Choc de Civilisation ???


Orient OccidentSamuel Huttington, dans un livre (1) qui eût un certain retentissement, il y a déjà quelques années, lançait un pavé dans la mare de ceux qui, depuis des lustres, nous expliquent que l’avenir de l’Europe, c’est l’immigration, et que nous devons nous résoudre à « assumer » nos « racines musulmanes »….
Ce Professeur à l’Université de Harvard qui fut membre du Conseil national de Sécurité américain, était considéré par Henry Kissinger comme l’auteur du « livre le plus important depuis la guerre froide », alors qu’un autre Secrétaire d’Etat à la Défense américain, Zbigniew Brezinski considérait le travail d’Huttington comme « un tour de force intellectuel : une œuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales ».
Bien évidemment, les classes politico-médiatique française et européenne se sont empressées de condamner les thèses de cet ouvrage, en les considérant comme « des prédictions auto-réalisatrices » !!!!

Comme si le fait d’évoquer les menaces de plus en plus précises qu’un Islam en pleine résurrection fait courir à notre civilisation, rendait ces menaces quasi inévitables.

En fait, ce point de vue n’est que le reflet de la lâcheté d’une génération politique et médiatique européenne, culpabilisée par un passé colonial qu’elle est incapable d’assumer, et qui redoutant d’affronter les conflits potentiels préfère en ignorer les menaces plutôt que de les affronter.

Il est, en outre, la conséquence de la « vassalisation » de la France et de l’Europe, par la puissance financière des monarchies du Golfe, qui de toutes sortes de manières, exercent une influence directe sur nos orientations politiques, dès lors qu’il s’agit de l’Islam et du monde arabe en général. Des puissances financières qui sont loin d’être neutres dans les nombreux conflits qui, sur toute la planète, se multiplient, provoqués par un Islam conquérant, intolérant et menaçant. (2)

La question que pose Huttington, tout au long de ce volumineux ouvrage peut, en simplifiant sa thèse, se résumer ainsi : « Saurons-nous apprendre à coexister avec l’Islam, ou bien nos différences culturelles nous pousseront-elles vers un nouveau type de conflit, plus violent que ceux que nous avons connu au XXème siècle ??? ».

Car pour Huttington, les peuples se regroupent et serrent les rangs autour de leurs affinités culturelles : c’est ce qui explique qu’aux « chocs des idéologies » du siècle dernier, se substitue peu à peu, un « choc des civilisations ».

Je ne possède pas la réponse à cette grave question.
Mais ce que j’affirme, c’est que , au vu de l’évolution récente des évènements, la question posée par Huttington n’est pas absurde.

L’argument qui lui est opposé, aujourd’hui, par nos « zintellectuels », c’est que les victimes de la menace Djihadiste, telle qu’elle se développe à l’heure actuelle, ne sont pas que des Chrétiens, ou des minorités de « mécréants » au sens coranique du terme, et que nombreux sont les musulmans qui paient de leur vie leur refus d’un fondamentalisme totalitaire.

Certes. Mais le but de toute stratégie terroriste est de faire basculer, par la terreur, les «  modérés » dans le camp de ceux qu’ils considèrent comme les futurs vainqueurs. C’est qui explique probablement le grand silence de ceux qui sont censés s’exprimer en leur nom.
L’évolution de la guerre d’Algérie devrait nous servir d’expérience. Une expérience douloureuse. Au départ, les «rebelles» sont une minorité. Mais une minorité, dont les méthodes, ( égorgements, exécutions, émasculations, amputations, etc…) sont conçues pour terroriser ceux qui, fidèles à la France, se s’engagent pas à leurs côtés, est parvenue avec le temps, à les faire basculer à son profit.

On comprend alors que le fait d’ignorer une menace ne la fait pas disparaître pour autant. On connaît l’apostrophe célèbre de Winston Churchill :  « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. »

Car, comment ignorer le fait que la menace d’un Djihadisme internationalisé se rapproche et atteint des parties du monde qui nous sont de plus en plus proches. Sans parler de la menace qui couve, chez-nous même, sous la forme de « djihadistes dormants », et qui finira par exploser le jour où seront rentrés « chez-eux » ceux qui sont allés s’aguerrir en Afghanistan, en Syrie, en Irak et bientôt en Lybie ???

Et le danger se rapproche dangereusement, au point que certains pays du Maghreb s’en inquiètent et mobilisent des troupes pour se préparer à une défense armée de leurs frontières.

