Repentance ??? Rebelotte !!!


C’est avec une surprise étonnée que j’écoute, à la radio, depuis ce matin, les réactions aux récentes déclarations de « Normal 1er », à propos d’un anniversaire tragique que les Algériens de France ont pu célébrer, dans un pays qui leur permet de s’exprimer en toute liberté.

Imaginez la comémorations en Algérie, par des pieds-noirs restés là-bas, des assassinats commis par l’armée ou la police algérienne, après l’indépendance……..

Pour tout dire je m’attendais à ce genre de déclaration, surtout de la part d’un Socialiste qui se sent toujours plus léger pour dénoncer les actes attribués « aux autres », que pour assumer ceux commis par les siens….

Mais « La France » a bon dos, et les épaules larges. Elle peut donc « assumer ». Sans doute nous accordera-t-on le droit de penser que l’Algérie n’a pas encore les épaules assez larges pour assumer les actes abominables commis par les siens.

Je sais que l’on m’objectera que ces actes ont été commis par des Algériens qui luttaient pour « leur dignité » et pour « leur liberté ».

A cela, je réponds que l’on n’accède pas à une vraie dignité en commettant des actes indignes. Car pour moi, l’usage de la terreur quand il est théorisé en tant que stratégie, l’usage de  l’attentat aveugle, de l’assassinat par égorgement, par éventration des femmes enceintes, par émasculation des hommes,…et j’en passe, fait partie des actes indignes, que l’Algérie s’est toujours refusée à reconnaître.

Ceci dit, je me suis suffisamment exprimé sur l’Algérie, la Colonisation, l’Histoire « revisitée », occultée ou falsifiée de ce pays, telle qu’ont réussi à l’imposer à l’opinion, de pseudos-historiens comme Benjamin Stora , ce trotskiste impénitent, ou un Claude Manceron présenté par l’intelligentsia marxisante de la Rive Gauche comme « la référence »en matière historique sur l’Algérie, et qui finit sa « carrière » comme membre de la Ligue Arabe ( El Watan dixit ).

Je me suis suffisamment exprimé sur la duplicité de ces « historiens de pacotille », et sur le fait qu’on ne peut avoir une perception objective de l’Histoire, lorsqu’on en fait un accessoire idéologique, et un instrument de propagande. On pourra se référer à certains de mes billets antérieurs:

https://berdepas.wordpress.com/2008/05/04/repentance/

https://berdepas.wordpress.com/2008/05/24/156/

https://berdepas.wordpress.com/2012/02/19/negationisme/

https://berdepas.wordpress.com/2012/06/29/lagerie-et-la-france/

Mon commentaire d’aujourd’hui se résumera à la seule évocation de la manière dont certains historiens, relayés par les médias complaisants,  jugent les responsabilités de la France dans la répression de manifestations aux quelles elle a été confrontée, au cours de ce conflit tragique.

Je me réfère d’abord au commentaire de Daniel Scheidermann qui, chaque matin sur Arrêt sur images, publie une chronique à succès, sur les dominantes médiatiques du jour: aujourd’hui, la reconnaissance par la France de la « tuerie » du 17 Octobre 1961.

Ce chroniqueur dont les opinions de Gauche sont clairement affichées, nous dit ceci, ce matin. Je le cite:

 » Cinquante et un ans ! De Gaulle est mort, Papon est mort, et la droite française n’est toujours pas mûre pour regarder en face l’histoire de la guerre d’Algérie. »

 J’ai envie de lui répondre,

« Mais que dire des responsabilités de la Gauche, dans cette conquête puis dans cette colonisation entreprise au nom de « la Mission Civilisatrice de la France », dans le déclenchement de la Guerre d’Algérie, sous un Guy Mollet, puis un Mitterrand, pour qui « l’Algérie c’était la France », un Mitterrand qui fit décapiter des dizaines d’Algériens (ce qui , par remord lui a inspiré l’idée fermement défendue par Badinter de supprimer la peine de mort en France )???

Que dire de la responsabilité des Gouverneurs Généraux, tous Socialistes,  qui se sont succédés au cours des 40 dernières années de présence française, véritables pro-consuls de la République, qui ont fermé les yeux sur « le bourrage des urnes » et qui se sont prêtés aux exigences des  vrais Colons ( qui pour la plupart finançaient le Pari Radical, ou les Partis Socialistes, n’est-ce pas Mr Daniel Mayer, Sénateur de Constantine ??? ) opposés à toute évolution du statut des Algériens ???

Que dire de la Responsabilités des Communistes membres du Gouvernement Provisoire de la République présidé par de Gaulle, qui n’ont jamais desavoué les tueries de Mai 1945 , que beaucoup considèrent comme ayant été à l’origine de la révolte de 1954 ???

Pourtant, les recherches historiques n’ont jamais cessé, nous dit hypocritement Scheidermann et « la note Wikipédia en donne un bon aperçu. Comme toujours, d’ailleurs, il apparaît que la vérité n’est pas manichéenne ».

Pour comprendre le déchaînement policier du 17 octobre, il faut aussi se souvenir des attentats perpétrés par le FLN, les jours précédents, contre de nombreux policiers en uniforme et en civil. Quant aux mécanismes de l’occultation, aux obstacles à la lucidité mémorielle, ils sont aussi plus complexes qu’on ne pourrait l’imaginer.

Wikipédia exhume opportunément l’éditorial du Monde du 19 octobre, qui imputait au seul FLN la responsabilité du massacre » .( Fin de citation ).

Scheidermann cite par ailleurs l’historien  « Jean-Luc Einaudi qui explique le silence ultérieur, du côté algérien : il s’agissait, pour le jeune Etat, de minimiser l’action des Algériens de France, pour mieux glorifier celle des combattants d’Algérie.

Faire la lumière, la faire toute, prendra encore du temps. »( Fin de citation ).

Ô Combien  !!!

 On dit, très souvent que « c’est au plus grand de faire le premier pas ».

Pour la France, Il est fait.

La balle est maintenant chez le gouvernement Algérien et ses responsables, toujours très discrets sur la période post-indépendance.

Seule une réciprocité équilibrée des deux côtés de la méditerranée permettra de clore les amertumes et d’instaurer une véritable paix entre égaux. « La France fait un pas vers l’établissement de la vérité sur cette période. Si les Algériens acceptent d’en faire autant sur les atrocités qui ont eu lieu aussi chez eux, le temps des mea culpa pourra venir ensuite. La priorité, c’est d’ouvrir les archives. Des deux côtés de la Méditerranée ». C’est le sentiment exprimé par Hervé Gattegno dans « Le Point », et que je partage.

