L’Algérie, encore et toujours.


L’Algérie, c’est le pays où je suis né. C’est un pays que je n’ai jamais cessé d’aimer, même si j’ai souffert, comme tant d’autres, d’avoir été confronté à la  violence d’une guerre atroce, d’avoir connu l’exil, la « stigmatisation », l’hostilité d’un pays d’accueil versatile, la colère de voir l’Histoire déformée, dénaturée par de pseudo-historiens, instrumentalisée,  pour masquer des « mensonges d’Etat », de part et d’autre de la Méditerrannée.

Mais l’Algérie, c’est aussi la terre où, jusqu’à mon père, reposent mes ancêtres. C’est le pays d’où procèdent mes plus beaux souvenirs de jeunesse. C’est le pays où je ne suis jamais retourné, pour conserver intactes les images gravées dans ma mémoire.

Mais je n’ai jamais cessé de suivre, avec passion, l’évolution de ce pays.

J’ai toujours eu confiance dans l’amitié profonde du peuple algérien, et ce, malgré tout ce qui nous a opposés pendant huit ans, malgré tous ceux qui se sont évertués, au cours des cinquante années écoulées, à entretenir un climat de haine, de revanche pour les uns, de repentance pour les autres.

Il y a dans les profondeurs de ce peuple, un sens inné de la justice, une subtilité naturelle, un esprit critique qui, pour ne rien devoir à Descartes, le rapproche du peuple français, et lui permet de rester debout, en regardant son destin en face.

De même que j’ai toujours eu confiance dans le fait qu’un jour, l’Histoire, – la vraie -, nous réconciliera, et permettra de porter un jugement sincère et objectif sur ce que fut notre « cohabitation » sur cette terre, avec ses moments de tragédie, ses passions dont la violence et inscrite dans les sentiments que la climat ardent de ce pays a toujours inspiré, mais aussi ses périodes apaisées, où, se tissaient les liens d’une sincère amitié qui pouvait, parfois se confondre avec une vraie fraternité.

Seuls ceux qui ont vécu ces moments peuvent en parler. Les autres sont nourris des légendes fabriquées et entretenues par  « l’omerta » officielle et par la propagande des promoteurs d’un « prêt-à-penser »inspiré par l’idéologie marxisante des années cinquante….

La lecture assidue de la Presse algérienne, me permet, cinquante ans après, de maintenir le lien qui rattache mon passé au présent des Algériens. Passionné de Foot, je continue à suivre les résulats et les performances de clubs que j’ai connus, et rencontrés à l’époque où je pratiquais ce sport au RUA: la Mouloudia, l’Usma, le Widad et bien d’autres….Je m’intéresse à la vie du « bled », et à ce qui se passe, au quotidien, dans des lieux qui m’étaient familiers…Il m’arrive de faire un détour et de m’attarder sur quelques sites d’information algériens sur internet, tels qu’Algérie Focus en m’étonnant souvent de leur liberté de ton à l’égard des prédateurs qui dominent l’activité économique du pays.  

Je viens de lire avec surprise, dans « El Watan », mon quotidien algérien préféré, un article qui rend compte du contenu d’un livre sur lequel, – « omerta » oblige -, la Presse française est restée discrète, excepté, bien sûr, l’hebdomadaire dans lequel l’auteur tient une chronique dans laquelle il administre la preuve de sa profonde connaissance des Pays Arabes.

Algérie Pons

Je n’ai pu résister au plaisir d’en reproduire l’intégralité sur ce blog, en soulignant l’honnêteté objective du commentaire, en même temps que la qualité d’écriture de celle qui en est l’auteur.

http://www.elwatan.com/actualite/une-mise-a-plat-sans-complaisance-01-04-2013-208697_109.php

Dans Algérie. Le vrai état des lieux (1), Frédéric Pons (2) affirme que son enquête «menée sans tabous», à l’appui de documents, de témoignages, d’observations et d’une connaissance du terrain, est destinée à révéler «le vrai bilan de cinquante ans d’indépendance» de l’Algérie.

