La Crise ???  » Mon oeil « .


 

L’ article de l’économiste allemand Hans-Werner Sinn, publié dans mon billet précédent, « mérite un détour », même s’il comporte des affirmations dérangeantes pour ceux qui voudraient « se servir » dans les Caisses de l’Allemagne, qui ne sont pas aussi pleines qu’on le dit…

De nombreux autres articles de la Presse allemande vont dans le même sens. Ils mettent en doute la possibilité pour les pays européens du Sud de demeurer dans l’Euro en s’abritant derrière la garantie allemande:

 http://www.presseurop.eu/fr/content/article/2440031-cet-euro-la-n-plus-de-sens

Ces articles mettent en évidence des réalités que l’on fait mine d’ignorer en France:  la France a couvert une part majeure, avec l’Allemagne, du risque que représentent les dettes des pays du sud. Elle l’a fait en aggravant dangereusement le poids de sa dette. 

Le deuxième fait est que seule l’Allemagne a mené une politique de baisse de ses coûts de production internes et notamment du prix du travail.

Le troisième fait, est qu’il n’y aura pas de miracle pour sauver l’Euro.

Ceux qui accusent la BCE d’« affamer les peuples », ou qui reprochent à l’Allemagne »son manque de solidarité», n’ont pas pris la mesure des difficultés dans lesquelles nous nous débattons, tous ensemble, en Europe.

Un rachat d’obligations d’État par la banque centrale ne règle en rien le problème de fond : l’endettement plus qu’excessif de nos économies et leurs écarts croissants de compétitivité.

Se contenter de soigner les symptômes du mal s’apparente à jeter de l’argent par la fenêtre. Tel est le raisonnement que fait la Bundesbank et que font, avec elle, une majorité d’Allemands. On peut les comprendre : ils sont les garants, en dernier ressort, de la survie financière de l’Europe.

 L’Espagne devra demander un plan de sauvetage ouvrant la voie à une surveillance européenne. Pas question de renouveler l’expérience de l’an dernier, quand Berlusconi s’était soustrait à ses engagements. Pas question, non plus, de créer un précédent où pourrait s’engouffrer un autre pays (sans doute, les Allemands pensent-ils à  la France ?) qui serait en difficultés et réticent à s’engager sur la voie des réformes…

Quand à la France, il suffit « d’ouvrir un oeil » pour constater qu’elle souffre de deux maux: le manque de compétitivité par rapport à l’Allemagne, et le poids de la garantie donnée aux pays du sud.

Le poids de cette situation est dramatique !!! Car il est aggravé par la tendance de l’économie française à devenir une « économie de consommateurs » qui tourne le dos à une économie de production, et donc de création de richesses.

Or, autrefois de nombreuses entreprises arboraient en France le fier qualificatif d’« import-export ». En ce temps là – pas si éloigné – faire du commerce c’était échanger des produits et des services conçus et réalisés dans son propre pays contre des biens ou des services réalisés ailleurs du fait de la géographie, de savoir- faire différents ou de complémentarité avec nos fabrications.

C’était le temps où la France jouissait d’une balance commerciale excédentaire.

Aujourd’hui en France tout concourt à faire de notre pays une « grosse économie » paresseuse et dépendante de ses créanciers, qui se contente d’importer tout ce qu’elle n’a pas (plus) le courage ou l’envie de produire.

Une économie basée sur la « consommation »intérieure, une consommation entretenue partiellement par des libéralités résultant d’un « modèle social que le monde entier nous envie », et pour cause, puisqu’il permet d’entretenir l’illusion à une fraction croissante de la population qu’elle peut continuer à vivre en profitant de tous les avantages du « système », sans avoir de sacrifices à consentir. 

Je prendrai trois exemples emblématiques de notre économie fondée sur « la consommation » :

– la téléphonie mobile : jadis (il y a moins de 15 ans) lors du lancement de ce service, des constructeurs français, de taille internationale, étaient présents sur le marché. Ainsi, la Sagem ou Alcatel et vendaient des téléphones de qualité, produits pour l’essentiel de leurs composants en France, aux côtés de Nokia ou de Siemens, autres marques européennes qui produisaient sur le continent.

Aujourd’hui la téléphonie mobile « émarge » pour 5 milliards d’euros dans le déficit du commerce extérieur.

Plus aucun téléphone n’est fabriqué en France depuis des années , Alcatel se contentant d’apposer sa marque sur des téléphones low cost produits en Chine.

