Éloge de la Nostalgie…..


nostalgie

Oui, je sais : ce n’est pas « une idée neuve ». Cela ne va pas dans le sens du vent qui souffle en direction d’un progrès factice, dans une fuite insensée car la course « en avant » n’a plus de sens, dans une « société en perte de sens », qui ne sait plus où elle va, à force de se forcer à oublier d’où elle vient…..

Je vais, encore une fois, heurter quelques certitudes et susciter quelques moqueries car, faire, aujourd’hui l’éloge de la Nostalgie c’est s’exposer aux ricanements de ceux qui « ringardisent » tous ceux qui ne partagent pas leur conception obsessionnelle du « progrès ». Car les « progressistes » ont le mépris facile à l’égard de ceux qui, comme moi, pensent que l’on peut avancer, mais sans se priver,- pour reprendre son souffle, et vérifier que l’on est dans la bonne direction -, de jeter, de temps à autres, un regard en arrière….

Bien sûr que je suis nostalgique.

Comment ne pas être nostalgique à 84 ans ??? Nostalgique de tout, et de petits riens.

Nostalgique du temps où l’on allait au cinéma pour « voir Raimu », et entendre son inimitable accent, dans des dialogues de Pagnol, pour le rire bon enfant que déclenchait une apparition de Fernandel, ou de de Funès,  pour rêver dans « les Enfants du Paradis », ou dans « la Belle et la Bête »,  pour plonger dans les eaux profondes du regard de Michèle Morgan qui vient de nous quitter, pour le plaisir d’entendre Gabin, ou Belmondo, ou Delon, dans des répliques « cultes » à la Michel Audiard, qui dans le Guignolo (1980 !!!) de Lautner nous balançait un prémonitoire:« Tout le charme de l’Orient: Moitié loukoum, moitié ciguë. L’indolence et la cruauté. En somme, le Coran alternatif. »….

Nostalgique du temps où l’on chantonnait, paroles et musique, des airs de Piaf, de Brassens, de Ferré, de Brel, et de Montand. Car à cette époque, les chanteurs étaient audibles et les paroles de leurs chansons se fondaient dans leur musique et s’inscrivaient dans les mémoires avant de s’immortaliser, au fil du temps qui passe….Ils avaient de l’allure sur scène ou à l’écran et ne se sentaient pas obligés, « pour faire peuple » d’apparaître, entre deux murmures gloussés dans un micro, déguisés en SDF, mal rasés, dépenaillés, les cheveux sales et ébouriffés….

Nostalgique de l’époque où l’on allumait sa télévision pour y faire la rencontre de grands, vrais journalistes tels les trois Pierre: Lazaref, Dumayet, et Desgraupes, dans « Cinq Colonnes à la Une », ou pour s’enrichir lors de soirées entièrement consacrées à la Culture, avec un Jacques Chancel entouré de virtuoses, de grands acteurs, et de l’esprit brillant de  quelques personnalités d’un riche monde littéraire….

Nostalgique d’une époque où l’humour à la télé portait le nom de Desproges, de Jacques Martin ou Jean Yann, alors qu’aujourd’hui il se nomme Laurent Baffie, Cyril Hanouna, ou…pire encore, Djamel Debbouze !!!

Il m’arrive, certains soirs de balayer, avec ma télécommande, toutes les chaines du bouquet CANAL, sans trouver une seule émission digne du moindre intérêt…..

Nostalgique de l’époque où les éditorialistes de la Presse écrite s’appelaient Albert Camus dans Combat, François Mauriac et Raymond Aron au Figaro, Beuve-Mery au Monde, ou Jean-François Revel dans « L’Express »….

L’empreinte du temps n’a produit sur moi nul sentiment de regret ou de mélancolie. Nulle tristesse d’ailleurs: juste la persistance impétueuse du souvenir. Car ma mémoire est intacte, et je me souviens de tout….