Mais puisque nous sommes sur le terrain de la repentance, ne le quittons pas.

Si la République a le devoir d’assumer la responsabilité des actes commis par sa Police, ne doit-elle pas, pour les mêmes raisons assumer les actes commis, – contre des Français -, par son Armée aux ordres du Général de Gaulle ???

Ainsi, le 26 mars 1962, avait lieu la fusillade de la rue d’Isly, à Alger.

Il s’agissait comme pour la tuerie du 17 Octobre, de réprimer une « manifestation interdite ». L’armée française, encadrée par des Officiers français, obéissant aux ordres formels qu’ils avaient reçus, ouvre le feu dans le tas.

Parmi la soixantaine de morts figuraient des femmes et de tout jeunes enfants français qui ont été tués par les tirs de l’armée française.

La plupart de ces Français désespérés, qui allaient devoir quitter leur maison, leur métier, une ville où ils étaient nés et avaient toujours vécu, n’avaient strictement aucun rapport avec l’OAS ni aucune organisation d’extrême droite contrairement à la légende.

Mais leur tragédie a sombré dans l’oubli.

Alors, « deux poids, deux mesures ? » .

Si on ne doit rien occulter, et c’est mon point de vue personnel, il faut tout mettre sur la table. Je dis bien TOUT. Et ne pas laisser le champ libre à quelques historiens de pacotille, pour faire une sélection dans les évènements de cette histoire tragique, et ne retenir que ceux qui vont « dans le sens de l’Histoire ». De « leur » Histoire.

Ouvrons toutes les archives, des deux côtés de la Méditerranée, sans restriction, en levant tout « secret défense », et laissons opérer les nouvelles générations d’historiens des deux côtés de la Méditerranée, débarrassés des séquelles d’un marxisme qui empoisonne la vie intellectuelle française,et contamine les intellectuels algériens, depuis plus d’un siècle.

Je cite, comme très souvent, El Watan d’aujourd’hui:  » Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire et président de l’association 17 Octobre 1961, et Gilles Manceron, historien et membre de la Ligue arabe ( !!!), ont fait valoir qu’il reste la question des archives et leur ouverture aux historiens « . (http://www.elwatan.com/hebdo/france/hollande-reconnait-la-repression-sanglante-18-10-2012-189303_155.php )

Je ne le leur fait pas dire….Mais j’ose espérer qu’en disant cela, ils ne pensent pas qu’à l’ouverture des archives française, et qu’ils souhaite que l’Algérie également, permette aux « vrais historiens » de faire leur travail.

La Guerre, la peur, la mort.


 

 PAUL HANNAUX (1899-1954) ALGER, DÉBARQUEMENT AMÉRICAIN

Cela se passe le 8 Novembre 1942, au petit matin. Je ne peux pas me tromper sur la date, car les évènements de la nuit précédente sont gravés dans ma mémoire.

Dans la nuit du 7 au 8 Novembre 1942, Alger est réveillée par un tonnerre de détonations. Par moment, des explosions sourdes font trembler les murs de l’appartement où nous habitons alors, au 10 de la Rue Duc de Cars, sur les hauts de la ville.

Je me lève terrorisé, pour me réfugier dans la chambre de mes parents, qui  sont déjà debouts pour essayer, du balcon, de comprendre ce qui se passe. Dans l’immeuble, d’autres personnes sont également sur leur balcon, certaines en pyjama, d’autres enveloppées dans une couverture. Mes parents échangent quelques mots avec leurs voisins. Tout le monde est inquiet.

Jusqu’ici Alger avait été épargnée par le vacarme de la guerre et des bombardements. D’où notre surprise.

Mon père se précipite sur le vieux poste radio, pour tenter de comprendre la situation. Il revient très vite sur le balcon et annonce aux voisins: c’est le débarquement des Américains. Des avions sillonnent le ciel poursuivis par les explosions des tirs de DCA.

Mon père me dit: « vas t’habiller, vite… »!!!. Le jour se lève et nous remontons la Rue Duc des Cars, jusqu’à une petite place d’où partent des escaliers qui descendent jusqu’à la Rue Michelet, à la Hauteur des « Facultés ». De cette place, à travers cette trouée, nous avons une vue panoramique de la Baie d’Alger, et le spectacle qui s’offre à nous est hallucinant.

La baie d’Alger est noire de navires de guerre, au dessus desquels flottent en l’air, des espèces de ballons dirigeables que plus tard nous nommerons « des saucisses », destinées à les protéger des attaques aériennes. Partout crépitent les tirs de mitrailleuses et les explosions.

J’ai neuf ans, et j’ai très peur. La Guerre, je ne sais pas encore ce que c’est. En 1942, il n’y a pas de télévision dans les foyers, et je ne suis encore jamais allé au cinéma: mon premier film sera pour plus tard, quand j’aurai douze ans: ce sera « Le Dictateur » de Chaplin. Je ne peux donc pas me représenter ce qu’est « la guerre ».

Le ciel est constellé de petit nuages noirs qui très vite se dissolvent. Ce sont les obus de la défense aérienne tirés depuis le « Fort l’Empereur ». Une odeur acre se répand. Mon père me prend par la main pour me conduire chez sa mère qui habite près de chez nous: dans son immeuble il y a une cave où nous serons à l’abri.

Pendant que nous redescendons la Rue Duc des Cars, deux voitures chargées de militaires remontent la rue à toute allure. Des voitures comme je n’en avais jamais vu. Ce sont des Jeeps de l’Armée américaine. Leurs occupants nous saluent du geste en faisant un V, l’air triomphant.

Nous arrivons chez ma grand mère qui, emmitoufflée dans un grand châle de laine, s’est réfugiée dans le couloir de son minuscule appartement. Mon père me « dépose » là, et repart rejoindre ma mère.

Avec ma grand-mère,que j’appelle Mémé, nous descendons dans la cave éclairée par deux bougies. Quelques instants plus tard, des voisins de ma grand-mère, puis mes parents nous rejoindront.

En attendant, je tremble comme une feuille. Je découvre à neuf ans ce que des millions de petits Français ont vécu avant moi: le vacarme de la guerre, les bombardements, la peur …. Ma grand-mère  m’a pris sous sa protection, dans ses bras, et je partage la chaleur de son grand châle de laine, qui nous abrite contre l’humidité de cette cave souterraine.

