Kamel Daoud, victime du déni de réalité.


DAOUD

J’ai fréquemment évoqué, dans de précédents billets, le poids des problèmes de sexualité, et de la condition de la femme, dans les comportements des Arabes. A chaque fois, cette évocation a soulevé des protestations indignées, chez certains de mes lecteurs….

C’est que, ayant grandi parmi les Arabes, en Algérie, ayant même parfois pénétré leur intimité familiale, ce qui m’était toléré, en raison de ma jeunesse, j’ai en mémoire, de nombreuses situations vécues ainsi que de nombreuses conversations entendues, en Arabe, qu’à l’époque je « possédais » mieux qu’aujourd’hui.

Il n’est pas nécessaire d’aller chercher très loin l’explication des « évènements de Cologne »: les tabous, le regard porté sur la femme depuis l’enfance, les frustrations accumulées marquent profondément le jeune musulman, jusqu’à l’âge adulte.

En outre, tout ce qui touche au corps, chez les Arabes, revêt des connotations religieuses. Car le corps est au centre des préoccupations chez les Arabes. Qu’il s’agisse de son hygiène, ou de son exposition, tout est réglementé par le Coran.

Le corps est aussi le sujet central de leurs contradictions.

Du corps de la femme sur lequel repose parfois l’honneur de la famille ou de la tribu, au corps offert par le martyr, à la flagellation, lors des processions chez les chiites, le corps occupe une place centrale dans la civilisation musulmane: tantôt sacralisé, tantôt souillé.

Il faut avoir vécu dans cet environnement pour savoir à quel point les problèmes du corps et de la sexualité tourmentent l’adolescent dans ces familles. Il faut avoir vécu parmi des Arabes pour savoir à quel point leur imaginaire est troublé par les tabous, par les préjugés, et chez les garçons, par l’image dégradée qu’ils ont de la femme en général et de la femme européenne, en particulier, réputée « facile »parceque souvent impudique, à leurs yeux…

Pour avoir abordé le sujet que j’évoque ici , avec son talent reconnu d’écrivain et de polémiste, Kamel Daoud fait actuellement l’objet d’une campagne de dénigrement indigne, de la part de tout ceux pour qui la critique de l’Islam et des mœurs du monde musulman sont devenus des interdits. Joignent leur voix aux critiques des musulmans, ceux de nos compatriotes qui, aveuglés par leur « islamophilie », voudraient réduire au silence toutes les voix qui s’opposent à leurs convictions…

Que reproche-t-on à Kamel Daoud ??? D’avoir déclaré que :

« Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. »

Les réactions à ses propos ont été nombreuses et violentes. En Algérie, les islamistes ont émis des « fatwas » contre lui, tandis qu’en France, 19 intellectuels ont signé dans « Le Monde » une tribune qui l’accuse de prononcer des discours » racistes triviaux » et même d’être «islamophobe». Suite à ces pressions, Daoud a décidé d’abandonner le journalisme. Non à cause du harcèlement islamiste mais plutôt de la nouvelle dictature du politiquement correct.

Fort heureusement, il existe encore, parmi nos « zintellectuels » quelques esprits doués de lucidité et surtout, de courage pour s’élever contre de telles campagnes de dénigrement. En voici un témoignage, qui met l’accent sur le nouveau « terrorisme intellectuel » qui menace ceux qui voudraient continuer à s’exprimer librement sur les sujet dont notre société voudrait faire des « tabous ».

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2016/02/23/31003-20160223ARTFIG00080-l-ecrivain-algerien-kamel-daoud-diabolise-un-nouvel-indice-d-un-climat-d-intimidation.php

Par Chantal Delsol
Publié le 23/02/2016 à 09h40

TRIBUNE« Quiconque décrit certains aspects de la culture musulmane se voit aussitôt injurié, constate l’universitaire Chantal Delsol.

Chantal Delsol, membre de l’Institut et professeur de philosophie politique à l’université Paris-Est, vient de publier « La Haine du monde. Totalitarismes et postmodernité», Éditions du Cerf, collection «Philosophie», 240 p., 19 €.