Pis encore, si on fait le compte des équipements professionnels de télécommunication, des applications téléchargées sur les différents sites payants par les utilisateurs et évidemment de la vente des téléphones, on peut dire que cette activité est devenue une source massive d’évasion de richesses et de perte d’indépendance pour notre pays.

Il en est de même pour tout le secteur de l’informatique, de la fabrication d’ordinateurs à celles des logiciels et grandes applications qui dominent le marché. Windows, Explorer, Google, Facebook etc….Rien de tout cela ne provient de notre « génie créateur »….

Autre secteur phare de ce qui fit la « richesse » de notre économie:

– l’automobile : il y a 10 ans encore l’automobile participait à hauteur de 10 milliards d’euros au solde positif de notre commerce extérieur.

Aujourd’hui le solde négatif est d’environ 5 milliards d’euros et le processus s’accélère avec l’entrée sur le marché européen de nouveaux constructeurs, tels que les Coréens, capables de produire des voitures compétitives non seulement sur le plan de la qualité mais sur celui des prix. Des voitures qui concurrencent directement celles qui symbolisaient le « savoir-faire » français, c’està dire des voitures de petite et moyenne taille, consommant peu et à un prix abordable par les « classes populaires ».

( Car en France, un résidu de « lutte des classes » a longtemps interdit à nos constructeurs de fabriquer des modèles « haut de gamme », trop chers et réservés aux « riches »…)

 Si Renault, malgré la conjoncture morose, gagne encore de l’argent c’est à la fois sur des marchés étrangers (hors Europe) mais aussi et surtout parce qu’il produit à bas coût hors de France, ce que Peugeot avait jusqu’ici renoncé à faire… 

Avec un taux d’occupation des usines de 60 % en France on peut estimer que la survie de notre industrie automobile vit ses dernières heures. A un moment ou à un autre il faudra bien fermer nos usines – ou alors accepter qu’elles ne servent plus que de musées du XXe siècle industriel.

Le cas de Peugeot vient d’illustrer dramatiquement ce propos.

Il y a, depuis toujours, un secteur de notre économie, qui échappe à la débandade industrielle que nous connaissons. C’est le secteur de l’Agro-alimentaire.Il reste toujours un secteur porteur et qui produit un excédent annuel (en 2011) de près de 11 milliards à notre balance du commerce extérieur.

Mais attention : nos produits sont bien peu positionnés sur « l’air du temps » : bio, sans engrais ni pesticides. Là encore nous n’avons pas  encore pris les bonnes décisions il y a 10 ou 15 ans, et le coût de la main d’œuvre agricole pèse de plus en plus sur nos prix. Nos produits sont de plus en plus concurrencés par des produits similaires, mais de qualité inférieure, produits à bas prix , dans des « anciens pays de l’Est ».

Le secteur du « Luxe » reste excédentaire, mais la plupart des produits sont de plus en plus souvent fabriqués « ailleurs », et ce secteur ne vit que du prestige de ses marques mondialement connues, mais ne crée que très peu d’emplois en France…

Alors, que déduire de ces constats, sinon que notre pays n’aime plus guère produire, qu’il se croit encore dans la position dominante d’un Empire pouvant dicter ses lois économiques au monde entier. Les prétentions ridicules de nos hommes politiques qui font « comme si », et donnent des leçons d’économie à la planète entière, font probablement sourire, en Asie et dans les pays émergents….

Le dernier numéro du Point, postérieur à la rédaction de cet article, en conforte le contenu. 

Les pays de l’Europe du Sud partagent les mêmes illusions, et sont confrontés au même destin, si aucun réveil ne se produit.

Le cas de l’Espagne, que j’ai évoqué dans un précédent billet est significatif. Ce pays a basé son économie sur le tourisme et la construction immobilière, cette dernière ayant été « boostée » par les apports massifs de capitaux venus des autres pays européens.

Les fonds abondants reçus de la Communauté européenne ont été dépensés en investissements d’infrastructures nécessaires, mais parfois démesurés. Des aéroports de taille pharaonique, des routes à quatre voies gratuites qui traversent des régions désertes et sur lesquelles on rencontre, de temps à autres, un camion ou un véhicule de tourisme etc….

Peu de fonds ont été consacrés à une industrialisation, même timide, capable de générer des richesses produites par le pays, pour rééquilibrer les « richesses venues d’ailleurs » et issues du travail des autres….

Le pire, pour les Espagnols, c’est que l’industrie du tourisme ne fait même plus vivre des Espagnols, car les emplois créés par ce secteur sont le plus souvent occupés par des Roumains, des Bulgares, des Russes, hommes ou femmes qui vous servent de plus en plus souvent dans les restaurants et les bistrots…

Car il y a certains emplois pour lesquels les Espagnols s’estiment « trop riches » pour les occuper….

