Lectures d’été….et les réflexions qu’elles inspirent.


 L’actualité semble se mettre en sommeil, seulement réveillée  par quelques soubresauts dûs à l’agitation suscitée, sur les plages de la Méditerranée, par l’apparition ( annoncée ) d’un nouvel accoutrement pour les femmes musulmanes qui vont à la baignade. Enveloppées dans leur « burkini », décidées à ce que l’on sache qu’elles sont musulmanes, et tout aussi décidées à user de leur statut victimaire favori, elles se lamentent, une fois de plus, d’être les cibles de la « stigmatisation » d’une société « xénophobe »et insensible à l’élégance de cette mode qui nous vient du fin fond de l’Arabie….

Face à cette nouvelle provocation d’un islam qui, sournoisement gagne chaque jour un peu plus de terrain et qui use de toutes les failles de notre arsenal juridique pour infiltrer notre société, les Français sont de plus en plus irrités par les provocations de cette minorité religieuse qui cherche à imposer sa Loi. Elle agit sournoisement, sous le regard approbateur et lumineux d’intelligence de ceux qui ont enfin trouvé dans l’islamo-gauchisme un substitut à leurs élucubrations marxistes passées, ce marxisme dont ils ne parviennent pas à se consoler de l’inéluctable déclin….

La lecture a été, une fois de plus, pour moi, l’occasion de prendre un peu de recul sur l’actualité, et pour tenter de comprendre pourquoi et comment un vieux pays comme la France peut se laisser emporter par une vague qui semble venir des profondeurs de son Histoire, et se laisser gagner par des pulsions suicidaires, pour tenter d’échapper au nouvel état d’un monde dont les équilibres sont en train de basculer….

Je me suis plongé dans un ouvrage dont j’avais lu, il y a déjà longtemps, la critique et dont l’auteur tente de trouver une explication rationnelle aux échecs successifs des guerres menées depuis plus d’un demi-siècle par l’Occident.

Challiand

Qui est Gérard Challiand ??? Ceux qui ne le connaissent pas pour l’avoir vu, à la télévision, dans des débats sur l’islamisme et sur le djihad, peuvent se référer à Wikipédia, dont la notice nous dit que, je cite : « Gérard Challiand  est diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et a soutenu en 1975 une thèse de doctorat de 3e cycle en sociologie politique sur les Révolutions dans le Tiers-monde. Mythes et perspectives à l’Université de Paris V sous la direction de Maxime Rodinson.

Maxime Rodinson !!! C’est dire que Challiand a été élevé et nourri au biberon communiste !!!!

Gérard Challiand prend position dès 1954, après un voyage en Algérie en novembre 1952, en faveur de l’indépendance du pays.

C’est dire à quel point ses convictions sont éloignées des miennes.

Mais à ne lire que les auteurs qui partagent ses convictions on est condamné à restreindre son univers intellectuel, au point de ne rien comprendre à ce qui se passe autour de soi.

D’autant que Gérard Challiand sait de quoi il parle.

Selon Wikipédia, je cite : « Gérard Chaliand s’engage auprès des guérillas de décolonisation en tant qu’observateur-participant ( !!!) ; durant plus de vingt ans, il côtoie les combattants d’une quinzaine de maquis sur quatre continents (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe de l’Est et Caucase), et notamment en Guinée-Bissau portugaise, aux côtés d’Amílcar Cabral (1964, 1966) avec lequel il noue de véritables liens d’amitié, dans le delta du Fleuve Rouge au Nord-Viêt Nam (1967), dans les provinces de Tolima et Huila en Colombie (1968), avec le Fatah, le FPLP et le FDPLP en Jordanie et au Liban (1969-1970), avec le FPLE en Érythrée (1977), au Kurdistan iranien (1980), et trois fois en Afghanistan (entre 1980 et 1982) ; jusqu’en 2000, il va aussi au Haut-Karabagh, à Sri Lanka, et en Irak. Au total, ses recherches l’ont mené dans une soixantaine de pays.

C’est dire combien son point de vue est intéressant.

Si je puis me permettre de le résumer succinctement, il s’articule autour de l’idée que « les vieilles conceptions impériales fondées sur la supériorité raciales des blancs s’effondrent. Le temps où des nations industrielles avaient subjugué des peuples en état d’infériorité au nom du darwinisme social et de la civilisation prend fin. Les décolonisations violentes s’ensuivent, ponctuées par des combats retardateurs ». L’heure de la reconquête est venue…etc.

Selon Challiand, les « occidentaux » n’ont jamais pris la mesure des « conséquences de la crise pétrolière qui a suivi la guerre d’Octobre 1973 qui provoqua un quadruplement du prix du pétrole donnant à l’Arabie Saoudite et aux Émirats des moyens financiers considérables. L’Arabie en profitera pour entreprendre de façon systématique une ré-islamisation militante des sociétés, de l’Afrique de l’Ouest à l’Indonésie, à coups d’aides financières, de constructions de mosquées, de madrassas, et de prêcheurs pour ensemencer le terreau, partout où il était favorable à une prolifération de l’islamisme. »

Le point de vue de Gérard Challiand nous invite à une réflexion objective et lucide sur la période que nous traversons aujourd’hui.

