Leçons d’un scrutin…


 

Adler

A l’âge qui est le mien, – j’ai la chance d’avoir conservé une redoutable mémoire – on dispose du recul nécessaire pour pondérer les évènements d’un quotidien qui semble sombrer dans l’irrationnel absolu.

A 83 ans, on dispose également du souvenir des périodes traversées qui vont des durs lendemains de la seconde guerre mondiale, à la dangereuse traversée de la Guerre d’Algérie, en passant par la période gaullienne, puis la « Révolution bourgeoise » de Mai 1968, et la période « pompidolienne », puis la parenthèse giscardienne, marquée par la trahison Chiraquienne, qui a amené Mitterrand au pouvoir, avant le retour triomphant d’un inusable Chirac puis le quinquennat éphémère du vibrillonant Sarkozy, laissant la place à « Moi Président »,   jusqu’à aujourd’hui….

C’est dire combien j’ai vécu de moments plus ou moins pathétiques de la vie politique de mon pays…

Je peux ainsi affirmer, en paraphrasant le titre du livre passionnant d’ Alexandre Adler, – un Géo-politologue dont j’apprécie la finesse d’analyse -, que « J’ai vu finir le monde ancien« . ( Editions Grasset ).

Je ne vais pas refaire ici le livre de Zemmour, – je n’en ai ni la culture, ni le talent – mais je puis tout de même dire que, comme lui,  j’ai assisté, au cours des quarante années passées, au lent effondrement de la société « post-soixantehuitarde »et « libertaire » qui avait succédé au gaullisme.

J’ai assisté, avec nos compatriotes, plus ou moins conscients de ce déclin, à un affaissement constant de l’autorité de l’Etat sous la conduite d’une classe politique, – l’une des plus médiocre que notre Histoire contemporaine ait connue –  qui n’a cessé de tromper ses électeurs, et les installant dans le déni des réalités du monde qui les entoure, en tentant de « pousser la poussière sous le tapis » ou de détourner leurs regards du réel, en leur racontant la société française telle qu’ils voudraient qu’elle soit, plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est, dans un monde tel qu’il est, au lieu de tenter de faire partager leurs utopies à des Français sceptiques…

J’ai assisté comme la plupart de mes contemporains, à l’effondrement des valeurs que m’avaient transmises mon éducation familiale, et celle de mes maîtres qui furent des « Hussards de la République »: des valeurs de respect des autres, le sens sacré de la famille, l’amour de « la Patrie »d’adoption,- car je suis issu d’une famille d’immigrants pour qui « tout homme a deux Patries, la sienne et la France » -, le goût de l’effort et celui du travail pour s’élever dans la société.

J’ai assisté, incrédule, au remplacement du mérite par la discrimination positive, de la liberté de penser et d’expression par le discours verrouillé du politiquement correct, de la fraternité par la rivalité communautaire, de l’égalité par le nivellement par les bas, du dialogue fécond par l’anathème.

J’ai écouté, avec septicisme, pendant plusieurs décennies les élucubrations de prétendus « zintellectuels », affirmant avec aplomb et suffisance que la France, et la France seule,- à l’exclusion de tous les Pays qui comme Elle avaient commis le même pêché – méritait de passer par une douloureuse période de repentance, en raison de son passé colonial….

Il se trouvait, parmi ces « zintellectuels »accusateurs de notre pays, ceux qui avaient applaudi à l’entrée de Pol Poth à Pnom Pen, à l’invasion du Sud-Vietnam par le Nord communiste, et qui, entre deux voyages d’agrément à Moscou, invités par le « Parti Communiste frère », plaidaient pour l’attente des « lendemains qui chantent »….

Une intelligentsia française qui a exercé sur l’opinion de l’après-guerre une dictature intellectuelle féroce, et qui, concentrant son discours sur la dénonciation de l’impérialisme américain et les méfaits du colonialisme français, contribuait à détourner l’attention des « masses populaires » de la férocité de l’impérialisme soviétique.

