Souvenir saharien.


Les années passent. Trop vite.

Heureusement, la nostalgie autorise le « play-back »: grâce à elle, on peut, remonter le temps, revenir en arrière et revivre quelques grands moments d’un passé gravé dans nos mémoires dont la « capacité » s’est accrue avec le concours du « virtuel »…

C’est le hasard de la découverte de cet article du quotidien « El Watan » qui a ravivé une page de mes souvenirs sahariens, et m’a inspiré l’écriture de ces deux derniers billets.

http://www.elwatan.com/actualite/le-calvaire-des-touristes-a-assekrem-02-01-2014-240654_109.php

J’en cite un extrait:

« L’Assekrem, l’endroit de villégiature le plus prisé en Algérie, notamment à l’occasion des fêtes de fin d’année, est coupé du monde, suite à une importante panne sur le réseau téléphonique survenue mardi, à la veille du réveillon. Les touristes qui se sont rendus sur ce site, perché à plus de 2700 m d’altitude, à 80 km du chef-lieu de wilaya de Tamanrasset, pour contempler les plus beaux coucher et lever du soleil au monde, ont été ainsi «livrés à eux-mêmes».

( Fin de citation).

Le 31 Décembre 1989, nous célébrions le passage aux années 90, du sommet de l’Assekrem, au refuge du « Père de Foucault ».

Inutile de préciser qu’à cette époque nos « problèmes » n’étaient pas des problèmes de connexion téléphoniques.

Nous étions « coupés du monde », mais c’était le but de ce parcours saharien….

Je me souviens d’un vent froid glacial à la tombée du jour, au moment de monter nos tentes et d’organiser le bivouac pour la nuit, au pied de ce prestigieux massif, puis de la montée vers le sommet, épuisante car effectuée à vive allure : nous voulions voir et photographier le coucher du soleil réputé fastueux, sur ces montagnes austères.

Assekrem coucher soleilCoucher du soleil vu du sommet de l’Assekrem

La journée avait été rude: une longue distance parcourue en 4X4, sous un soleil de plomb. Car chacun sait qu’au Sahara les écarts de température entre le jour et la nuit sont importants.

Nous avions quitté Tamanrasset au petit jour, effectué un long détour pour découvrir des traces de dessins rupestres, et parcouru pour cela, des dizaines de Kilomètres de pistes caillouteuses qui soumettent les véhicules et leur contenu à dure épreuve….

Plusieurs arrêts avaient été nécessaires, pour permettre aux moteurs de se refroidir, et aux passagers de se « soulager » et de se dégourdir les jambes…

Petite pause

Petite pause

Nous arrivons à la tombée de la nuit au pied de l’Assekrem.

Sans perdre de temps nous déchargeons les véhicules et montons les tentes pour le bivouac de nuit, dans un environnement de rochers et de pierres brunes.

Photo bivouac                                                     Préparation du bivouac pour la nuit.

Puis nous entamons l’ascension de l’Assekrem, une pente raide sous un vent glacial.

Parvenus au sommet, nous découvrons le fameux « refuge » qui abrita, autrefois, le Père de Foucault, où trois religieux aux silhouettes ascétiques nous accueillent, l’un d’entre eux le Père Jean, avec plus de chaleur que les deux autres, dont j’ai oublié les noms.

Sous le toit de roseaux de leur cabane d’où, avec une vue circulaire impressionnante, on domine le massif montagneux, nous nous asseyons sur les rochers qui servent de sièges.  Les trois religieux qui vivent là, coupés du monde « civilisé », nous servent un thé à la menthe très chaud, dans la tradition saharienne, fort bienvenu car il fait très froid.

La conversation s’engage, passionnante.

Ces hommes qui vivent dans une forme de dénuement comparable à celui des nomades rencontrés en chemin, nous proposent généreusement leur hospitalité pour la nuit, que nous déclinons, puisque notre bivouac est installé au pied de la montagne.

Ils nous parlent de l’héritage spirituel dont ils se sentent les gardiens, de l’apostolat du Père de Foucault, des traces encore visibles du séjour solitaire de leur prestigieux prédécesseur, de leurs relations amicales avec les nomades qui leur apportent de temps à autres du lait de chèvre, de la semoule et du thé. Ils répondent, brièvement, à quelques questions sur leur rapport à la Foi dont ils sont habités.

