Libres pensées.


Dieu

Je regardais, hier soir, autour de minuit, sur une chaîne d’information continue, un débat qui opposait, dans un face à face pathétique, d’un côté de la table, trois représentants des « Religions du Livre », et de l’autre côté, un « philosophe » censé défendre le courant d’idées représenté par la « Libre pensée ».

La discussion était censée s’ordonner autour de la dernière « Une » du périodique « Charlie Hebdo », qui fort de la légitimité que lui confère désormais le soutien qu’il reçoit depuis la tragique fusillade de Janvier 2015, a jugé bon, au nom d’une « liberté d’expression » dévoyée, – selon moi -, de fêter ce sinistre anniversaire, en se livrant à une nouvelle provocation contre tous ceux qui, quelle que soit leur religion, croient en Dieu.

Ce face à face, qui ressemblait bien plus à un dialogue de sourds qu’à la recherche de ce qui, dans un esprit de tolérance réciproque, aurait permis, au téléspectateur nocturne, d’approfondir sa réflexion personnelle sur un sujet difficile. Un sujet qui, comme l’avait laissé entendre André Malraux au siècle dernier, est en train de réveiller, à l’aube de ce siècle  commençant, les vieilles passions qui ont trop souvent ensanglanté les siècles précédents…

Le représentant des Eglises chrétiennes s’élevait avec une douceur candide, contre une représentation d’un Dieu qui a du sang sur les mains, alors que, selon lui, Dieu est Amour. A ses côtés le représentant de l’Islam, dans la position inconfortable de celui qui doit défendre une cause difficile, tentait de convaincre en soutenant que rien ne permet d’associer l’Islam aux actes barbares de ceux qui se sont approprié le message du Coran pour donner une justification religieuse à leur barbarie. Le représentant du Judaïsme s’efforçait, lui, de tirer de l’Histoire du Judaïsme et de son passé victimaire des leçons de tolérance et des preuves de son attachement fidèle aux Lois de la République et à la laïcité.

Mais, en face, celui qui était présenté comme un « philosophe »(1) n’entendait pas laisser déduire des propos de ses trois interlocuteurs que les religions, s’appuyant sur l’existence d’un Dieu qui n’est pas démontrée, ont vocation à régenter les lois élémentaires du « vivre ensemble ». (Une expression issue de la « novlangue » et dont nul ne sait définir le contenu….).

Je sentais bien, en téléspectateur averti, que ce philosophe – dont on aurait pu attendre un discours modéré, objectif, tolérant, et donc apaisant, dans une discussion sur des sujets qui touchent aux interrogations  les plus intimes de chacun de nous – ce philosophe, donc, n’était que le porte parole d’un « prêchi-prêcha » d’inspiration maçonnique…

Il y a chez certains « défenseurs de la laïcité », une forme d’agressivité haineuse que l’on retrouve chez de nombreux « bouffeurs de curés ». Ils ne ratent pas une occasion de rappeler toutes les horreurs, tous les crimes, tous les massacres, – hélas peu contestables -, commis au nom des Religions, dans l’Histoire de l’Humanité. Au nom de quoi, ils s’autorisent à n’aborder le sujet de la foi des autres, qu’en termes de soupçons accusatoires… Un peu comme si un Chrétien d’aujourd’hui portait en lui, l’héritage coupable de la Saint Barthélémy…

Mais la plupart de ces « penseurs » omettent soigneusement d’évoquer les horreurs, les crimes, les massacres abominables commis au nom d’un athéisme rigoureux, sous des régimes fondés sur une cruelle intolérance.

C’était le cas  de notre « philosophe » d’hier soir, qui ne semblait pas se souvenir des ravages de l’athéisme élevé au rang de religion d’Etat par les Nazis et les Communistes….Je ne m’attarderai pas sur les crimes odieux commis par les « révolutionnaires », pendant la Terreur, au nom des « Lumières », sans parler de la Religion de « l’être suprême » qui semble, aujourd’hui encore, inspirer quelques fanatiques d’une laïcité dévoyée…

Ces « libres-penseurs » ne rendent pas service aux défenseurs de la vraie laïcité, celle qui, selon moi, devrait se limiter à la défense de la liberté de croire ou de ne pas croire en un Dieu quel qu’il soit, et au respect de la foi des autres.

