Démocratie.


DémocratieL’actualité, malgré l’approche de la trêve estivale, est riche en évènements de toute nature et qui incitent à la réflexion sur le fonctionnement de notre Démocratie qui souffre d’une grave crise, tant la majorité des Français, silencieuse, mais de plus en plus en colère, se sent dépossédée de ses pouvoirs par des minorités, qui les unes après les autres, prennent en otage un pouvoir affaibli et dé-crédibilisé.

Tour à tour, les minorités de tout poil, ethniques, sexuelles, religieuses, les minorités « catégorielles » de grévistes à la SNCF, chez les intermittents, chez les contrôleurs de l’air, dans l’enseignement, chez les chauffeurs de taxis, et j’en passe….tentent de dicter leur Loi à une société amorphe et à un Etat dépassé par l’ampleur des réformes qu’il doit assumer pour empêcher le déclin du pays.

Pendant ce temps, l’attrait des Français pour ce qui se passe dans les Monarchies européennes reste vif. Il ne s’est pas démenti, à l’occasion du passage de témoin entre le Roi d’Espagne et le Prince des Asturies. Les cérémonies du « couronnement » de Philippe VI, dans leur relative simplicité, n’étaient pas dépourvues de la solennité qui convient en pareille circonstance.

 La Monarchie espagnole a offert, ainsi, aux Français une courte occasion d’échapper à la banalité morose de leur quotidien.

Cette Monarchie, héritière des Bourbons et dont les liens du sang remontent à Louis XIV, aura montré, sous le règne de Juan-Carlos, ce qu’elle peut apporter de meilleur à la continuité d’un Etat démocratique. Mais elle aura révélé les faiblesses d’un Roi qui s’est laissé aller progressivement à des dérives qui rappellent aux Français, celles de « l’Ancien Régime »….

En même temps, ces célébrations, dont les cérémonies ont été largement commentées sur nos médias, auront permis, aux Français de se souvenir qu’en Europe, – sauf en France -, il n’y a pas toujours eu incompatibilité entre un Régime monarchique et l’exercice du pouvoir démocratique….

En regardant, à la télévision, les images de ce « couronnement » sans remise de couronne, et constatant, comme tout le monde , l’absence de l’intervention du clergé dans cette cérémonie, contrairement à ce qui se serait passé en Angleterre, j’ai observé que la légitimité de la Monarchie, en Espagne, ne relève plus d’un « Droit Divin »qui justifiait jusqu’ici, la présence des « représentants de la Loi Divine ».

Le nouveau Roi d’Espagne, s’exprimant avec sobriété, s’est affirmé, en tant que Monarque constitutionnel, comme le gardien de la Constitution Démocratique de l’Etat espagnol, respectueux de la diversité des Communautés qui forment la Nation, et implicitement comme un Roi « laïque », ce qui dans un pays comme l’Espagne, où l’Eglise représente toujours un pouvoir spirituel actif, est un engagement inédit.

On souhaite à ce jeune Roi, à la modernité si sympathique, un beau et long règne . l’Espagne confrontée, elle aussi, à de graves difficultés économiques, a besoin d’une stabilité politique sans laquelle aucune réforme , sur le long terme, ne peut être conduite.

J’écoutais les commentaires des exégètes de cet évènement, tout en feuilletant l’ouvrage de Tocqueville sur « l’Ancien Régime et la Révolution »…. Et je tombais, à la page 65 de l’Edition »Folio Histoire », sur ce passage, que je cite:

 » Moins d’un an après que la Révolution était commencée, Mirabeau écrivait secrètement au roi:  » Comparez le nouvel état des choses avec l’ancien régime; c’est là que naissent les consolations et les espérances. Une partie des actes de l’Assemblée Nationale, et c’est la plus considérable, est évidemment favorable au gouvernement monarchique. N’est-ce donc rien que d’être sans parlement, sans pays d’états, sans corps de clergé, de privilégiés, de noblesse ? L’idée de ne former qu’une seule classe de citoyens aurait plu à Richelieu: cette surface égale facilite l’exercice du pouvoir. Plusieurs règnes d’un gouvernement absolu n’auraient pas fait autant que cette seule année de Révolution sous l’autorité royale« . C’était comprendre la révolution en homme capable de la conduire.

Comme la révolution française n’ a pas eu seulement pour objet de changer un gouvernement ancien, mais d’abolir la forme ancienne de la société, elle a dû s’attaquer à la fois à tous les pouvoirs établis, ruiner toutes les influences reconnues, effacer les traditions, renouveler les moeurs et les usages et vider en quelques sortes l’esprit humain de toutes les idées sur lesquelles ‘étaient fondés jusque là le respect et l’obéissance. De là son caractère si singulièrement anarchique. »( Fin de citation ).

