Alger, la « nostalgérie » 2.


Algérie revenezDessin de l’humoriste algérien Diem
« Je n’ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d’être, à la vie libre où j’ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m’a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m’aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent plus dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.«   Albert Camus, Prix Nobel de littérature. 1957.

La nostalgie est un état dont on ne guérit pas. Elle vous poursuit, pour resurgir dans les circonstances et les moments les plus inattendus. Il suffit d’un mot, d’une image, de quelques notes de musique pour que s’entre-ouvre la porte de vos souvenirs, même ceux que vous avez réussi à chasser ou à enfouir sous les décombres de votre passé.
 
L’Algérie, c’est trente ans de ma vie. Des souvenirs par milliers que les circonstances et l’exil m’ont incité à refouler, pour tourner la page.
Au soir de ma vie, il m’arrive d’y repenser. De plus en plus souvent. Je n’ai plus de raison, aujourd’hui, de refouler ce passé. Bien au contraire, je reprends plaisir à renouer avec lui, en retrouvant , dans la Presse francophone algérienne, des noms de lieux familiers. Je m’intéresse à l’actualité de ce pays que je n’ai jamais pu considérer, malgré les évènements tragiques que j’y ai vécu, comme un pays étranger.
Comment le pourrais-je alors que sur cette terre reposent trois générations de mes ancêtres ???
 
Mes souvenirs de jeunesse, je les ai évoqués – en partie – dans de nombreux billets sur ce blog. Des billets que j’ai regroupés sous le titre de « Algérie. O tempora. O mores » ( autre temps, autres moeurs). Ce sont les souvenirs d’une jeunesse pauvre mais heureuse.
 
