Crise: l’oeil de Berlin.


Je t’aime….moi non plus !!!

Dans le débat qui enfle autour du rôle et des responsabilités de l’Allemagne dans les difficultés rencontrées par les pays impactés par la nécessité d’une politique de réduction de leurs déficits publics, il faut tendre l’oreille vers les arguments développés par les Allemands, car, comme disait ma Grand Mère, « qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son »…..

Le Monde publie dans un article fort bien documenté, le point de vue d’un économiste allemand:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/31/pourquoi-paris-et-berlin-s-opposent_1740576_3232.html

Hans-Werner Sinn est considéré comme l’économiste le plus influent en Allemagne. Il est professeur d’économie et de finances publiques à l’université de Munich et y dirige le
Centre d’études économiques. Il est président du think tank CESifo (Société munichoise pour la promotion de la recherche en économie), et membre du Conseil d’experts économiques pour le ministère de l’économie allemand. Il préside l’Institut international de finances publiques.

Son point de vue est d’autant plus significatif qu’il représente une opinion largement répandue dans le peuple allemand, qui l’exprime avec des mots simples comme « on ne va pas éternellement continuer à payer pour les autres », surtout si « les autres refusent les sacrifices consentis il y a dix ans par le peuple allemand », gouverné alors par un Socialiste lucide et courageux, en la personne de Gerhard Schröder.

Voici quelques extraits de cet article intéressant:

 « L’euro traverse une grave crise, et il n’est pas évident que tous ses membres puissent s’y maintenir. Néanmoins, il faut espérer que l’euro survive à ce choc, car il s’agit d’un élément clé du projet européen.

Tout comme la France, l’Allemagne est prête à faire les sacrifices nécessaires pour sauver la zone euro. Cependant, il ne faudrait pas demander à Berlin de mettre à disposition des sommes démesurées. Hors de l’Allemagne, et particulièrement en France, certains ignorent les risques déjà assumés par ces deux pays.

Le président français François Hollande souhaite une mutualisation des dettes souveraines, un projet auquel l’Allemagne s’oppose. Comment comprendre cette position ?

Pour convaincre l’Allemagne de mettre davantage la main à la poche, on a affirmé qu’elle en avait le devoir moral, prétendant qu’elle était le principal bénéficiaire de l’euro. Mais c’est oublier que l’Allemagne a subi sa propre crise de l’euro. »

Hans -Werner Sinn poursuit, je cite:

« Dans les années précédant la crise, deux tiers de l’épargne allemande sont donc partis à l’étranger, au moment même où la reconstruction de l’Allemagne de l’Est demandait des investissements importants. Une certaine torpeur s’est installée, comme en témoignent plusieurs indicateurs.

Pendant de nombreuses années, l’Allemagne a donc affiché les plus bas taux d’investissement net de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la croissance la plus faible d’Europe.

La sortie des capitaux hors d’Allemagne a provoqué une hausse importante du chômage. En 2005, il a atteint un sommet et a poussé le chancelier Gerhard Schröder à mener des réformes sociales douloureuses. Des millions de chômeurs allemands se sont retrouvés privés de leurs allocations. Le résultat ne s’est pas fait attendre : Gerhard Schröder n’est pas parvenu à se faire réélire en 2005. »(Fin de citation).

Ces sorties de capitaux allemands ont « irrigué » toute l’Europe. L’Espagne, entre autres, en a largement profité, car une partie de ces capitaux s’est investie dans l’immobilier espagnol favorisant son développement, nourrissant la bulle immobilière, et favorisant un « enrichissement artificiel » de ce pays.

Les Allemands ont payé durement le prix de ces évasions de capitaux. En terme d’investissements et en terme d’emploi. Selon Hans-Werner Sinn, je cite:

 « Ceci explique sans doute pourquoi Berlin rejette le projet de mutualisation de la dette. Après avoir souffert d’un manque de capitaux nécessaires à la création d’emplois, les Allemands devraient maintenant compenser en partie les pertes causées par les titres « toxiques » émis par les pays du sud de l’Europe. C’est un peu trop leur demander.

Il est vrai que l’économie allemande s’est montrée plus performante en 2010 et en 2011, l’épargne n’osant plus quitter le pays. L’immobilier et le bâtiment, après avoir connu plusieurs années de stagnation, redémarrent. Après les pays du Sud, c’est maintenant au tour de l’Allemagne de profiter d’un boom dans ce secteur. Il y a cependant une différence majeure : c’est l’argent des Allemands qui est ainsi investi, plutôt que celui d’épargnants étrangers.

