La France: « une idée », certes, mais pas seulement !!!


braudel

J’ai écouté, pendant quelques minutes, le discours prononcé par Hollande à la salle Wagram devant un parterre d’auditeurs appartenant à l’élite de la « Pensée de Gauche » parisienne.

Je dis bien quelques minutes, car au-delà, je ne supporte plus cet orateur de fin de banquets républicains, ses mimiques de politicien roublard et menteur, sa gestuelle inspirée du Mitterrand ambigu des beaux jours du « Programme Commun », sa suffisance dissimulée sous une fausse bonhommie, et le mépris dans lequel il tient ses adversaires qu’ils soient de la Droite, de la mouvance socialiste ou de l’Extrême-Gauche ( pardon !!! je voulais dire de « la gauche de la Gauche, car « l’extrême »n’existe qu’à droite )…

Ainsi, donc, Hollande, dans un discours considéré comme « fondateur »par ses thuriféraires nous a livré dans une envolée oratoire qui a suscité l’enthousiasme d’un auditoire entièrement acquis à sa dévotion, sa conception personnelle de ce qu’est l’identité française. Une conception qui ravit tout ceux qui, par commodité intellectuelle ou par calcul, souhaiterait ramener la France à « une Idée »…..

Une « idée » peut être séduisante. Pénétrant les esprits, elle peut se substituer à toute autre idée reçue ou acquise. Mais une idée bonne ou mauvaise se prête à l’interprétation, voire à la contestation. Elle ouvre un vaste champ à l’argumentation de ceux qui la combattent, la soumettent à la caricature ou la piétinent par exécration…..Réduire la France à « une idée », c’est l’exposer, en effet, au risque d’être contestée par tout ceux qui, incapables de trouver leur place dans la Communauté de ceux qui aiment ce pays, et de s’élever au niveau de civilisation et de raffinement qui est le sien, saisissent tous les prétextes pour la rabaisser….

Je partage le point de vue de Natacha Polony qui, dans le Figaro, écrit :  » «La France est une idée, pas une identité», vient de lancer François Hollande dans un discours en forme  de petit manuel de tactique politicienne. Outre que cette idée ne se déploie  qu’à travers des paysages, des lumières et des climats qui seuls ont pu produire cette architecture, ce patrimoine agricole et cette richesse littéraire et artistique, outre que cette idée est éminemment incarnée, peut-être serait-il courageux de la définir autrement que par des abstractions pompeuses. Une certaine idée de l’homme, qui n’est pas un animal mu par ses pulsions, mais qui s’élève par l’éducation. Une certaine idée de l’amour et du désir, et de  la liberté des corps, ceux que chantent les poètes, ceux que peignent les artistes. Il fut un temps où l’école transmettait cette idée pour que tous les futurs citoyens la portent en eux comme une évidence. Aujourd’hui, on préfère applaudir des bigots qui nous semblent tellement plus sympathiques sous prétexte qu’ils ne sont pas ceux qui nous ont opprimés pendant des siècles. Mais demandons à ces femmes musulmanes, celles que l’on n’entend jamais parce qu’elles ne portent pas de voile et ne font pas de leur foi un étendard, si leurs tartuffes sont plus sympathiques que les nôtres.

« http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2016/09/09/31003-20160909ARTFIG00228-chevelure-des-femmes-et-idee-de-la-france.php

Coupant le son de ma télévision, j’ai continué à regarder, dans le silence, les gesticulations du personnage derrière son pupitre, ce qui le réduisait à une sorte de pépère rondouillard, agitant ses bras, pointant du doigt son auditoire, ou levant les bras au ciel dans une série d’attitudes qui frisaient le tragi-comique, ce qui m’a fait penser  à la gestuelle d’un désespéré frappant à la porte de l’Histoire au moment où celle-ci se prépare, peut-être, à l’enterrer dans les profondeurs de ses oubliettes…..

Laissant vagabonder mon esprit, je me suis mis à m’interroger sur ce qui, dans le discours de Hollande, avait provoqué chez moi, un sentiment de malaise.

