« Colons » d’Algérie et d’ailleurs…..


Colons

Ce billet d’humeur m’est inspiré par un article paru sur « lepoint.fr », ce matin, que l’on pourra lire sous:

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/22-avril-1889-le-jour-ou-les-fermiers-americains-volent-l-oklahoma-aux-indiens-22-04-2012-1453856_494.php

J’ai souvent exprimé, sur ce blog, ma révolte contre ceux, hémiplégiques, qui expriment, au sujet des Pieds Noirs, des sentiments dictés par un prêt-à-penser hérité de la période de « décolonisation » de l’Algérie.

Une période où, devant la nécessité de se conformer à un puissant courant de pensée, ainsi qu’aux aspirations légitimes des peuples « colonisés » désireux de retrouver leur identité et leur souveraineté, il était indispensable, pour « nourrir » l’opinion, de faire porter la responsabilité d’une politique coloniale conçue et mise en oeuvre à Paris, aux « boucs émissaires »rêvés qu’étaient les Pieds Noirs, à cette époque.

Je n’ai que très rarement rencontré des auteurs soucieux de situer, la politique coloniale de la France, ainsi que la colonisation de l’Algérie, dans le contexte international de l’époque, caractérisé par une véritable compétition entre les nations européennes, pour s’assurer « le contrôle » de vastes territoires, et pour donner à leur puissance économique une dimension planétaire, tout en s’assurant la maîtrise de positions stratégiques permettant de contrôler les routes commerciales.

C’est aussi l’époque où la misère, donne naissance à d’importants mouvements migratoires, à partir de l’Europe, vers les nouveaux territoires de conquête.

En France, les inspirateurs de cette politique, majoritairement socialistes, déguisent vertueusement leur projet sous des motivations humanitaires aujourd’hui dépassées: il s’agit alors, au nom de la « mission civilisatrice de la France », de transmettre aux peuples colonisés, « l’Esprit des Lumières », en imposant à des populations « attardées », une culture qui n’est pas la leur, mais qui est auréolée d’un prestige universel.

La lecture des manuels à partir desquels on enseignait encore l’Histoire dans les écoles « laïques et républicaines »des années trente est édifiante à ce sujet….

Il m’arrive de parcourir les pages des « Mallet et Isaac » qui, sauvés de la déroute, ont survécu à l’exil, et ornent encore aujourd’hui ma bibliothèque. Certaines de ces pages sur lesquelles s’appuyait l’enseignement de nos maîtres, seraient sévèrement condamnées à l’époque actuelle, par ceux qui ont tendance à juger un passé lointain, hors de son contexte, avec des valeurs morales d’aujourd’hui….

La conquête de l’Algérie doit être, évidemment, située et « appréciée » dans ce contexte.

La « présence » française dans tout le Maghreb, fait alors de la France, à l’époque, une « grande puissance » méditerranéenne.

La conquête de l’Algérie met fin aux actes de pirateries qui, en Méditerranée, empêchent la libre circulation des navires commerciaux au bénéfice des « barbaresques » qui, sous contrôle Ottoman, ont fait d’Alger une base et un refuge à partir duquel ils se livrent au commerce des marchandises et des esclaves capturés sur les navires attaqués.

Au mépris de toute honnêteté intellectuelle, et de toute vérité historique, des médias français ont complaisamment répandu la légende d’une Algérie et d’un « peuple algérien » victimes de colons venus, après la conquête, « exploiter » le pays, et s’enrichir en faisant « suer le burnous » des populations indigènes….

Rares sont ceux qui évoquent à ce sujet, le fait que l’Algérie était sous la coupe de l’occupant ottoman depuis plus de 300 ans. Les « Janissaires »chargés de faire régner « l’ordre ottoman »étaient réputés pour leurs méthodes sanguinaires et expéditives….

Il faut dire, pour expliquer le comportement éditorial de nombreux médias, qu’une génération entière de plumitifs chargés de « construire »de toutes pièces une vérité historique, étaient issus des rangs du Parti Communiste, quand ils ne militaient pas, discrètement, dans d’obscurs groupuscules trotskystes ou maoistes. L’instrumentalisation de l’Histoire, fait alors partie des méthodes de propagande, auxquelles des grands noms prêtent leur concours…..

Le plus « illustre » d’entre eux, fut, sans conteste, le « philosophe » pour bobos germanopratins de l’époque, le « maoiste » Jean-Paul Sartre dont l’opinion, haineuse, s’exprime dans la Préface de l’ouvrage sulfureux de Franz Fanon, « Les Damnés de la Terre »:

« Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. »

On n’a encore jamais fait mieux, dans le champ de la littérature française, comme éloge du terrorisme et incitation au meurtre…

Tout ces « zintellectuels » ont contribué à forger une doxa inspirée par l’idéologie dominante du moment, largement inspirée par les communistes ou ceux qui leur étaient apparentés. Ils ont réussi à imposer une perception tronquée de la politique coloniale de la France, une perception qui contribue encore aujourd’hui, à nourrir une entreprise de culpabilisation permanente de ce pays, qui n’existe, avec la même intensité haineuse, dans aucun autre pays « colonisateur ».

