Novlangue


george-orwellGeorge Orwell.

La lecture du Figaro de ce jour, évoquant, dans un article consacré aux nouveaux programmes d’éducation enfantés par la secte des « pédagogistes » qui entoure nos Ministres de l’Education Nationale, m’a inspiré ce billet, dont, j’espère, on appréciera   le sens poétique – « j’veux dire » – qui s’exprime, à travers la « novlangue » pratiquée par ces esprits dont l’intelligence « avancée » impressionne des générations d’ignares en gestation…..

http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2015/04/16/01016-20150416ARTFIG00421-les-nouvelles-perles-de-la-novlangue-pedagogiste.php?

« Je m’étais installé, au soleil, devant une bière fraîche, pour contempler le spectacle de ces enfants joyeux qui, profitant de leurs derniers jours de vacances au soleil,  plongeaient, à tour de rôle, dans « un milieu aquatique profond standardisé« , en poussant des cris au contact de l’eau encore froide à cette époque de l’année.
Quelques uns d’entre eux, allaient d’un bord à l’autre, « traversant l’eau en équilibre horizontal« , tandis que d’autres enfants, craignant l’eau froide, sans doute, « créaient de la vitesse« autour du bassin, sous le regard amusé des parents…

De toutes nationalités, ces enfants qui avaient acquis grâce aux nouvelles méthodes pédagogiques, une « posture métalanguistique parfaite« , semblaient n’avoir aucune difficulté pour communiquer entre eux : il était évident qu’ils appartenaient à une génération nouvelle, éduquée, instruite selon « une pédagogie spiralaire« , et préparée à  » aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs « . On voyait bien que grâce à cet enseignement novateur, ils avaient acquis la « posture d’écoute » favorable à la communication. Ils n’avaient aucune difficulté à « créer du lien social » entre eux….

Dans quelques jours, les vacances terminées, il devront à nouveau retrouver la classe, et être en mesure de « produire des messages » issus d’un « raisonnement construit« …. ».

Ils s’apprêtent à faire l’apprentissage du  » vivre ensemble » cher à nos « zélites »….

Vous n’avez pas compris grand chose à ce « charabia ». Ce n’est pas très grave. Les enfants, eux, comprendront, tant ils sont habitués à « être dans l’écoute de l’autre » afin d’interpréter le « charabia » de nos banlieues. Pour les autres, pas question de leur « faire un dessin »: ils pourront toujours demander au « prof  » « d’agir en plasticien informé« pour illustrer son propos…..

On comprend mieux ainsi , qu’il soit question de supprimer l’enseignement du Latin et du Grec, beaucoup trop « clivants » de même que de supprimer l’enseignement de deux langues vivantes au Lycée, beaucoup trop « élitiste » : cette jeunesse aura  suffisamment à faire, pour assimiler les « charabias » qui devraient, dans un futur proche, se substituer à notre belle langue française….

Et ce n’est pas fini !!! La révolution sémantique est en marche. Bientôt, vous le constaterez, nous n’aurons plus le droit d’appeler les choses par leur nom…..

2 réflexions au sujet de « Novlangue »

  1. Anne-Marie Mellé

    Cher Berdepas,
    J’ai vu progresser l’ennemi _ la « novlangue », tout au long de ma carrière de prof de lettres. La faute en revient à l’école structuraliste d’analyse littéraire, qui a commencé à sévir en fac dans les années 70: ça jargonnait sec, au détriment de la lecture des textes, de la compréhension du contexte historique, et tout simplement du sens premier de ces textes (étant bien entendu pour les intellos de cette école de pensée qu’un texte n’a pas « un sens », sur lequel tout le monde puisse s’accorder, mais plusieurs, et pratiquement autant de sens que de lecteurs… ) A partir d’un tel postulat, chaque lecteur pouvait faire dire au texte (et donc à son auteur) tout ce lui-même y trouvait _ ou y apportait, d’ailleurs. C’était comme une l’auberge espagnole, où chacun apporte son casse-croûte. Chercher le sens du texte, de l’oeuvre, c’était primaire et stérile, pour ces pseudo-intellos qui, à force de ne pas s’interroger sur ce que dit le texte, attitude réductrice et dépassée selon eux, proposaient chacun leur interprétation, en la fondant sur quelques détails. Comme ils n’étaient pas tous des abrutis, parfois leur venait une illumination, qui séduisait sur le moment les jeunes esprits que nous étions. Mais ce n’était jamais, au mieux, qu’une interprétation d’un aspect du texte, et non de son ensemble.