Le souvenir ne me prive pas de l’intensité vitale de mon désir de vivre aujourd’hui, avec mon temps, mais en maintenant avec le passé un lien indéfectible. Non que notre passé fût meilleur, car il porte l’empreinte de moments tragiques et douloureux . Mais il est le nôtre, tout simplement. Nous y laissons notre trace . Il porte nos cicatrices. Il est la marque de notre sillon.

La nostalgie n’idéalise pas le passé. Elle entretient le souvenir.

Ayant vécu l’époque où la France était encore une « Grande Nation », puis, celle des années Gaulliennes de la « décolonisation », ayant subi la blessure inguérissable de ce que de Gaulle a imposé au Pied Noir que je suis, mais ayant vécu également, – et en acteur laborieux -, les « Trente Glorieuses », ayant vu la France retrouver son rang en redressant la tête, puis, après Mai 68, glisser lentement, mais sûrement sur la pente du déclin, sous la conduite de démagogues velléitaires et obsédés par la satisfaction de leurs égos démesurés, inspirés par des « zintellectuels » chantres d’une « société du Temps Libre », « libertaire »et « horizontale », d’une société qui, après avoir dépossédé les parents du peu d’autorité qu’ils possédaient sur leurs enfants, se sont acharnés à détruire une école républicaine où l’on « enseigne », pour la remplacer par une école où l’on « éduque »afin de préparer le jour où l’école « endoctrinera »…..

 La nostalgie, c’est aussi ce doux sentiment qui enveloppe l’âme des exilés, de ceux qui ont quitté leur patrie comme de ceux qui ne l’ont jamais trouvée….

Natacha Polony l’exprime fort bien sur son blog que je visite de temps à autres pour y rencontrer un peu de fraîcheur dans une caste journalistique médiocre, inculte, et « formatée ». Je la cite : « Car c’est oublier que la nostalgie, étymologiquement la « maladie du retour », ce regret de la patrie perdue, est au cœur de toute la poésie occidentale. C’est elle qui a fait chanter Ulysse, sur les rivages de Méditerranée, entre les bras de Calypso ou de Nausicaa. C’est elle qui dicte à Ovide ses Tristes, hommage de l’exilé à cette Rome tant aimée, qu’il ne reverra pas. C’est elle qui, des siècles plus tard, dévidant son fil du latin au français, inspirera à du Bellay ces vers, parmi les plus beaux de la langue française :

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Pour le camp du Bien, la Nostalgie, c’est quelque chose d’un peu « dégueulasse », quelque chose de « nauséabond »….

Mais je n’en souffre pas. D’abord parce que je ne me sens pas seul à cultiver la nostalgie.

« On me demandait la nature de ce chagrin et je répondais : c’est la nostalgie. Bien plus tard, j’ai découvert que celle-ci était méprisée en Occident, qu’il s’agissait d’une valeur passéiste toxique. La cruauté du diagnostic ne m’en a pas guérie. Je demeure une nostalgique invétérée. »  nous dit Amélie Nothomb dans « La Nostalgie Heureuse« ….

Amine Maalouf dans « les désorientés », s’exprime comme moi, lorsqu’il écrit « Que le monde d’hier s’estompe est dans l’ordre des choses. Que l’on éprouve à son endroit une certaine nostalgie est également dans l’ordre des choses. De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et et qui n’a jamais pu voir le jour. »

Albert Camus, dans le Mythe de Sisyphe ; «  Je peux tout nier de cette partie de moi qui vit de nostalgies incertaines, sauf ce désir d’unité, cet appétit de résoudre, cette exigence de clarté et de cohésion. »

Et je pourrais en citer bien d’autres, parmi les bons auteurs, qui ont écrit leur plus belles pages, inspirées par la Nostalgie….

