« Faut pas rêver »….


-Je regardais, hier soir, sur la Trois, l’émission « Faut pas rêver ». En fait, une émission conçue pour « faire rêver » à des destinations lointaines, à la découverte de paysage nouveaux et inattendus, à une confrontation avec des civilisations primitives, et, quand l’émission est bonne, à une réflexion sur la vie de ces peuples si éloignés de nous.

Le programme de la soirée nous transportait en Namibie: un désert immense, qui ne ressemble en rien au Sahara dont je cultive la nostalgie.

Un désert où vivent encore des grands fauves, des éléphants, et toutes sortes d’animaux, aujourd’hui disparus du Sahara qui en fut autrefois abondamment peuplé, comme le montrent les nombreuses illustrations rupestres qui y subsistent encore. Mais aussi un désert où vivent des peuplades demeurées au stade primitif, dont l’isolement leur a permis de conserver des moeurs, des coutumes, des croyances, des traditions qui leur viennent, sans doute, de la préhistoire.

Le présentateur, un « zozo », une sorte de ravi fraîchement « sorti de la crêche », en était tout ému d’émerveillement et se penchait, avec une naïveté touchante sur ces hommes, ces femmes et ces enfants qui luttaient pour préserver leur « patrimoine culturel ». « Ils défendent la terre de leurs ancêtres », honorés et célébrés dans un cérémonial au folklore coloré, et « luttaient vaillamment contre les incursions d’une civilisation qui n’est pas la leur » ( mais qui est la nôtre ), et qui voulait leur imposer la construction d’un barrage destiné à leur apporter l’électricité, ce qu’ils n’avaient pas l’air de considérer comme un réel progrès.

J’ai failli me laisser envahir par la même émotion, tant étaient pathétiques ces Namibiens, dans leur volonté de rester fidèles à eux-mêmes.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’éprouve ce sentiment étrange, en regardant des reportages sur telles tribus indiennes d’Amazonie, ou telles peuplades de Papouasie, prêtes à livrer le même combat contre ce qui leur est présenté comme un saut décisif de civilisation par des prophètes en qui ils ne voient que des porteurs d’idées maléfiques et annonciatrices de menaces mortelles pour ce qu’elles sont.

Ont ressurgi de ma mémoire des lectures anciennes, dont celle de « Tristes Tropiques » de Levi-Strauss. Un ouvrage dans lequel l’ethnologue prend quelques distances avec « l’exotisme », afin de saisir une réalité humaine et de s’interroger sur le concept de civilisation.

Je me précipite vers ma bibliothèque pour feuilleter ce livre aux pages jaunies, afin de rafraîchir ma mémoire….

Vers la fin de l’ouvrage, il prend la civilisation occidentale pour objet, la compare sans indulgence aux cultures dites plus « primitives », et montre que tout progrès technologique engendre une perte sur un autre plan. La civilisation occidentale apparaît, dans cet ouvrage, comme une option parmi d’autres offertes à l’humanité, et tend à nous démontrer que toutes les civilisations se valent.

Du coup, je me dis que la nôtre vaut bien celle des autres, et qu’elle mérite tout autant que d’autres d’être défendue.

Car je réalise, alors, à quel point les Civilisations sont mortelles, lorsqu’elles ne savent plus se défendre contre des agressions qui leur sont le plus souvent présentées comme destinées à les « libérer » des entraves dont elles ont hérité, avec le temps.

Levi-Strauss nous enseigne que : « La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition de cultures, préservant chacune son originalité. »Race et histoire (1952), Claude Lévi-Strauss, éd. Folio, coll. Essais, 1989. p. 77.

Je m’interroge : est-ce un crime que de vouloir défendre l’originalité de la civilisation à laquelle on appartient ???

Pourquoi tant de haine, et de mépris, aujourd’hui, à l’égard de ceux qui s’efforcent de lutter contre des courants de pensée qui considèrent comme le summum de l’intelligence et de l’ouverture d’esprit, l’attitude qui consiste à vouloir ouvrir largement ses portes à d’autres cultures, à enfouir ses usages et ses traditions, en les « refoulant », afin de faire place nette pour que d’autres s’y installent, un peu comme le coucou qui vient pondre dans le nid des autres oiseaux ???

Pourquoi sommes-nous sommés d’accepter comme une sorte de fatalité historique, le déclin de ce que nous sommes ???

Me reviennent à l’esprit les critiques véhémentes contre ce qu’avec mépris, de beaux esprits appellent le « Zemmourisme », et je songe aux attaques que subissent, au nom de « l’intelligence » et du « progrès », les « crétins » qui s’accrochent à l’héritage historique et culturel qu’ils ont reçu, au nom duquel tant de leurs ancêtres se sont battus.

En traitant d’opinions « rances »  les opinions de ceux qui refusent d’accepter ce qu’on leur présente comme « l’inévitable » , je songe au beurre rance dont s’enduisent les peuples de Namibie, pour se protéger contre les piqûres des « nuisibles » qui les entourent…..

Sommes-nous condamnés à devenir, un jour, un sujet de réflexion pour les ethnologues du futur, qui se pencheront, avec étonnement et peut-être, chez certains, une pointe d’émotion, sur ce que fut « notre Civilisation » ???

J’en étais là, dans mes réflexions, lorsque dans mon parcours quotidien à travers la presse, je tombe sur un article du Figaro, où l’écrivain contemporain que j’admire le plus s’exprime sur un sujet proche de celui de mon billet :

http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/10/31/31005-20141031ARTFIG00283-une-catastrophe-historique-la-fin-de-l-empire-romain.php

Toutes le Civilisations sont mortelles. Jean d’Ormesson nous le rappelle fort opportunément et avec talent.

Pourquoi y aurait-il quelque chose de « nauséabond » dans le fait d’en avoir conscience, de le proclamer, et d’en refuser, en la combattant, la fatalité ????

Annexes : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/10/31/31003-20141031ARTFIG00311-surestimation-du-nombre-de-musulmans-en-france-le-decryptage-de-michele-tribalat.php

http://www.lesoir.be/693700/article/actualite/belgique/2014-10-29/belges-surestiment-fortement-nombre-musulmans-en-belgique

L’omni présence de Musulmans issus d’une immigration de moins en moins maîtrisée est ressentie dans de très nombreux pays, où elle est vécue comme une menace pour la culture occidentale, malgré les efforts de ceux qui dans tous ces pays s’efforcent d’en minimiser la portée.

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