Je ne sais pas encore que chaque soir pendant des mois, nous nous retrouverons, dans cette cave, car maintenant que les Alliés ont pris pied en Algérie, Alger sera bombardée toutes les nuits par les Junkers allemands ou les avions italiens. Un peu plus tard, mon père nous évacuera, « dans le bled », c’est à dire à l’intérieur du pays qui échappe aux raids aériens.

Les longues soirées passées auprès de ma grand-mère paternelle, créent entre nous une proximité et une intimité affectueuse.

J’étais le premier enfant de ce fils unique qu’elle avait élevé seule. Cela me conférait une place particulière dans son coeur.

Espagnole jusqu’au bout des ongles, elle était une catholique fervente.

J’ai encore en mémoire, l’image de son visage déformé par la souffrance, la dernière fois que je l’ai vue, à la veille de sa mort, chez elle, dans son lit. Mon père m’avait amené auprès d’elle, sans doute parce qu’il savait sa fin très proche. Elle m’avait demandé d’une voix faible de m’approcher d’elle. Elle a posé sa main sur mon front et dans un souffle m’a dit: « mon fils donnes-moi le chapelet qui est sur la commode ». Puis elle s’est mise à prier. Je suis sorti de sa chambre sur la pointe des pieds.

Le lendemain, mon père nous annonçait sa mort. Avant sa mise en bierre, il m’a conduit, une dernière fois auprès d’elle. Elle paraissait dormir, le chapelet entre ses doigts. J’ai été pris d’un violent sanglot: c’était la première fois, alors que je n’étais pas encore sorti de l’enfance, que j’étais confronté à la violence de l’image de la mort.( à suivre ).

Les oreillettes et les « rollets »…


Ma grand-mère paternelle est morte prématurément, en 1946, d’un cancer: elle avait 56 ans. J’avais donc 13 ans. J’ai encore des souvenirs assez précis des moments passés auprès d’elle.

Depuis Octobre 1944, je suis interne au Lycée de Ben Aknoun. C’est mon oncle, l’Instituteur, qui suivait mes études de près et qui avait « l’oreille » de mes parents, et qui avait insisté auprès d’eux pour que j’entre à l’internat: il considérait que si j’étais resté chez mes parents, qui habitaient alors le quartier populaire de Belcourt, je risquais d’être détourné de mes études par « les mauvaises fréquentations », les « copains » de la rue, plus motivés par le foot que par les études, et qui avaient alors ( déjà ) une réputation de voyous…..

Reçu au « Concours des Bourses », je suis donc « boursier »et dispensé de l’examen d’entrée en sixième.

Je rentre dans ma famille tous les Samedis soirs, pour regagner le Lycée soit le Dimanche soir, soit le Lundi matin, à condition de ne pas rater le trolleybus qui part à 7heures de la Place du Gouvernement, et où se retrouvent, nombreux, des élèves qui se rendent au Lycée.

Ce trajet en trolleybus, respecte un rituel: nous nous arrêtons à El Biar, devant une brasserie réputée, où nous prenons un dernier bol de café au lait, avant le terminus qui signifiait pour nous la fin (provisoire) du chemin de la liberté.

Puis nous prenons le bus suivant, surchargé, car c’est le dernier. Le contrôleur, un Arabe sympathique surveille « l’embarquement »en hurlant « Avancez sur l’avant, avancez sur l’avant ». Lorsqu’il juge qu’il a fait le plein de passagers, il actionne le système pneumatique de fermeture des portes.

Un jour où le trop plein empêchait les portes de se fermer, il hurle:

-« les derniers, là-bas, descendez !!!! descendez tous !!!!

Un Lycéen espiègle répond, allusion au cours d’Histoire de France que nous avons tous en mémoire: « nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !!! »

Réponse du contrôleur: « Qui c’est çui-là qui a dit ça ???? En choeur, les gamins que nous sommes répliquent:  » c’est Mirabeau !!! ».  » Et bien Mirabeau dehors !!! Vous entendez, Mirabeau dehors, j’ai dit !!! ».

Mais c’est un brave type. Il sait que c’est le dernier bus avant midi et il ne laissera personne « sur le carreau ». On se serre un peu plus dans le bus et finalement tous peuvent y pénétrer, serrés comme dans une boîte de sardines.

Pendant les périodes de vacances scolaires, je partage mon temps entre « les copains », les virées dans le bled avec mon père, ou une visite chez l’une ou l’autre de mes grands mères.

Le jeudi, il m’arrive souvent de rendre visite à ma grand-mère paternelle, que j’appelle « Mémé » et qui habite à deux pas de chez mes parents.

Dès que j’entre chez elle, je suis heureux de retrouver l’odeur d’ail et de poivrons frits qui flotte toujours dans sa petite cuisine.

Elle me prépare un bol de café au lait, accompagné de ces friandises qu’elle adore confectionner, car ce faisant elle se souvient de sa mère espagnole, – ou plus exactement Valencienne -, qui lui avait appris à faire des « rollets » ( prononcez rolliettes » ), des « oreillettes », et des « pets de nones ». Elle me répète souvent: « ce que tu manges là, c’est ce que ma mère faisait quand j’étais petite, dès qu’elle avait un peu de sous pour acheter la farine, le sucre et les oeufs ».

Assise en face de moi, de l’autre côté de sa petite table de cuisine, elle me regarde m’empiffrer de ces friandises qu’elle me présente dans une petite corbeille en osier, enveloppées d’un torchon blanc.

Plus tard, les « rollets », ces anneaux de farine sucrés au fort goût d’anis, que je retrouverai en Espagne dans certaines boulangeries, évoqueront pour moi, comme « la madeleine » pour Proust, de précieux souvenirs d’enfance.

Elle me répéte, « mange mon fils, mange !!! J’en referai encore ». Elle ajoute, parfois: « quand j’étais petite, ma mère en faisait des paniers entiers, mais je n’avais le droit que d’en manger une ou deux !!! ».

« – Ah bon ??? Pourquoi Mémé ??

« – Parce que nous étions très pauvres. » En tournant la tête vers un portrait de vieille femme au regard sombre, habillée tout de noir pendu dans le couloir, elle ajoute « j’ai souvent entendu ma grand mère me dire:  » quand j’étais petite, et quand, chez nous, nous avions « l’ombre d’un boqueron (un anchois) sur une tranche de pain et deux olives, nous étions heureux » !!!