Ce n’est certes pas en lisant la Presse française que l’on sera informé de l’avancée de ces menaces. Il faut lire la Presse tunisienne pour apprendre que le Qatar a transporté 5000 terroristes de l’EIIL en Libye !!!
C’est Rafik Chelly, ex directeur de la sécurité présidentielle (1984-1987), ancien haut responsable des services de renseignement tunisien et actuel secrétaire général du « Centre Tunisien des Etudes de Sécurité Globale », qui vient de l’affirmer dans une interview au quotidien arabophone Attounissia. Cela signifie qu’après avoir activement contribué à l’embrasement de la Syrie et de l’Irak, le Qatar veut déplacer le feu de la guerre civile et de la barbarie en Libye, c’est-à-dire, inévitablement, en Tunisie et en Algérie.
L’Algérie s’en préoccupe vivement et on peut lire, dans El Watan, ceci :
« Les lubies de BHL et du gouvernement va-t-en-guerre de Sarkozy ont fait beaucoup de dégâts dans ce pays à défaut de printemps arabe, et après le peuple libyen, c’est l’Algérie qui risque de payer le plus, le chaos dans lequel se précipite le pays. Car l’Algérie ne peut garantir à elle seule l’étanchéité des frontières sachant que de l’autre côté c’est la débandade. Situation idéale pour les organisations terroristes qui n’en demandent pas plus pour installer leurs bases.
L’épisode Tiguentourine est le témoin historique du basculement qualitatif de la menace venue du Sud-Ouest. Le groupe terroriste qui a pris d’assaut la base de Tiguentourine s’était infiltré depuis la Libye. L’arsenal libyen étant tombé dans des mains ennemies et l’espace vaste extrait aux radars, les groupes d’AQMI et ensuite ceux du Mujao, Ançar Charia et Al Mourabitoune ont vite fait d’investir ce «nouvel espace vital» pour venir occuper des positions stratégiques à nos frontières.

Le bourbier libyen est une menace pour toute la région, et depuis la naissance de Daesh et son avancée dans la Syrie et l’Irak, l’espace libyen devient un enjeu stratégique pour réaliser les ambitions «califales» de ce groupe et le redéploiement de son vrai-faux rival, Al Qaîda. »
Lire la suite sur El Watan:
Selon la même source, « les Américains, qui ont créé le bourbier irakien, le bourbier syrien et fermé l’œil sur la création du bourbier libyen, chercheraient peut-être à «sous-traiter» leur action dans la région à l’Algérie, louée régulièrement par la superpuissance comme le rempart le plus sûr contre le terrorisme dans la région ».( El Watan)……                                                 Comme ils ont « sous-traité » les opérations dans le Sahel, auprès de la France ???

Mais il n’y a pas que les trois états du Maghreb qui se sentent menacés.

Le Liban redoute que les Djihadistes qui opérent en Syrie ne débordent ses frontières, alors qu’il subit déjà, la pression du Hezbollah. L’Egypte s’inquiète, également, et a pris, à l’encontre des « Frères Musulmans » qui revendiquaient le pouvoir dans ce pays, des mesures de répressions sévères, qui n’ont pas fait disparaître le danger.
Et il est inutile d’insister sur les nouvelles menaces qui ne tarderont pas à affecter Israël.

C’est dire que la tache des conquêtes du « fondamentalisme » sur la carte, est appelée à s’élargir dangereusement pour un Occident qui ne dormira pas longtemps encore, sur ses deux oreilles.

Devant ce danger aux proportions planétaires, nos dirigeants naviguent « à la godille », selon leurs habitudes.

Cela est vrai pour la France, mais aussi, pour l’Europe, et plus encore pour l’Amérique où Obama se révèle ( lui aussi ) comme le pire des Présidents que l’Amérique ait jamais eue : ses « absences », ses atermoiements, ses reculades lui ont retiré tout crédit international, et on considérablement retréci le prestige de l’Amérique dans les pays arabes.

L’islamisation de la France, perceptible par chaque français, et par chaque étranger habitué à visiter la France, progresse jour après jour. Soigneusement minimisée par l’oligarchie, elle se manifeste non seulement par la multiplication des lieux de culte, mais par la transformation, la ”dé-francisation” de zones entières.

La crainte que suscite cette islamisation est en quelque sorte ”anesthésiée” par les discours pleins de duplicité des autorités islamiques officielles, avec l’oxymore passe-partout de l’ ”islam modéré” ou de « l’islam laïc ».
En réalité, l’islam agit, dans cette montée des tensions ethniques, comme un levain. Et ce, dans un climat international de guerre globale Djihad/Occident, qui fait que l’Occident ne pourra pas continuer à feindre d’ignorer ce « climat »….

Notre classe politique n’a pas eu le courage de tirer au clair l’attitude des pays du Golfe, qui dans une ambiguïté aveuglante, jouent sur deux tableaux, pour tenter de protéger les intérêts colossaux de monarchies qui, selon les critères que l’on applique, – au nom de « nos valeurs » -, à d’autres Etats, devraient être, et depuis longtemps, « infréquentables ».
D’un côté, ces monarchies jouent sur leur position de fournisseurs incontournables des énergies indispensables à notre survie économique, sur leur position de clients potentiels pour nos industries d’armement, et sur leur qualité d’investisseurs qui, notamment, financent notre dette, ce qui nous place, dans une certaine mesure, sous leur dépendance.
De l’autre, elles financent toutes les organisations terroristes qui nous menacent : après Al Qaida, c’est aujourd’hui le mouvement djihadiste de l’E.E.I.L… A telle enseigne que ces monarchies du Golfe commencent à s’interroger sur le danger qu’il y a à financer ceux qui un jour s’attaqueront à leurs intérêts.