Je cite :

« L’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud vient de subir des attaques très violentes qui sont révélatrices d’un choix français: la volonté profonde et consciente de ne pas regarder l’islam tel qu’il est. Dans deux textes respectivement publiés par La Repubblica et le New York Times, Kamel Daoud a analysé les agressions sexuelles de Cologne au regard de sa connaissance de la religion musulmane, culture dont il est l’héritier. Il décrit l’image de la femme et ses conséquences, et finalement ce qu’il appelle «la misère sexuelle du monde arabe» qui permet d’expliquer ce qui s’est passé en Allemagne au Nouvel An.

On peut certainement discuter certaines affirmations historiques ou sociologiques de Kamel Daoud, ce que nous laissons aux connaisseurs de l’islam. Mais devant son texte, aucune réaction de ce genre n’a été observée: pas d’arguments – seulement des injures. Malheur à lui, d’avoir analysé les tabous sexuels en terre d’islam. Aussitôt le voilà vilipendé, avec la hargne et l’aigreur habituelles de nos médias quand ils veulent se débarrasser d’un adversaire: on a pu lire une tribune décrivant Kamel Daoud comme un «humaniste autoproclamé» qui débite «une série de lieux communs navrants». Devenu un mal-pensant et subissant l’ostracisme, il annonce qu’il arrête le journalisme.

«Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver», écrivait le dramaturge nazi Hanns Johst. Quand j’entends parler de différenciations culturelles, je sors mes calomnies jusqu’à la mort médiatique de l’insolent, dirait-on aujourd’hui.

L’éloge des différences ne vaut que pour le superficiel: la couleur de la peau, la cuisine et le folklore ; mais la police de la pensée hait et interdit l’idée de cultures plurielles. D’après ce dogme, il y a une seule culture, universelle (en fait la nôtre, celle des droits de l’homme). Ainsi, il est impossible de croire qu’un comportement puisse provenir d’une culture spécifique: arguer d’une influence culturelle, ce serait aussitôt enfermer et essentialiser.

Ce que nous avons ici devant les yeux, c’est l’idéologie de l’indifférenciation culturelle, qu’il faut adopter, sous peine de se voir exclu du monde commun. Selon cette idéologie, le comportement des individus ne serait jamais lié aux cultures, mais seulement aux situations et circonstances matérielles. S’il y a eu des agressions sexuelles en Allemagne, elles devraient être décrites comme le résultat de situations économiques et sociales, et jamais comme des comportements culturels. D’après cette même idéologie, tous les citoyens du monde seraient interchangeables: mettez un Afghan à la place d’un Allemand, il se conduira de la même manière pour peu qu’on lui offre la même situation économique. Selon cette idéologie, en outre, dire que les femmes sont davantage maltraitées en pays musulman qu’en Occident serait faux, puisque certaines femmes sont maltraitées aussi en Occident. Autrement dit, on assimile la maltraitance légitimée («tu peux battre ta femme») et la maltraitance réprimée dans le Code pénal (le mari violent encourt la prison) ; ce qui est d’une malhonnêteté crasse.

Quand nous étions étudiants, il fallait constamment affirmer, sous peine de se voir insulté, que les livres de Soljenitsyne étaient écrits par la CIA. Comme la réalité est acariâtre, et douloureuse !
Il est interdit de dire la vérité sur l’islam. Comme la réalité est acariâtre, et douloureuse! Mieux vaut la mettre au ban: décrire la culture musulmane est aussitôt traduit en détestation – «islamophobie», voire «racisme». L’islam est un tabou puissant à l’époque où l’on nous demande constamment de «faire tomber tous les tabous qui restent». En parler est subversif, à ce point que nombre d’entre nous ont peur d’en parler.

Kamel Daoud tire de ses affirmations des conséquences qu’on a du mal à juger critiquables: nous devons accueillir les réfugiés et en même temps les éduquer. Mais lorsqu’il écrit que nous devons «offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer», il déclenche un délire d’imprécations: c’est colonialiste, et donc anti-humaniste, de vouloir les convaincre de changer de comportement. Je tiens que nos imprécateurs savent très bien de quoi il retourne. Ils savent parfaitement que Kamel Daoud affirme des réalités séculaires. Ils savent parfaitement que la solution à la fois la plus morale et la plus réaliste consiste à «convaincre l’âme de changer». Mais voilà: ils sont pris dans les rets de l’idéologie de l’indifférenciation.

