Bonnes lectures….


chiites

Un de mes lecteurs s’interroge, à propos de la source des opinions que j’exprime dans mes billets, qui sont le plus souvent, des « billets d’humeur »que m’inspire l’actualité quotidienne… Pour rassurer mes lecteurs, je transcris ici, la réponse que je lui est faite pour satisfaire ses interrogations.

« Tout d’abord, Je n’ai pas d’idole politique, aucune.  A mon âge, 81 ans, j’ai été témoin de tellement de situations, que je n’ai que très peu d’illusions sur la génération politique dont la France est affublée aujourd’hui.

J’aime mon pays et j’ai des convictions personnelles fortes, tempérées parfois par le doute, et qui ne s’incarnent jamais en totalité dans un responsable politique quel qu’il soit. Je nourris ma réflexion à de multiples sources, pour la plupart tirées de mes lectures, éclectiques, mais passionnées , et de mes incursions dans l’Histoire, la Géopolitique…et la poésie !!! »

J’adore lire, tard le soir, dans le silence de la nuit.

Le dernier livre, que je viens de terminer, traite d’un sujet qui n’a pas fini de soulever des interrogations.

Son auteur, Antoine Sfeir, que les habitués de l’émission de France V, « C’est dans l’air » connaissent bien, et que j’apprécie pour sa culture, sa connaissance du monde arabe, sa pertinence et son ton mesuré, remonte aux sources historiques et théologiques d’une cette guerre qui ne finira jamais.

Le livre s’intitule « l’Islam contre l’Islam »(Editions Grasset).

Je conseille la lecture de ce livre passionnant, à ceux qui s’intéressent à ce qui se passe autour de nous, et qui s’interrogent sur la signification d’évènements dont on ne sait que ce que nos médias veulent bien nous dire….

De l’Iran à l’Egypte, du Qatar à la Syrie, du Maghreb  de cet «Orient compliqué»vers lequel de Gaulle prétendait aller « avec des idées simples » , Antoine Sfeir passe en revue les éléments d’une situation géopolitique présente, en partant de la vie du prophète Mahomet et en aboutissant aux luttes de succession ouvertes par sa mort.

Il nous dresse une fresque magistrale du monde arabe tel qu’il est, de ses «printemps» illusoires à ses  automnes, hélas, prévisibles, sauf par les BHL qui peuplent les beaux quartiers de Paris. Une exploration minutieuse et documentée qui, en brassant un immense passé, éclaire singulièrement notre présent.

J’en conseille la lecture à tous ceux qui veulent comprendre le « nouvel été du monde » qui est train de se dessiner sous nos yeux.

Car, selon lui, la grande rivalité séculaire qui sépare les peuples du Moyen Orient n’est pas la rivalité entre Juifs et Musulmans, mais plutôt le conflit millénaire, fratricide et sanglant qui oppose Sunnites et Chiites, dans une guerre pour la succession de Mahomet, entre Ali, fils spirituel du Prophète dont il est, à la fois, le cousin et le gendre, et Abou Bakr, le plus fidèle et le plus expérimenté des proches du Prophète qui deviendra le « Premier Calife ».

Ali finira assassiné en 661 par des opposants hostiles au principe du Califat, de même que son fils Hussein qui finira massacré avec sa famille par les armées Omeyades, à Kerbala devenu un lieu saint du Chiisme.

Cet évènement est considéré comme l’épisode fondateur du Chiisme. Dès lors, les partisans d’Ali ne cesseront de commémorer le martyre de Hussein, en se frappant la poitrine et en se flagellant jusqu’au sang qui, purificateur, doit imprégner le drap blanc qu’ils revêtent à cette occasion. Une forme d’exaltation religieuse que les Sunnites considèrent comme une « hérésie ».

Depuis, les Chiites, minoritaires en terre d’Islam vont entrer dans une clandestinité au sein de laquelle ils se protégeront en pratiquant la « taqiya », sorte de dissimulation religieuse à laquelle auront recours plusieurs siècles plus tard les Juif maranes pourchassés en Espagne.