La colonisation avait durablement mis en place une division entre un monde dominant et un monde dominé. Cette logique a consacré la puissance industrielle de l’Europe. L’idée d’un système inégalitaire s’est ainsi banalisée, un système auquel les peuples européens se sont habitués car ils en étaient les bénéficiaires sur le plan économique, un système grâce auquel ils bénéficiaient d’un niveau de vie aujourd’hui remis en question.

A cette évolution s’ajoutent les conséquences de  la mondialisation. Aujourd’hui, l’Occident doit compter avec un monde qui n’est pas exclusivement le sien. Les sociétés « émancipées » elles-mêmes font irruption dans l’ordre mondial : celles du Sud, en particulier, viennent rompre «l’entre-soi» occidental, tandis que la puissance classique ne peut rien sur elles.

En outre, les puissants ne décident plus ni des frontières ni des conflits. Au Moyen-Orient, les frontières définies, au siècle dernier, par les accords entre Français et Anglais explosent. Les Occidentaux ne font plus que réagir ou tenter de contenir des soulèvements dont la logique obéit désormais à des oppositions séculaires nourries par la rivalité entre chiites et sunnites.

Demain, il nous faudra prendre la mesure de la bévue de ceux qui militaient en faveur de l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne. Car nous n’avons pas fini, en Europe de payer les conséquences du rêve turc de reconquérir le statut et la puissance de l’Empire ottoman. Des pays comme la Hongrie ou l’Autriche ainsi que leurs voisins des Balkans l’ont compris plus vite que l’Allemagne, pour avoir lutté, pendant des siècles contre l’envahisseur ottoman….

Le début de notre XXIe siècle est davantage marqué par des événements enclenchés par un Ben Laden ou un Al-Baghdadi que par des Chefs d’Etats occidentaux qui sont réduits à la « réaction » car l’initiative de l’action ne leur appartient plus.

Or, preuve que nous n’avons rien appris de nos échecs, les Occidentaux réagissent toujours de la même manière aux nouvelles situations de conflit, à coup d’interventions militaires, comme si nous avions encore affaire à des guerres clausewitziennes. Et même armés des meilleures intentions, nous ne faisons que nous approprier la guerre des autres, en nous mêlant de conflits qui ne nous concernent pas, en complexifiant encore plus une situation anarchique. Que ce soit en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Mali, sans parler de la Libye, les Occidentaux n’ont rien réglé, et n’ont fait qu’exacerber les tensions et les haines à l’égard de l’Occident….

Partout, nous payons le prix de l’échec de notre politique coloniale et surtout, les conditions désastreuses de la décolonisation.

Les raisons de notre échec sont aujourd’hui évidentes:  notre « eurocentrisme » nous avait convaincu de pouvoir plaquer notre modèle occidental et « droit-de-l’hommiste » sur des sociétés qui lui étaient viscéralement réfractaires. Les dirigeants Occidentaux, encouragés en cela par une « classe intellectuelle » utopique avaient la conviction que nos anciennes colonies se décoloniseraient pour devenir des États à l’image des États européens.

Plus récemment, les espoirs puérils soulevés par les « Printemps arabes » se sont vite effondrés…

La plupart de ceux qui conduisirent la révolte contre notre modèle avaient été formés aux idées subversives dans les Universités du colonisateur: Nehru a été formé à Cambridge, Ho Chi Minh avait étudié à la Sorbonne, sans parler des Ferhat Abbas, et autres dirigeants africains, et les plus turbulents des indépendantistes ont fait leur apprentissage en France, formés par des enseignants communistes qui luttaient contre l’impérialisme de leur pays et refusaient de voir celui, implacable, de l’Union Soviétique.

Mais à la génération de ceux qui conduisirent la révolte contre nous a succédé une génération nouvelle, revancharde et fondamentalement hostile au modèle de société auquel nous sommes profondément attachés. Un modèle qui leur inspire autant de mépris que de haine.

http://www.memri.fr/2016/08/21/un-auteur-egyptien-la-democratie-est-un-systeme-occidental-destructeur-utilise-pour-demanteler-les-pays-arabes/

L’islam auquel nos sociétés sont confrontées, est par nature, politique. On ne saurait trop le rappeler: l’islam est un système total qui mêle le religieux, le politique, le juridique, la civilisation. L’islam est un code de droit qui prétend remplacer le droit du pays d’accueil. Si bien que toute concession faite à l’islam comme religion est un abandon consenti à l’islam comme système politico-juridique ainsi qu’à la civilisation islamique. Ainsi, confronté au « voile intégral » et au burkini, symboles de l’inégalité entre hommes et femmes, quel responsable politique pourrait contester que ce vêtement est bien plus que ce qu’il prétend être ???

Pourtant, rares sont ceux parmi nos dirigeants, qui en ont pris réellement conscience.

