L’enjeu.


France périphérique

L’enjeu de cette élection à nulle autre pareille apparaît comme de plus en plus évident, au fur et à mesure qu’approche la date du scrutin et que de la confusion des débats, en partie confisqués par la caste médiatique se dissipe.

Beaucoup de Français le ressentent: ce qui se joue c’est, d’une part, le devenir de l’identité française, et d’autre part, la capacité de la France à continuer à maîtriser son destin.

Cette identité à laquelle Braudel avait consacré l’une de ses œuvres les plus passionnantes (1) , dont les racines, profondes plongent au cœur d’un riche passé historique, et d’une culture héritée de cette « France profonde » qui refuse de sombrer dans l’oubli.

Ce destin qui semble lui échapper, à une heure qui ne semble plus être celle des Etats-Nations, aux yeux de ceux qui, au nom d’une sainte ouverture au monde et au culte de l’abandon de ses frontières, considèrent qu’elle doit pour survivre, renoncer à sa souveraineté et à son identité, pour se fondre dans une Europe supranationale incapable d’offrir à la diversité des peuples qui la composent l’espoir d’une destinée commune, parce qu’elle a renoncé à assumer ce que les peuples européens sont fiers de posséder en partage, leur héritage judéo-chrétien….

Or, ce qui a fait la force de la spécificité française, aux temps modernes, c’est d’avoir été un Etat-Nation forgé au fil des siècles , à partir de ses racines chrétiennes, depuis les profondeurs de la protohistoire, autour de la croyance permanente et quasi religieuse à une « France éternelle », une France capable de renaître de ses cendres quand le malheur la frappe, et de retrouver sa place perdue dans le concert des nations. Ce que, avec ironie, certains évoquent sous le vocable de « roman national, qu’il serait nécessaire de réécrire, pour dissoudre ce qui constitue, grâce à l’école républicaine, ce lien indéfinissable qui unit entre eux, les Français de toutes conditions et de toutes confessions.

Ce que j’exprime là, c’est une conviction profonde acquise à travers la lecture  de Fernand Braudel, pour laquelle j’entretiens depuis toujours, une passion qui s’explique, sans doute, – tout comme pour Camus – par le fait qu’il débuta sa carrière de professeur au Lycée Bugeaud d’Alger, où il enseigna, pendant dix ans, en hypocagne….

Il faut relire les trois volumes de « l’Identité de la France », à l’heure où certains voudraient nous faire croire que les seuls territoires dignes d’intérêt pour le futur, sont les grandes villes, adaptées à une économie globalisée, «cosmopolites» et «ouvertes sur le monde».

Comme si était vouée à la disparition, cette France périurbaine et rurale qui est l’âme de notre pays et qui regorge d’initiatives, de solidarités et de savoir-faire complémentaires de ceux des métropoles, et qui, en conséquence, ne mérite pas la condescendance avec laquelle elle est évoquée par les fanatiques de l’idéologie nouvelle, – celle qui a rempli le vide laissé par l’utopie communiste -, d’une « mondialisation » sans limites et sans freins….

Cette France, parfois désignée sous le nom de « France périphérique » depuis la parution du livre percutant de Christophe Guilluy,  et qui demeure dans l’angle mort de la vision des politiques et des médias, cette France là, risque fort de constituer la clé de l’élection présidentielle, tout comme, aux Etats-Unis, où c’est « l’Amérique profonde » qui a fait basculer « l’Amérique d’en-haut », celle des « zélites » de Washington, au profit de Trump….

Je la connais bien, cette France-là: quarante trois années de carrière au Crédit Agricole, au contact étroit avec ce que l’on appelait avec une pointe de mépris, déjà à cette époque, la « ruralité », m’ont appris à respecter ces gens simples et droits, laborieux, attachés à leurs racines, qu’ils soient agriculteurs, artisans ruraux ou ouvriers agricoles.

Ignorée des « zélites » parisiennes, du monde politique et des médias, cette population ne fait pas de bruit, ne défile pas pour revendiquer,  ne casse ni ne brûle rien…. Elle se sent abandonnée par la République, et souvent méprisée : ainsi lorsque le Pouvoir Central décide de lui imposer, sans aucune concertation, de cohabiter avec des populations immigrées venues du bout du monde, dont le mode de vie et les moeurs viennent troubler la quiétude de leurs existences paisibles et sans histoires….

Mais les colères de cette France là sont sourdes. Cette France là est capable de réactions imprévisibles. Et ses intentions de vote risquent fort d’échapper à la perspicacité des Instituts de sondages…

Et pourtant c’est cette population qui a construit la France, qui a souvent payé le prix du sang pour défendre ses frontières. C’est elle qui a constitué le socle de stabilité sur lequel a reposé longtemps la stabilité du pays.

Il serait temps que le monde politique se penche enfin sur ce peuple là qui mérite bien autant d’attention que ces « Français de papiers » dont la victimisation permanente est devenue insupportable à ceux qui souffrent en silence de l’oubli et du mépris de la « social-bobocratie » qui préside aux destinées de ce pays….

Cette élection pourrait bien être la dernière occasion, pour la « France périphérique » de se faire entendre….

(1) Fernand Braudel  » L’identité Française ». Arthaud – Flammarion.

3 réflexions au sujet de « L’enjeu. »

  1. François Carmignola

    Même si vous avez profondément raison de réfléchir avec de tels écrits, il me semble que l’une des caractéristiques de cette france là, c’est qu’elle vote peu ou pas, même si il reste possible qu’elle réagisse à l’occasion. Je crois personnellement qu’un Emmanuel Macron au second tour pourrait provoquer le drame électoral que tout le monde redoute. En tout cas mon fillonisme intense de cette veille de premier tour angoissée m’y fera prendre part cela est sur.
    Maintenant la france périphérique, que j’ai lue décrite par Guilly je n’en fais pas partie, ne peut pas, en tout cas il me semble en être sur, adhérer en quoique ce soit à l’insupportable langue de bois de l’héritier de Hollande. En toute logique le vote Macron est donc suicidaire.

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