Et pourtant, de l’Algérie qui hante mes souvenirs, je ne parle que très rarement autour de moi. A quoi bon ??? Entre la réalité telle que je l’ai vécue , et la perception qu’en auraient mes interlocuteurs, faussée par des années de contre-vérités répandues de chaque côté de la Méditerranée,  il y a un tel fossé….
Alors, je m’impose le silence. Car je ne me sens pas capable de rendre compte de la complexité des rapports qui existaient entre Arabes et « Européens », avant que les deux communautés ne se déchirent et soient séparées par la méfiance, avant de sombrer dans le ressentiment suscité par un terrorisme aveugle et par la répression qu’il a engendrée.
Mais, la « nostalgérie » n’est pas un sentiment réservé à ceux qui, comme moi, ont « refait leur vie ailleurs »en tournant le dos à leurs racines.
Il m’arrive, de plus en plus fréquemment, de trouver, dans la littérature francophone algérienne, des traces d’une même nostalgie de l’autre côté de la Méditerranée, et curieusement parmi la jeunesse de ce pays. La Presse algérienne s’en fait l’écho, de temps à autres.
J’avais évoqué dans un précédent billet, un texte paru dans un journal d’Alger qui traduit les sentiments d’un Algérien, de retour dans un Alger qu’il ne reconnaît plus:
Il est fréquent de rencontrer sur internet des sites où de jeunes Algériens s’efforcent de reconstituer un passé au mieux dénaturé, au pire occulté par le pouvoir en place. Il y a chez les nouvelles générations de ce pays une touchante curiosité à l’égard de ce qu’était l’Algérie « du temps des Français ». Cela peut surprendre, mais cela montre aussi qu’avec le recul, l’Histoire, – la vraie -, retrouve sa place dans la mémoire des hommes, dépouillée des scories que tant d’historiens de pacotille y ont introduit, pour assouvir leurs fureurs idéologiques….Rendez-vous sur cette adresse et cliquez sur « Photos », et surtout, attardez-vos à parcourir les « Commentaires »:
Vous serez surpris par le ton de certains commentaires, et par la nostalgie de ceux qui collectionnent les images « d’Alger autrefois »….
Dans un numéro récent d’El Watan, quotidien francophone algérien que je lis régulièrement on peut lire ceci:
Je cite ( extrait ):  » ….. Or, une partie de la génération des Algériens de l’époque coloniale n’est plus et l’autre partie n’a pas accès au Net. Cet engouement est dû, à mon avis, au fait que pour les Algériens le passé colonial et lié tout de suite avec les images de la guerre de libération. Beaucoup ignorent que notre passé ne se limite pas à la Révolution de 1954 avec les images de la guerre. Il y avait autre chose aussi. Les gens vivaient, fêtaient des mariages, allaient au cinéma, à la plage ou au théâtre. Il y avait une vie culturelle, sportive et artistique. Mahieddine Bachtarzi, Maâlma Yamna, El Anka, Hadj M’rizek avait bien un public. C’est ce côté de l’histoire de notre pays dont les médias lourds (TV et radio) ont complètement occulté que je voulais montrer.» Hassene Zerkine, grand collectionneur de cartes postales anciennes, dont la fille gère une page sur Facebook, souligne qu’à l’origine sa collection visait à préserver les traces iconographiques de l’Algérie.
«Lorsque j’ai commencé la collection il y a quarante ans, je n’avais pas d’autres préjugés et j’étais loin des questions que se posent maintenant les jeunes Algériens», explique-t-il. Et de poursuivre : «A lire les commentaires des internautes, nous retenons la classique nostalgie du passé avec, pour nous, l’intervention de la situation dégradée de l’environnement et de l’insalubrité qui règne dans l’Algérie indépendante. La nostalgie serait celle de l’ordre et de la propreté coloniaux imprégnés de mythes et de la propagande de l’époque qui rendait Wahran ‘‘Bahia’’ et Annaba ‘‘Coquette’’.»
Hassene Zerkine s’étonne du fait que les jeunes Algériens en viennent à «idéaliser» la période coloniale dépassant le but des photographes de la colonisation qui avaient pour objectif de mettre en avant le progrès et la civilisation apportés par la France. ( Fin de citation ).
Les Commentaires sur cet article sont tout aussi intéressants.
Comment ne pas le percevoir dans certaines de ces réactions : les Algériens ne sont pas heureux dans l’Algérie d’aujourd’hui.
S’ils l’étaient, comment expliquer leur désir de quitter, par tous les moyens, un si beau pays, parfois au péril de leur vie ??? Et comment expliquer que malgré les souvenirs d’une guerre qui fut atroce, ils soient si nombreux à se tourner vers la France, qu’ils voient comme un « eldorado »??? On dit qu’à Alger, il y a ceux dont les paraboles sont tournées vers l’Orient pour écouter les prêches des Imams du Golfe, et ceux qui, avec une ingéniosité surprenante, parviennent à capter le programmes de la télévision française et les chaines de Canal Sat.
L’Histoire triomphera. Mais la « grande Histoire », pas celle revue et corrigée par quelques historiens « trotskystes » qui avaient rêvé, une fois la France chassée de ce pays où mes ancêtres ont laissé tant de sueurs et de souffrances, « ils » pourraient, enfin, installer la « Démocratie Populaire » de leurs rêves. On sait où les illusions du « socialisme démocratique » ont conduit ce pays.
La légende veut que Boumédiene, dans un lapsus devenu célèbre ait prononcé ces mots:  » La colonisation avait conduit l’Algérie au bord du gouffre. Avec l’Indépendance nous avons fait un bond en avant »…..
De chaque côté de la Méditerranée, on a les « héros »que l’on mérite, que la légende fabrique, et que de pseudo-historiens entretiennent….
Pour mémoire:

7 réflexions au sujet de « Alger, la « nostalgérie » 2. »

  1. Ping : Alger, la « nostalgérie  2. | «salimsellami's Blog

  2. berdepas Auteur de l’article

    @Jean-Pierre: Rien à ajouter. Nous sommes pleinement d’accord.Sur la colonisation, j’écris assez régulièrement dans des commentaires de la Presse algérienne quand elle traite de ce sujet. J’ai l’habitude de dire « qu’un jour les Algériens idéaliseront la colonisation française, comme « les Gaulois » ont idéalisé la colonisation romaine »….

    J'aime

  3. berdepas Auteur de l’article

    @Jean-Pierre Pascuito: Alors nous sommes parfaitement d’accord tous les deux. Ma famille a fait le même parcours que la vôtre.Exactement le même. Venus de la Région d’Alicante où dix années de sécheresse (déjà des méfaits du climat ???) avaient ruiné l’agriculture, ouvriers agricoles, ils sont venus en Algérie pour chercher du travail. Du côté des ancêtres de ma mère, c’est l’Italie où la misère faisait fuir les pauvres vers l’Amérique du Sud ou l’Afrique du Nord…Si mes ancêtres étaient partis en Argentine ou en Australie, nous aurions eu un autre destin. Mais leur faiblesse c’est d’avoir trop aimé la France.
    Sur la « colonisation » nous avons le même point de vue.