Au soir de ma vie, et au lendemain d’une période électorale au cours de laquelle la montée, pourtant prévisible, du Front National a mis en évidence l’exaspération et la colère du peuple français, je constate que la dignité, la conscience politique, la lucidité et le bon sens de ce vieux peuple sont bien plus élevés que ceux d’une classe politico-médiatique qui étale, jour après jour, ses penchants pusillanimes et sa lâcheté, et se montre trop souvent indigne de conduire les destinées d’un peuple trop grand pour eux.

En même temps, je constate, avec beaucoup d’autres, l’effondrement prochain d’un système politique qui ne parvient plus à faire face aux menaces et aux exigences d’un monde nouveau.

Droite et Gauche confondues, aucun Parti politique ne parvient à convaincre de sa capacité de proposer aux Français un projet crédible, et des perspectives capables de redonner à ce pays, la confiance dans son destin, qu’il a perdue.

D’où le désarroi d’une classe politique où Gauchistes, Mondialiste, et Capitalistes, prêts à brader notre identité , note civilisation, notre art de vivre, notre culture pour atteindre nul ne sait quels objectifs, en refusant de voir qu’ils seront balayés à leur tour , si par malheur, le Califat Islamique parvenait à ses fins en Europe.

Car, à force d’autocritique, de dénigrement de ce que nous sommes, de culpabilité post-coloniale, nous avons mis, sous l’éteignoir, l’héritage des générations qui nous ont précédés..  En incitant l’homme occidental à sangloter sur ses turpitudes réelles ou supposées, nous avons omis de les mettre en balance avec les horreurs commises par les autres, et même fini par excuser celles que nous avons subies.

Cela avait commencé au lendemain de la Guerre d’Algérie, lorsqu’il était de bon ton de s’indigner des méthodes brutales de l’Armée française, en passant sous un silence ambigu les atrocités commises dans l’autre camp: attentats meurtriers contre des populations civiles,égorgements, éventrations de femmes enceintes,émasculations, mutilations, et j’en passe, dont les principales victimes furent, d’ailleurs, les populations musulmanes attachées à la France…

Or, un terroriste islamiste ou pas, n’est pas un « damné de la terre », par référence au brûlot de Frantz Fanon: ce n’est pas un soldat, et encore moins un « héros ».. C’est juste un criminel….

Dans un récent article du Point, le sociologue Gilles Keppel, nous invite à nous « pencher sur ce qui reste de ce ressentiment par rapport à la période coloniale, car la France est le premier exportateur en nombre absolu de djihadistes.  » (1).

Kepel aurait peut-être pu se pencher également sur l’influence désastreuse de l’intelligentsia « progressiste » française qui n’a cessé de nourrir ce ressentiment en assénant à notre pays, jusqu’à l’ivresse, une auto-flagellation permanente…et en suscitant, dans une partie de la jeunesse issue de l’immigration, des sentiments de haine de la France et de vengeance dont nous payons aujourd’hui le prix.

De même, le refus, par lâcheté collective de la classe politique, à Droite comme à Gauche, d’assumer notre Histoire, avec ses pages glorieuses comme avec ses pages tragiques, n’a pas peu contribué à détruire auprès d’une jeunesse qui a besoin sentir qu’elle appartient à une grande nation, l’image qu’elle se fait de la France, au point, pour certains jeunes, de s’engager sur la voie de la trahison et du combat contre leur pays d’adoption.

On comprend mieux ainsi, les motivations de ceux qui, révoltés par tant turpitudes ressenties comme des trahisons, ont voté pour le Front National, même s’ils sont loin d’en partager tout le programme, pour l’heure assez confus.

Ils ont considéré que c’était pour eux le seul acte signifiant, la seule façon de dire leur exaspération, leurs angoisses. Et surtout, leur colère en raison du mépris dont les couvrent ceux qui leur reprochent leur attachement incongru à des valeurs tombées en désuétude, et à leur identité.

