Voltairien,… je suis toujours.


Mes précédentes « professions de foi Voltairienes »:

https://berdepas.wordpress.com/2009/03/18/voltairien-je-suis/

https://berdepas.wordpress.com/2008/05/04/onfray-pas-pire/

 Plongé dans un parcours rétrospectif au fond du « Dictionnaire Philosophique » de cet auteur méconnu, dont le « Candide«  contient des textes précurseurs qui s’appliqueraient souvent à notre époque, je tombe par hasard, sur la rubrique « Alger ».

Je ne m’attendais pas à trouver de telles pages dans un « Dictionnaire Philosophique ».

 Mais ce texte rafraîchira la mémoire de ceux qui font de la repentance une profession de foi quasi ecclésiastique.

Je le reproduis en intégralité, pour ceux qui ont encore le goût de la lecture et qui ne sont pas rebutés par la langue française lorsqu’elle est convenablement traitée.

Tiré de : OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE. 

 DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE . ( Lettre » A »).

Alger.

La philosophie est le principal objet de ce dictionnaire. Ce n’est pas en géographes que nous parlerons d’Alger, mais pour faire remarquer que le premier dessein de Louis XIV, lorsqu’il prit les rênes. de l’État, fut de délivrer l’Europe chrétienne des courses continuelles des corsaires de Barbarie. Ce projet annonçait une grande âme. Il voulait aller à la gloire par toutes les routes. On peut même s’étonner qu’avec l’esprit d’ordre qu’il mit dans sa cour, dans les finances, et dans les affaires, il eût je ne sais quel goût d’ancienne chevalerie, qui le portait à des actions généreuses et éclatantes qui tenaient même un peu du romanesque Il est très certain que Louis XIV tenait de sa mère beaucoup de cette galanterie espagnole noble et délicate, et beaucoup de cette grandeur, de cette passion pour la gloire, de cette fierté qu’on voit dans les anciens romans. Il parlait de se battre avec l’empereur Léopold comme les chevaliers qui cherchaient les aventures. Sa pyramide érigée à Rome, la préséance qu’il se fit céder, l’idée d’avoir un port auprès d’Alger pour brider ses pirateries, étaient encore de ce genre. Il y était encore excité par le pape Alexandre VII et le cardinal Mazarin, avant sa mort, lui avait inspiré ce dessein. Il avait même longtemps balancé s’il irait à cette expédition en personne, à l’exemple de Charles-Quint; mais il n’avait pas assez de vaisseaux pour exécuter une si grande entreprise, soit par lui-même, soit par ses généraux. Elle fut infructueuse et devait l’être. Du moins elle aguerrit sa marine, et fit attendre de lui quelques-unes de ces actions nobles et héroïques auxquelles la politique ordinaire n’était point accoutumée, telles que les secours désintéressés donnés aux Vénitiens assiégés dans Candie, et aux Allemands pressés par les armes ottomanes à Saint-Gothard. 

Les détails de cette expédition d’Afrique se perdent dans la foule des guerres heureuses ou malheureuses faites avec politique ou avec imprudence, avec équité ou avec injustice. Rapportons seulement cette lettre écrite il y a quelques années à l’occasion des pirateries d’Alger. 

« Il est triste, monsieur, qu’on n’ait point écouté les propositions de l’ordre de Malte, qui offrait, moyennant un subside médiocre de chaque État chrétien, de délivrer les mers des pirates d’Alger, de Maroc, et de Tunis. Les chevaliers de Malte seraient alors véritablement les défenseurs de la chrétienté. Les Algériens n’ont actuellement que deux vaisseaux de cinquante canons, et cinq d’environ quarante, quatre de trente; le reste ne doit pas être compté. 

« Il est honteux qu’on voie tous les jours leurs petites barques enlever nos vaisseaux marchands dans toute la Méditerranée. Ils croisent même jusqu’aux Canaries, et jusqu’aux Açores. 

« Leurs milices composées d’un ramas de nations, anciens Mauritaniens, anciens Numides, Arabes, Turcs, Nègres même, s’embarquent presque sans équipages sur des chebecs de dix-huit à vingt pièces de canon: ils infestent toutes nos mers comme des vautours qui attendent une proie. S’ils voient un vaisseau de guerre, ils s’enfuient: s’ils voient un vaisseau marchand, ils s’en emparent; nos amis, nos parents, hommes et femmes, deviennent esclaves, et il faut aller supplier humblement les barbares de daigner recevoir notre argent pour nous rendre leurs captifs. 