Or, nombreux sont les musulmans qui ont acquis la conviction que l’Islam a le vent en poupe et que la société qu’il propose s’imposera en substitut à notre société perçue comme décadente, voire même en cours de décomposition.

Face à un Islam conquérant, le modèle de notre société dont la paix et l’équilibre repose sur une laïcité neutre ne tiendra pas longtemps.

 Notre laïcité s’est certes construite contre l’Église, mais en accord avec les paroles fondatrices du christianisme: « rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement ». L’islam, c’est au contraire, l’anti-laïcité par excellence, si bien que l’État laïque devra le combattre beaucoup plus durement qu’il n’a combattu le catholicisme, s’il veut lui survivre.

Je l’évoquais dans un précédent billet . Nous devons prendre conscience d’une réalité que notre méconnaissance de la culture islamique a occulté jusqu’ici.

Abbas écrivait, dans un ouvrage que j’ai déjà cité, intitulé « L’Indépendance confisquée » page 182   , ceci, je cite:

« …. il est exact que pour défendre notre droit à l’égalité avec les Français d’Algérie, j’ai écrit que la  patrie territoriale était une notion étrangère à l’islam. Et par voie de conséquence à J’Algérie musulmane. Chacun de nous connaît le mot de Danton: On n’emporte pas la terre de la patrie à la semelle de ses souliers.

 En Islam. cette patrie territoriale n’existe pas. Dans le monde musulman. on emporte la terre de sa patrie à la semelle de ses souliers … parce que cette patrie est spiritualité. culture et civilisation. Elle n’a point de frontière et ne reconnaît ni race ni territoire. partout où le muezzin appelle les croyants à la prière, le musulman est chez lui. A l’époque de la grandeur de l’islam. un musulman pouvait se rendre de Cordoue à Bagdad sans autre passeport que sa foi

Le prophète condamne la référence au territoire. en nous disant : Apprenez vos généalogies et ne dites pas comme les Nazaréens, qui, lorsqu’on leur demande d’où ils sont. répondent de tel village. Où est sa patrie au sens territorial du terme? Elle n’est nulle part et partout. Elle se situe là où est El-Ouma El Islamia. » ( Fin de citation ).

Les Français ne prêtent guère attention à la littérature arabe et à ses enseignements sur « l’âme arabe ». Ils ont tort. Or, ce texte est passé totalement inaperçu, tant les chroniqueurs de cette époque aveuglés par leurs sentiments de culpabilité et leurs pulsions de repentance, avaient « l’esprit ailleurs »….

Vous avez bien lu : partout où le muezzin appelle les croyants à la prière, le musulman est chez lui !!! Qu’on se le dise: l’appropriation par des familles musulmanes d’une petite crique de bord de mer en Corse est symbolique. Les Corses auront beau répéter en chœur « nous sommes chez nous !!! » Les Arabes vivant en Corse en sont convaincus: là où Allah les a conduits, ils sont chez eux !!!

Et il sera difficile de les convaincre du contraire…. à moins que …….

 

3 réflexions au sujet de « Lectures d’été….et les réflexions qu’elles inspirent. »

  1. François Carmignola

    Extrêmement intéressant et à la hauteur de réflexions où il nous faut trouver des repères. Ceux qu’a manifestement perdu l’auteur de ce livre, qui donc semble avoir en cinquante ans mué de manière considérable. Pour ce qui me concerne, je ne me départirai jamais du « national » comme clé (en tout cas l’une d’elles) de l’explication de la marche du monde.
    Ce que la conclusion de votre article semble nier. Ex partisan des indépendances dont (presque) toutes celles que vous citez furent « nationale » , précisément (ce fut aussi le cas de celle de l’Algérie), il laisse supposer que l’Islam (le culturel, avec un grand I) serait national, ce qui n’est pas le cas selon moi.
    C’est une manière de vivre globale, point commun aux peuls et aux kabyles, pas de quoi faire une nation. Quand à l’islam (la religion, avec un petit i) elle est manifestement absurde, régressive et ne s’adresse qu’aux nostalgiques de l’Islam…
    Quand à la menace dont nous sommes d’accord, elle est bien sur liée aux migrations, qu’il ne tient qu’à nous d’arrêter, mais aussi à un islam politique directement issu des mouvements nationaux du moyen orient qui se manifestent sous nos yeux.
    Car la question de l’argent du pétrole eut d’abord des effets internes à l’Arabie Saoudite, n’oubliez pas l’année 79, le vrai choc pétrolier et surtout ce qui terrifia la monarchie et la fit devenir prosélyte: la prise de la mosquée de la mecque.
    Quand au mouvement nationaux (donc religieux, ils n’ont que ça) irakiens et syriens, ils sont d’abord dus, comme d’ailleurs en Algérie pendant la décennie 90, aux dictatures corrompues qui oppriment ces peuples, et cela bien plus que tous les colonialismes.

    Maintenant, quid des migrations ? Elles sont culturelles et seront soumises aux nations, mais pas les leurs, les nôtres. Et cela pourrait faire des dégâts, c’est pour cela qu’il faut s’en préoccuper.

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