Les « raisins de la colère » sont mûrs


colere

Ce grand roman  de Steinbeck daté de 1939 met en scène les bouleversements sociaux contemporains: pauvreté des familles de l’Amérique profonde : dislocation des solidarités locales, exploitation d’une nouvelle catégorie de travailleurs pauvres. Il se présente comme un miroir des évolutions de la société américaine de l’époque.

Il y a quelques jours je concluais l’un de mes billets sur « Le cas Fillon » par :  » Il faut redouter la colère d’un peuple ignoré, voire méprisé par ses « zélites »: elle peut conduire à des situations extrêmes que nos plus fins politologues auraient du mal à concevoir…..« 

La colère de ceux qui commençaient à espérer, enfin, une alternance politique fondée sur un projet sérieux et crédible de redressement d’un pays qui s’enfonce, tel un navire à la dérive sabordé par une génération de dirigeants politiques qui ont perdu leur boussole , cette colère-là est sur le point d’exploser. Et son explosion risque de faire des ravages.

 » L’affaire Fillon » n’est pas qu’un accident de parcours de plus dans l’Histoire de notre démocratie. Elle est révélatrice d’un mal profond qui ronge notre tissu social. Elle révèle au grand jour le vrai visage de ces « zélites », délégitimées par leurs comportements de « petits marquis », et habituées à vivre « sur le dos de la bête », en obéissant à leurs appétits insatiables d’honneurs et de richesse.

Quand on pense que la Révolution française a décapité une génération entière des « zélites » de l’époque, qui n’avaient pas vu venir la colère du peuple avec lequel elles avaient perdu tout contact réel. Tout ça, pour aboutir à ça !!!

Car, à droite comme à gauche, il existe au sommet de l’Etat, une caste goinfrée de privilèges, qui vit dans un « entre-soi » qui lui interdit d’entendre la clameur de ceux qui n’en peuvent plus de se voir « roulés dans la farine »avec un total mépris, par ceux qui, par l’invective, l’insulte ou la menace, tentent de faire taire ceux qui essaient de conserver les yeux ouverts….

Christophe Guilluy, dans « Le Crépuscule de la France d’en-haut » a fort bien identifié le mal. Il le décrit, dans un livre qui aurait mérité un meilleur accueil médiatique, avec un courage qu’il paie d’une critique acerbe dans la Presse « officielle », telle que Le Monde, ou par un éloignement de tous les plateaux de télévision où sa parole est considérée comme nocive par le gratin journalistique.

Toute critique argumentée d’un système conçu pour accompagner la descente vers une « mondialisation » accélérée est soumise à un tir de barrage concerté dont les armes sont les accusations violentes de  discrimination, de xénophobie,  de racisme, de sexisme, d’homophobie, d’islamophobie, et, insulte suprême, de « fascisme »dont la portée est d’autant plus efficace que la plupart des hommes et femmes d’aujourd’hui n’ont aucune idée de ce que fut le fascisme réel, en raison de l’inculture historique qui règne sur les générations actuelles et qui est savamment entretenue par des « pédagogues » militants….

Je cite Christophe Guilly : » Véritable arme de classe, l’antifascisme présente en effet, un intérêt majeur. Il confère une supériorité morale à des élites délégitimées en réduisant toute critique des effets de la mondialisation à une dérive fasciste ou raciste. Mais pour être durable , cette stratégie nécessite la promotion de l' »ennemi fasciste » et donc la surmédiatisation du Front National »( Page 173).

Car comment ne pas voir que, dans la stratégie des « zélites » parisiennes qui mènent la danse, il y a un calcul cynique et sournois, qui consiste à « faire monter le Front National », pour utiliser la « menace fasciste » représentée comme un épouvantail.

Or, dans leur immense majorité, les élus locaux compétents, sont conscients de la montée des dangers. Mais la plupart d’entre eux sont sans pouvoir dans leur propre parti. Représentant des territoires qui subissent de plein fouet les effets ravageurs d’une mondialisation dont ils sont les perdants, ils demeurent prisonniers de leurs appareils  qui leur imposent de cautionner, au nom d’un illusoire progrès de la Civilisation, des réformes économiques et sociales dont ils voient, sur le terrain, les effets ravageurs.  

L’affaire Fillon n’est à mes yeux, qu’un épiphénomène hystérisé par la proximité d’une élection présidentielle. Il y a, potentiellement, des dizaines « d’affaires Fillon »  dans notre paysage politique, où le fait d’utiliser l’argent du contribuable à son profit ou au profit de ses proches, est depuis longtemps, une pratique courante. Le peuple le sait.

Sans parler des médias qui dénoncent les prédateurs de l’argent public, et qui ne survivent que grâce à ce même argent public, ce qui suscite les plus grands doutes sur « l’indépendance » si souvent proclamée de la Presse nationale. Le Canard enchaîné faisant partie des « heureux bénéficiaires » de la manne publique….

Je citerai, une fois de plus Aldous Huxley, qui en 1939, déjà, écrivait : »Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente.Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter ».

Peut-être sommes-nous à la veille d’une prise de conscience du cynisme d’une réalité  que cette « affaire » fait exploser au grand jour. Dans ce cas, « les raisins de la colère » sont mûrs pour une explosion dont on ignore encore la forme qu’elle prendra, dans un monde où « les lignes bougent » dans tous les sens….

Imaginez que l’éviction de Fillon entraine une déroute de la Droite, et que le maelström ambiant fasse qu’au second tour, Mme LePen se retrouve face au « Communisme mou » de Hamon, ou au « New Hollandisme » de Macron, et que l’aile droite dure des électeurs de Fillon à la Primaire, frustrée d’une élection qui lui aura été « volée », votent massivement pour la candidate du Front National, tout comme l’Amérique profonde a voté pour Trump, afin de punir une classe politique sourde et aveugle obsédée par ses chimères mondialistes et multi-culturelles auxquelles le peuple est non seulement indifférent, mais hostile…..

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