La crise. Quelle crise ???


crise

La France fait face à l’une des crises les plus graves de toutes celles qu’elle a dû affronter depuis la fin de la dernière guerre.

Evidemment, cette affirmation renvoie, à première vue, et c’est normal, à la sévère crise mondiale, qui a frappé les économies de la plupart des nations occidentales.

Et pourtant, ce n’est pas l’objet de mon propos.

La crise à laquelle je me réfère, n’est pas la crise profonde, structurelle, qui sanctionne le déclin de l’économie française.

Cette crise là devient, en fait, jour après jour, le révélateur d’une crise bien plus grave qui génère un handicap redoutable pour affronter l’avenir, et construire le futur de nos enfants.

La vraie crise, celle qui empêche la France de faire face à l’autre crise, est une crise morale engendrée par l’affaiblissement des valeurs sur lesquelles un peuple peut se rassembler, et qui ronge une société française dont la plupart des repères traditionnels ont été érodés, et pour certains, détruits à jamais.

Les causes en sont multiples.

Tout se passe comme si les transformations en profondeur que subit la société française depuis la fin de la dernière guerre avaient entamé la solidité de ce vieux peuple qui en a tant vu, et dont l’Histoire, si riche mais également si souvent marquée par des moments tragiques a été faite de périodes de déclin, puis de rebondissements.

Les défaites que la France a connues, sous Napoléon Bonaparte, puis en 1870 sous Napoléon III, puis les batailles sanglantes qu’elle a dû affronter entre 1914 et 1918, la défaite de 1940, même si elle a été suivie d’un rebond et d’une participation à la victoire en 1945, les guerres « post-coloniales », tous ces évènements ont provoqué des saignées dans ce peuple réputé batailleur, qui a perdu sur les champs de bataille, les meilleurs des siens.

Son moral en a sans doute été profondément affecté.

Car la France n’a plus de « héros », de « gagneurs », de symboles, dans les quels elle peut encore se reconnaître, auxquels elle peut s’identifier, et dans l’exemple desquels elle peut se ressourcer. Elle est ébranlée dans ses certitudes passées par le martèlement d’un discours culpabilisateur, et dévalorisant.

L’Histoire de France, qui dès l’école primaire, fabriquait dans l’imaginaire national une sorte de « légende » que dès l’enfance, chaque Français pouvait s’approprier est devenue un élément de discorde entre ceux qui, – récemment devenus Français – , considèrent que cette Histoire n’est pas la leur, et ceux, parmi les Français – même parmi les enfants et petits enfants d’immigrés – qui restent attaché à cet « imaginaire »qui alimentait jusqu’ici un ferment de « patriotisme ».

Le succès de la Bande Dessinée d’Astérix sorti récemment en témoigne.

Mais les polémiques, parfois virulentes, qui ont accompagné la sortie récente d’un nouvel ouvrage de Lorant Deutsch, -« Hexagone »-, en témoignent aussi.

Parmi les nombreux articles critiques de cet auteur qui raconte, avec un indéniable talent une Histoire factuelle et romancée de quelques hauts-lieux de notre pays, a donné lieu, on peut lire celui-ci sur le site de « Médiapart« :

« Après une première éditoriale remarquée (Métronome et ses déclinaisons ont été vendus à plus de 2 millions d’exemplaires ; France 5 en a fait une adaptation télévisée), Lorànt Deutsch revient avec un nouvel ouvrage à prétention historique, cette fois à l’échelle nationale, intitulé Hexagone. Des historiens ont déjà souligné que cette nouvelle publication pose globalement les mêmes questions que celles relevées dans Métronome : outre d’importantes erreurs factuelles, Lorànt Deutsch s’inscrit pleinement dans un courant qui réhabilite un « roman national », que l’on peut définir comme un récit à la gloire de la nation, identifiée à travers des dates-clés et des « grands hommes », et dont le but est de susciter l’adhésion d’une population. »( Extrait ).

On aurait envie de répondre : «  un « roman national », que l’on peut définir comme un récit à la gloire de la nation », et pourquoi pas ???

Cette appréciation critique de « Médiapart » doit tenir compte, certes, du fait qu’il s’agit d’ un média inspiré par un groupuscule de vieux « trotskystes », dont Edwy Plenel représente le chef de file et le stéréotype.

Fortement marqué par les idées d’une extrême gauche française qui puise son inspiration dans des auteurs qui prêchent sans désemparer, la « révolution permanente », (« trotskyste un jour, trotskyste toujours »), et qui s’opposent, au nom d’une forme d’anarchisme universaliste, à tout éloge de la Nation….

Mais la critique citée ci-dessus, à titre d’exemple, reflète assez bien ce courant d’opinion qui alimente une conception « sans-frontièriste » de la France, pour reprendre l’expression d’un Jean-Pierre Chevènement, pour qui le « sans-papièrisme »est une idéologie soutenue par de nombreux relais, qui tendent à développer l’idée que « La France n’appartient plus aux Français »puisqu’elle n’appartient qu’à ceux qui ont décider de s’y établir, et que  l’Histoire même de cette France « ouverte à tous », doit s’expurger et renoncer à sa « légende »pour ne pas « déranger » la mémoire de ceux qu’elle a accueilli….