Contrairement à mon autre grand-mère, cette femme avait, dans sa manière d’exprimer son affection, une retenue, une pudeur, presque une distance qu’accentuait son port de tête altier, ce fier port de tête que l’on retrouve dans les attitudes des danseuses de flamenco, et qui vous donne l’impression d’être toisé.

Elle était toujours vêtue de noir, depuis que mon grand père était décédé. Ce Maltais  s’était engagé à 20 ans en 1915, dans l’armée française pour devenir français, et était revenu gazé: ceux qui l’ont connu, dans la famille, se souviennent de ses quintes de toux impressionnantes. Ma grand-mère avait une expression pour qualifier cela: « ton grand-père est parti jeune et plein de vie, il me l’ont rendu vieilli et « poitrinaire »…. ». J’étais trop jeune pour avoir connu ce grand-père, mort, lui aussi, prématurément.

Quelquefois, ma grand-mère qui savourait ces moments que je passais avec elle, car ils ouvraient une parenthèse dans sa solitude, me parlait de ses parents, et me montrait deux ou trois photos, -toujours les mêmes – totalement jaunies par le temps.

 Dans son discours, revenaient, de temps à autres des mots que je ne comprenais pas. Quand elle ne connaissait pas le mot français pour désigner quelque chose, elle utilisait le mot Valencien. Je lui disais: « Mémé, tu parles l’Espagnol ??? ». « Non, mon fils, me répondait-elle, je parle Valencien » !!!! Je ne comprendrai la nuance que beaucoup plus tard…..

De temps à autres, elle me disait: « Mon fils, quand tu seras grand, quand tu gagneras beaucoup de sous, promets moi de m’emmener en Espagne. »

Aujourd’hui, chaque fois que je me rends dans le petit village de Jalon, je pense à elle. Je l’imagine à côté de moi, en quête de repaires pour reconstituer ses souvenirs d’enfant.

Elle traversait des moments de nostalgie pour ce pays qu’elle avait quitté, enfant. Ses parents, tous deux ouvriers agricoles avaient dû fuir ce pays de misère, une année où la sécheresse avait ruiné toute une région qui va de Dénia à Altéa. Mes arrières grand-parents appartenaient tous deux à cette région de l’Espagne où je vis aujourd’hui, dont la géographie, le climat, la végétation ressemblent tant à ceux de l’Algérie.

Elle m’a raconté, un jour, qu’elle avait quitté l’Espagne à l’âge de six ans. Son père et sa mère ne trouvant plus de travail, et n’ayant même plus de quoi « faire bouillir la marmite », avaient entendu dire qu’en Algérie, il y avait du travail pour ceux qui connaissaient la culture de la vigne, des oliviers et des orangers. C’était précisément ce qu’ils savaient faire.

Ils ont embarqué au petit port de Denia, un soir. Chacun d’eux avait en mains, deux « couffins » dans lesquels se trouvait toute « leur fortune », et ma grand-mère serrait très fort contre elle une vieille poupée en chiffons que sa grand-mère lui avait confectionné. Le seule chose dont cette « Mémé gateau »se souvenait, c’est que le bateau, une fois sorti du port avait mis ses voiles « comme ça », accompagnant cela d’un geste que j’interprète aujourd’hui: le bateau s’était mis au »vent arrière ». Elle s’est endormie. Elle se souvient de l’arrivée dans la baie d’Alger, mais qui ne se souvient pas d’avoir été émerveillé par cette baie superbe.

J’ai vaguement souvenir qu’en arrivant à Alger, ils avaient assez vite trouvé du travail dans une banlieue proche d’Alger aujourd’hui urbanisée, mais qui était alors une zone de maraîchage où s’était établie une communauté de Maltais. Il semblerait que c’est là, en grandissant que ma grand-mère a rencontré mon Maltais de grand-père….

On comprendra, à travers ce récit et les récits qui l’ont précédé, que mes ancêtres en s’arrachant à leur terre natale, et en gagnant l’Algérie, n’avaient nullement l’intention de « coloniser  » ce pays.

De deux côtés de ma famille, ils y ont laissé beaucoup de sueur sans y faire fortune. A leur arrivée « là-bas », leur condition n’était guère différente de celle du peuple des Arabes aux quels ils se sont mèlés rapidement, puis, tout au long de leur vie.

Mais le moteur de leur existence a été alimenté par une volonté puissante de sortir de la misère, par le travail. Rien que par le travail. L’Algérie d’alors ouvrait ses bras à ceux qui ne craignaient pas de mouiller leur chemise, en défrichant une terre restée longtemps vierge, et jamais retournée par ses occupants qui vivaient principalement de cueillette, d’élevage, de commerce…ou de rapines.

Venus des quatre coins de la Méditerranée, mes ancêtres ont moins souffert du dépaysement que les Français d’origine, qui venaient d’Alsace, de Bretagne, ou même de Provence.

Il n’est pas difficile de comprendre la passion que je leur dois, pour cette Méditerranée dont les eaux si bleues, coulent dans mes veines.

C’est de là que je viens, et c’est là que je retournerai.

( à suivre ).

Racines…


( Suite ).

Ma grand-mère a sorti son mouchoir. Elle essuie les larmes qui mouillent son visage. Je m’en veux de lui avoir imposé cette plongée dans des souvenirs qui ont hanté sa jeunesse.

Car si elle aime toujours son père qui chantait si bien  » Ô Sole mio », elle adorait sa mère, dont elle s’est occupée jusqu’à sa mort, survenue à 82 ans, ( juste à la veille de ma naissance), dans cette cuisine où je faisais mes devoirs. 

Elle m’a souvent décrit sa mère comme une très jolie femme, secrète et silencieuse, dure à la tâche, qui a élevé ses nombreux enfants avec une autorité discrète mais ferme. Les absences répétées de son époux lui conféraient des responsabilités familiales qu’elle assumait, pleinement.

***

Devant le silence de son « héros » d’époux, Alphonsine est envahie par l’inquiétude et une part de doute.

 Que lui est-il arrivé ???

Il lui est facile de retrouver la trace, sur le petit port de Sorrente, du marinier qui avait transporté Vincent et qui, deux fois par mois effectue le trajet entre Sorrente et Alger, pour y livrer sa cargaison . Le marin lui confirme que Vincent qu’il revoit à chacune de ses escales à Alger, au petit Bar de la Marine, devenu son « quartier général », est bien vivant et que ses affaires sont prospères.

Pourquoi Vincent n’est-il pas revenu, comme il l’avait promis, dés qu’il aurait un peu d’argent ???

