Extrême-Droite.


 

Depuis le début des années 80, la France a longtemps fait figure d’exception, en Europe, en raison de l’existence durable d’un Parti d’Extrême-Droite qui semblait correspondre, pour beaucoup d’analystes politiques, à un relent de nostalgie vaguement fascisante, et, en tout état de cause, passablement anachronique.

La Revue de Géopolitique « Hérodote »livre dans son dernier numéro, une analyse de l’évolution d’un phénomène qui a gagné toute l’Europe, et a pris dans certains pays des formes, infiniment plus aiguës qu’en France où jusqu’ici, le Front National n’a jamais été considéré, et ne s’est jamais considéré lui-même comme un Parti de Gouvernement.

 http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_extreme_droite_en_Europe-9782707173218.html

 Depuis, « des États comme l’Autriche et la Belgique, la Hollande ou le Danemark ont aussi connu la percée de partis politiques d’extrême droite, revendiquant la préférence nationale, dénonçant le cosmopolitisme, le multiculturalisme et, plus directement encore, la présence des étrangers. »( Hérodote).

Alors que dans les années 1980 la formation en Autriche d’une coalition gouvernementale avec le FPÖ de Jörg Haider avait suscité de très fortes réactions , on ne fait aujourd’hui que « s’émouvoir » de la dérive autoritaire d’un régime comme celui de Viktor Orban en Hongrie.

Les démocraties de l’Europe du Nord, en particulier scandinaves, qui semblaient échapper à cette poussée politique nationaliste, sont à leur tour touchées. Le Procès qui se déroule actuellement en Norvège, en témoigne, même si on s’efforcera de mettre le « carnage » commis par son principal accusé, sur le compte d’une « dérive » psychopathique individuelle…. 

Car, si les scores de l’extrême droite sont encore faibles en Grande-Bretagne et en Espagne, les conditions de leur essor sont malheureusement bien présentes, surtout si la crise économique s’installe durablement. 
La montée de l’extrême droite en Europe obéit à des ressorts communs à tous les pays. Ces ressorts sont: l’immigration musulmane, la mondialisation (à laquelle la désindustrialisation et la montée du chômage sont associées) et « le carcan de l’Union européenne ».

Mais ces ressorts ne suffisent cependant pas à faire oublier qu’il existe également des situations nationales particulières dans chaque État. C’est pourquoi La Revue « Hérodote » a choisi de présenter diverses situations européennes dans le but de mieux les comprendre.

En effet, dans nombre de pays européens, les Partis d’Extrême-Droite obtiennent désormais des scores similaires, voire supérieurs, à ceux du Front National, en France.

L’Europe connaît, ainsi, une sorte de banalisation de la participation de l’extrême droite dans les gouvernements, ce que ne connaît pas, jusqu’ici, la France. Et le paradoxe veut que ce phénomène concerne, comme on l’a vu précédemment, bien plus l’Europe du Nord que celle du Sud…

 Les facteurs d’explication à la montée du nationalisme et de l’extrême-droite, sont partout les mêmes. Ils reposent sur un socle commun, celui de la défense de l’identité européenne, devant la montée, ressentie partout comme une menace, d’un Islam qui ne parvient pas à communiquer une image de soi, paisible, tolérante et « assimilable »par les cultures nationales.

 Dans un article sur la Russie, Anastasia Mitrofanova, professeur de sciences politiques à l’université russe d’Etat, étudie ce paradoxe qui voit les nationalistes russes, par rejet de l’immigration musulmane (Azerbaïdjanais, Tatars, populations du Caucase), se rapprocher d’Israël. Avec comme conséquence de désamorcer l’antisémitisme, base du nationalisme russe au XIX e siècle !!!

 Partout, on retrouve le même discours nationaliste qui dénonce avec force et simplisme le « tous pourris » des responsables politiques, et des élites, prêts à « saborder » les intérêts nationaux pour de pures raisons électoralistes, ou idéologiques. 

Un discours qui séduit un électorat de plus en plus large, au point que l’on peut se demander si, pendant encore longtemps, les Démocraties européennes pourront ignorer l’existence d’une opinion qui, en France, par exemple, n’est pas très loin de repésenter 20% de l’électorat.

C’est, à mon sens, l’un des aspects les plus significatifs de ce que sera le résultat du scrutin des prochains jours, en France. Car si l’extrême-droite fait un score qui se rapproche des 20%, il sera difficile de ne pas en tenir compte, si les Socialistes ayant remporté l’élection présidentielle, l’UMP explose, ce qui donnera lieu à une recomposition du paysage politique…. 

Contredanse…


 Les sondages, dont nous sommes saturés, accordent, aujourd’hui, 10% d’intentions de vote à François Bayrou.

Le plus raisonnable, le plus « modéré », mais aussi le plus ennuyeux des candidats, risque donc de réaliser une « contre-performance »,lui aussi, par rapport à son score de 2007.

Car manifestement, les électeurs n’ont pas été emballés par sa « petite musique », qui a, au sein du paysage politique français, des accents de « prêchi-prêcha » aux intonations moralistes du « donneur de leçons »…. 

Si Bayrou veut avoir un vrai destin politique, il va lui falloir « changer de musique », et surtout apprendre à danser autrement…. 

Car la « Danse du Centre »n’a plus grand pouvoir de séduction érotique dans un pays où les « élites » ne sont plus crédibles, et que le scrutin majoritaire condamne à un affrontement Gauche-Droite.