 Les gouvernements européens, qu’ils soient socialistes, ou qu’ils appartiennent à la droite démagogue, doivent se résoudre très vite à abandonner le mythe d’une la « relance keynésienne par la consommation ».

On ne peut consommer que dans la mesure des richesses que l’on produit. Dans le cas contraire, on « vit au-dessus de ses moyens » !!!

C’est donc une politique de l’offre qu’il faut mettre en oeuvre en essayant de réveiller les forces vives qui dans chacun de nos pays sont encore en mesure de retrousser leurs manches et se remettre au travail.

C’est ce que semblent vouloir faire les Socialistes en France, mais sans s’attaquer, pour des raisons de pure idéologie, et pour ne pas mécontenter leur clientèle électorale, au coût et à la durée du travail dans l’industrie.

La réindustrialisation de l’Europe demandera nécessairement du temps et des sacrifices.

A défaut de faire face à ces réalités, nous deviendrons collectivement des pays d’assistés, dépendant du crédit des autres, condamnés à vendre, petit à petit leurs « bijoux de famille » pour conserver artificiellement un niveau de vie disproportionné avec leur richesse réelle, des pays visités comme des musées des XIXe et XXe siècles. 

Mais nous ne serons jamais plus un continent capable de tenir son rang, face à un « nouvel état du monde », qui avec 7 milliards de terriens sera laborieux ou ne sera pas.

Ce « nouvel état du monde » que les Européens du Sud ( la France est à l’intersection de l’Europe du Nord et de celle du Sud ) refusent de regarder en face, préférant se replier sur eux-mêmes, et enfouir leur tête dans le sable, comme le font, paraît-il, les Autruches….

La crainte qui est en train d’envahir ceux qui portent un regard lucide sur ce qui se prépare, c’est celle du constat de l’impuissance de nos dirigeants politiques, dépassés par l’ampleur des problèmes qu’ils ont refusé d’affronter jusqu’ici.

Le Monde est devenu trop grand et trop complexe pour nos dirigeants qui sont restés trop petits….

Crise: l’oeil de Berlin.


Je t’aime….moi non plus !!!

Dans le débat qui enfle autour du rôle et des responsabilités de l’Allemagne dans les difficultés rencontrées par les pays impactés par la nécessité d’une politique de réduction de leurs déficits publics, il faut tendre l’oreille vers les arguments développés par les Allemands, car, comme disait ma Grand Mère, « qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son »…..

Le Monde publie dans un article fort bien documenté, le point de vue d’un économiste allemand:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/07/31/pourquoi-paris-et-berlin-s-opposent_1740576_3232.html

Hans-Werner Sinn est considéré comme l’économiste le plus influent en Allemagne. Il est professeur d’économie et de finances publiques à l’université de Munich et y dirige le
Centre d’études économiques. Il est président du think tank CESifo (Société munichoise pour la promotion de la recherche en économie), et membre du Conseil d’experts économiques pour le ministère de l’économie allemand. Il préside l’Institut international de finances publiques.

Son point de vue est d’autant plus significatif qu’il représente une opinion largement répandue dans le peuple allemand, qui l’exprime avec des mots simples comme « on ne va pas éternellement continuer à payer pour les autres », surtout si « les autres refusent les sacrifices consentis il y a dix ans par le peuple allemand », gouverné alors par un Socialiste lucide et courageux, en la personne de Gerhard Schröder.

Voici quelques extraits de cet article intéressant:

 « L’euro traverse une grave crise, et il n’est pas évident que tous ses membres puissent s’y maintenir. Néanmoins, il faut espérer que l’euro survive à ce choc, car il s’agit d’un élément clé du projet européen.

Tout comme la France, l’Allemagne est prête à faire les sacrifices nécessaires pour sauver la zone euro. Cependant, il ne faudrait pas demander à Berlin de mettre à disposition des sommes démesurées. Hors de l’Allemagne, et particulièrement en France, certains ignorent les risques déjà assumés par ces deux pays.

Le président français François Hollande souhaite une mutualisation des dettes souveraines, un projet auquel l’Allemagne s’oppose. Comment comprendre cette position ?

