Lire Muray pour ne pas mourir triste.


 J’avais écrit un article sur Philippe Muray, il y a de cela plusieurs mois, à une époque où Fabrice Lucchini, dans un théatre parisien, mettait son talent au service  de l’oeuvre  de cet auteur méconnu qui porte un regard oblique  sur une société abrutie par l’appétit de jouissance, par son goût pour la superficialité et l’insignifiance, qui s’enfonce lentement dans la décadence où l’entraîne un refus obstiné de l’effort et du sacrifice, l’obsession et la peur de la vieillesse, celle du vide sexuel dans lequel elle s’est enfermée, et au fond du quel elle se précipite à la manière des bestiaux de Panurge.

Philippe Muray prend régulièrement pour cible les nouvelles « ethnies » issues de la société petite-bourgeoise autosatisfaite de notre siècle, que les médias ont affublé de qualificatifs exotiques,tels que « bourgeois bohème ( bobos) », « élites urbaines », » libéraux libertaires », « classes aisées », « néo-bourgeois », ou héritiers du « soixante-huitisme ».

Ces nouvelles élites,qui se sentent « déclassées » depuis qu’elles sont considérées comme appartenant aux « classes moyennes », et que l’on trouve dans tous les combats menés par le quotidien « Libération » à la pointe du sexe (1), qui sont abonnées au « petites annonces coquines du NouvelObs », sont plus que « favorables » au mariage gay, sont souvent « sur-diplômées », elles sont « branchées nouvelles technologies », « sourcilleuses sur les questions d’environnement », se rencontrent et « s’entretiennent physiquement » sur des vélos et des rollers, veulent des « pistes cyclables et des crèches pour leurs enfants », des « espaces verts et des lieux géants de « consommation culturelle », à la taille du « Zénith », où elles viennent applaudir les chanteurs à petite voix de notre époque.

Sont embarqués sur le même radeau, la « consultante en stratégie », le vice-président de la dernière star-up à la mode, la « chargée  de communication »d’une star du porno, le « sociologue des mutations urbaines », la « thérapeute spécialisée en rééducation libidinale », l’animateur de quartier, qui tous se déplacent écologiquement en trottinette, « tandis que tintinnabulent leurs piercing, que gazouillent leurs portables, que protubèrent leurs implants »,… »et que la plupart « se demandent avec anxiété si, à la faveur de cette grande conquête sociale qu’ont été les trente-cinq heures, ils vont choisir, dans leur nouvelle vie, l’option sports ou l’option enfants….« (Philippe Muray. Préface de « Céline »).

Ces « élites » dont l’arrogance bon enfant n’a d’égal que l’aveuglement, sont prêtes à accorder leur admiration enthousiaste à des humoristes à deux balles qui, sans vergogne, se gaussent de leurs propres travers, dénigrent ceux qui leur ont offert une hospitalité généreuse et crachent dans la soupe de ceux qui les ont accueillis à leur table pour partager les agappes autour d’un menu préparé par les cuistres du fameux « modèle social français »…. 

Aucun programme politique qui négligerait les aspirations vertueuses de ces nouvelles couches sociales, qui ont grandi dans des couches culottes en papier de soie, n’a de chance d’être soutenu par ces élites là.

Car ces élites là ont des « valeurs » à défendre. Et quelles valeurs !!! Honteuses de vivre dans un si beau pays, un pays dont ils rejettent ce qui a pu faire sa grandeur passée, ces élites pratiquent une religion nouvelle, celle de la « repentance » et du « mea-culpa »

 » Ce sont des gens « festifs », à portable entre les oreilles, aux yeux de qui « la glisse est une idée neuve en Europe »…..Ils ont, comme on dit, puisque les mots n’ont plus de sens,  » fait tomber Paris à Gauche ». « Ils n’ont rien fait tomber du tout, d’abord parce qu’il n’y a presque plus rien qui tienne debout,….et aussi parce qu’il n’y a plus que les touristes qui croient que Paris existe encore »( Philippe Muray).

Ils mènent des « batailles postiches » pour la défense des « civilisations » menacées en haute Amazonie, mais considèrent que notre civilisation ne vaut plus la peine d’être défendue et rejettent toute notion d’identité nationale, soutiennent les amateurs de « raves sauvages », autrement appelées encore free-parties », qui constituent avec les gay-prides le summum de la festivité pour ces êtres qui ont quitté le cours de l’Histoire puisque pour eux, nous vivons depuis quelques années, « la fin de l’Histoire ».

Car pour ces êtres amputés de leur sens critique à la suite de graves intoxications idéologiques, il n’y a plus « d’Histoire », puisque depuis la déconfiture du Marxisme stalinien, il n’y a plus de « sens de l’Histoire », ce dont ils ont déduit stupidement que « l’Histoire » n’a plus aucun sens…..

Cet échantillon des banderilles que Philippe Muray plante dans le corps social, donnera peut-être à quelques uns de mes lecteurs, l’envie de découvrir cet auteur qui, à n’en pas douter restera parmi les esprits les plus décapants de ce siècle où la mièvrerie s’exprime partout, ce siècle qui n’a de respect et d’estime que pour les discours  » bisounours » pour adolescents suceurs de pouce attardés, angoissés par leur avenir, et qui ont fait de la France, le pays le plus pessimiste du monde.

Il donnera peut-être aussi envie de lire Philippe Muray, à ceux qui préfèrent encore les saines lectures aux émissions de télévisions destinées à faire le vide dans leur pensée, tout en captant l’attention des « ménagères de moins de cinquante ans », afin que « les idées nouvelles » portées par les messages publicitaires occupent toute leur place dans leur subconscient.

Je continuerai à évoquer Philippe Muray. Pour ne pas qu’on l’enterre tristement au Panthéon des gloires littéraires ignorées….

Le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre, c’est de partager son hilarité, dans un immense éclat de rire empreint de goguenardise !!!!

(1) : http://next.liberation.fr/mode/06014774-zahia-le-making-of

PS: Les mots et expressions mis « entre guillemets »appartiennent à Philippe Muray.

2 réflexions au sujet de « Lire Muray pour ne pas mourir triste. »

  1. Ping : Muray pourfendeur de « bobos … | «Tempus Fugit….

  2. Ping : Panique dans le marigot…. | Tempus Fugit….

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