Déconstruction.


jacques-derrida

Jacques Derrida, jeune.

Nous sommes parvenus à un carrefour, et le destin de la France se joue dans les deux mois qui viennent, en fonction de la voie que choisira le peuple français, placé dans le cadre de cette élection présidentielle, devant une alternative décisive.

En même temps, se joue le destin de l’Occident. Car un basculement de la France entraînerait l’Europe dans sa survie, et déstabiliserait les équilibres planétaires, avec des conséquences imprévisibles.

Comment en sommes nous arrivés là ??? C’est la question que je me suis posée tout au long de la lecture d’un livre que je viens de refermer.

Je viens, en effet, de terminer la lecture d’un ouvrage  consacré à la pensée de Jacques Derrida.

Je me suis toujours intéressé à ce que l’on publie sur ce philosophe, pour les mêmes raisons que celles qui font que je suis depuis toujours, un lecteur passionné de Camus.

Mes origines sont comparables à celles d’Albert Camus. Nous avons grandi tous deux, dans le même quartier populaire de Belcourt à Alger. Avec Albert Camus, malgré notre différence d’âge, nous partageons les mêmes souvenirs de jeunesse, au soleil d’Algérie….

Jacques Derrida a été, comme moi, élève du Lycée de Ben Aknoun, puis du Lycée Bugeaud à Alger. Plus âgé que moi de deux ans, il était comme moi, passionné de foot, et nous nous retrouvions souvent dans la cour du Lycée pour « taper la balle », ou pour parler musique. Car Jacques Derrida était, comme moi, passionné de musique . Nous avons eu les mêmes professeurs,- que je vénère – et subi les mêmes influences à l’âge où se développent, chez un jeune homme, l’intelligence et la curiosité intellectuelle.

On me pardonnera ce petit détour, évoquant des souvenirs très personnels : il est juste destiné à faire comprendre les raisons qui font que je m’intéresse , depuis toujours, à la pensée de Jacques Derrida.

Une pensée complexe. Une pensée dont le cheminement et l’évolution m’ont souvent déconcerté .

L’ouvrage dont il est question ici, s’intitule « DERRIDA ? Un démantèlement de l’Occident ». Son auteur, Jean-Clet Martin, à travers une relecture de Derrida, nous entraîne dans les méandres d’une pensée qui, née au soleil d’Algérie, a traversé les océans pour devenir, dans les Universités américaines, l’objet d’un véritable culte….

Car Derrida est devenu, pour le siècle écoulé, le philosophe de la « déconstruction ».

 Je le cite, juste pour montrer la complexité d’une pensée dont les exégèses ont donné lieu au pires interprétation, et ont ainsi fait de Derrida, le « philosophe de la déconstruction » : « En même temps, comme pensée réactive, qui ne peut que nier, la pensée occidentale nécessite ces « autres » contre lesquels elle lutte mais dont elle a besoin pour exister : c’est cette nécessité que la pensée occidentale oublie, se donnant à elle-même l’image d’une pensée ordonnée, claire, pacifique, alors que ses racines s’enfoncent dans la violence faite au monde et à la pensée, qu’elle ne peut exister qu’en rapport avec un chaos mental et ontologique, une obscurité du monde et de la pensée, une dissémination universelle qu’elle combat et dénie, alors même qu’elle en a besoin. S’aveugler soi-même à ses propres conditions, nier la valeur ou l’existence de ce qui est pourtant nécessaire à sa propre vie – l’Occident est bien une pensée essentiellement réactive, caractérisée comme pouvoir mortifère. » ( Fin de citation ) . Ouff !!!

Et un peu plus loin : « En tant que pouvoir de mort, l’Occident ne peut être que l’ennemi de la philosophie, ce contre quoi elle doit lutter, son démantèlement étant effectivement un impératif à la fois ontologique, éthique et politique. Ce démantèlement est indissociable de l’invention de nouvelles formes de la pensée, de la vie, du monde, formes nécessairement ouvertes, informelles, en devenir. » ( Fin de citation).