Gagné peu à peu par le sommeil, l’agnostique que je suis, déçu par le manque d’intérêt de cette discussion nocturne, a fini par « décrocher »…

Car l’agnostique que je suis se sent bien plus proche de la pensée d’un Socrate déclarant avec modestie, que : « Ce que je sais, c’est qu’au fond je ne sais rien ». Et cette philosophie s’applique, pour moi à tout ce qui concerne l’existence de Dieu.

Car être agnostique, c’est une « attitude de pensée » fondée sur le scepticisme, qui consiste donc à douter de toute transcendance, ce qui explique sans doute mon aversion vis-à-vis des propos de ceux qui assènent leurs « convictions » comme des certitudes et méprisent tous ceux qui ne les partagent pas….

A la différence des croyants, qui considèrent comme probable ou certaine l’existence de Dieu, ou des athées l’estimant improbable ou impossible, l’agnostique refuse de trancher. Il considère qu’il n’existe pas de preuve définitive en faveur de l’existence ou de l’inexistence du divin.

Je refuse, en conséquence, de me prononcer, et pardessus tout, de prendre parti pour ou contre les croyants ou les athées.

Je respecte, et j’envie même parfois, ceux qui ont la foi, mais en aucun cas je ne me permettrais de les mépriser. Cela s’explique sans doute par le fait que j’ai grandi dans une famille où la tolérance était la règle : ma mère était de religion protestante par son père, et mon père était issu d’une famille de catholiques rigoureux, mais discrets…

Au soir de ma vie, il m’arrive fréquemment de réfléchir autant au mystère des hasards de la naissance de la vie qu’au mystère de la mort, inéluctable. Une réflexion à laquelle nul n’échappe…

Dans ces moments là, tantôt émerveillé par la beauté des ciels étoilés, tantôt par celle des matins lumineux du printemps ou par celle des couchers de soleils en hiver, attentif à la musique rituelle  du chant des oiseaux qui s’accouplent à la saison des amours, fasciné par le labeur incessant et par l’organisation collective des fourmis et des abeilles en été, ou ému par les éclats de rire innocents d’un enfant, je m’interroge sur ce qui est à l’origine de l’ordre naturel qui régit le mouvement des planètes dont la perfection mathématique reste pour moi, un mystère…

Un ordre naturel trop souvent ébranlé par l’Homme, se prenant lui-même pour Dieu, maître de la Nature envers laquelle il a perdu tout respect, et qui se lamente quand la Nature se venge…

Sachons rester modestes, face à un mystère qui dépasse, depuis toujours, notre entendement…

Il m’est arrivé plus d’une fois, ayant frôlé la mort, en entendant les balles siffler et en voyant tomber mes compagnons de me demander Qui décide de qui sortira vivant de l’embuscade. De même qu’il m’est arrivé plus d’une fois, lors de mes aventures sahariennes, de me retrouver seul au sommet d’une dune pour tenter de retrouver les traces perdues de la bonne piste, et d’avoir soudain le sentiment, angoissant, devant l’immensité silencieuse du désert, de n’être plus qu’un grain de sable dans la main de Dieu. Si Dieu existe….

Il m’arrive trop souvent de m’endormir sur mon fauteuil, hanté par la pensée qu’en effet, Dieu existe peut-être, et que s’il existe je saurai bientôt s’il est bon ou méchant …

Car je sais que les années me sont comptées et que je ne tarderai pas à  savoir…. Car j’accepte , si c’est sa volonté, de le rencontrer : j’ai tant de questions à lui poser !!!

(1) Je m’interroge souvent sur ce qui autorise certains universitaires ayant étudié la philosophie à se parer du qualificatif de « philosophes ». Il faut une sacré dose d’immodestie pour se placer sur le même piédestal qu’Aristote, que Platon, ou que Socrate, Diogène ou Epicure…