Paris.
De notre correspondante

Une enquête qui est «marquée par une réelle empathie pour la terre algérienne, nous donne aussi des raisons d’espérer un nouveau départ pour ce pays magnifique», précise l’auteur dans une note de présentation. Pas de révélations ou d’informations inédites, mais un méthodique travail de documentation sur un demi-siècle d’indépendance de l’Algérie.

«Nation gérée par une gérontocratie réputée kleptomane, l’Algérie de 2013 a oublié depuis longtemps que faire de sa jeunesse. Elle ne sait pas la retenir ni la faire rêver, à un âge où pourtant, dans n’importe quel autre pays, les jeunes sont toujours prêts à tout donner. Tout cela était-il écrit d’avance ?

Bien sûr que non. Il n’y a pas de fatalité dans l’histoire des hommes et d’un pays.

Seuls comptent la volonté de travailler, le désir de construire et d’avancer, ensemble», avance Frédéric Pons, dans l’avant-propos de son ouvrage. Et de poursuivre : «Depuis cinquante ans, la trajectoire de l’Algérie est bien celle qui lui a été donnée par ses dirigeants, ceux qui l’ont ‘’libérée’’ des Français, et leurs héritiers ou épigones. Ceux-là partiront. Le renouvellement attendu des générations devrait être un bienfait, comme la pluie après la saison sèche. Qu’est-ce qui empêcherait alors l’Algérie d’améliorer son sort et de reprendre son rang de grande nation méditerranéenne qu’elle a laissé tomber au fil des ans ?»

Et Frédéric Pons de signaler encore que ce document «dessine le visage de l’Algérie du début de ce XXIe siècle. De façon critique certes, mais honnête et surtout lucide».

L’ouvrage est charpenté autour de cinq grands thèmes : mémoires, pouvoirs, violences, richesses, avenirs. «Tous au pluriel, précise l’auteur, car chaque thème est porteur d’options multiples, voulant résumer une facette de l’Algérie d’aujourd’hui, en conséquence des choix d’hier.»

Au fil de la lecture du livre, nous relevons quelques extraits illustratifs du tableau que dresse Frédéric Pons de l’Algérie depuis son indépendance. Ainsi, (page 143-144) il écrit : «En basculant du côté des ‘’démocraties socialistes’’, l’Algérie avait fait le choix de l’idéologie contre le réel. Tout devait se plier aux injonctions de ce ‘’socialisme spécifique’’ algérien, dans les débats, les discours, les cérémonies. Le pays avait tourné le dos à l’Occident, refusant la coopération scientifique et technologique, les échanges, l’assimilation des savoir-faire utiles.

Ce refus d’enrichissement réciproque avec l’étranger coûtera longtemps très cher à l’Algérie, bloquant pour de longues années son développement technologique et scientifique. …Voulue par Boumediene et entretenue par ses successeurs, l’arabisation devait permettre de mieux prendre le contrôle social de la société. Cette erreur fera le lit de l’islamisation et le malheur de toute une génération de jeunes arabophones déclassés, privés de débouchés, en mal d’expression.

Isolés, les jeunes Algériens découvrent ce qu’ils vont appeler la ‘’ghoûma’’, une sorte d’étouffement existentiel qui leur interdit tout contact normal et fécond avec l’extérieur. Couplée à la ‘’hogra’’ (l’injustice), elle produit cette «mal-vie» dont tous les jeunes parlent dans l’Algérie d’aujourd’hui, cette ‘’trahison des pères’’ que le FIS saura récupérer en radicalisant la perception idéologique de la mal-vie, tout en offrant un recours : Dieu».

Ou encore (page 146) : «C’est sous la présidence Chadli que le régime, né en 1962, va affronter sa première vraie crise, en octobre 1988, l’obligeant à quelques révisions déchirantes : la fin du système du parti unique, l’instauration du pluralisme politique, l’adoption par référendum, le 23 février 1989, d’une nouvelle Constitution, la quatrième en vingt-cinq ans.