Les divergence religieuses entre ces deux courants de l’Islam vont s’accentuer au cours des siècles, la plus importante d’entre elles se cristallisant autour du rôle des Imams.

Choisi par une autorité politique ou par les croyants chez les sunnites, l’imam est appelé durant la prière du vendredi à lire des passages du Coran et à les commenter. « Dans le sunnisme, il n’y a pas d’intermédiaire entre le croyant et Dieu, et donc pas de clergé », explique Antoine Sfeir dans « L’islam contre l’islam ». « Dans le chiisme, l’imam est le véritable guide de la communauté. » Après la mort de l’imam Hussein, le chiisme verra se succéder neuf autres imams.

Le foyer Chiite le plus important demeure, aujourd’hui, l’Iran. Les Perses ont été convertis à l’Islam sunnite après les invasions arabes du VIIème siècle. Mais la dynastie Séfévide, dès qu’elle accède au pouvoir, instaure le chiisme comme religion d’État de l’empire. Depuis, les mollahs iraniens ont fait de ce courant un des piliers du pays. « Depuis le XVIe siècle, l’Iran est en quelque sorte le Vatican du chiisme », nous explique explique Antoine Sfeir dans cet ouvrage passionnant.

Le fossé entre sunnites et chiites ne cessera de se creuser au siècle dernier pour atteindre son apogée en 1979, avec l’éclosion de la révolution islamique en Iran. Surtout qu’à son arrivée à la tête de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeiny, devenu Guide de la révolution, ne fait pas mystère de sa volonté d’exporter son modèle à l’ensemble du monde. Les intentions dominatrices du Chiisme se concrétisent par une détermination farouche à acquérir la force nucléaire.

S’estimant menacées, les monarchies du Golfe, qui possèdent de fortes minorités chiites, soutiennent, avec la majorité de l’Occident, l’invasion de l’Iran par Saddam Hussein, en 1980. La guerre durera huit ans et fera plus d’un million de morts, sans pour autant rien changer aux frontières des deux pays. Si les chiites représentent aujourd’hui moins de 10 % des 1,2 milliard de musulmans à travers le monde, leur nombre demeure toutefois majoritaire (70 %) dans le Golfe, où est concentrée plus de la moitié des ressources pétrolières mondiales.

Jusqu’ici, l’Occident, avec à sa tête les Etats Unis, a toujours pris parti pour les régimes théocratiques saoudiens et qataris, considérant qu’ils n’avaient jamais manifesté l’ambition « d’exporter » leur religion et les chancelleries occidentales ont soigneusement fermé les yeux sur le financement par les pays du Golfe d’un djihadisme menaçant.

Il se pourrait que l’emprise d’un djihadisme conquérant sur une zone stratégique de ce Moyen-Orient en ébullition, amène nos diplomates à reconsidérer leurs analyses.

Ce n’est pas , semble-t-il, le point de vue d’Antoine Sfeir.

Néanmoins, il ne serait pas surprenant que la position des Etats-Unis évolue, vis à vis de l’Iran, dans les prochaines semaines, profitant de l’ardent désir du nouveau pouvoir iranien de redonner aux héritiers des Perses, la place que cette brillante civilisation occupait autrefois, dans le monde « civilisé »…..

2 réflexions au sujet de « Bonnes lectures…. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    @Jean-Pierre. Bien d’accord. Et tout particulièrement le « Assimilation,l’échec du modèle français »de Tribalat.Un échec dont on mesurera l’ampleur lors du retour des « Français » djihadistes de Syrie et d’Irak…..

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  2. jean-Pierre Dubois

    Très intéressant et permet de remettre en perspective les événements actuels.
    Pour comprendre la rupture entre la complaisance comunotariste des médias et de la gauche au sens large et les valeurs culturelles des nombreux français les livres de M. Finkelkraut et me Tribalat sont indispensables je pense.
    Cordialement

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