Le paragraphe qui suit développe cette idée, dont on comprend vite ce que « l’esprit français », contestataire de toute autorité, rebelle à toute obéissance, refusant toute discipline qui ne fasse pas appel à sa raison, doit à la Révolution française…

En re-parcourant cet ouvrage de Tocqueville, dont j’avais oublié l’essentiel, je me suis pris à imaginer ce qu’aurait pu être la France, si la Révolution s’était contentée, comme le suggérait alors Mirabeau, d’aboutir à une Monarchie constitutionnelle.

La Révolution, poussée dans ses excès par les pulsions sanguinaires des « extrémistes » qui à la faveur du désordre, se sont emparés du pouvoir, pour, – après avoir accompli l’acte régicide qui pour eux devait être l’aboutissement du processus révolutionnaire -, finir par s’entre-tuer, presque jusqu’au dernier, à coups de guillotine -, a entraîné la France dans des guerres meurtrières, qui in fine, ont ouvert la voie à la dictature et au pouvoir personnel de l’Empire.

Je me souviens avoir souvent été « mis au banc », en classe d’Histoire, au Lycée, pour avoir émis des réserves sur « la légende nationale » telle qu’on voulait l’imprimer dans nos mémoires adolescentes. A cette époque tout élève soulevant des questions ou émettant des critiques objectives sur la période révolutionnaire était considéré – par des enseignants bornés, propagandistes d’une image vertueuse et mythique de « la Révolution » -, comme suspect d’être de la graine de dangereux « contre-révolutionnaires »ou de « nostalgiques de l’Ancien Régime »….

Pour ces professeurs-là, « la Révolution » devait être acceptée, en bloc, comme plus tard devront être acceptées, selon les mêmes orfèvres en « détournement de faits historiques », les dérives de la Révolution russe et les crimes du communisme. Il leur était insupportable qu’un élève,- reconnaissant volontiers l’héritage révolutionnaire sur le plan des « valeurs » – ait l’air de contester par ses questions sur des faits précis concernant les dérives sanglantes de la Terreur, ce que de nombreux historiens condamnent aujourd’hui.

Fort heureusement , des historiens de renom ont, depuis, fait un sort aux « idées reçues » sur cette époque tragique dont la France porte encore les traces aujourd’hui: l’imagerie révolutionnaire hante encore les mémoires, et les saignées provoquées, dans la jeunesse de l’époque, par les batailles furieuses dans lesquelles la France a été entraînée jusqu’à la fin de l’Empire, ont été la cause principale de l’affaiblissement de notre pays parmi les puissances de l’époque, et face à son éternel rival, l’Angleterre.

Ma passion de lire m’a permis de découvrir, beaucoup plus tard, que des Historiens objectifs, avaient rétabli des faits déformés par mes professeurs, me renforçant ainsi dans mes certitudes de jeunesse. Mais j’ai appris, depuis, à accepter l’Histoire de France dans toutes ses vérités en assumant ses pages les plus sombres comme les plus glorieuses….

Livre NoitLa France, ce vieux pays, a fini par s’habituer  à cheminer, toujours au bord du gouffre dans lequel voudraient l’entraîner tous ceux qui, atteints du « mal de vivre », éternels héritiers de ces révolutionnaires insatiables, ne supporteront jamais la société dans laquelle ils vivent, et n’auront de cesse que de la renverser au lieu de participer à sa transformation….

Il y en a, aujourd’hui, aux extrêmes,  à droite comme à gauche, qui travaillent, inlassablement, à saper les fondements de cette Vème République, et le la « Monarchie républicaine » qu’elle incarne. Il suffit d’ouvrir les yeux, pour constater leur agitation, dans la période trouble que traverse la France. L’élection du Président de la République par une (très) courte majorité de Français, ne le met pas à l’abri des critiques et des attaques de l’extrême-Gauche, qui le poursuivront tout au long de son mandat, au point de l’affaiblir et de le paralyser.

Ecoutant les commentaires télévisés sur le parcours initiatique au quel le jeune Roi d’Espagne a dû se soumettre pour se hisser jusqu’au trône, je me disais ( même si la comparaison est quelque peu provocante ) qu’après tout, un monarque programmé pour régner, est mieux préparé à comprendre le monde tel qu’il est aujourd’hui, qu’un Président de Conseil Général de la Corrèze doublé d’un Secrétaire National du Parti Socialiste, démocratiquement élu,…mais mal élu.

Une réflexion au sujet de « Démocratie. »

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