L’agnostique que je suis, écoute, en silence, et prend une leçon d’humilité…..

Je suis fasciné par la beauté sauvage et la rudesse de ce lieu unique, dont je comprends qu’il puisse inciter à réflexion sur l’existence de Dieu, en même temps que s’impose à mon esprit une évidence: ce n’est pas un hasard si les Grandes Religions ont pris naissance, pour la plupart, dans le désert….

Je songe à la phrase de Saint-Exupéry, dans « Citadelle »:  » J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en nous. »

Pendant que le Père Jean, l’ermite le plus bavard des trois – les deux autres écoutent en silence – nous parle de la Prière qui est sa manière de rester en contact étroit avec le Dieu de sa Foi, je songe, en effet, qu’il faut sans doute beaucoup prier pour affronter une si grande solitude, tout en remerciant le Ciel de survivre là, dans un silence lunaire, entouré d’une nature aussi somptueuse qu’hostile.

Et l’agnostique que je suis se pose, une fois de plus, « La Question » à laquelle il n’a jamais trouvé de réponse rationnelle : d’où jaillit la source de tant de beauté, en ces lieux où l’homme, seul, livré à la Nature sauvage, n’est rien qu’une poussière de vie ???

Mais la nuit tombe.

Après avoir laissé à nos hôtes quelques provisions, des briquets, des piles et une lampe torche, il faut, sans tarder, prendre congé d’eux et redescendre à la lueur de nos lampes frontales. Une soupe chaude préparée par le guide et les chauffeurs nous attend au bivouac. Après cette rapide collation nous nous engouffrons sous nos tentes et nous nous glissons dans nos sacs de couchage pour tenter de nous réchauffer.

En fermant les yeux les images d’une riche journée défilent jusqu’au moment de sombrer dans un sommeil profond.

Demain nous jetterons un dernier regard circulaire sur ces lieux, où flotte une lumière mystique qui m’émeut. Ce sera l’aube d’une nouvelle année….

Assekrem lever du jourLes monts de l’Assekrem au lever du jour.

Au petit matin, après avoir levé le bivouac, avec un bol de café chaud et deux biscuits pour caler l’estomac, nous reprenons la route, en direction de Djanet, proche de la frontière Libyenne.

Peu à peu le paysage change, et le désert nous offre un autre visage: celui des étendues infinies aux couleurs de sable, d’une blancheur aveuglante, d’où émergent des silhouettes étranges sculptées par le vent.

Sous la chaleur d’enfer d’un soleil au zénith, nous nous autorisons quelques arrêt photos.

Arrêt PhotoEn fin d’après-midi, le soleil baisse sur l’horizon. Les ombres s’allongent sur le sable qui prend des reflets dorés… Au cours d’un arrêt, les chauffeurs s’isolent pour une de leurs cinq prières rituelles, puis, pour la préparation du thé, leur seule boisson, dont ils nous offrent un petit verre.

Le ThéA la tombée du jour, alors que le froid de la nuit s’annonce déjà, un arrêt s’impose, pour bivouaquer, sous un ciel si pur, un ciel dont les millions d’étoiles semblent si proches que, la nuit, « à la belle étoile », allongé sur le sable dans mon sac de couchage, j’ai l’impression de pouvoir les toucher en allongeant le bras.

Alors, avant de m’endormir, épuisé, je me laisse envahir par un sentiment étrange: je me sens minuscule et, prends conscience de ma fragilité. Je me sens pris entre l’univers étoilé de la voûte céleste, et l’immensité désertique à laquelle je confie ma petite existence, le temps d’une nuit….

Demain sera un autre jour…..

5 réflexions au sujet de « Souvenir saharien. »

  1. Chéné

    Ce billet bien éloigné des turpitudes qui habituellement nous rassemblent m’ a rappelé de biens beaux souvenirs.
    Du Hoggar au Tassili que de merveilles!
    Quel gâchis,quel dommage!
    Bonne année à tous.
    Alain Chéné

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