La réalité interdite et injuriée finit par éclater comme une bombe
Absolument extraordinaire est le tir de barrage injurieux et malfaisant qui reçoit toute parole sur la culture musulmane, sauf si on la décrit comme une copie fidèle de l’Occident, c’est-à-dire comme une non-culture, autrement dit si on ne la décrit pas. Ce qui indique le profond malaise d’une partie de nos élites, confrontées à une contradiction insurmontable: il est impossible moralement d’accepter le comportement de l’islam notamment vis-à-vis des femmes – et en même temps il leur est impossible idéologiquement d’assumer les différences culturelles. Une seule solution reste, celle de l’assiégé: mettre à mort médiatiquement quiconque ose exhiber la contradiction. Mais, comme on sait, la situation de l’assiégé est toujours périlleuse. La réalité interdite et injuriée finit par éclater comme une bombe, faisant beaucoup plus de dégâts que si on l’avait assumée avec maturité. »

( Fin de citation ).

Je n’ai rien à ajouter à cet excellent article, tant il traduit une opinion que je n’ai jamais cessé de défendre sur ce blog.

PS : A l’appui de l’article de Mme Delsol, faites un détour par :

http://www.ojim.fr/viols-de-cologne-la-desinformation-continue/

7 réflexions au sujet de « Kamel Daoud, victime du déni de réalité. »

  1. François Carmignola

    Le traitement de Kamel Daoud par les médias se caractérise d’abord par le fait qu’il n’est pas arabe mais berbère (à 85%). C’était le premier point. Ensuite qu’il n’est pas non plus « musulman » dans la mesure où comme on peut cesser de l’être cela n’a pas de caractéristique essentielle. Ensuite que ce peuple n’a rien à faire en Europe dans la mesure où il est africain et a vocation à rester en Afrique. Les 3 points ne sont effectivement pas traitées par les médias, et c’était ce que je voulais dire.

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  2. François Carmignola

    D’abord la société marocaine est principalement berbère et donc seulement arabe « par la bande » comme on dit. Le mot « arabe » est une partie du problème est se trouve lié à une conquête régionalisée, qui même si elle a laissé des traces, reste minoritaire: 85 % du maghreb est génétiquement berbère et les appeler les « arabes » est un non sens.

    Ce peuple reste aujourd’hui un peuple du tiers monde pour plein de raisons, mais cela ne durera pas. Il fut chrétien et romanisé, producteur du grenier à blé d’un grand empire et hélas envahi et martyrisé par une régressive religion violente qui l’a asservi et écrasé.
    Il s’en libèrera, deviendra libre et vivra sur ses terres sa propre prospérité. Cela qui lui évitera d’aller se ridiculiser sur des sols étrangers.

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  3. Jacques de Guise

    Berdepas,

    Je vais encore vous dire que moi-même ayant été en Arabie Saoudite et ayant côtoyé des saoudiens dans leurs intimité, dans leurs maisons (avec femme découvertes sans voiles d’ailleurs), j’ai pu voir un peu la vie que se dégage. Ayant travaillé sur des chantiers avec des saoudiens, des palestiniens, des égyptiens, et ayant partagé leurs quotidien, j’ai vu un peu les questions que des nouveau marié se posent quand il se marie.
    Excellent billet qui malheureusement risque de ne pas changer les idées préconçus des supposés élites françaises.
    Cordialement,
    JdG

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  4. Rousseau JP

    Cet homme a totalement raison car il faut ne jamais avoir pénétré une famille musulmane pour croire l’inverse.
    Et ce n’est pas mon cas, ayant été reçu par de très nombreuses familles musulmanes marocaines, aussi bien pauvres, très pauvres, classe moyenne ou nobles.
    Nos « zintellectuels » ne connaissent du monde arabe que le Club Méditerranée qu’ils n’ont peut être même pas payé de leur poche ou alors ils ont été invités par de richissimes arabes en remerciement de services de corruption.

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