    Les futurs enseignants qui avaient été formés ainsi ont dû appliquer, avec ou sans conviction, ces principes de « lecture » d’une oeuvre: ils n’avaient pas toujours le choix, selon l’inspecteur sur lequel ils tombaient, et qui pouvait être plus traditionaliste, ou au contraire complètement converti au jargon à la mode, donc au baratin. Il ne fallait plus, avec ces gens-là, se demander ce que nous apportait, au XXe siècle, la lecture de tel ou tel auteur, encore moins ce que disait tout simplement tel ou tel texte, mais observer sa structure, ses champs lexicaux, ses niveaux de langue, faire avec tout cela un constat neutre, et broder là-dessus avec des termes alambiqués et obscurs pour le néophyte _ aussi ne parlons pas du commun des mortels, qui n’étaient pas « dans le sérail ». On serait encore étonné, quarante ans après, des contresens énormes que faisaient sur un texte relativement simple des enfants entrant en sixième, et qui ne comprenaient pas le sens élémentaire de ce qu’ils lisaient.

    Les dégâts furent considérables. Les années passant, les exigences officielles de l’inspection ont balayé toute tentative de contestation, ou peu s’en faut. Si l’on ajoute à ce sabotage organisé la pression des associations de parents d’élèves, qui trouvaient toujours que nous étions trop durs et trop exigeants dans nos notes et nos appréciations, et qui parvenaient à imposer leurs vues aux conseils de classe, en déconsidérant notre travail, on en est arrivé, lentement mais sûrement, à la situation actuelle: une forte proportion d’enfants qui sortent de l’école primaire sans maîtriser la lecture ni l’écriture, qui sont incapables, au collège, de lire par exemple des contes de fées, comme ceux de Perrault (dont la langue classique est devenue incompréhensible pour eux), qui ne mémorisent plus, donc qui sont dans une sorte de piétinement intellectuel permanent, sans progrès possible.

    On oublie que les générations précédentes râbachaient beaucoup, copiaient beaucoup, écrivaient beaucoup, et que le savoir n’était pas présenté comme un divertissement, mais comme une acquisition patiente, qui exigeait de chacun en effort constant, de la volonté et, si possible, un soutien et des encouragements à la maison. Evidemment, ce n’était pas toujours facile pour les petits enfants, surtout s’ils étaient issus d’un milieu pauvre et sans culture. Mais au moins, même à ceux-là, on offrait une chance de se sortir de leur misère et de faire mieux que leurs parents _ ce qui est devenu quasiment impossible: aujourd’hui, le milieu social de l’enfant a un poids considérable dans la détermination de son avenir professionnel, qu’on le veuille ou non. Les parents d’un milieu aisé accentuent ces différences sociales, car ce sont eux, évidemment, qui sont le mieux représentés dans les associations de parents d’élèves, et qui font le plus pression pour imposer leurs exigences; et peu leur importe le sort des enfants des autres, du moment que les leurs ont un avenir suffisamment prometteur.
    « Le mieux est l’ennemi du bien », disait-on autrefois. Du « mieux » souhaité » par tous, on est passé au pire, hélas. L’Education Nationale, qui coûte très cher à l’Etat, n’apporte plus aux enfants ni l’instruction, ni l’éducation. D’où l’engouement pour le privé, censé assurer au moins la sécurité physique, et quelques fondamentaux du savoir, sans lesquels on est illettré ou analphabète. Ces mots ne feront pas plaisir, mais ils doivent être prononcés. AMM.

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