Socialisme: la déconfiture….


 

La droite portugaise a largement remporté dimanche les élections législatives au Portugal sur fond de crise financière. Après la démission de Socrates, le nouveau Premier ministre sera Pedro Passos Coelho, qui a annoncé vouloir former un gouvernement de droite-centre droit, pour mettre un terme à l’incertitude politique.

En Espagne, le Gouvernement de Zappatero est en sérieuse difficulté, après une nette défaite aux élections Régionales et Municipales, qui laisse mal augurer du résultat du prochain scrutin législatif qui devrait consacrer la chute du gouvernement socialiste.

En Angleterre, les travaillistes ont laissé la place au Parti conservateur, confronté à une situation d’endettement de l’Etat impliquant une politique de rigueur qui rappelle aux Britanniques les années Thatcher….

Ne parlons pas de la Grèce, ou le Gouvernement socialiste fait face à une situation catastrophique, et semble désemparé devant l’ampleur des sacrifices à imposer au pays pour retrouver les équilibres sans lesquels une nation voit sa souveraineté gravement menacée.

Cette défaite du PS portugais conclut, en effet, quatorze années de reculs de la gauche dans toute l’Europe.

En 1997, treize des quinze gouvernements de l’Union européenne étaient à gauche et l’arrivée de Lionel Jospin au pouvoir résonnait comme le symbole d’un véritable printemps de la gauche. Lorsque survient la crise financière en 2008, la gauche est encore au pouvoir au Royaume-Uni, en Allemagne, en Irlande, en Espagne, en Lituanie, en Bulgarie, en Hongrie, au Portugal et en Grèce. Trois ans après, l’Espagne et la Grèce apparaissent comme les derniers bastions de la gauche. Pour combien de temps ?

Ainsi donc, un peu partout, en Europe, les Socialistes sont en situation d’échec pour répondre aux défis engendrés par la crise internationale: les caisses sont vides et le socialisme ne dispose plus des leviers classiques avec lesquels il excelle dans l’art de séduire son électorat d’assistés.

C’est la déconfiture…..   

 Car, pendant les années de croissance mondiale, les politiques sociales-démocrates ont connu d’importants succès pratiques. Toutes les analyses statistiques dans les années 1950-1970 ont montré que les plus faibles inégalités de revenus, la protection sociale la plus développée, les meilleurs équilibres entre l’emploi, les investissements et les salaires, ont été le fait de pays où la social-démocratie a exercé durablement le pouvoir – sans même parler de la comparaison avec les pays communistes.

Mais aujourd’hui, les armes traditionnelles de la politique keynésienne, notamment la politique monétaire, avec le jeu des dévaluations, et la politique budgétaire, avec des déficits importants, ne peuvent plus avoir cours. Notre appartenance à la zone Euro nous interdit d’avoir recours aux recettes du passé.

 En outre, la mondialisation rend difficile la navigation à contre-courant des cycles économiques dominants – comme le gouvernement socialiste français l’a éprouvé en 1982 et 1983 avec « le changement de pied » imposé au Gouvernement Mauroy, obligé à renier partiellement les engagements électoraux pris par Mitterrand.

Cela explique que tous les partis sociaux-démocrates et socialistes, à des dates différentes, aient révisé leurs programmes pour demeurer dans le jeu politico-économique national, et aient fait le choix de l’Europe, et celui du respect des engagements monétaires, pour continuer à exister dans la mondialisation.

Par ailleurs, les Socialistes sont tenus de prendre en compte les évolutions  intervenues dans la structure des sociétés et les cultures ambiantes. La transformation du salariat, avec le déclin de la classe ouvrière traditionnelle, et l’existence de millions d’ouvriers et d’employés qui vivent des conditions de travail faites de précarisation et d’isolement, l’importance des classes moyennes salariées, la place majeure des femmes dans le travail, l’allongement du « moment » de la jeunesse, et, en même temps, le vieillissement, la présence et le poids croissant de populations immigrées, la force de l’individualisme, tout cela a fragilisé les structures de représentation traditionnelle mises en place par la social-démocratie.

Partisans d’une politique d’immigration active, ils ont espéré vainement, que l’afflux d’un nouveau prolétariat compenserait le déclin de leurs « troupes » traditionnelles. 

Les syndicats n’ont plus la même homogénéité « de classe » et ont pris leur autonomie. Les partis sociaux-démocrates et socialistes doivent réunir plusieurs électorats aux intérêts différents et volatils.

L’identité de la social-démocratie s’est transformée depuis une vingtaine d’années: combattue sur sa gauche par les courants nostalgiques de la période marxiste, elle est de moins en moins à son aise sur le terrain idéologique.