Tel Régis Debray qui dans « Eloge de la Nostalgie » auquel j’emprunte le titre de ce billet, je pourrais dire:  «  Si j’avais vingt ans aujourd’hui, je me méfierais de ces gérontes rock and roll qui poussent l’amour de la branchitude jusqu’à la chirurgie esthétique et l’ablation du vocabulaire. »

Debray dénonce une certaine imposture : « Entre M. Stéphane Hessel, nonagénaire sans allégeance, et la jolie demoiselle Le Pen élue au suffrage universel, de quel côté placer la jeunesse du monde. Le jeunisme est le troisième larron du racisme et de l’antisémitisme. La volonté d’aujourd’hui de tout conserver pour ne rien perdre est analogue à la course au n’importe quoi pourvu que cela soit nouveau. »

« La course au n’importe quoi, pourvu que ce soit nouveau…. »

Régis Debray est formel : Ce que cache l’apologie de la jeunesse et du présent, c’est « le symptôme d’une destruction des liens qui ont uni jusqu’à ce matin le regret de ce qu’il y eut de grand dans le passé – et même ce qui manqua de l’être – au désir de le faire advenir dans un futur proche ».

Alors ??? Si, par nature, le futur appartient à la jeunesse, celle-ci ne dispose pas pour autant du Droit de déposséder les anciens de leur passé. Bien plus : il existe, en Asie, des civilisations fertiles, où la cohésion, le lien qui sous tend la cohésion des sociétés repose sur le culte des ancêtres, célébré, jusque dans leurs appartements parisiens par des Vietnamiens, des Cambodgiens ou des Chinois exilés, grâce à un autel où brûlent des bâtonnets d’encens disposé sur la cheminée de leur salon….

Sans aller jusque là, les générations actuelles, ou du moins celles qui sont encore loin de l’âge des nostalgies, feraient bien de chercher à savoir d’où elles viennent, de s’enquérir avec un peu plus de respect de ce, et de ceux qui les ont précédées, afin de trouver un chemin, que faute de repères, elles semblent avoir perdu, égarées par ceux qui, ayant jeté leur boussole à la mer, comptent sur la clémence des vents du grand large, pour tenter de trouver un port d’attache…..

 

 

2 réflexions au sujet de « Éloge de la Nostalgie….. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    @ François: Tout d’abord, BONNE ANNEE, à mon tour !!!
    Mais je ne suis pas dupe, s’agissant de Polony ou Debray: je ne les cite que pour montrer que « la nostalgie » n’est pas qu’une maladie de vieux « conservateur » aux idées « rances » et « nauséabondes », et que je suis, si j’ose dire « en bonne compagnie »…..

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  2. François Carmignola

    Chacun peut être nostalgique de ce qu’il veut, mais je vous en supplie, ne confiez pas votre âme ou vos jugements à Polony ou à Debray ! Ils sont le contraire de ce que vous êtes. Alors que vous un sympathique exemple de sincérité et de bon sens, il ne sont que des bourgeois tordus hantés par leur carrière et leur ressentiment, votre contraire exact ! Ils représentent l’haïssable « brun rouge », ce qui transforma, et je n’ai pas peur de le dire, certains communistes des années trente en fascistes.
    L’un et l’autre issu de la pourriture décomposée de la gauche, il se déportent sur la droite veule et attrape tout des « valeurs » rancies. L’une, ex disciple de Chevènement, attribue l’islamisme aux jeux vidéos, l’autre qui, divinisa Mitterand, veut rétablir une religion qui unifierait le politique. L’un et l’autre n’ont tout simplement ni raison ni jugement, ils restent toujours à coté de la plaque et de l’histoire et ne vivent que d’ordures.
    Une piste: l’une et l’autre, classés à la « droite des valeurs », mais issus de la gauche, dénoncent et fustigent l’austérité néo libérale qui s’est abattue sur la France. Ecrasée de subventions et de règlementations, la société la plus fonctionnarisée d’Europe, emprunte à tour de bras à taux nul. Vos deux références voient et disent le contraire de ce réel là. Ils sont complètement aveugles, complètement déraisonnables ou complètement corrompus.
    Notez bien que cette haine des libertés économiques qui nous font tant défaut infecte aussi les autres « réacs du paf », Zemmour et Onfray. Alors que nous devons vivre cette année le grand chamboulement qui va nous libérer de trente ans de socialisme !

    Bonne année quand même !

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