En revanche, deux années de succès modéré ne sont pas grand-chose après dix ans de stagnation. Entre 1995 et 2011, le taux de croissance allemand a été le deuxième plus faible de tous les pays de la zone euro. »(Fin de citation).

Les Allemands ont ainsi « mangé leur pain noir » et le reste de l’Europe, dont l’Espagne, en a largement profité, à l’époque. Ils estiment que la cure a été suffisante et n’ont pas envie de s’en offrir une nouvelle: chacun doit se serrer la ceinture à son tour….

L’actuelle « prospérité » relative de l’Allemagne ne doit pas faire illusion car, selon cet économiste que je cite » deux années de succès modéré ne sont pas grand-chose après dix ans de stagnation. Entre 1995 et 2011, le taux de croissance allemand a été le deuxième plus faible de tous les pays de la zone euro.

Ce rappel fait, les critiques adressées au plan de sauvetage ne signifient pas que l’Europe doive rester inactive. Les mécanismes d’aides pour surmonter les brèves crises de liquidités sont justifiés. Mais éviter à tout prix l’insolvabilité est dangereux.

Voilà cinq ans déjà que l’Europe injecte généreusement des liquidités dans les économies les moins compétitives de la zone euro.

Depuis fin 2007, la Banque centrale européenne (BCE) a apporté son aide en transférant des crédits de refinancement émis par les pays du centre de l’Europe en faveur des pays dits « périphériques » de la zone euro.

La banque centrale allemande, à elle seule, a dû y contribuer à hauteur de 730 milliards d’euros.

De plus, depuis mai 2010, plus de 200 milliards d’euros en titres publiques ont été achetés par la Banque centrale européenne, tandis que près de 400 milliards d’euros ont été accordés par les programmes de sauvetage intergouvernementaux et par le Fonds monétaire international (FMI).

Et si l’on ajoute à cela l’apport du nouveau fond de sauvetage européen, le Mécanisme européen de stabilité (MES), et l’aide promise par le FMI, on obtient un total d’environ 2 200 milliards d’euros.

L’Allemagne a fourni la part la plus importante de ces liquidités. »(Fin de citation).

On comprend mieux ainsi que les Allemands ne souhaitent pas continuer indéfiniment à alimenter un « puits sans fond ». D’autant que ces mêmes Allemands ne sont pas persuadés que tout cela ne se terminera pas par une déconfiture généralisée de tous ces pays qui, habitués à vivre à crédit et au-dessus de leurs moyens ne parviennent plus à revenir à des pratiques budgétaires plus raisonnables et adaptées à leurs capacité de créer des richesses.

L’économiste allemand poursuit:

« Si tous les fonds de sauvetage sont employés et si la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne viennent à faire faillite, ne remboursent rien et quittent la zone euro, mais que l’euro continue d’exister, l’Allemagne perdrait plus de 771 milliards d’euros. Cette somme équivaut à 30 % de son PIB actuel.

La France est également très exposée. Un tel scénario catastrophe amènerait Paris à subirune perte de 579 milliards d’euros, ou 29 % de son PIB. Les pertes potentielles pourraient être encore plus grandes si ces pays se maintenaient dans la zone euro. »(Fin de citation).

Alors, quelle issue, pour cette situation dramatique, aggravée par une incompréhension généralisée, de la part des peuples européens, d’une problèmatique dont la complexité leur échappe ???

Qu’en pense Hans-Werner Sinn ???

« La Grèce a bénéficié d’une aide extérieure de 460 milliards d’euros au travers de diverses dispositions.

L’aide apportée jusqu’ici à la Grèce représente donc l’équivalent de 214 % de son PIB, soit environ dix fois plus que ce dont l’Allemagne a bénéficé grâce au plan Marshall.

Berlin a apporté environ un quart de l’aide fournie à la Grèce, soit 115 milliards d’euros, ce qui représente au moins dix plans Marshall ou deux fois et demi un Accord de Londres.

Les problèmes de la zone euro ne peuvent trouver de solution dans un apport supplémentaire de crédit. Ce serait tenter de soigner le mal par le mal. L’inflation dans les pays du sud de l’Europe a été alimentée par l’afflux de crédits et leur compétitivité en a souffert. Par exemple, les prix sont aujourd’hui 60 % plus chers en Grèce qu’en Turquie. Avec un tel écart, rien ne sert d’engager des réformes ou de prendre des mesures pour restaurer la compétitivité des pays du sud de l’Europe. Car la marche est trop haute pour être à égalité avec leurs partenaires commerciaux de la zone euro.