Pour convaincre l’Allemagne de mettre davantage la main à la poche, on a affirmé qu’elle en avait le devoir moral, prétendant qu’elle était le principal bénéficiaire de l’euro. Mais c’est oublier que l’Allemagne a subi sa propre crise de l’euro. »

Hans -Werner Sinn poursuit, je cite:

« Dans les années précédant la crise, deux tiers de l’épargne allemande sont donc partis à l’étranger, au moment même où la reconstruction de l’Allemagne de l’Est demandait des investissements importants. Une certaine torpeur s’est installée, comme en témoignent plusieurs indicateurs.

Pendant de nombreuses années, l’Allemagne a donc affiché les plus bas taux d’investissement net de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la croissance la plus faible d’Europe.

La sortie des capitaux hors d’Allemagne a provoqué une hausse importante du chômage. En 2005, il a atteint un sommet et a poussé le chancelier Gerhard Schröder à mener des réformes sociales douloureuses. Des millions de chômeurs allemands se sont retrouvés privés de leurs allocations. Le résultat ne s’est pas fait attendre : Gerhard Schröder n’est pas parvenu à se faire réélire en 2005. »(Fin de citation).

Ces sorties de capitaux allemands ont « irrigué » toute l’Europe. L’Espagne, entre autres, en a largement profité, car une partie de ces capitaux s’est investie dans l’immobilier espagnol favorisant son développement, nourrissant la bulle immobilière, et favorisant un « enrichissement artificiel » de ce pays.

Les Allemands ont payé durement le prix de ces évasions de capitaux. En terme d’investissements et en terme d’emploi. Selon Hans-Werner Sinn, je cite:

 « Ceci explique sans doute pourquoi Berlin rejette le projet de mutualisation de la dette. Après avoir souffert d’un manque de capitaux nécessaires à la création d’emplois, les Allemands devraient maintenant compenser en partie les pertes causées par les titres « toxiques » émis par les pays du sud de l’Europe. C’est un peu trop leur demander.

Il est vrai que l’économie allemande s’est montrée plus performante en 2010 et en 2011, l’épargne n’osant plus quitter le pays. L’immobilier et le bâtiment, après avoir connu plusieurs années de stagnation, redémarrent. Après les pays du Sud, c’est maintenant au tour de l’Allemagne de profiter d’un boom dans ce secteur. Il y a cependant une différence majeure : c’est l’argent des Allemands qui est ainsi investi, plutôt que celui d’épargnants étrangers.

En revanche, deux années de succès modéré ne sont pas grand-chose après dix ans de stagnation. Entre 1995 et 2011, le taux de croissance allemand a été le deuxième plus faible de tous les pays de la zone euro. »(Fin de citation).

Les Allemands ont ainsi « mangé leur pain noir » et le reste de l’Europe, dont l’Espagne, en a largement profité, à l’époque. Ils estiment que la cure a été suffisante et n’ont pas envie de s’en offrir une nouvelle: chacun doit se serrer la ceinture à son tour….

L’actuelle « prospérité » relative de l’Allemagne ne doit pas faire illusion car, selon cet économiste que je cite » deux années de succès modéré ne sont pas grand-chose après dix ans de stagnation. Entre 1995 et 2011, le taux de croissance allemand a été le deuxième plus faible de tous les pays de la zone euro.

Ce rappel fait, les critiques adressées au plan de sauvetage ne signifient pas que l’Europe doive rester inactive. Les mécanismes d’aides pour surmonter les brèves crises de liquidités sont justifiés. Mais éviter à tout prix l’insolvabilité est dangereux.

Voilà cinq ans déjà que l’Europe injecte généreusement des liquidités dans les économies les moins compétitives de la zone euro.

Depuis fin 2007, la Banque centrale européenne (BCE) a apporté son aide en transférant des crédits de refinancement émis par les pays du centre de l’Europe en faveur des pays dits « périphériques » de la zone euro.

La banque centrale allemande, à elle seule, a dû y contribuer à hauteur de 730 milliards d’euros.

De plus, depuis mai 2010, plus de 200 milliards d’euros en titres publiques ont été achetés par la Banque centrale européenne, tandis que près de 400 milliards d’euros ont été accordés par les programmes de sauvetage intergouvernementaux et par le Fonds monétaire international (FMI).

Et si l’on ajoute à cela l’apport du nouveau fond de sauvetage européen, le Mécanisme européen de stabilité (MES), et l’aide promise par le FMI, on obtient un total d’environ 2 200 milliards d’euros.

L’Allemagne a fourni la part la plus importante de ces liquidités. »(Fin de citation).