 Elle est donc plus fragile, plus dépendante des résultats de sa politique, qui en raison de la crise, ne sont guère différents de ceux des politiques de droite, ce qui affaiblit le  sentiment d’appartenance de ses sympathisants. Et cela d’autant plus qu’elle doit affronter de nouveaux concurrents, les partis verts, qui défendent des valeurs post-matérialistes et ont une influence dans les nouvelles générations urbaines, ainsi que les partis populistes, qui attirent des catégories populaires inquiètes.

Ce sont bien les fondements des « compromis sociaux-démocrates » qui sont à repenser dans un nouvel âge du capitalisme et, en France, devant l’ampleur de la tâche les divisions partisanes, les courants animés par des « chefs » devenus des « ego-psychopathes » rendent l’élaboration de programmes de gouvernement difficiles tant il y a de contraires à concilier.

Les remèdes classiques sont d’une efficacité et d’une portée limitée par les contraintes budgétaires.

L’ État-providence qui protège la population des risques liés à la santé ou au travail a atteint partout ses limites dans le monde occidental, face à la concurrence des pays émergents, plus travailleurs et moins « gloutons ».

Le système public d’éducation, de santé, de garde d’enfants, etc., « financièrement accessible à tous », est à bout de souffle. 

Les niveaux de prélèvements fiscaux élevés afin de financer ces dépenses publiques via un impôt progressif sont incompatibles avec la « liberté de circulation des personnes et des capitaux » sur laquelle repose l’édifice européen.

La politique d’immigration et le multiculturalisme prônés par les socialistes au nom des « valeurs universelles » rencontre de plus en plus d’opposition, y compris dans les classes sociales les moins favorisées.

Restent la laïcité , la libéralisation des mœurs avec l’ institution du mariage homosexuel, la protection du droit à l’avortement, voire parfois la dépénalisation des drogues les moins nocives et une politique étrangère basée sur la promotion des valeurs démocratiques, la défense des droits de l’homme et la concertation  pour se démarquer d’une politique « de droite », ce qui réduit la spécificité des options socialistes à des sujets « sociétaux » et non « économiques ».

L’engagement en faveur de la construction européenne pour promouvoir le fédéralisme européen est combattu, en France, par l’aile gauche de la Gauche.

Mais une  des raisons essentielles du discrédit qui semble frapper aujourd’hui les partis sociaux-démocrates en Europe, tient d’ailleurs au fait que beaucoup d’entre eux ont nagé dans le sens du courant.

A la fin des années 1990, les gouvernements à dominante ou à participation socialiste étaient onze sur quinze dans l’Union européenne. On ne peut pas dire qu’ils aient profité de cette hégémonie numérique pour mettre en œuvre une politique différente des conservateurs. Bien plus, ils ont souvent mené une politique de réformes de l’Etat-providence et de dérégulation que les gouvernements de droite n’avaient pas le courage de décider. Avoir été pendant des années les compagnons de route de la mondialisation nuit à leur crédibilité quand ils se targuent d’avoir, avant les autres, dénoncé les dangers du « tout libéral ».

La défaite que les partis du socialisme démocratique viennent de subir dans certains pays européens ne doit sans doute pas être surestimée.

Mais elle ouvre un vaste champ d’interrogations sur la capacité de ce courant idéologique à imaginer des solutions réalistes et d’une efficacité durable, pour sortir de la crise.

Car, pourquoi élire des socialistes, si c’est pour, en définitive, être condamnés à pratiquer une politique semblable à celle qui s’impose en Grèce, au Portugal ou en Espagne ???

C’est bien là, la question qui fera débat dans les mois qui précéderont, en France, l’élection présidentielle de 2012.

 

2 réflexions au sujet de « Socialisme: la déconfiture…. »

  1. Vous avez bien raison de ne pas surestimer les récentes défaites du socialisme en Europe.
    Parce qu’il ne faut pas non plus minorer les défaites à répétition de Madame Merkel et de M. Sarkozy….
    A noter également que le Labour anglais vient de réaliser un très bon score qui a surpris tous les z’observateurs quelques mois après sa « déroute ».
    Quant à la situation portugaise….!
    Voici donc un Pays qui élit un parti, le PSD, qui avait voté contre le programme du Premier Ministre Socialiste qui a alors démissionné et qui a annoncé, le même PSD, qu’il va appliquer le programme en question. Comprenne qui pourra et votre exégèse ci-dessus me parait donc ainsi quelque peu… décalée.

    jf.

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