    J'aime

  4. Jean Pierre Pascuito

    Dès hier au soir j’ai répondu, mais comme mon commentaire ne figure pas ce matin je pense qu’un dysfonctionnement de mon Part Feux a du avoir lieu. Je reprends ce matin et je vous remercie d’avoir répondu.
    Pour répondre à votre question j’ai emprunté des phrases toutes faites que j’ai récoltées sur le Web. Pour Eric Zemmour le colonialisme c’est:  » Quand quelqu’un s’invite chez vous et que vous ne l’attendiez pas » Je comprends très bien. Pour d’autres dont je n’ai pas retenu les noms, c’est:  » La terre appartient à ceux qui la cultive » ou bien  » La terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants » En fait pour moi ce qui semble admis c’est ce que l’ai entendu dans l’émission d’Arté à savoir, que les homos sapiens ont envahis l’Europe et chassés les Néanderthaliens grâce à leur modernisme et peut être aussi à leur créativité. On peut épiloguer sur ce sujet suivant ce que l’on ressent. C’ est certain que la conquête en 1830 ne sait pas fait de manière « tendre » pas plus que celle il y’a des milliers d’années. Pour ma part et en ce qui concerne ma famille je faisais parti d’une de ces colonies de peuplement de l’Algérie, fuyant la pauvreté de l’Espagne du XIX siècle ou de l’Italie. Des gens laborieux et sobres qui ne se sont jamais enrichi sur les dos des Algériens, qui ont servis la France en 1914 et 1940. Leur seul tort et d’avoir épousé d’emblée les principes de la République Française et d’être restés catholique.

    J'aime

  5. Jean Pierre Pascuito

    J’ai entendu ce terme de colonialiste dans la bouche des métropolitains et ce dès le premier jour de mon incorporation au centre Sirocco à cap Matifou. J’avais passé 2 mois en formation de marin et ensuite 2 mois dans la compagnie des fusiliers marins. Durant cette dernière formation nous avons été mélangé aux marins provenant des différents centre de formation de la métropole. Au début ça m’amusais et je n’ai jamais pris ce terme au sérieux. C’est rendu en France que ce terme est devenu insultant parce qu’il nous décrédibilisé. Impossible d’expliquer ma version des évènements d’Algérie et encore moins le contexte dans le quel j’avais vécu avant 1963. Comme je suis d’origine espagnole donc tenace je ne lâche pas prise. Pour moi le terme colonialiste que les métropolitains comparent à capitaliste et infamant. Mon père était ouvrier carrossier, ma mère était concierge de l’immeuble ou nous habitions dans le centre d’Oran. Personnellement j’étais ouvrier à l’Arsenal de Mers El Kébir. Nous n’avons pris la place d’aucun Algérien. Nous vivions sobrement et je ne plains pas parce que ma mère réalisait des prodiges avec le petit salaire de mon père. Ce terme de colonialiste vu sous l’angle des français de métropole s’apparente à une propagande qui a du prendre naissance dès le départ de la présence Française en Algérie. Ce que je reproche aux Algériens actuellement c’est d’entonner ce refrain. Je pense que le divorce enter les communautés viens plutôt du conflit entre les coutumes religieuses arabes mal comprises et politiques imposées par la République Française.
    Dans l’ouest de la France ou je demeure la colonisation de l’Algérie est caricaturée. Par contre la colonisation de Canada est considérée comme un bien fait, alors qu’à mon sens elle a été plus cruelle (extinction des indiens, pillages des richesses) qu’en AFN.
    Merci d’avoir répondu à mon message. Je vous souhaite une bonne nuit.

    J'aime

  6. Jean Pierre

    Je suis tout à fait d’accord avec vos propos. Certains de nos gênes réagissent à l’unisson. Merci pour cette page. Je n’ai jamais supporté d’être comparé à un colonialiste. Parce que dans ma famille nous vilipendions les gens qui avaient un comportement colonialiste. Pour me justifier auprès de ma famille (j’ai épousé une métropolitaine acquise à mon point de vue), de mes enfants et de toutes mes fréquentations je n’ai de cesse de me débarrasser de cette qualification. Je me contente et j’essaie au travers d’émissions de télé (non politisés) de justifier mes propos. A ce titre je regardais ces jours-ci un excellent reportage sur l’évolution de l’espèce humaine sur la chaîne Arté. J’ai constaté que finalement le fameux colonialisme faisait parti depuis la nuit des temps, de l’espèce humaine. Je n’hésite pas à faire la comparaison.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s