Les jeunes sans travail et les travailleurs démunis ont voulu protester contre le fait qu’un migrant de fraîche date ait d’emblée un appartement et pas eux. Des retraités contre le fait que des « nouveaux arrivants » qui n’ont jamais cotisé à une Caisse de Retraite aient une meilleure retraite qu’eux….D’autres, encore, contre le fait que quand l’islam renforce son emprise dans les quartiers « sensibles » le pouvoir regarde ailleurs…. D’autres protestent contre le fait que le terme de « raciste » devenu une insulte, ne s’applique qu’à des Européens de souche… .

Et surtout, beaucoup d’entre eux se révoltent contre le fait que depuis trente ans, on tente de les faire taire en agitant sur leur tête, comme une menace, cette épée de Damoclès : « ce que vous dites « fait le jeu » du Front national » . Ils ont compris qu’on veut leur retirer la parole, avec les mêmes méthodes d’intimidation que celles utilisées autrefois, lorsqu’on accusait de fascisme ceux qui refusaient d’adhérer au communisme !!!

Le résultat de ce scrutin , comme un tremblement de terre qui suscitera des « répliques » imprévisibles, témoigne de l’effondrement d’un bloc de valeurs, et d’une idéologie issue des années « post-soixantehuitardes »: l’angélisme, le culte de la différence, de l’ouverture absolue et sans limite à « l’Autre » et le mépris de Soi, le communautarisme, la haine des frontières, celle de la Nation, de son Histoire, de ses traditions, de son art de vivre, le tout au nom d’une nouvelle religion, celle d’un « vivre ensemble » imposé par tous les moyens.

Bientôt, nous n’aurons plus la liberté de choisir nos amis, ni ceux dont nous souhaitons partager l’entourage.

En même temps, il est sidérant de voir ainsi, et soudain, par pur opportunisme politicien, la déchéance de nationalité préconisée et portée au pinacle, et le Drapeau tricolore, brandis par des socialistes qui la considéraient ces symboles comme des monstruosités héritées de Vichy….Ceux qui, hier encore, concluaient leurs réunions le poing levé en chantant l’Internationale, sont soudain devenus des « fans » de la Marseillaise !!!

Internationale

Nous vivons sur un champ de ruines. 

Que reste-t-il aujourd’hui, de l’Europe de la libre circulation, du dépassement des Etats Nation, qui fut tout de même le socle de la vie publique jusqu’au début des années 1990, dont le dernier défenseur fut un Philippe Séguin, prophète disparu, dont la carrière politique fut irrémédiablement brisée pour avoir eu raison avant l’heure ???

Nous assistons à l’agonie d’une société construite sur la négation de l’autorité, sur la sublimation de « l’interdit d’interdire », de l’individualisme absolu, du « ni dieu ni maître », de la haine de soi et de l’adoration de l’Autre pourvu qu’il soit « différent », du culte « révolutionnaire » de la table rase, du rejet des traditions, et de tout héritage du passé, de l’apologie du mondialisme contre la Nation.

J’assiste à la fin d’un monde qui s’était construit sur l’individu-roi, le libre arbitre absolu de « l’Homme Nouveau », parlant une langue nouvelle, faite d’une bouillie de mots et d’expressions empruntées à des cultures barbares, mélangée à une « novlangue »pédante à laquelle les Français ne comprennent rien.

J’ai vu s’effondrer un univers mental construit sur l’angélisme, la foi aveugle dans la nature humaine et dans le « progrès » d’une Humanité en marche vers le « Bien Suprême », sous la conduite des Grands Prêtres, défenseurs vigilants du « Parti du Bien » !!!

Et, au soir d’un scrutin dont les résultats prévisibles révèlent l’état de décomposition avancé de la classe politique française, j’ai le sentiment d’assister à la fin d’un monde ancien !!!

 (1) – http://www.lepoint.fr/chroniques/gilles-kepel-la-france-entre-la-kalach-et-charles-martel-15-12-2015-1990136_2.php

4 réflexions au sujet de « Leçons d’un scrutin… »

  1. François Carmignola

    D’accord avec vous sur presque entièrement tout.
    Il y eut 80 NON aux pleins pouvoirs, et 569 OUI. Les non furent entièrement composés de SFIO de quelques radicaux, mais on peut raisonnablement dire, malgré les dénégations de la gauche, que c’est bien la chambre du front populaire qui a voté très majoritairement en faveur de Pétain.