« Quelques États chrétiens ont la honteuse prudence de traiter avec eux. et de leur fournir des armes avec lesquelles ils nous dépouillent. On négocie avec eux en marchands, et ils négocient en guerriers. 

« Rien ne serait plus aisé que de réprimer leurs brigandages; on ne le fait pas. Mais que de choses seraient utiles et aisées qui sont négligées absolument! La nécessité de réduire ces pirates est reconnue dans les conseils de tous les princes, et personne ne l’entreprend. Quand les ministres de plusieurs cours en parlent par hasard ensemble, c’est le conseil tenu contre les chats. 

« Les religieux de la rédemption des captifs sont la plus belle institution monastique; mais elle est bien honteuse pour nous. Les royaumes de Fez, Alger, Tunis, n’ont point de marabouts de le rédemption des captifs. C’est qu’ils nous prennent beaucoup de chrétiens, et nous ne leur prenons guère de musulmans. 

« Ils sont cependant plus attachés à leur religion que nous à la nôtre car jamais aucun Turc, aucun Arabe ne se fait chrétien, et ils ont chez eux mille renégats qui même les servent dans leurs expéditions. Un Italien, nommé Polegini, était, en 1712, général des galères d’Alger. Le miramolin, le bey, le dey, ont des chrétiennes dans leurs sérails; et nous n’avons eu que deux filles turques qui aient eu des amants à Paris. 

« La milice d’Alger ne consiste qu’en douze mille hommes de troupes réglées; mais tout le reste est soldat, et c’est ce qui rend la conquête de ce pays si difficile. Cependant les Vandales les subjuguèrent aisément, et nous n’osons les attaquer! »

Un texte inattendu dans un « Dictionnaire Philosophique », mais qui en disait déjà long sur la réciprocité en matière de tolérance !!!! 

Pas si anachronique que ça, notre Voltaire national, dont l’Express de cette semaine « fait sa Une » !!!

Quand on songe que la République a trouvé le moyen d’en faire un « Philosophe » à dix balles!!!

  Quelle ingratitude !!! 

7 réflexions au sujet de « Voltairien,… je suis toujours. »

  1. Ping : Voltaire, Rousseau, vous et moi…. | Tempus Fugit….

  2. Ping : Roulette russe. |

  3. Ping : Roulette russe. |

  4. Jacques

    Peut-être que l’Express et le Nouvel Obs pensent de vos « contributions » ce que vous pensez de mes écrits, à savoir ce qui est excessif est insignifiant…….

    jf.

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  5. berdepas Auteur de l’article

    Merci pour l’information. C’était un bug de WordPress. Correction est faite et on peut accéder aux liens.
    Quand à ce que vous appelez la censure, j’en suis victime presque tous les jours sur des médias comme l’Express ou le Nouvel Obs.: cela s’appèle « la modération » !!!!
    Pour ma conclusion, ne vous interrogez plus: marrez vous!!! C’est de l’humour à dix balles.

    J'aime

  6. Jacques

    Difficile de savoir si vous avez déjà fait des « professions de foi Voltairiennes » puisqu’il faut un mot de passe pour accéder aux liens que vous nous proposez….
    J’ai d’autant plus un doute que Voltaire, lui, bien au contraire, n’utilisait pas la censure des écrits qui ne lui plaisaient pas…

    Quant à votre conclusion….on peut légitimement s’interroger sur celle-ci.
    Le 10 juillet 1791 (treize ans après sa mort et deux ans après la Révolution française) la dépouille de Voltaire fut transférée au Panthéon.
    Un orchestre complet précédait le sarcophage, tiré par douze chevaux blancs. Les parois étaient décorées de masques de théâtre, avec cette sentence: « Poète,historien, philosophe, il agrandit l’esprit humain, et lui apprit à être libre. »

    Les membres de l’Assemblée nationale, les magistrats et le Conseil municipal de Paris suivaient le cercueil. Le convoi s’arrêta à l’Opéra, à l’Ancienne et à la Nouvelle Comédie, et vers minuit atteignit le Panthéon, où Voltaire fut placé dans sa dernière demeure.

    jf.

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