Diam’s brut de brut.


J’ai été profondément choqué, hier, par l’émission consacrée sur TF1, à Diam’s, dans Sept à Huit. Je respecte les nouvelles convictions religieuses de cette « star du Rap ». Sa conversion est une affaire de conscience personnelle, et nul n’est habilité à en discuter la sincérité.

Diam’s avant….

Diam’s …après !!!

Ce qui m’a choqué, c’est que cet interview, pourtant conduite par un journaliste au talent reconnu par ses confrères, a pris, au fur et à mesure de son déroulement, l’allure d’une opération de promotion, non pas de « l’artiste » et de son bouquin, mais de l’Islam, et pas n’importe quel Islam: le plus rigide, le plus possessif de la personne humaine, celui qui nie le plus ouvertement l’identité de la femme qui s’y soumet.

Le Nouvel Observateur publie sur son site internet l’intégralité de l’interview de Diam’s, ainsi qu’une vidéo de l’émission.

Cette publication donne lieu à de nombreux commentaires des lecteurs, et dans leur diversité, j’ai sélectionné celui ci, qui se passe de tout commentaire, à son tour:

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20120919.OBS2878/exclusif-du-rap-a-allah-diam-s-a-l-etat-brut.html

Alize Méryle a posté le 22-09-2012 à 21:37

« Elle a de la chance Diam’s. Elle est née dans le Christianisme. Le Christianisme ne lui interdit pas de le quitter et de se convertir à une autre croyance… Elle a de la chance de choisir Diam’s. Elle a eu le droit de quitter la religion de sa naissance et de se convertir à une autre religion en l’occurrence à l’islam.

Moi, je n’ai pas cette chance et beaucoup d’autres non plus. Nés dans les pays musulmans, des parents musulmans, l’islam nous interdit de quitter l’islam et de se convertir. L’apostasie est strictement interdite sous peine de mort, de prison, de rejet selon le pays…

Elle a de la chance d’avoir la liberté de choisir Diam’s. Moi, née des parents musulmans dans un pays musulman, je n’ai pas cette liberté, beaucoup d’autres non plus… »

Il n’y a rien à ajouter à ce commentaire.

Toqué de Tocqueville…


 

J’ai repris goût à la lecture de Tocqueville.

Cet auteur, un peu oublié, qui a fait, à la fois, oeuvre d’historien et de sociologue, observe avec une acuité inouïe, les réalités sociales. Nous manquons aujourd’hui de ces esprits éclairés, héritiers intellectuels des Lumières, capables d’analyser les rapports entre les Sociétés et leurs Institutions, sans préjugés idéologiques, et en particulier, sans le préjugé marxiste qui a pesé si lourd dans les travaux de la « classe intellectuelle » de notre époque.

Depuis peu, je me tourne vers les « classiques » qui ont marqué la pensée française, et  dont l’empreinte imprègne notre culture, celle que nous ont transmis nos maîtres, ces hussards de la République dont l’espèce a disparu. Ceux qui ont fait de nous, ce que nous sommes devenus.

Car je suis déçu, trop souvent, par nos auteurs contemporains, par leur manque de recul, chez certains, par leur « conditionnement »intellectuel, chez d’autres, et surtout par leur obsession de ne pas s’écarter des modes, d’une certaine forme de conformisme sous peine d’être « massacrés » par les critiques et ignorés par les médias, ce qui à notre époque est un signe de mort littéraire certaine. Car malheur à l’auteur qui n’est pas en faveur dans les médias.

En 1831, Alexis de Tocqueville se rend aux Etats-Unis, pour un voyage d’études sur le système pénitentiare américain. En réalité, il a d’autres visées, car il veut vérifier le bien-fondé de ses idées politiques: il est convaincu que les sociétés occidentales seront entrainées dans un processus irrésistible de démocratisation.

Pour ce faire, il se rend aux Etats-Unis qui, indépendants depuis 1776, sont devenus le pays le plus démocratique de l’époque.

Je ne possède malheureusement pas dans ma bibliothèque, le premier volume , paru en 1835 de « De la Démocratie en Amérique ». J’ai donc plongé dans le deuxième volume, paru en 1840, que j’avais acquis, il y a bien longtemps chez un bouquiniste parisien dans une édition originale, et qui contient, en exergue, une dédicace galante à une jeune femme inconnue…..

Tocqueville y montre comment se forme, dans une démocratie, un « esprit public », c’est-à-dire un ensemble d’idées, de sentiments et de moeurs partagés, qui contribuent à forger la cohésion d’un peuple.

Il s’interroge sur la manière de concilier « liberté et égalité ». 

Mais il dénonce aussi, dans des pages quasi prophétiques, les périls qui menacent les démocraties, vulnérabilisées par leurs propres Lois.

Je n’ai pu m’empêcher, à plusieurs reprises, en lisant ce Tome II de « De la Démocratie en Amérique », de faire des parralèles avec les menaces qui pèsent sur nos sociétés actuelles.

Je le cite:

 » J’ai choisi le pays chez qui la démocratie a atteint le niveau le plus complet et le plus paisible afin d’en discerner  clairement les conséquences naturelles et d’apercevoir, s’il se peut, les moyens de la rendre profitable aux hommes. J’avoue que dans l’Amérique, j’ai vu plus que l’Amérique: j’y ai cherché une image de la démocratie elle-même, de son caractère, de ses préjugés, de ses passions; j’ai voulu la connaître, ne fût-ce que pour savoir au moins  ce que nous devions espérer ou craindre d’elle ».( Page 86 ).

« L’un des caractères distinctifs des siècles démocratiques, c’est le goût qu’y éprouvent tous les hommes pour les succès faciles et les jouissances présentes. Ceci se retrouve dans les carrières intellectuelles comme dans toutes les autres. La plupart de ceux qui vivent dans les temps d’égalité sont pleins d’une ambition à la fois vive et molle: ils veulent obtenir sur-le-champ de grands succès, mais ils désireraient se dispenser de grands efforts ».( page 128).

Quoi de plus actuel, dans nos démocraties que ce goût pour « la fuite en avant », le refus des sacrifices, l’égoïsme générationel, et le déni des réalités ????

Plus loin, Tocqueville écrit:

 » Tous les autres peuples ( ndlr:  les européens ),  paraissent avoir atteint à peu près les limites que la nature leur a tracées, et n’avoir plus qu’à conserver ». (Page 138 ).

Comment ne pas songer à la lutte desespérée des peuples d’Europe, – dont aujourd’hui deux générations n’ont pas connu la guerre et les sacrifices qu’elle impose -, pour conserver des avantages acquis, au temps de la croissance qui permettait à tous, d’espérer un avenir meilleur ???

Il faut relire Tocqueville, en méditant sur les dangers qui planent sur nos démocraties, qui sont désormais contestée de l’intérieur, et confrontées à l’habileté de ceux qui se servent des Lois qui fondent notre cohésion pour combattre les fondements mêmes de l’édifice pour lequel tant de sang a été versé par ceux qui nous ont précédé.