C’est cette entreprise qui, entre autres,  condamne les Pieds noirs à être considérés, devant l’Histoire, comme de « riches colons ayant vécu de l’exploitation des Algériens ».

Il y a, dans cette « doxa », un centième de vérité.

Le reste n’est que contre-vérités ou mensonges par omission, et manipulation de l’Histoire à des fins idéologiques, qui ont servi, notamment, à masquer le fait que d’autres nations que la France ont poursuivi des objectifs identiques et se sont dotées, à la même époque, d’empires coloniaux que l’on passe sous silence, et où ils ont condamné les populations autochtones à une impitoyable soumission.

L’empire de la Russie soviétique n’étant pas le moindre : un empire qui s’est constitué postérieurement à celui des autres nations européennes et qui a perduré bien au-delà de celui de la France, puisqu’il a fallu attendre les suites de la « perestroïka » et la chute du mur de Berlin pour qu’il s’écroule, enfin. Dans toute ma jeunesse, je n’ai jamais entendu de réprobation de cet empire, de la part de ceux qui, communistes, non seulement condamnaient la France, mais étaient, en outre, capables de prendre les armes pour combattre ses soldats….

Cependant, les grandes migrations de cette époque, dans la foulée des conquêtes européennes, se sont étendues sur toute la planète.

L’Australie, la Nouvelle Zélande, dans les mers lointaines, peuvent être citées en exemple d’une colonisation dévastatrice pour les peuples autochtones. En Australie, il ne reste que quelques tribus d’aborigènes pour témoigner de ce qu’était le peuplement de ce pays-continent. Mais, avez-vous entendu, une seule fois accuser les Australiens ou les Nouveaux-Zélandais de génocide dans nos médias vertueux ???

Aux Amériques, la « colonisation » s’est traduite par l’extermination des populations autochtones et par la destruction des traces de leur civilisation.

En Amérique du Nord, la traque des « Indiens » s’est poursuivie longtemps après l’époque de l’immigration anglo-saxonne. Les « films de Cow-boys » relatant des épisodes de cette époque, – où des héros déguisés en cox-boys résistaient aux assauts furieux des indiens venus chercher leur « scalp »-, sont peu à peu éliminés des diffusions, au profit de films nouveaux aux scenarii « aseptisés », dans lesquels « les bons » sont indiens et « les méchants » sont blancs……

A la même époque, la population algérienne, qui avant l’arrivée de la France était évaluée à un petit million d’habitants, disséminés sur un territoire immense, souvent décimés par les épidémies de malaria, quand ce n’était pas par la famine ou par les guerres tribales et les « razzias » dévastatrices…. Elle atteignait les dix millions au moment du départ des Français….

Entre temps, la création de dispensaires, d’hôpitaux, d’écoles, de routes, ainsi que la « paix française », avaient accompli leur oeuvre, et ouvert la voie à une cohabitation paisible – et plus souvent chaleureuse qu’on ne le croit -, entre Algériens et Français, qui, malgré des différences notables, de culture, de moeurs et de religion a duré plus d’un siècle, avant d’être brisée par la terreur, par une guerre atroce, et souvent fratricide.

J’ai raconté dans  » https://berdepas.wordpress.com/2013/08/12/o-tempora-o-mores/ » quelques uns des souvenirs que j’en ai conservé.

L’article du Point qui m’a inspiré ce billet relate un des épisodes de la longue lutte menée contre les « Indiens » jusqu’à les refouler dans des « réserves » dont ils ne sont que depuis peu autorisés à sortir et à exister en tant que tels…..

Il faut relire et relire cet article et méditer sur la différence de traitement médiatique infligé aux colons d’Algérie et  à ceux « d’ailleurs »…..

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/22-avril-1889-le-jour-ou-les-fermiers-americains-volent-l-oklahoma-aux-indiens-22-04-2012-1453856_494.php

Ce 22 Avril 1889, correspond, à deux mois près, à l’époque où mes grands parents paternels quittaient le Sud de l’Espagne, pour fuir la misère.

Ouvriers agricoles, ils sont arrivés pauvres en Algérie, et ont contribué au défrichage et à la mise en valeur agricole de ce pays qu’ils ont fini par aimer.

Trois générations après eux, ma famille a quitté ce pays, fière d’être devenue française, mais sans s’être enrichie, et avec le sentiment d’avoir été frustrée d’un attachement à une terre qu’elle aimait et qu’elle avait contribué à fertiliser. Une terre où elle ne possédait rien…. ou pas grand chose, si ce n’est la dignité d’avoir échappé à la misère, par le travail.

Cette terre, ma famille l’a quittée en laissant derrière elle, ce qu’elle avait de plus précieux: ses souvenirs et ses morts….

Il y a des légendes qui ont la vie dure. Mais l’Histoire, la vraie, finira par avoir le dernier mot.

Il arrive que, de temps à autres, elle montre le bout de son nez ici ou là, au hasard d’un article et vienne perturber l’indifférence des mémoires sélectives ….