En femme courageuse, elle décide d’en avoir le coeur net. Elle négocie avec le marinier, le prix de son passage. Le marin lui fait un bon prix pour elle et ses cinq plus jeunes enfants. A l’occasion de la rotation suivante, elle embarque pour l’Algérie, terre inconnue, sans penser un seul instant qu’elle y prendrait racine, avec ses enfants et un maigre bagage, prête à affronter l’incertain….

La balancelle accoste au port d’Alger, au petit matin, comme à chaque fois.

Alphonsine débarque avec ses enfants. Un marin l’aide à porter son bagage qui contient ce qu’elle avait de précieux, c’est à dire pas grand chose, et lui propose de l’accompagner jusqu’à l’atelier de Vincent. Celui ci, debout chaque matin à quatre heures, est déjà au travail, avant l’arrivée de ses ouvriers.

Le marin frappe un grand coup dans la porte de l’atelier et s’éclipse, discrètement.

La porte s’ouvre et Vincent apparaît, tel qu’Alphonsine l’imaginait. Toujours aussi beau, la barbe bien taillée, élégant dans sa tenue de travail. Alphonsine est toujours aussi belle, malgré les fatigues du voyage. 

Elle a onze ans de moins que lui. Sur les photos jaunies que j’ai pu voir elle paraît plus jeune encore que les 27 ans de son âge. Elle m’est apparue comme une « femme enfant », blonde avec des yeux clairs et un regard qui dégage l’expression d’une forte personnalité.

Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et Vincent, en larmes murmure « pardon, pardon, pardon »….

Alphonsine ne dira rien. Silencieusement, elle reprend sa place. Toute sa place.

Nul ne sait comment Vincent a pu se défaire de sa liaison avec la jolie veuve de l’Officier.

Cette histoire faisait partie des « tabous » de la famille. Personne n’osait jamais en parler. Ma mère qui quelques fois évoquait le souvenir de sa grand mère ne parlait que très peu de son père….

Ce que j’ai retenu de ce que ma grand-mère a pu me dire, c’est que, un an après naissait son frère Daniel, mort accidentellement à 14 ans.

Et deux ans après naissait ma grand-mère  » l’AN mil huit cent quatre vingt six, le 3 Avril à six heures du soir, à Alger, Rue Renaud, au domicile de ses père et mère, fille légitime du sieur Vincenzo Consiglio, agé de quarante six ans cordonnier, et de Russo Alphonsine, sa femme agée de trente cinq ans, laquelle a reçu le prénom de Catherine, sur la réquisition et la présentation à nous faite du père de l’enfant….. » ainsi qu’en témoigne l’extrait de naissance que je possède.

 Paix à son âme. 

Cannabis , bis ???


 

Ce n’est pas la première fois que les Socialistes, dont certains brûlent depuis longtemps du désir de légaliser la consommation de cannabis, par la voix de l’un ou l’autre des « bavards » de service, lancent des « ballons d’essai » destinés à sonder l’opinion sur une mesure qui est loin de faire l’unanimité, même dans le camp de la Gauche.

Cela fait partie des deux ou trois « chiffons rouges » qui, avec le vote des immigrés, et le mariage des homos ,sont agités chaque fois que les sondages traduisent le peu de crédit que l’opinion accorde à l’action de ce Gouvernement en perte de vitesse, et dont les médias s’emparent pour en faire « des marronniers »….

Cette fois, l’originalité de la situation procède du fait que ce n’est pas n’importe lequel des « porte-voix » du Parti Socialiste qui s’exprime sur la question. Je précise: « porte-voix » mais pas « porte-parole » du Gouvernement puisque l’auteur de cette « bavure » en forme de bavardage, n’est autre que le ministre de l’Education Nationale, prestement désavoué par le Chef du Gouvernement….

C’est le même Minsistre qui, prenant la « bien-pensance » d’une génération de soixante-huitards attardés à rebours, entend rétablir la Morale, dans les programmes d’éducation de notre jeunesse !!!

Sur le plan de l’incohérence, et du « brouillage de l’image »d’autorité du Chef du Gouvernement, il est difficile de faire mieux.

Je suis tout de même surpris du silence de notre « Ministre du redressement des courbes du chômage » qui ne se s’est pas exprimé sur cette question.

Car il y a, pour « Montebourde », matière à « dodeliner », si la proposition de Peillon venait à être retenue par ce Gouvernement: il deviendrait opportun de lancer, très vite, un ambitieux programme industriel, dans ce domaine « porteur d’avenir », dans le cadre du « programme de relance de l’économie » cher à François Hollande….

En effet, la France, qui dans le domaine de la consommation du cannabis, n’est pas un pays attardé, pourrait lancer un vaste programme de construction de distributeurs automatiques, à installer dans les Lycées et Collèges, jumelant, pour un Euro, l’offre d’une dose de cannabis avec un préservatif et un Coca-Cola….

Je suis certain que ce projet rencontrerait un vrai succès auprès d’une certaine jeunesse…en France, mais aussi en Europe.

Képis, Bottes de cuir…et Chapeaux-melon.


         ( Suite du « Savetier et du Financier ) )

Manifestement embarrassée par mes questions, grand-mère se lève, ajuste son tablier, et va chercher, dans la cuisine, un petit arrosoir avec lequel, pour se donner une contenance, elle commence à arroser les géraniums rouges qui ornent son balcon.

Puis, elle pose l’arrosoir et me regardant droit dans les yeux, me dit, en écrasant une larme«  je ne t’ai jamais parlé de cela, fils, parce que c’est un sujet difficile, pour moi ».

Je comprends alors que la suite de l’histoire de mon arrière grand-père recèle une blessure dans la mémoire de ma grand-mère.

 Non sans peine, elle me raconte, alors, ceci :

– « Lorsque mon père débarque à Alger, c’est un bel homme, vigoureux, plein de courage qui envisage de rentrer en Italie, dès qu’il sera en possession de quelque argent, car il a hâte de retrouver son Alphonsine, ma mère, qui a passé sa vie à l’attendre patiemment .

S’éloignant du quai, il ne sait pas où aller et faire ses premiers pas sur cette terre inconnue.

A tout hasard, il se rend dans un petit bar, du quartier de la Marine, qui deviendra par la suite « son quartier général »pour  y boire un café.

