait les navigateurs pour mieux les engloutir après les avoir embrassés ????

2 réflexions au sujet de « ô Méditerranée…( encore) »

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