On comprend mieux ainsi que les Allemands ne souhaitent pas continuer indéfiniment à alimenter un « puits sans fond ». D’autant que ces mêmes Allemands ne sont pas persuadés que tout cela ne se terminera pas par une déconfiture généralisée de tous ces pays qui, habitués à vivre à crédit et au-dessus de leurs moyens ne parviennent plus à revenir à des pratiques budgétaires plus raisonnables et adaptées à leurs capacité de créer des richesses.

L’économiste allemand poursuit:

« Si tous les fonds de sauvetage sont employés et si la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne viennent à faire faillite, ne remboursent rien et quittent la zone euro, mais que l’euro continue d’exister, l’Allemagne perdrait plus de 771 milliards d’euros. Cette somme équivaut à 30 % de son PIB actuel.

La France est également très exposée. Un tel scénario catastrophe amènerait Paris à subirune perte de 579 milliards d’euros, ou 29 % de son PIB. Les pertes potentielles pourraient être encore plus grandes si ces pays se maintenaient dans la zone euro. »(Fin de citation).

Alors, quelle issue, pour cette situation dramatique, aggravée par une incompréhension généralisée, de la part des peuples européens, d’une problèmatique dont la complexité leur échappe ???

Qu’en pense Hans-Werner Sinn ???

« La Grèce a bénéficié d’une aide extérieure de 460 milliards d’euros au travers de diverses dispositions.

L’aide apportée jusqu’ici à la Grèce représente donc l’équivalent de 214 % de son PIB, soit environ dix fois plus que ce dont l’Allemagne a bénéficé grâce au plan Marshall.

Berlin a apporté environ un quart de l’aide fournie à la Grèce, soit 115 milliards d’euros, ce qui représente au moins dix plans Marshall ou deux fois et demi un Accord de Londres.

Les problèmes de la zone euro ne peuvent trouver de solution dans un apport supplémentaire de crédit. Ce serait tenter de soigner le mal par le mal. L’inflation dans les pays du sud de l’Europe a été alimentée par l’afflux de crédits et leur compétitivité en a souffert. Par exemple, les prix sont aujourd’hui 60 % plus chers en Grèce qu’en Turquie. Avec un tel écart, rien ne sert d’engager des réformes ou de prendre des mesures pour restaurer la compétitivité des pays du sud de l’Europe. Car la marche est trop haute pour être à égalité avec leurs partenaires commerciaux de la zone euro.

Il n’y a que deux voies possibles pour restaurer leur compétitivité sans provoquer une poussée inflationniste dans les pays du centre de la zone euro : soit les pays affectés sortent de l’union monétaire et dévaluent leurs nouvelles monnaies, soit ils restent au sein de la zone euro et acceptent de s’engager dans un long et difficile effort de baisse des prix. Les deux solutions sont douloureuses, mais la seconde – que les économistes appellent « dévaluation interne » – est sans doute la plus dangereuse.

Elle est en effet porteuse de fortes instabilités politiques et pourrait mener ces pays au bord de la guerre civile, car elle nécessite une importante réduction des salaires. En conséquence, seule la sortie de l’euro peut être considérée comme une réponse viable. Le Mécanisme européen de stabilité, ou même les euro-obligations, ne parviendront qu’à retarder les décisions qu’il faudrait déjà prendre aujourd’hui. Plus nous attendons, plus les dettes de tous les pays en crise et les pertes des pays du centre de l’Europe augmentent.

Une sortie temporaire des pays qui sont en situation de crise est donc souhaitable pour qu’ils puissent rétablir une certaine compétitivité. Il s’agirait pour eux d’une sorte de cure de réhabilitation pour leurs économies aujourd’hui dépendantes du crédit. »(Fin de citation).

La conclusion de cet économiste allemand est redoutable: pas de sortie de crise, sans sortie des pays aux abois de la zone Euro !!! Avec les énormes conséquences qui en résulteront, dans ces pays, sur les équilibres sociaux et politiques….

Le diagnostic est sévère. C’est celui qui est partagé par une majorité d’Allemands. Or ce sont eux qui détiennent les clefs de toute solution financière en Europe.

Demain, j’émettrai quelques remarques personnelles sur la manière dont je perçois, modestement, les difficultés qui sont devant nous, et que, par démagogie, nos gouvernants plus soucieux de préserver leur image auprès de leur clientèle électorale, que de s’attaquer aux vrais problèmes, s’efforcent de nous masquer….

PS: Il n’y aura pas de miracle. La crise de l’euro ne va pas s’évaporer dans la moiteur de l’été. «Super Mario», le sympathique surnom de Mario Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne, n’a pas de baquette magique pour nous éviter une rentrée agitée.