Il y rencontre Lucien Ayache, le négociant en peau qu’il avait croisé, une heure avant, sans le connaître, à sa descente du bateau. Ayache, qui l’a reconnu, l’observe avec intérêt et l’apostrophe depuis l’autre extémité du comptoir en lui proposant un verre. Ce négociant en cuirs et peaux appartient à une famille aisée de commerçants juifs d’Alger. Son beau-frère, Gilbert Tubiana, possède plusieurs magasins de chaussures.

 Les verres de rosé se suivent et les deux hommes sympathisent. Mon père lui raconte ses mésaventures et comment il a dû gagner Alger pour fuir ls Carabiniers. Il explique qu’il est aussi bottier, et qu’il souhaiterait trouver un travail qui lui permette de gagner un peu d’argent pour payer le voyage de retour dans son pays.

Ayache, qui est un homme au grand cœur, le fait embaucher par son beau-frère, pour réparer des bottes de militaires clients de ses magasins. Très vite le beau-frère, Tubiana, constate, avec l’œil d’un professionnel, que mon père est un excellent bottier et qu’il peut faire mieux que réparer de vieilles bottes. Il le met en contact avec un de ses proches, David Bensoussan, qui est prêteur sur gages, qui avec la caution d’Ayache, lui avance les fonds nécessaires pour ouvrir une échoppe. »

Peu à peu, ma grand-mère a changé de visage. Cette femme dont l’oeil brille toujours a maintenant les yeux pleins de larmes, et j’éprouve un sentiment de révolte, au fur et à mesure du récit:

– « Mais Grand-mère que fait il de sa famille, de sa femme qui l’attend et de ses enfants restés en Italie ??? »

Ma grand-mère détourne son regard, et écrase encore une larme. Je me sens, à mon tour, envahit par l’émotion….

– « Ensuite, fils, tout va très vite .  Alger, où les fonctionnaires venus de France, et les Officiers de l’Armée tiennent le haut du pavé et constituent une aristocratie aisée, est une ville en pleine expansion où les affaires vont bien .

Mon père songe de moins en moins à repartir en Italie, car pour lui aussi, les affaires marchent bien, et il prend goût à ce changement de vie.

En moins d’une année,  il a acquis la réputation d’un excellent bottier : les officiers, beaucoup de Spahis, viennent se faire fabriquer des bottes de cavaliers , sur mesure, élégantes et solides. Les femmes d’officiers viennent  s’approvisionner en bottes montantes à boutons.

Mon père se lève tous les matins à quatre heures pour être parmi les premiers au marché de la rue de la Lyre, pour y choisir et acheter  les plus belles peaux, tannées à façon sur ses prescriptions.

Il écrit à Alphonsine pour lui dire combien il l’aime et lui annonce qu’il pense pouvoir gagner assez d’argent, assez vite, pour revenir riche à Sorrente et retrouver ses enfants.

En Octobre, les journées sont plus courtes, et peu à peu,le soleil se couchant, je sens le vent frais qui balaie le balcon et soulève le toldo qui nous abrite. Mais je suis anxieux de connaître la suite de cette histoire que personne ne connaît, dans la famille, sauf peut-être ma mère et mon oncle, mais qui sont toujours restés discrets sur leur grand-père…. »

– « Grand-mère, crois-tu qu’il est sincère quand il lui écrit ces mots ??? »

–  » Je n’en sais rien….Toujours est-il que la petite échoppe est devenue trop étroite. Mais vivant à peu de frais, il a déjà remboursé la majeure partie du prêt qu’il avait contracté. Il emprunte à nouveau pour s’installer dans le quartier de la Marine, dans un ancien entrepôt, où il crée un vaste atelier d’une vingtaine de personnes, qu’il organise, en divisant le travail : les ouvriers, en majorité des Arabes, sont divisés en deux équipes : ceux qui sont les plus habiles découpent le dessus de la chaussure, les autres découpent les semelles, et lui-même se charge avec un des fils de son ami Ayache à qui il a appris le métier en très peu de temps, de« monter » la chaussure.

Les affaires marchent de mieux en mieux. Vincent Consiglio, qui s’est créé un excellent réseau de relations parmi les militaires qui connaissent maintenant son « expérience de soldat Garibaldien », et qui sont sensibles à ses sentiments francophiles, possède maintenant une notoriété qui dépasse le quartier de la Marine.

Car grâce a ses relations avec un Général de ses clients, qui appartient à une Loge maçonnique, il est introduit, – déjà « initié »-, chez « les Frères », où il progresse très vite en grade. Ses relations s’élargissent et lui permettent de s’introduire alors, dans le Cercle des Officiers, où ont lieu de nombreuses réceptions.

C’est là qu’il fait la connaissance de la veuve d’un officier qui devient sa maîtresse.

Avec cette jolie femme, qui appartient au « beau monde », il oublie peu à peu Alphonsine, ses enfants, et Sorrente, se laissant entraîner dans le tourbillon de la vie mondaine.

Pendant ce temps, Alphonsine se désespère, car elle assume seule l’éducation de mes frères et sœurs restés auprès d’elle. Elle qui n’avait jamais travaillé jusque là, doit se mettre au service de familles bourgeoises. Elle envoie des appels à son « héros » qui ne donne plus signe de vie. »

Ma grand mère est émue. J’ai envie de la serrer dans mes bras, mais je n’ose pas.  Elle poursuit:

–  » Jusqu’au jour où…. »

( à suivre )

La Grande Braderie, bientôt « le Souk »…


Après avoir bradé la France, que les roitelets du Golfe se paie, en l’achetant « par appartements », nos politiciens, qui ne savent plus où et comment trouver de l’argent pour continuer à soutenir le « train de vie » de ce pays à la dérive, seraient ils en train de brader la « Francophonie » ????

On peut lire dans notre « quotidien de révérence » du soir:

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/10/13/francophonie-l-entree-du-qatar-comme-membre-associe-fait-polemique_1775174_3218.html

« Quant au Qatar, il est entré directement dans l’organisation en tant qu' »Etat associé » sans passer par la « case observateur », comme c’est habituellement la règle, a expliqué cette source. Cette entrée du Qatar a fait grincer des dents, selon une source proche du ministère français de la Francophonie.

La polémique portait principalement sur la légitimité du Qatar, qui n’est pas francophone, à entrer dans l’OIF. Certains participants se sont aussi inquiétés de l’ambition de ce pays de développer davantage son influence en Afrique de l’Ouest musulmane et notamment de sa propension à financer des écoles religieuses prenant parfois la place d’écoles en langue française. »(Finde citation).