    Ce qui a soulagé l’affreuse lâcheté française, détruit la IIIème république et sans doute la France elle même, car le refus de se battre, au nom d’un pacifisme de militaire vaincu est le signe absolu de la perte de souveraineté.

    Nous sommes à nouveau dans un schéma ou la haine justifiée d’une majorité démocratique qui se déshonore met en péril la nation: qu’ai je à partager avec Hollande ? Faudra-t-il démembrer ce pays de cons pour ne plus vivre avec de pareils tarés ?

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  2. berdepas Auteur de l’article

    @François : Plusieurs remarques.
    -Ne pas confondre la « détestation » des « politiciens » sans envergure secrétés par la génération « post-soixantehuitarde » avec la détestation de « la République ».
    – Les « Hussards de la République »ne sont pour rien dans le vote des pleins pouvoirs à Pétain. Par contre, les Socialistes, si prompts à accuser la Droite de pétinisme, dès qu’elle se pare du manteau patriotique, ont sur ce point, comme sur tant d’autres, la mémoire courte. Les pleins pouvoirs au vieillard déjà sénile de 92 ans qu’était Pétain en 1940, ont été votés à l’unanimité, donc avec les voix des socialistes, pressés, avec le reste des Parlementaires de Gauche d’aller se mettre à l’abri et de quitter Paris devant l’avance des troupes allemandes….et de laisser le Maréchal porter seul le poids de la défaite dans la quelle les socialistes et les pacifistes portent une lourde responsabilité, pour avoir, dans les années 30, combattu politiquement le réarmement de la France, en donnant la préférence au financement d’un progrès social qui, déjà à l’époque, était au dessus de nos moyens.
    – Au sujet de la République : je suis de ceux qui, sans être anti-républicains,ont conscience du fait que la France a existé, bien avant la République, et que les républicains doivent avoir sans cesse présente à l’esprit, l’idée que bien des pays européens ont accédé comme nous à la Démocratie sans passer par la case « régicide » et « révolutionnaire » des coupeurs de tête…Je veux dire par là que la République est un fait à la fois récent dans notre Histoire, et fragile : elle ne tient debout que lorsqu’elle est portée par des hommes à la hauteur de ses ambitions…Ce qui n’a pas toujours été le cas dans sa courte histoire, et particulièrement dans son histoire récente….
    Le point que je partage avec vous, c’est celui de la « funeste gauche », à laquelle je n’ai jamais donné une seule voix.

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  3. François Carmignola

    Vous étiez trop jeune pour avoir connu en adulte les années 30 qui vont vu naître et qui ressemblent bigrement, croyez moi, j’ai lu toute l’Action Française, à nos malheureuses années actuelles.
    La principale caractéristique de ces deux ambiances semblables est qu’elles se traduisent par une détestation de la totalité de la république: à plusieurs reprises vous renvoyez droite et gauche dos à dos dans ce texte. L’histoire ne vous a-t-elle pas appris que le « ni droite ni gauche », et plus généralement l’incapacité de prendre parti conduit à bien pire que notre petit malheur présent.
    Croyez vous vraiment que l’année 1940 qui selon Zemmour était un sommet de civilisation (l’Algérie était française après tout à cette époque) fut vraiment glorieuse ? Cette année là, la France a tout simplement cessé d’exister, et cela pour peut être toujours, et cela grâce à vos glorieux instituteurs de la 3ème république, radicaux socialistes, socialistes et communistes: ils votèrent les pleins pouvoirs à Pétain et détruisirent leur patrie.

    C’est la gauche, la funeste gauche qui désespère la France et la conduit à sa perte, que cela soit en 36, en 40, en 68, en 81, en 97 ou en 2012 ! C’est dans ce clivage là qu’il nous faut penser et agir, et certainement pas dans la détestation du réel, qui ne conduit qu’à la destruction de la France.
    Qu’avez vous voté pendant toutes ces années, nom de dieu ?

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