Y avait-il, chez Hollande, ramenant la France à « une idée », si riche, si noble, si généreuse soit-elle une réminiscence soudaine du propos de de Gaulle évoquant « une certaine idée » de ce « cher et vieux pays » ??? J’en doute, car je ne crois pas que les œuvres du Général fassent partie des livres de chevet de ce Président en quête d’une nouvelle trajectoire politique.

Le Pied Noir que je suis, – qui s’est parfois senti rejeté par la France, mais qui, issu d’une descendance où ne coule pas une goutte de sang gaulois, avait été élevé dans l’amour et le respect de « la Patrie », dans une famille qui, sans couper ses racines espagnoles, italiennes, maltaises et suisses, fuyant la pauvreté, avait trouvé en Algérie, le chemin de la dignité par le travail sous la protection des Lois de la République-, ce Pied Noir-là s’est souvent interrogé sur les raisons qui font que, malgré toutes les vicissitudes, les désespoirs, les déceptions, les amertumes, la passion pour la France était restée intacte.

Dans ma longue vie, ayant parcouru le monde, j’ai pu, en de nombreuses occasions prendre la mesure des sentiments contradictoires que notre pays inspire à ceux qui l’observent, de loin.

J’ai été parfois confronté au ressentiment qu’a pu inspirer la France quand elle fut conquérante, querelleuse, impérialiste, mais j’ai aussi rencontré l’envie voire l’admiration qu’elle suscite pour son art de vivre, pour la beauté de ses paysages, pour la richesse de son héritage culturel, ou pour son attirance irrépressible envers la Liberté, une attirance dont certains font un symbole et une force et d’autres….. une faiblesse.

Jamais, dans ces différentes circonstances, ma passion pour ce pays n’a été ébranlée, même quand j’ai dû reconnaître devant des interlocuteurs sceptiques, le poids des « pages noires » de son Histoire.

Je dois, sans doute, à mes « maîtres » ( c’est ainsi que l’on désignait autrefois ceux qui vous transmettaient leur savoir ) d’avoir, grâce à leur enseignement, entretenu une passion pour la lecture, pour la langue des grands auteurs, parmi lesquels Hugo et Lamartine, mais aussi Maurice Barrès, Charles Peguy, Georges Bernanos et…Albert Camus. Je leur dois tout autant, ma passion pour l’Histoire de France et pour celle de son environnement géopolitique.

Pour moi, et n’en déplaise à certains, l’Histoire de la France ne s’écrit pas qu’à partir de la Révolution française et de la Déclaration des Droits de l’Homme. La France est un pays qui vient de beaucoup plus loin, même si une pensée gauchisante et un brin sectaire cherche à faire oublier l’œuvre de ceux qui ont précédé les barbares régicides de 1789….

J’en ai acquis la certitude à travers « Les origines de la France contemporaine » d’Hippolyte Taine, à travers « L’Ancien Régime et la Révolution française » d’Alexis de Tocqueville…J’ai comme tant d’élèves de ma génération appris par cœur des pages entières de Malet-Isaac qui m’ont enseigné que la France n’est pas seulement un personnage simple comme la décrit poétiquement Michelet: elle est une multitude de réalités multiséculaires…..

J’ai aussi lu avec curiosité Charles Maurras, écrivain « maudit » de nos jours. Pour me faire une opinion personnelle, malgré le discrédit qui entoure ses œuvres.

Certes, je me suis parfois senti  écarté, par mes origines, de cette communauté française que Maurras décrit ainsi dans « Mes idées politiques » ( Fayard 1937):  » Naître en France et de vieux sang français, alors même qu’on y procède du dernier des déshérités, c’est encore naître possesseur d’un capital immense et d’un privilège sacré. »

J’ai pardonné à Maurras: n’étant pas de « vieux sang français » comme beaucoup de mes compatriotes, je me sens tout de même, – plus encore que culturellement -, viscéralement attaché à ma toute petite part de l’héritage de ce « capital immense »et du privilège sacré d’être Français.