Et plus loin encore : « L’Occident, c’est une façon de mourir ou de tuer. L’Occident occit tout, prend le pouvoir et le contrôle sur la mort. Il est oxyde. L’Occident, c’est la médicalisation de la vie dans les mouroirs, dans la distillation d’une peine de mort qui passe par les abattoirs et les euthanasies dont parlent surtout ceux qui n’ont aucune idée de la mort. L’Occident, c’est le capitalisme devenu universel qui se montre comme un mode d’existence totalitaire. Il détruit les vies, les vies des mers et des terres au nom du libéralisme. Voilà, la libération par le libéralisme est de fait un poison et la dérégulation montre un asservissement qui vaut force de loi. C’est en ce sens que je parle de Derrida comme d’un peau-rouge, celui qui est traduit en Amérique comme un être venu d’une réserve, ou un marrane suspect aux yeux des siens. »( Fin de citation).

 Terrible réquisitoire contre l’Occident, qui a fait école et qui a alimenté un courant de pensée  devenu hégémonique dans certains milieux : pour replacer l’Occident sur le bon chemin et à défaut « le mettre à genoux », il faut avant tout le « déconstruire ».
On discerne, dans ces propos, la source d’un phénomène qui a conquis tout une génération « d’intellectuels » qui depuis des lustres, répandent un sentiment devenu un « must », la haine de ce que nous sommes, le déni de nos racines, la culpabilisation outrancière de l’Europe et la négation de ce que sa civilisation a apporté au monde….

L’auteur de cet ouvrage évoque l’une des œuvres de Derrida les plus commentées dans les Universités américaines , « MARGES de la philosophie » : « les dichotomies nécessaires à la mise en ordre occidentale de la pensée et de l’Etre – Homme/Animal, Homme/Femme, tel genre ou bien tel autre, etc. Mais émergent également de nouveaux concepts – concepts d’un nouveau type – qui conditionnent une nouvelle pensée, un nouveau monde : l’Autre, l’Etranger, l’Hospitalité, l’Amitié sont certaines des catégories ontologiques, éthiques et politiques par lesquelles l’errance positive de la pensée peut tracer les lignes étranges d’une nouvelle carte, celle d’un monde et d’une pensée disséminés, ouverts, indéfinis. Si l’on assimile souvent le travail de Derrida à une entreprise de critique infinie, à une ratiocination sans but, c’est que l’on oublie que la déconstruction n’est pas une simple destruction mais implique une construction dont elle est indissociable : construction de nouveaux concepts, d’une nouvelle image de la pensée et du monde, pour la production de nouveaux modes, non occidentaux, de la vie et de la pensée. Quel est l’enjeu de la philosophie de Derrida – comme de toute philosophie digne – sinon de libérer la vie, de produire la vie éternelle de la pensée, produire un monde éternellement nouveau et vivant ? » ( Fin de citation).

Et plus loin : « Au moment où l’on nous sert des idées curieuses sur l’identité nationale, il me semble que Derrida constitue une antithèse forte qu’on ne peut réduire à un idéalisme de principe qui méconnaitrait le réel de l’économie, la fausse monnaie sur laquelle elle s’édifie. L’économie est en fait une forme de pouvoir qui a rendu impensable toute politique, jugée irréaliste et utopique. Cette critique technocratique des utopies politiques relève d’un marché pour lequel l’Etat et ses impositions sont l’ennemi. Même l’idée du don, la générosité capitaliste selon laquelle le créateur d’entreprise ferait don du travail, est à revoir comme une fausse monnaie à liquider. Nous voyons bien que ceux qui détournent l’argent mondial ne créent aucun emploi et ne font don de rien, la charité devenant un concept extrêmement pervers. Ceux qui font de la richesse le seul bien ne cessent de se soustraire à l’impôt et rêvent de se dédouaner par des dons qui ne sont de fait que des asservissements insidieux. Il faut repenser le don dans le cadre de l’économie qui s’en sert à seule fin de justifier l’existence de ceux qui donnent l’impression de donner. Ceux que Derrida traque sous le nom de « Etat voyou ». ( Fin de citation ).

