Autisme.


La campagne présidentielle s’est déroulée, sous nos yeux, dans une sorte de déni de réalité surprenant.

François Hollande s’est défoulé, au nom de tous les socialistes et après une si longue attente du Pouvoir, en cognant à bras raccourcis sur le « bilan de Sarkozy », et en exploitant « les souffrances » de Français exposés à la crise. Sarkozy n’a pas su convaincre sur la défense de son bilan, et à faire croire aux Français que jusqu’ici la crise les avait relativement épargnés.

Et pourtant, de retour d’un court séjour en France, dans une région touristique, je n’ai certes pas rencontré les « Français qui souffrent », mais j’ai vu des autoroutes parcourues par des voitures rutilantes, où les Audi 5, les Mercédès, les BMW pullulent, en berlines ou en impressionnants 4X4…

J’ai vu des hôtels bien remplis, des restaurants faisant salles pleines, bref, même si j’ai conscience que cela ne reflète pas toute la France, je n’ai pas perçu ce sentiment de desespérance qui a gagné le pays voisin d’où je viens: l’Espagne.

L’Espagne où la crise est en train de ravager le commerce, le peu d’industries, le tourisme, sans parler du secteur de l’immobilier.

Les ravages atteignent les familles où des retraités qui jusqu’ici parvenaient à survivre, sont obligés de subvenir aux besoins de leurs enfants ou petits enfants, sans emploi et sans ressources….L’Espagne où la bonne humeur naturelle des Espagnols ne parvient plus à masquer un desarroi et une angoisse qui se généralisent au fil des jours.

Car le modèle social français, celui de « l’Etat protecteur », même au prix de la faillite, ne s’est pas exporté en Espagne…..ce modèle social dont la survie va être l’un des obstacles majeurs sur la route de Hollande.

L’Espagne ne semble plus compter que sur un miracle pour sortir de la spirale infernale qui s’est enroulée autour d’elle.

Un faible espoir est né, à la suite de l’alternance, en France, survenue grâce à la parole magique de François Hollande, dont la glose répétitive, à la manière des experts dans l’art de pratiquer la méthode Coué, consiste à utiliser le mot « croissance » comme « l’abraccadabra » permettant d’apercevoir la « sortie du tunnel ».

Comme s’il suffisait de proclamer, en sautant « comme des cabris » les mots « croissance, croissance,croissance », pour sortir de la crise.

Et Hollande de tenter de nous faire croire que « partout », à Berlin, à Washington, à Moscou, il était « entendu ». Entendu, mais apparemment pas écouté.

Car les pays « vertueux » du Nord sont inquiets de voir les « paniers percés » du Sud les entraîner dans un processus dont « l’effet d’aubaine » leur permettrait de retourner à leurs vices, et nous répètent sans changer de discours, « réduisez le train de vie de vos Etats, faites les réformes douloureuses que nous avons faites, remboursez vos dettes, et nous parlerons ensuite de croissance »….

Pour l’instant, l’Europe semble traverser une période d’accalmie qui contribue à entretenir l’illusion d’une rémission dans la crise. Mais tout se dénouera après les élections législatives françaises et grecques, qui peuvent encore réserver bien des surprises…

Nulle part, cette génération de politiciens, de droite comme de gauche, n’a été capable d’expliquer clairement aux peuples d’Europe, que cette crise que nous traversons à des degrés divers de gravité selon les pays, n’est que l’un des révélateurs du « nouvel état du Monde ».

Ce Monde qui voit les « damnés de la terre » émerger d’une longue détresse et qui sont bien décidés à tailler des croupières à l’Occident, qui, si l’on en croît les « Tiers-mondistes », a trop longtemps vécu sur leur dos.

Plus de 2 milliards d’hommes se battent, et souffrent, dans les pays émergeants, où ils ne bénéficient d’aucune protection sociale, pour se faire une place au soleil. 

Ce séisme ébranle les données jusqu’ici acquises de la  démographie et, en corollaire, des phénomènes de migrations.  Des continents entiers, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique du Sud, se réveillent, se mettent en mouvement et bousculent les équilibres du commerce mondial.

Et notre « dés-espoir » est en train de nourrir les espoirs de ceux qui étaient considérés jusqu’ici comme des « damnés de la Terre ».

Car le véritable enjeu de l’avenir de notre continent est là. Et aucun de nos politiciens n’y fait clairement allusion, aucun d’entre eux ne semble prendre en compte, dans les perspectives ouvertes à l’Europe, ce « nouvel état du Monde ».

Et malgré les nombreux avertissements, ceux des « marchés » que Hollande déteste, mais qui nous permettent de continuer à vivre à crédit, ceux des Institutions européennes, ou ceux des économistes sérieux, il n’est question, dans aucun des discours entendus, des réformes de structures, de la réduction du train de vie de l’Etat, et du nôtre, des efforts de compétitivité et d’innovation qui seront nécessaires pour affronter une concurrence qui sera impitoyable.

Tout se passe comme si nous étions devenus des peuples autistes, qui refusent de voir le monde tel qu’il est, et de savoir ce qui s’y passe.

Ce que je viens d’évoquer là, c’est un thème que les « déclinologues » développent depuis longtemps. Mais qui les écoute ??? Et qui veut les entendre ??? Le déclin est une perspective qui précède la faillite.

Une perspective que la génération du « toujours plus » a du mal à envisager. 

2 réflexions au sujet de « Autisme. »

  1. berdepas Auteur de l’article

    Le phénomène des 4×4 rutilants a, en effet gagné l’Espagne et les Espagnols qui, eux aussi, avaient pris l’habitude de vivre au-dessus de leurs moyens.
    Quand au reste, c’est sans aucun doute, le résultat du miracle de l’élection d’un Socialiste à la tête de l’Etat français …..
    Et quand aux Eurobonds, ou à toute autre formule analogue, il faut attendre pour savoir le prix qu’il faudra payer en contrepartie, sous la forme d’abandons de souveraineté….

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  2. Jacques

    1) Pour ma part je rentre de quatre jours en Espagne, dans la banlieue nord de Barcelone .
    J’y vais régulièrement.
    La dernière fois c’était en décembre dernier.
    Eh bien j’ai été cette fois subjugué par le nombre de voitures haut de gamme et autres 4×4 dont je n’avais jamais vu telle prolifération depuis 10 ans que je vais là-bas.

    2) Aujourd’hui même, le président du Conseil italien, Mario Monti, qui est tout sauf un Socialiste, prédit que la zone euro finira par adopter les eurobonds malgré l’opposition de Berlin, réitérée par le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, dans des entretiens à un hebdomadaire grec publiés dimanche.
    « Je crois que nous aurons des euro-obligations sous une forme ou une autre, car notre union devient de plus en plus étroite », affirme M. Monti dans une interview à To Vima, réaffirmant le soutien de l’Italie à cet instrument qui permettrait de mutualiser les dettes des Etats membres de la zone euro.

    3) Depuis l’annonce du résultat des élections, le 6 mai dernier, le taux d’emprunt de la France sur les marchés obligataires a baissé de 40 points de base. Le rendement des obligations à 10
    ans est même tombé à 2,47%, le niveau le plus bas jamais enregistré.
    Depuis l’élection du nouveau Président, l’euro et les taux d’intérêt baissent. La France n’a jamais emprunté à un coût aussi bas. Du coup la charge de la dette risque de diminuer de plusieurs milliards.

    jf.

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