La lecture du « Livre Noir de la Révolution française »qui sous la plume de Jean Tulard, de Pierre Chaunu et Emmanuel Leroy-Ladurie, m’a ouvert les yeux sur le mélange de cruauté barbare qui sommeille dans les entrailles de ce vieux pays, mais aussi sur l’audace, le courage, voire l’héroïsme qui peuvent en surgir dès lors qu’il s’agit de défendre la Patrie, a complété le patrimoine intellectuel dont se nourrissent mes convictions.

A tous ceux qui s’interrogent sur l’identité française, et qui, comme moi, refusent de s’en tenir à la définition un peu courte que nous en propose Hollande, je suggère de lire ou de relire Jacques Bainville et surtout, les trois volumes que Fernand Braudel, que je considère comme le plus grand historien de l’époque contemporaine, a consacré à l’Identité de la France.

Ils en concluront, comme moi, que la France éternelle c’est bien plus qu’une « idée »….. et que son identité n’a rien à voir avec celle que certains voudraient imposer aux Français en les sommant d’accepter de se dissoudre dans un magma d’idées fumeuses dans lequel se mélangent la détestation de soi, une attirance morbide envers « les autres », un goût suspect pour le métissage sans limites, et un multiculturalisme dont les effets dévastateurs sur l’identité française ne font que commencer….  

6 réflexions au sujet de « La France: « une idée », certes, mais pas seulement !!! »

  1. François Carmignola

    Vous voyez bien que vous avez quelque chose à vous reprocher, vous vous en prenez aux autres… Ne prenez pas la mouche, je ne suis qu’un vilain provocateur et vous en demande pardon.
    En plus, je suis d’accord avec vous: l' »identité » de la France n’a rien à voir avec les individus et c’est précisément le fond de l’affaire.
    Comme par hasard, et je ne parle pas de vous, soyez en sur, car vous avez trouvé les mots qu’il faut pour expliquer la chose, ce sont précisément les plus éloignés de ce simple constat qui en parlent le plus mal: François Hollande, Nicolas Sarkozy, et ils ont bien des choses à se reprocher…

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  2. alina et bruno

    Merveilleux texte qui nous émeut beaucoup. Nous nous sentons très proches de vous et partageons ce même élan, fut-il désespéré, pour la France. Nous vous
    lisons très régulièrement, nous attendons vos chroniques… Votre culture, vos analyses, nous
    aident à mieux structurer nos pensées mais nous voyons hélas le désastre qui s’annonce et
    les incroyables méfaits hélas irréversibles d’une idéologie instillée par quelques poignées de misérables acteurs.
    Merci à vous.

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  3. berdepas Auteur de l’article

    @François : » Sarkozy, les immigrés, Hollande (avec un nom pareil, vous imaginez), vous même, bref tous ceux qui ont « quelque chose à se reprocher » !!! Je n’ai pas très bien compris ??? En ce qui me concerne, je ne vois pas ce que je pourrais « avoir à me reprocher » ???
    Quant au reste, je crois que comme beaucoup de gens vous confondez « l’identité de la France, et « l’identité de chaque Français »….Ce qui n’a rien à voir.Chaque Français possède une identité propre qui porte la trace de ses origines: la votre se trouve sans doute du côté de Trévise, en Italie, où les Carmignola pullulent.Cela n’empêche pas chacun de manifester un attachement plus ou moins fort à ce pays.J’ai souvent constaté chez des « gaulois de souche » un attachement superficiel à leur pays, alors que chez des « Français d’adoption »cet attachement confine parfois au chauvinisme….

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  4. François Carmignola

    Cette histoire d’identité est effectivement à questionner. D’abord et c’est Braudel qui le dit, la France n’est certainement pas une idée mais une réalité forgée par l’histoire. Les « problèmes » d’identité à son sujet ne sont que le fait de personnes, qui n’en font pas partie.
    Sarkozy, les immigrés, Hollande (avec un nom pareil, vous imaginez), vous même, bref tous ceux qui ont « quelque chose à se reprocher » peuvent se poser la question mais elle ne concernera jamais qu’eux mêmes. Le « cher et vieux pays » en a vu d’autres et se trouve bien au delà des personnes et de leurs « petites vies ».

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