Tous ces discours abscons, et  interprétés par des esprits mal structurés  ( ou mal intentionnés , le résultat est le même ), ont servi de support à une idéologie nouvelle, qui partant des Universités américaines s’est répandue dans tout l’Occident.

Le « démantèlement intellectuel » de l’Occident était en marche : s’appuyant sur les idéologies qui ont relayé les thèses « déconstructivistes », la contestation de plus en plus ouvertement exprimée de la légitimité des « Etats-Nations », la remise en question des structures traditionnelles de la société, telles que la Famille, la remise en question de l’héritage culturel de l’Occident, de son Histoire, de ses racines Chrétiennes, le dérèglement de ses valeurs morales au profit d’une « société libertaire », la primauté donnée au « Droits de l’Autre »et à l’accueil de « l’étranger », même si sa situation est illégale, la dérision que subissent ceux qui restent attachés à la notion de « Patrie », et j’arrête là mon énumération, car elle pourrait être encore longue, tout cela découle de la pensée « déconstructiviste » dont Jacques Derrida fut l’un des pères….

Mais on ne peut pas comprendre le cheminement intellectuel de Derrida si on ignore que jeune lycéen, il a été victime des Lois Vichystes, privant les Juifs d’Algérie de tous leurs Droits en tant que citoyens, qu’il a été « renvoyé » du Lycée, en vertu des mêmes Lois. Cette inhumaine injustice a frappé un grand nombre de mes camarades Juifs de cette époque. Elle a alimenté des pulsions de révolte compréhensibles mais qui sont à la source de bien des « dérives » de notre société.

Toutes les « idées »semées par Derrida ont été reprise, approfondies, déclinées, par les « Sociétés de pensée » européennes, et dans les « Think tanks ». J’ai souvent évoqué sur ce blog l’action destructrice de l’un d’entre eux, le think tank « Terra Nova », laboratoire de la pensée « progressiste » inspiratrice de la « social-bobocratie ».

On ne peut pas comprendre la vague de fond qui se soulève actuellement et qui partie des États Unis, avec l’élection de Trump, et se répand en Europe avec l’avènement et la montée en force des Parti Populistes, si on n’en comprend pas les causes, et si l’on en méconnaît les racines.

Une vague de fond qui déconcerte une génération entière qui a été élevée au « biberon » de la pensée « deconstuctiviste ».

5 réflexions au sujet de « Déconstruction. »

  1. François Carmignola

    @berdepas même si cela lui a beaucoup apporté, le passage par les US ne l’a pas enrichi du tout et c’est l’intérêt de l’article, que de montrer l’incroyable autisme de ces intellectuels français envers ce qui n’était pas leur petit nombril. Quoiqu’on en dise, il ne reste rien de la déconstruction déridienne ou heideggerienne: que des malédictions contre la raison et la technique, tout ça pour masquer l’incroyable soumission intellectuelle de l’Europe à tous les socialismes, qu’il aient été nazis ou communistes.
    Bouveresse, qui était du milieu, le dit de toutes les manières possibles (sauf de la mienne, mais je ne suis qu’un pauvre troll): ces gens là étaient d’abord et surtout, malhonnêtes.

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  2. berdepas Auteur de l’article

    é François: intéressant cet interview. Le concept est en effet de Heidegger, repris et décliné par Derrida. Mais « récupéré » dans les Universités américaines où le « philosophes français » du siècle dernier ont fait florès, il a donné naissance au concept gauchiste du « déconstructivisme », dont les applications sont en cours, en Occident.

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  3. michel43

    Forcément, nous ne somme, pas du même bord , vous les intellos ,et nous ,les responsables du priver, on ne cogite , pas pareil ,nous nous posons , une seules questions ,pour 2017 , qui sera au second tours , pour contrer Mme LEPEN ..Macron a du se faire de nombreux ennemies ,pour ses paroles en ALGERIE ,cela sera t »il suffisants , pour que FILLON soit au second tours ,Forcément ,on vous comprend très bien , vous soutenez FILLON , c’est tout a votre honneur , cars comme MOI.. je souhaite qu « il soit LA. .contre Mme LEPEN ,après ,on verra bien……

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