Ce discrédit qui affecte désormais ce que des historiens ont mis des siècles à tricoter pour en faire ce « roman national » aujourd’hui si contesté, est aggravé par les réactions d’une immigration toute récente, d’essence totalement différente de celle que la France a si bien su assimiler, au point que des enfants ou petits enfant d’immigrés soient devenus « plus Français que des Français ».

« Jusqu’ici, les immigrants espagnols, portugais, italiens ou polonais s’adaptaient sinon spontanément aux coutumes du pays d’accueil, mais du moins étaient invités à le faire ; désormais, c’est aux Français pourtant attachés à une tradition culturelle séculaire, de modifier leurs habitudes pour permettre aux personnes accueillies de maintenir leurs traditions exogènes. »

Les « nouveaux arrivants », non contents de contester l’Histoire même de notre pays, en rejettent la culture, les traditions et même la langue, si belle qu’elle a conquis des intelligences de toutes origines, et qu’elle remplace peu à peu par un « charabia »vulgaire devant lequel se pâment les nouveaux « zintellectuels »….

Ce sont ces manifestations qui provoquent et alimentent le malaise identitaire, qui se manifeste de plus en plus, et qui est aggravé par le fait que le personnel politique a jusqu’ici refusé de prendre en compte ce malaise, en l’attribuant à des « fantasmes » ou à un « désir de repli sur soi », ce qui permet d’éviter d’en analyser les causes.

A cet élément de décomposition de ce qui fondait jusqu’ici l’unité nationale, s’ajoutent les fractures provoquées par l’affrontement idéologique, entre ceux qui se comportent comme les héritiers du mouvement libertaire issu de l’agitation de Mai 1968, et qui veulent imposer à ceux qui ont toujours conservé quelque distance avec l’idéologie laxiste qui s’est répandue depuis,  des bouleversements inimaginables, il y a encore peu de temps, sur le plan sociétal et sur le plan des moeurs.

Ceux qui pensaient pouvoir imposer des modifications profondes dans ce qui régissait jusqu’ici notre mode de « vivre ensemble », ont été surpris par la profondeur du mouvement, et parfois la violence de ceux qui refusent de sacrifier sur l’autel d’une prétendue « modernité », des valeurs auxquels ils sont intimement attachés.

Du coup, le peuple français, – ou du moins une fraction de moins en moins négligeable de ce peuple -, soumis à un matraquage permanent qui porte atteinte, non seulement à l’image qu’il a acquis de la France et à laquelle il reste attaché, mais à des éléments constitutifs de son identité propre, se rebiffe ; on le dit au bord d’une révolte dont les signes précurseurs se multiplient.

Ainsi, la crise économique, avec ses gravissimes conséquences sociales, devient le révélateur d’un fossé grandissant qui sépare en deux le peuple français.

Le malaise est aggravé par le sentiment qui s’est répandu, dans une partie du peuple, que ses dirigeants ne sont plus capables de relayer, ni de remédier à ses angoisses.

L’autisme qui semble caractériser l’attitude de ces dirigeants, est considéré comme une forme de lâcheté, une démission par faiblesse,ou par carriérisme.

En outre, ce manque de courage favorise le discours des « extrêmes », qui non seulement dénoncent cet aveuglement, mais pointent, jour après jour, les conséquences du « déni de réalité » qui s’est emparé d’une partie d’une classe politique qui rechigne de plus en plus à « appeler un chat, un chat », car elle redoute les anathèmes de quelques ayatollahs tout puissants sur l’opinion…..

La crise, évoquée ici, est la conséquence du manque de courage, de la lâcheté d’une génération de politiciens, en majorité issue de la « génération 68 ».

Elle suscite la défiance du peuple vis à vis de ses dirigeants, et alimente une forme de désespérance, qui est devenue la caractéristique du peuple français qui pourtant mérite mieux que cela.

Mais le pire à craindre, dans tout cela, c’est que les Français finissent par aimer de moins en moins une France où ils ne se sentent plus chez eux….Certains s’accrochent encore à l’idée qu’ils pourront résister à la tentation de tout plaquer. On les entend, ici où là, chanter « on est chez nous !!! on est chez nous !!! », un chant qui ressemble à un cri désespéré.

Ce n’est pas un hasard si l’Espagne, qui après une sévère période d’austérité, perçoit les premiers signes d’une sortie de crise, voit arriver autant de Français qui viennent ici pour investir avec le désir de s’y établir pour fuir le double sentiment d’oppression et dépossession qui s’étend sur une France déboussolée.Ce ne sont pas des exilés fiscaux, mais des Français en situation de rupture avec le pays auquel ils sont pourtant viscéralement attachés.