(Page 197) : «La question de la personnification du pouvoir est centrale en Algérie. Qui est le pouvoir ? Peu de gens peuvent répondre avec certitude, comme le montrent les questions qui agitent l’imaginaire collectif algérien. On l’a aussi constaté dans les grands débats tenus dans les médias, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance.»

(Page 201) : «Par sa longévité à la tête de l’Etat autant que par son habileté, Abdelaziz Bouteflika marque ces cinquante ans de République algérienne. Avec lui, le système naguère si opaque a évolué. On ne parle plus de ‘’cabinet noir’’. A part l’indestructible Toufik, les puissants barons des années 1980-2000, souvent issus de l’armée française, ont progressivement disparu, morts de façon naturelle, parfois plus brutalement, ou partis à la retraite.»

(Page 202) : … «Abdelaziz Bouteflika arbitre, tranche mais reste un mystère… Cet apparatchik présent dans les cercles du pouvoir depuis plus cinquante ans restera dans l’histoire l’homme du retour à la paix civile, au terme de la guerre de dix ans contre les islamistes. Il n’en est pas le premier ni le seul responsable, car le désarmement de l’Armée islamique du salut (AIS, le bras armé du FIS), et l’amnistie qui suivit, avaient été négociés avant lui, en octobre 1997, par les généraux. Bouteflika n’a fait qu’empocher le succès de cette trêve unilatérale préparée par l’état-major avant son élection à la présidence. Il en a assuré la ‘’couverture’’ politique et juridique.»

(Page 373) : «La situation est grave mais pas désespérée. L’Algérie (35 millions d’habitants, 50 millions dans vingt ans) est un géant qui s’ignore, ou qui se dérobe à son destin, alors qu’elle a tout pour gagner les défis qui l’attendent.»

-1- Algérie. Le vrai état des lieux aux éditions Calmann -Levy, 2013
-2- Frédéric Pons est rédacteur en chef du service monde de Valeurs Actuelles, professeur à Saint-Cyr et à l’Ecole de guerre. Grand reporter, il couvre le monde arabe et a réalisé de nombreux reportage en Algérie.

Nadjia Bouzeghrane.

Un livre qui n’a pas suscité l’intérêt de la Presse française, trop occupée par les problèmes « franco-français »qui entretiennent le peuple de France dans l’idée que la terre tourne autour de lui, et que le soleil tourne autour de la Terre.

Mais un livre qui passionnera, j’en suis sûr, les élites algériennes, du moins celles qui ne sont pas trop compromises dans les turpitudes du pouvoir, et qui regardent le présent et l’avenir de leur pays avec lucidité et objectivité….

A lire par tous ceux qui considèrent que la France et l’Algérie peuvent peut-être encore faire un bout de chemin ensemble…

2 réflexions au sujet de « L’Algérie, encore et toujours. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    En effet. Je suis convaincu que le peuple algérien, du moins « les vieux », ceux de mon âge, qui ont vécu cette tragédie,ne partagent pas tous l’opinion que le Pouvoir algérien a transformé en propagande, et que les médias français, pas tous, bien sûr, ont repris pour servir la soupe au FLN dont ils ont été complices. Ceux qui, parmi les Algériens, ont une mémoire, ont la même perception que nous de ce qu’a été notre « cohabitaion » et notre vie commune.Quand aux jeunes, ils ne savent rien de la vérité, mais ils se foutent de la propagande du Pouvoir algérien. Leur rêve c’est d’avoir un Visa pour la France, l’ancienne puissance colonisatrice….

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  2. Jean Pierre

    Je partage votre analyse. Je n’ai pas lu ce livre, mais j’ai lu il y’a trois ans le livre romancé de Yasmina Kadra « Ce que le jour doit à la nuit ». Alexandre Arcady en a tiré un film. Ni le livre, ni le film n’ont eus je crois le succès qu’ils méritaient. Comme vous dites justement les responsables politiques est médiatiques ne veulent pas d’une histiore qui ne ressemble pas à celle décrite par des pseudos historiens politisés.

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