Tombouctou…


tombouctou

Les troupes « franco-maliennes » viennent d’investir Tombouctou.
En regardant ces images à la télévision, des souvenirs anciens et d’autres images sont remontées à la surface de ma mémoire…

Je les évoque avec un brin de nostalgie.

Il fut un temps, en effet, où les amoureux du Sahara dont je fus, pouvaient donner libre cours à leur passion, en parcourant, sans risque de se voir agressés ou enlevés comme otages, des territoires que la France avait mis un demi-siècle à pacifier.
Au même moment, me reviennent en mémoire, mes lectures de jeunesse, parmi lesquelles l’oeuvre romanesque de Roger Frison-Roche, qui a consacré tant de pages à ce Sahara qu’il a parcouru tant de fois, dans toutes ses dimensions.

Ces lectures n’ont pas peu contribué à me communiquer cette passion qui ne m’a jamais quitté ensuite.

Touareg
Dans les circonstances actuelles, je n’ai pu m’empêcher d’extraire de ma biblothèque un vieux livre abondamment annoté de ma main, pour relire les meilleures pages que Frison-Roche(*) a consacrées à René Caillé, ce personnage hors-normes, qui fut le premier « européen » à atteindre la ville mythique de Tombouctou.
René Caillé, ce fils de bagnard, décide, d’entreprendre, seul, sans escorte, sans argent, sans aucune assistance, le long voyage qui devait le conduire, de Kakondy à la « ville mystérieuse, aux sept portes d’or ».

Presque une année de marche épuisante dans les sables du désert, de rencontres hasardeuses, de dangers, de souffrances, de soif et de faim… 

Son hallucinante traversée de cette partie du Sahara, il la réalisera en se faisant passer pour un « meskine », c’est-à-dire pour un mendiant, en s’immergeant dans le Coran, au point de passer aux yeux de tous ceux qui l’ont côtoyé, pour un authentique musulman. En se faisant appeler « Abdallahi », « l’esclave de Dieu », il avait fait sien le proverbe arabe selon lequel, « le haillon du mendiant est moins voyant que la tunique d’un roi ». Car pour traverser seul le désert saharien, il vaut mieux ne pas exciter les convoitises…..

Parti le 19 Avril 1827, il arrive en vue de Tombouctou le 20 Avril 1828.

 » La piste de Cabra à Tombouctou serpente à travers un réseau de dunes mortes envahies par une maigre végétation arbustive où dominent les acacias tamats et les mimosas formant des buissons épineux. Lorsqu’on les regarde du haut d’une de ces collines, ils donnent au paysage l’aspect d’une forêt en miniature.

Ils arrivaient au petit col qui permet de franchir le dernier cordon de dunes avant la ville lorsque René Caillé découvrit enfin Tombouctou.

La joie d’avoir réussi l’exploit impossible se dissolvait peu à peu dans une angoisse inexprimable.

Sur la plaine immense, un amas de murs faisait penser à des fortifications, mais à mesure qu’on approchait, se découvraient des ruines d’habitations entourant Tombouctou d’un cercle de misère. De l’ensemble de la ville grise ne dépassaient que trois minarets, dont l’un dominait nettement les terrasses.

Le jour tombait lentement. Vers l’Ouest, le disque solaire strié de fins nuages descendait sur l’horizon. Comme il allait basculer et disparaître, il lança ses derniers feux qui balayèrent Tombouctou et ses ruines, leur conférant tout à coup l’éclatant ruissellement de sa lumière. La ville morte flamboya un court instant puis tout sombra dans l’uniformité grise du crépuscule. »(Ibid. Page 329).

Ainsi apparut Tombouctou à René Caillé, au terme de son hallucinante traversée du désert, le 20 Avril 1828, à l’heure du crépuscule.

René Caillé deviendra, le long des pistes qu’il aura parcourues, un personnage de légende, une sorte de conte oriental, qui se répand, d’un campement de nomades à l’autre, sur un territoire immense totalement inconnu des nations occidentales.

Son aventure se doublera d’ une expérience mystique, car on ne traverse pas le désert sans éprouver le sentiment de fragilité de l’homme, face à la solitude, l’immensité, les ciels étoilés qui offrent la sensation qu’en tendant la main, on pourrait ramasser une poignée d’étoiles, et sans ressentir à quel point on est rien de plus qu’un « grain de sable dans la main de Dieu », face à cet univers hostile, qui exerce sur le voyageur une sorte de fascination esthétique…

Rares sont ceux qui échappent au questionnement sur l’emprise d’une « Toute-Puissance »invisible, que certains appellent Dieu et d’autres Allah. Les religions monothéistes ne sont pas nées dans le désert, par l’effet du hasard….

Tombouctou !!! Quand j’étais jeune, ce seul nom symbolisait « le bout du monde ». Quand on voulait dire, dans mon entourage, que quelqu’un habitait « au diable-vauvert », on disait qu’il « habitait à Tombouctou »…..

René Caillé, un grand explorateur oublié !!!

Quand je pense que son nom servait, à Alger, à nommer une toute petite rue, qui bordait la Casbah, où se trouvait un bordel….

Car à son retour en France, reçu avec les honneurs par Charles X, il affrontera le doute semé, sur son exploit, par quelques bureaucrates jaloux. Les « scientifiques »,- précurseurs, sans doute, de nos « chercheurs du CNRS »-, ne pouvaient pardonner à ce jeune homme inculte, fils de bagnard, d’avoir réussi là où les plus grands noms de l’exploration française ou britannique avaient échoué….

Mais, pour les sahariens, René Caillé appartiendra toujours, j’en suis certain, à la légende de Tombouctou….

(*) Frison-Roche:  » L’esclave de Dieu » . Flammarion. Réédition 1985.

2 réflexions au sujet de « Tombouctou… »

  1. Nadock

    Coquille : Ainsi apparut Tombouctou à René Caillé, au terme de son hallucinante traversée du désert, le 20 Avril 1928, à l’heure du crépuscule……. le 20 Avril 1828 .

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s