Ainsi donc, aucune porte ne résiste à l’irruption de cet Emir dont on dit qu’il suffit qu’il ordonne d’ouvrir – plus ou moins – son « robinet » en or, pour que les dollars coulent à flot.

Personne ne résiste à la séduction d’une telle fortune, que l’intéressé ne doit qu’à la bénédiction d’Allah « le miséricordieux », et avec laquelle il peut tout acheter y compris, bientôt, sans doute, les consciences des « belles âmes » qui ne voient rien d’inquiétant dans cet activisme  possessif de tout ce qui  symbolise le goût, les passions et la culture française.

Maintenant que le Qatar, éminent pays de langue et de culture française, a réussi à s’introduire jusque dans les instances dirigeantes de la Francophonie, grâce à un lobying financier efficace, je m’attends à ce que l’on apprenne un soir, grâce au quotidien « Le Monde » que l’Emir du Qatar vient de se payer la cathédrale de Paris…..

Après lui avoir ouvert les portes de la Francophonie, la France, qui, dit-on, préside actuellement le Conseil de Sécurité à l’ONU, ( mais c’est un secret, car en France, personne n’est au courant…), pourrait déployer son vaste réseau d’influence diplomatique pour que le Qatar puisse disposer d’un siège dans cette haute Assemblée ????

Nul doute que l’habileté diplomatique de notre « Sinistre » des Affaires Etrangères permettra  un jour, peut-être , à une France en cours d’islamisation rampante, d’être admise au sein de la Ligue Arabe ???

Le savetier et le financier.


La balancelle s’approche lentement du quai. Les marins abattent la grand voile et l’un d’eux jette un cordage à terre, immédaitement saisi par un Arabe qui, prestement, va l’amarrer à une butte, pendant que deux autres marins obéissant aux ordres du Capitaine à la barre, s’efforcent de maîtriser l’erre du bateau à l’aide de leurs avirons. L’un d’eux saute alors à terre un cordage à la main, amarre l’arrière du bateau au quai.

Le jour se lève à peine. Mais déjà, règne sur le port une intense activité. Des petits groupes d’Arabes organisés en porte-faix sont à la recherche d’une cargaison à charger sur un bateau en partance, ou à décharger.

Vincent saute à terre avec son baluchon. Il remercie le Capitaine en lui demandant de lui pardonner son mouvement d’humeur de la veille. Une accolade énergique témoigne de l’absence de rancune du Capitaine qui lui souhaite « bon vent »….

Au moment où il s’éloigne du bateau, Vincent croise un personnage qu’il retrouvera dans quelques jours. Mais à cet instant, il l’ignore: c’est un négociant en peaux qui vient prendre contact avec le Capitaine qui doit réceptionner un chargement destiné à Gênes, en Italie. Il se nomme Lucien Ayache. Il deviendra plus tard son grand ami.

***

Le jeudi, je n’ai pas classe. Le matin, je vais à l’entrainement à l’autre bout de la ville, au Stade Municipal. Je jouais alors au Football, dans l’équipe Junior du Racing Universitaire Algérois.L’entraineur, Lucien Jasseron nous mène la vie dure. Mais j’y retrouve de bons copains dont certains sont des élèves du Lycée Bugeaud, et de Ben Aknoun, mon ancien pensionnat.

 Puis je vais déjeuner en famille, chez mes parents, à Belcourt, un quartier populaire où se mélangent toutes les « races ». Français, Italiens, Espagnols, Maltais, Arabes vivaient ensemble, en bonne intelligence, mais en cultivant leurs différences. Mes origines familiales font que je suis à l’aise dans tous les milieux….

Devant l’immeuble de mes parents, au 4 du Boulevard Villaret Joyeuse, il y a un garage et juste derrière, un petit « terrain vague », où je retrouve mes copains du quartier. 

La plupart d’entre eux ont abandonné leurs études, faute d’assiduité, et parfois, faute d’encouragements de leurs parents, eux-mêmes peu instruits, et résignés à vivre dans leur condition d’ouvriers. Et la plupart d’entre eux sont devenus ouvriers à « l’Arsenal », une fabrique d’armement de Belcourt, ou à « l’Usine à Gaz »….

Dans cette petite impasse, se jouent des parties de foot interminables. Souvent, ce sont « les Arabes contre les Français » !!!Faute de ballon, nous jouons le plus souvent avec une balle de tennis, ce qui exige de vraies prouesses techniques pour maîtriser cette petite balle qui saute, de manière imprévisible sur les petits cailloux.

J’ai un copain, Slimane, un virtuose du dribble, qui fera plus tard une grande carrière de footballeur au Mouloudia, le club des « musulmans ». Entre nous, nous parlons un mélange de français, d’arabe, ponctué de grossièretés en italien ou en espagnol. C’est avec des copains comme lui que j’ai appris les rudiments du dialecte algérien…. 

Puis, après avoir embrassé ma mère, mes frères et ma petite soeur, je retourne à Bab El Oued, chez ma grand mère, en empruntant le tramway qui va du Ruisseau à la place du Gouvernement, surnomée par les Arabes « Place d’El Haoud » ( Place du Cheval, à cause de la statue équestre du Duc d’Orléans, l’ auteur de la « Prise de la Smallah d’Abdelkader » ).

Ma grand-mère m’attend. Elle guette mon arrivée du haut de son balcon.

Elle m’interroge sur la santé de la famille, puis elle me prépare un bon café au lait, bien chaud, accompagné d’une tartine de pain à l’huile d’olive, sur laquelle elle a frotté une tomate. Mon régal.

Ce jour-là, un jour d’Octobre, Alger connait un temps idéal, une sorte d’été indien, et ma grand-mère a sorti sa petite table de la cuisine sur le balcon, sous la protection d’un « toldo », une toile destinée à protéger des rayons du soleil, encore assez chaud en cette fin d’après-midi.

Nous sommes assis, ma grand mère et moi, face à face, de chaque côté de cette petite table. Je savoure mon café au lait encore trop chaud pour être avalé d’un trait.

Ma grand-mère me regarde avec affection. Je suis heureux.

Il n’y a pas un nuage sur la colline de Notre-Dame d’Afrique. J’ai envie de paresser un peu et de savourer ce moment. Mais ma grand-mère veille.

« – Tu as des devoirs pour demain ??? »

– » Juste un commentaire à préparer sur une Fable de La Fontaine »

– » Alors vas chercher ton livre !!! ».