Il n’y a que deux voies possibles pour restaurer leur compétitivité sans provoquer une poussée inflationniste dans les pays du centre de la zone euro : soit les pays affectés sortent de l’union monétaire et dévaluent leurs nouvelles monnaies, soit ils restent au sein de la zone euro et acceptent de s’engager dans un long et difficile effort de baisse des prix. Les deux solutions sont douloureuses, mais la seconde – que les économistes appellent « dévaluation interne » – est sans doute la plus dangereuse.

Elle est en effet porteuse de fortes instabilités politiques et pourrait mener ces pays au bord de la guerre civile, car elle nécessite une importante réduction des salaires. En conséquence, seule la sortie de l’euro peut être considérée comme une réponse viable. Le Mécanisme européen de stabilité, ou même les euro-obligations, ne parviendront qu’à retarder les décisions qu’il faudrait déjà prendre aujourd’hui. Plus nous attendons, plus les dettes de tous les pays en crise et les pertes des pays du centre de l’Europe augmentent.

Une sortie temporaire des pays qui sont en situation de crise est donc souhaitable pour qu’ils puissent rétablir une certaine compétitivité. Il s’agirait pour eux d’une sorte de cure de réhabilitation pour leurs économies aujourd’hui dépendantes du crédit. »(Fin de citation).

La conclusion de cet économiste allemand est redoutable: pas de sortie de crise, sans sortie des pays aux abois de la zone Euro !!! Avec les énormes conséquences qui en résulteront, dans ces pays, sur les équilibres sociaux et politiques….

Le diagnostic est sévère. C’est celui qui est partagé par une majorité d’Allemands. Or ce sont eux qui détiennent les clefs de toute solution financière en Europe.

Demain, j’émettrai quelques remarques personnelles sur la manière dont je perçois, modestement, les difficultés qui sont devant nous, et que, par démagogie, nos gouvernants plus soucieux de préserver leur image auprès de leur clientèle électorale, que de s’attaquer aux vrais problèmes, s’efforcent de nous masquer….

PS: Il n’y aura pas de miracle. La crise de l’euro ne va pas s’évaporer dans la moiteur de l’été. «Super Mario», le sympathique surnom de Mario Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne, n’a pas de baquette magique pour nous éviter une rentrée agitée.

 

  

 

8 réflexions au sujet de « Crise: l’oeil de Berlin. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    @Llopis: J’aurais pu ajouter que je fais partie de ces petits-fils d’immigrés, qui n’ont jamais craché sur la France, même quand son comportement n’a pas toujours été très digne, à mes yeux….
    Je croyais avoir compris que l’une des « conquêtes » européennes, c’était la « libre circulation des personnes et des capitaux », et la liberté d’établissement dans n’importe quel pays de la Communauté, qui semble passablement déranger les socialistes aujourd »hui…

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  2. llopis andré

    @ jacques,vous savez notre spécialité en France est d’exporter les riches et d’importer les pauvres,je ne crois pas que Berdepas soit riche,il est revenu habiter dans le pays de ses ancêtres,aprés la désillusion Algérienne.

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  3. berdepas Auteur de l’article

    Sans doute.Je pense qu’il a compris depuis longtemps que j’ai répondu depuis longtemps à l’invective de Montebourde: « s’ils sont pas contents qu’ils s’en aillent!!! »… Et j’en connais beaucoup qui ont anticipé les désirs des Socialistes, qui peuvent ainsi « rester entre eux », tant qu’ils pourront continuer à « vivre sur la bête »…

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  4. berdepas Auteur de l’article

    L’immigration actuelle tire la France vers le bas. Les candidats à l’immigration ne viennent pas chez nous pour nous faire profiter de leur savoir-faire et de leur ardeur au travail, mais pour bénéficier des protections et des avantages d’un « modèle social que le monde entier nous envie »…..et que nous n’avons plus les moyens de supporter.

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  5. llopis andré

    Nous sommes dans la même situation que l’allemagne du temps de shroeder,depuis 1789 il n’y a jamais eu autant de français qui sont partis pour rejoindre des horizons plus propices,lorsque j’entends Monsieur Montebourd dire en citant les expatriés « s’ils ne sont pas content, qu’ils s’en aillent » il vaut mieux acceuillir les sans papiers c’est plus solidaire .

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  6. Jacques

    Il est à noter également, ce que vous avez omis, que cet économiste de renom se prononce fermement pour les ETATS UNIS D’EUROPE, seule façon, selon lui, de mettre un terme définitif à tous ces dysfonctionnements.

    jf.

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