Dans la tête de Poutine…


Poutine

Poutine est aujourd’hui, le Chef d’Etat le plus détesté de la planète.

Suite du billet précédent.

L’homme au regard froid d’un serpent, indéchiffrable, calculateur comme l’excellent joueur d’échecs qu’il est, « l’ancien du KGB », celui pour lequel « la démocratie » n’est qu’un moyen comme un autre de conquérir et de conserver le pouvoir, est considéré, en France et surtout à gauche, comme un ennemi à abattre.

Pourquoi « surtout à gauche » ???

Parce que les communistes savent, notamment, que tant que Poutine se maintiendra au pouvoir, le « communisme » n’a aucune chance de renaître en Russie où l’oligarchie de l’appareil du Parti a été « supprimée » quand elle n’a pas été « absorbée » par la nouvelle oligarchie des milliardaires qui se sont partagé, sous le regard bienveillant d’Eltsine, d’abord, puis de Poutine ensuite, les dépouilles de l’empire communiste.

Mais la détestation de Poutine ne s’arrête pas là !!!

Elle trouve aussi ses sources dans les divergences d’analyses qui séparent la Russie de Poutine, de celle des dirigeants occidentaux fortement influencés par l’Amérique, et par les ambitions européennes de l’OTAN dont la survie dépend essentiellement d’une stratégie de tension à entretenir avec la Russie, et qui justifie ses « avancées territoriales », et son renforcement permanent.

L’écrivain Michel Eltchaninoff qui ausculte, dans un livre déjà cité dans mon précédent billet, les sources idéologiques de la pensée de Poutine, éclaire ceux qui s’interrogent encore sur ses intentions à long terme.

Poutine dénonce l’aveuglement suicidaire des «pays euro-atlantiques» qui tournent le dos à «leurs racines, notamment chrétiennes, fondement de la civilisation occidentale». Ces mêmes pays, selon Poutine, «refusent les principes éthiques et l’identité traditionnelle: nationale, culturelle, religieuse et même sexuelle. (…) Ceci ne peut mener qu’à une crise démographique et morale». «Aujourd’hui dans de nombreux pays les normes de la morale et des mœurs sont réexaminées, les traditions nationales sont effacées, ainsi que les distinctions entre les nations et les cultures».

Voici encore ce qu’il dit en juin 2013, dans un autre discours: «Aux moments les plus critiques de notre histoire, notre peuple s’est retourné vers ses racines, ses fondements religieux, ses valeurs religieuses».

Il est clair que ce discours a un retentissement positif chez tous ceux, en Europe, qui s’élèvent contre le projet d’une Europe « métissée », « multiculturelle », tournant le dos à son Histoire et à ses racines.

Poutine cite souvent le philosophe Constantin Leontiev (1831 – 1891). S’exprimant devant une Assemblée du Peuple, il déclare: «La Russie, comme le disait de manière si frappante le philosophe Constantin Leontiev, s’est toujours développée comme une complexité florissante, comme un Etat-civilisation reposant sur le peuple russe, la langue russe, la culture russe, l’Eglise orthodoxe russe et les autres religions traditionnelles de la Russie».

Or ceci est la négation même de la doxa européenne actuelle qui fut symbolisée par le refus de Jacques Chirac de voir mentionnées dans le Projet de Constitution européenne les « racines judéo-chrétiennes de l’Europe ».

Dans un article consacré à l’analyse du livre de Michel Eltchaninov, le Figaro conclut que, (je cite) : « Vladimir Poutine est un personnage complexe, ambivalent, à l’inclination autoritaire incontestable mais qui ne peut se réduire à cette seule caricature. Emmanuel Carrère a parfaitement résumé cette ambivalence dans Limonov: «Je pense que Poutine est un homme d’Etat de grande envergure et que sa popularité ne tient pas seulement à ce que les gens sont décervelés par des médias aux ordres.

Il y a autre chose. Poutine répète sur tous les tons quelque chose que les Russes ont absolument besoin d’entendre et qui peut se résumer ainsi: ‘On n’a pas le droit de dire à 150 millions de personnes que soixante-dix ans de leur vie, de la vie de leurs parents et de leurs grands-parents, que ce à quoi ils ont cru, ce pour quoi ils se sont battus et sacrifiés, l’air même qu’ils respiraient, tout cela était de la merde’».( Fin de citation).

(http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2015/05/08/31002-20150508ARTFIG00166-dans-la-tete-de-vladimir-poutine.php )

Tout cela éclaire à la fois  la pensée, et les positions de Poutine, et permet de mieux comprendre le fossé idéologique qui le sépare des dirigeants occidentaux et particulièrement européens sur des questions fondamentales pour l’avenir de notre continent, et ce qui le rapproche du discours « souverainiste » qui se développe en Europe…

J’expliquerai dans un billet à venir, en quoi, selon moi, les analyses de Poutine influent sur sa stratégie dans le conflit irako-syrien, ainsi que les écarts d’analyse qui le séparent de celle des Occidentaux sur la manière de battre l’Etat Islamique….

2 réflexions au sujet de « Dans la tête de Poutine… »

  1. Ping : Poutiniâtrie ??? | Tempus Fugit….

  2. Ping : Les « Primaires …. | «Tempus Fugit….

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