Sans renâcler, je vais chercher mon livre. La Fable à commenter, c’est celle du « Savetier et du Financier ». Le thème de la discussion que nous devons avoir en classe, c’est: « la fortune est-elle nécessaire ou suffisante au bonheur des Hommes »??? Vaste sujet qui ne m’inspire pas tellement….

Mais j’ai ma petite idée sur la manière d’échapper à ce pensum.

J’entame la lecture à haute voix, sous l’oeil attentif de ma grand-mère:

 Un Savetier chantait du matin jusqu’au  soir ;
    C’était merveilles de le voir,
Merveilles de l’ouïr ; il faisait des passages,
    Plus content  qu’aucun des sept sages.
 Son voisin, au  contraire, étant tout cousu d’or,
    Chantait peu, dormait  moins encor ;
    C’était un homme de finance.

Je sens que le moment est favorable, et après un court silence, j’attaque:

-« Grand-mère, ton père était savetier me semble-t-il ??? Tu m’as dit qu’il adorait chanter ??? mais tu ne m’as jamais rien dit d’autre sur lui. Pourquoi ??? »

-« Fils, quand je te raconte mes vieilles histoires tu ne m’écoutes pas !!! »

-« Et bien, ce soir, j’ai envie de t’écouter !!!

( à suivre ).

 

Alger la Blanche.


Vicenzo ( nous l’appellerons Vincent désormais ), est allongé, à même le pont, à la poupe du bateau tout près de celui qui tient la barre. Il se taît pour contenir sa fureur. Il vient d’échanger quelques mots avec le « Capitaine », qu’il a essayé de convaincre de faire un petit détour et de le déposer sur une des îles italiennes : la Sicile ou Caprera . Caprera, surtout, qui est le dernier refuge de Garibaldi, après la déroute des « Mille ».

Mais, « seul maître à bord après Dieu » le Capitaine s’y refuse. Il doit de toute force atteindre Alger dans le courant de la nuit prochaine, pour embarquer une cargaison de peaux destinées au port de Gênes.

Le bateau qui a navigué toute la nuit, sous une brise légère, suit sa route vers Alger. Pendant la nuit, les quatre marins, qui, la veille, avaient ouvert une bonbonne  et s’étaient endormis complètement avinés au point que Vincent a dû aller s’allonger à l’autre extrémité du bateau pour échapper à leurs ronflements, s’affairent parmi les cordages, ajustent la drisse de grand voile, et vérifient l’amarrage des bonbonnes pour éviter qu’à chaque bourrasque, la gite du bateau ne les déplace.

De temps à autres, quelques dauphins curieux, s’approchent de la coque du petit navire, et font « un bout de chemin » avec lui avant de disparaître.

Vincent, tout en ruminant sa colère, se demande maintenant vers quels horizons, vers quelles aventures, il est embarqué. Pour échapper à l’angoisse de l’incertitude, il laisse son esprit divaguer. Il se souvient des batailles auxquelles il a participé aux côtés de Garibaldi, dont il était devenu à la fois l’homme de confiance et l’homme de main.

Il revoit ses jeunes années, en Uruguay. En avril 1843, de retour à Montevideo alors qu’Oribe en fait le siège jusqu’en 1851, Garibaldi organise et prend la tête d’un groupe de volontaires appelé la Legión Italiana qui se met au service du gouvernement de Montevideo. Vincent en fait partie.Une grande partie de ces volontaires est d’origine étrangère, principalement française. Avec eux il a appris quelques mots de Français qui lui seront bien utiles, lorsqu’il débarquera.

La légion italienne, que Garibaldi forme, endosse la chemise rouge, dont on dit qu’il était, à l’origine le vêtement des ouvriers des abattoirs argentins. Cette chemise rouge est un élément symbolique du mythe garibaldien. Il en a conservé plusieurs qu’il trimbale avec son baluchon.

Ma grand-mère me parlait toujours des « chemises rouges » de son père, sans en connaître la signification symbolique.

Il se revoît, toujours aux côtés de son mentor, à Marseille où il débarque, car Garibaldi, profondément francophile, vient se mettre au service de la France, après la défaite de Sedan pour en chasser les Prussiens.  On attribue à Garibaldi cette phrase symbolique qui manifeste  son soutien indéfectible à la France républicaine : « Je viens donner à la France ce qui reste de moi. La France est une patrie que j’aime », « J’étais trop malheureux quand je pensais que les républicains luttaient sans moi ».( D’après Alexandre Dumas qui était très lié à Garibaldi ).

C’est au cours de cette campagne qu’il sera blessé, assez gravement, cette fois, pour regagner l’Italie et se faire soigner par sa femme, toujours là, fidèle à l’attendre. Jusqu’à sa mort, Vincent sera follement aimé par Alphonsine qui le considère comme « son » héros, et qu’il a « connue », selon l’expression de ma grand-mère, à dix-sept ans….

Ce que mon arrière-grand-père ignore, pendant cette longue rêverie, c’est que, Garibaldi qu’il perd de vue après sa blessure, poursuit son incroyable destin d’aventurier. Ce francophile est adoré, en France par les Républicains. Il se fera même élire Député français, en même temps que Gambetta et Victor Hugo.  Et Député de quoi ???? Je le donne en mille au lecteur qui pourra le deviner !!!

Il sera élu Député d’Algérie, en 1871 !!! Très vite invalidé car n’étant pas de nationalité française.

Toujours est-il que cela, ajouté au fait qu’ayant fréquenté pendant si longtemps Garibaldi qui était un Franc-Maçon de haut Grade, Vincent a été « initié », et cela lui sera bien utile lorsque arrivant seul, en terre inconnue, il essaiera de s’établir à Alger.

Emporté dans ses rêves Vincent s’est endormi. Pendant le sommeil le temps passe plus vite.

Le vent s’était levé et soufflait en bourrasques qui donnait au navire une accélération aux limites de sa capacité de gite, lui permettant de rattraper un peu le retard pris dans la nuit.

Et c’est ainsi, qu’alors que le soleil se lève à peine sur l’horizon, le navire arrive en vue d’Alger la Blanche. Vincent se rend à la proue du navire pour admirer le spectacle de cette baie, (l’une des plus belles que j’aie connues au monde). Il emplit ses poumons de l’air chargé d’embruns. Un air nouveau pour lui, si j’ose dire: l’air de l’Afrique.

Dans deux heures, il débarquera, sans savoir que c’est sur cette terre qu’il terminera ses jours, après avoir vécu bien d’autres aventures et bien d’autres tourments….

( à suivre ).