Prosper Durand et Cie.


(Suite).Ma grand-mère a cessé de faire le ménage du Consulat de Suisse, lorsque ma mère qui venait d’obtenir son Brevet Supérieur, et son Diplôme de « Sténo-Dactylo », a eu son premier emploi, un poste de Secrétaire de Direction chez « Prosper Durand et Cie », une entreprise de négoce de charbonnages, de pétrole, et de fournitures destinées aux navires du Port d’Alger.

C’est grâce au salaire de ma mère que ma grand-mère a pu »faire bouillir la marmite »et que mon oncle, titulaire d’une bourse d’études a pu terminer sa formation à l’Ecole Normale d’Instituteurs.

Ma mère nous racontait que pour économiser le prix du ticket de tramway, elle faisait, par tous les temps, le trajet entre « la maison » et « le bureau », à pied. Environ une heure de marche: une heure à l’aller, autant au retour….

Tout ceci n’est pas destiné à émouvoir le lecteur, en jouant le couplet du « misérabilisme ». Bien au contraire. Ceci montre que la pauvreté, n’exclue pas  la dignité, le courage, et surtout, la volonté de réussir dans la vie, pour sortir de la misère, précisément. Par le Travail…. 

Ma grand-mère était totalement illettrée, et cela n’a pas empêché ses enfants de faire de bonnes études, malgré des moyens financiers très limités. Cela me permet, au passage, de tordre le cou à un discours ambiant selon lequel l’échec scolaire s’explique, aujourd’hui, par « les difficultés sociales »….

Cela me permet de montrer également que- contrairement à une légende coriace – les « Pieds Noirs » n’étaient pas tous, et loin s’en faut, des « colons » exploiteurs, et que beaucoup d’entre eux vivaient dans des conditions qui n’étaient guère meilleures que celles de beaucoup d’Arabes. 

Je ferme cette petite parenthèse, mais j’y reviendrai ultérieurement, à propos d’un autre sujet.

En entrant chez Prosper Durand, ma mère va découvrir un milieu qu’elle ne pouvait imaginer pénétrer un jour: celui de la grande entreprise, mais aussi celui des affaires dont les centres de décisions ne se trouvent pas en Algérie.

Cela va lui ouvrir , ainsi qu’à mon père, un peu plus tard, des horizons inattendus. Car elle est fort appréciée dans son travail et très estimée par son patron. Cela comptera pour la suite.

Car Prosper Durand est une personnalité à Alger. Sa famille est fortunée, et il est Membre de la Chambre de Commerce, ainsi que l’atteste le document que l’on trouvera sur le site:

http://alger-roi.fr/Alger/port/texte/notice.htm

En effectuant une petite recherche, grâce à Google, j’ai retrouvé la trace de l’entreprise « Prosper Durand et Cie » jusque dans le Conseil d’Administration de la Compagnie de Navigation Worms:

http://www.wormsetcie.com/1949/19490600de-roger-menneveeles-documents-de-laiiiarticle.html

Je cite:

« En dehors de Sir Arthur C. Cory-Wright, la personnalité la plus importante de l’affaire était M. Frédéric James Leather, grand armateur, né le 21 novembre 1884 à Londres, administrateur de nombreuses sociétés relevant du commerce et du transport des combustibles, spécialement des filiales de la Worms Cory and Son Ltd, où dans laquelle celle-ci possédait des intérêts.
C’est ainsi qu’en 1938, on le trouvait au conseil de :
Cory Colliers Ltd
Cory and Strick Ltd
Cory Lighterage Ltd
Bridge Wharf C° Ltd
Forward Lighterage Ltd
Mann George and C° Ltd
Prosper Durand and C°
Fuel Shipplng and Trading CP Ltd
English Coaling C° Ltd
Suez-Canal Lighterage C° Ltd
Tunnel Asbestos Cement C° Ltd
Walton Joseph and C°
K.V. Nederlandsche Steenkolen Handelmaats (société hollandaise)
Société française Worms Cory et Fils
Compagnie de gestions et de participations (société française), etc. »( Fin de citation ).

Car le Port d’Alger, qui, depuis la conquête de l’Algérie, n’est plus un repaire de pirates « barbaresques », est devenu l’un des grands ports de la Méditerranée, par où transitent les importations et les exportations de ce pays en plein essor.

De la fenêtre de son bureau, ma mère peut apercevoir ce qui reste du quartier de la Marine, toujours en cours de démolition car ce quartier a mis plus de quarante ans avant d’être entièrement rénové. Ce quartier où pour notre famille, tout a commencé.

Quartier de la Marine

Elle aperçoit de loin, les dockers, les marins, les grutiers, les navires qui entrent et sortent du Port d’Alger. Elle évoque tout ce petit monde avec sa grand-mère Alphonsine qui termine ses jours chez sa fille Catherine…. Car ma grand-mère a recueilli sa mère trop vieille pour continuer à tenir son bar.

Sur le trajet, effectué à pied, entre la maison et le bureau, ma mère croise très souvent, un garçon brun, aux grands yeux noirs, et échange avec lui un sourire: de sourires en sourires une idylle va naître….

Ce garçon sera mon père.

( à Suivre ). 

3 réflexions au sujet de « Prosper Durand et Cie. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    @Jean-Perre: La plupart des « gros colons » ne s’appelaient pas Martinez ou Sintès, ou Sconamiglio… Il s’appelaient Borgeaud, Blachette, Faure, Roche, Mérigot etc… La plupart vivaient à Paris dans les beaux quartiers ou à Cannes. Ils venaientune ou deux fois par an en Algérie, pour « ramasser » le fric. Je raconterai cela quand j’évoquerai mon père….

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  2. Jean Pierre

    Votre précision sur les pieds noirs est tout à fait juste. Les colons comme on dit, qui résidaient en Algérie éxécutaient le sale boulot. Les vrais profiteurs, commanditaires avaient pignon sur rue en Métropole (exemple Sénéclause, Saint Pierre, etc, tous marchands de vin).

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