Les pays occidentaux, parmi lesquels la France, ont une responsabilité dans l’émergence d’un Djihadisme dangereusement armé, et pourvu de ressources financières sans précédent.
Emportés par un élan à la fois naïf et généreux, certains ont cru à la réalité du « Printemps arabe », rêvant de l’éclosion en chaîne de régimes démocratiques se substituant à des Dictatures claniques, ou reposant sur des fidélités tribales. J’ai exprimé, sur ce blog, de lourdes réserves sur une analyse superficielle des aspirations du monde arabe, suggérant qu’à un Printemps illusoire succédera vite un automne puis un hiver rigoureux . https://berdepas.wordpress.com/2012/08/20/printemps-arabes/ )

Combien d’expériences malheureuses faudra-t-il vivre, dans les pays arabes, pour admettre que la culture héritée non seulement du Coran, – la seule Loi qui s’impose aux croyants -, mais aussi de l’organisation d’une société traditionnelle basée sur des solidarités familiales, liées entre elles par des liens tribaux, et souvent scellés par des liens de sang, fait que le monde arabe sera toujours réfractaire au modèle Démocratique occidental ???
Combien d’erreurs faudra-t-il assumer avant d’admettre que les minorités, chrétiennes et autres, étaient mieux respectées sous Saddam Hussein, Moubarak, ou sous Bachar El Assad ???

Nous nous sommes un peu vite félicités de la chute de ces dictateurs et nous n’avons pas vu le danger que représentait un Islam de combat, tapi dans l’ombre, qui attendait son heure pour s’emparer du pouvoir et installer le Califat qui est le rêve de ces fanatiques obsédés par un retour aux sources de leur religion et à l’époque du Prophète…
Partout où se sont effondrées des structures étatiques certes imparfaites, s’instaure une chasse aux « mécréants », et une véritable épuration religieuse, et ce, même dans les pays apparemment les plus modérés sur le plan religieux.

Les Russes, confrontés avant nous, à un Islamisme messianique, en Tchétchenie, en Afghanistan, et qui comptent environ 50 millions de musulmans sur leur territoire, lui-même entouré de pays musulmans à ses frontières, jugent notre politique arabe suicidaire.

Et qui oserait, en France, émettre l’idée qu’ils n’ont pas tort ???

La Russie, elle-même, se trouve à un carrefour : selon Huttington (1) ( Page 205 ) « la Russie doit-elle adopter les valeurs, les institutions, et les pratiques occidentales, et tenter de s’intégrer à l’Occident ? Ou bien incarne-t-elle une civilisation orthodoxe et eurasiatique différente de l’Occident et dont le destin serait de relier l’Europe à l’Asie ??? ».
Toujours page 205(ibid.) : « Les nationalistes modérés comme Sergei Stankevitch pensent que la Russie doit abandonner la voie « atlantiste » , avoir comme priorité la protection des russes qui vivent à l’étranger, développer ses relations avec la Turquie ??? » et plus loin » redéployer ses ressources, ses orientations, ses relations et ses intérêts en faveur de l’Asie ». Ils reprochent à Elstine d’avoir réduit la puissance militaire russe, et d’avoir échoué dans la défense de la Serbie.Ils mettent en garde Poutine contre le risque d’encerclement stratégique par l’OTAN, qui, profitant de l’affaiblissement de la Russie, avance ses pions jusqu’aux frontières de ce pays.
Et l’Eglise Othodoxe, encore puissante en Russie, et bien moins « tolérante » que l’Eglise Catholique en France, veille au grain….

Grâce à tout cela la Russie espère échapper au « choc des civilisations ».

Ce n’est pas certain, mais ce qui est probable, c’est que ce « choc » s’il doit se produire, se produira d’abord en Europe occidentale, idéologiquement affaiblie par des décennies de culpabilisation face au monde musulman, où les réflexes de défense et la capacité de réaction sont érodées par les accusations permanentes d’islamophobie .

Au contraire de la Russie où l’Eglise Orthodoxe « veille au grain », en Europe occidentale ce sont les organisations anti-racistes qui veillent au grain.
Et notre société n’a plus les moyens d’extirper le danger, car « le ver est dans le fruit ».
(https://berdepas.wordpress.com/2010/10/24/prosternation-ou-halal-%D8%AD%D9%84%D8%A7%D9%84est-grand/)
(1) – Samuel Huttington. « Le choc des civilisations ». Editions Odile Jacob. 2002.Poche.

(2) – Une France sous influence, de Vanessa Ratignier avec Pierre Péan. Fayard, 482 pages. 23 euros.

( à suivre ).

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