La fin des « maîtres ».


Lorsque j’étais enfant, on désignait encore l’Instituteur sous le vocable de « Maître ».

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Le maître était un personnage que l’on craignait et que l’on respectait. Il était celui par lequel on accédait aux savoirs. En commençant par les plus élémentaires :  savoir lire, savoir écrire, savoir compter.

Le Ministère dont il dépendait n’avait pas encore la prétention d’être celui de l’Education, car l’éducation se faisait, en famille, à la maison.

C’était le Ministère de l’Instruction Publique. Car on allait à l’école pour s’instruire, et « pour devenir quelqu’un, plus tard ».

Le maître se postait à l’entrée de la classe, où l’on entrait, vêtus de nos tabliers noir,  dans l’ordre, après s’être « mis en rang » par deux, les petits devant et les grands derrière.

Puis on se plaçait dans l’allée ,debout, à côté de son pupitre, et le maitre entrait le dernier dans la classe. Après avoir lancé un regard circulaire, et bienveillant, il prononçait le : « Asseyez-vous » !!!! Une rafale claquement de banquettes lui répondait, et une fois tous assis, nous attendions, les bras croisés, la phrase rituelle: « sortez vos cahiers »!!!!

Je revois, avec nostalgie, ces cahiers d’écriture, où, entre deux lignes étroites nous devions écrire en respectant  » les pleins et les déliés ». Seules les Majuscules étaient autorisées à sortir du chenal étroit dans lequel l’écriture devait se discipliner.

Les « mauvais élèves  » redoutaient de s’entendre interpeller par la phrase qui faisait battre leur coeur: « Untel, au tableau !!! ».

Par contre les « bons élèves », ceux qui savaient toujours leurs leçons, considéraient le fait ‘être appelé « au tableau » comme une distinction qui allait leur permettre de briller.

L’odeur et la poussière de la craie nous étaient familiers, et chacun de nous était à son tour « de tableau » ce qui signifiait qu’il avait en charge, à la fin de la classe, l’effacement du tableau noir et le réapprovisionnement de la petite boîte de craie, en craie blanche et en craies de couleurs.

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J’ai une reconnaissance infinie envers ces maîtres que j’ai eu la chance d’avoir au cours de mes jeunes années à l’école primaire.

Je les revois encore, toujours « tirés à quatre épingles », selon l’expression favorite de ma mère. Je veux dire par là, qu’ils en imposaient avec leur costume (probablement élimés) et leur cravate, surtout quand on appartenait à un « milieu modeste » ( on ne disait pas encore « défavorisé!!!) où la tenue de travail ne comportait aucune « cravate »..

Plus tard, au Lycée, j’aurai d’autres « maîtres », sur lesquels je pourrais écrire des pages entières et auxquels je dois d’être devenu ce que je suis.

Car je suis, comme beaucoup de ceux de ma génération, un « pur produit de l’école laïque et républicaine ».

C’est pourquoi, ma consternation est immense, lorsque je lis les chroniques d’un ancien professeur, à la retraite aujourd’hui, et qui nous fait part de ses réflexions sur l’école d’aujourd’hui.

A lire sur:

http:/http://criticusleblog.blogspot.com/2010/03/faux-jetons-par-daniel-faivre.html#comment-38270672

La fin des maîtres, ce n’est pas la » libération des esclaves ». Bien au contraire…..

Lorsque je lis ces lignes, tirées du blog cité ci-dessus, je suis attristé, convaincu des jours sombres qui attendent une jeunesse qui n’aura jamais eu de maîtres à respecter, une jeunesse qui n’a plus de repaires, et qui ne se respecte pas elle-même:

A l’Éducation Nationale, la castration sémantique sévit plus encore qu’au PS ou à l’UMP. Ainsi la brutalité, la pornographie, le racket sont-ils des « incivilités ». Le refus de travail, un effet des origines sociales. Les retards ou les absences, des manquements à l’autodiscipline auxquels la Vie Scolaire va remédier. A l’école, on n’affronte jamais, on biaise. On botte en touche. La réalité est déniée.

Exemple, cette collégienne de Bagneux — comment doit-on dire ? Noire ? Vous n’y pensez pas ! Black ? C’est mieux, encore un effort… — d’origine africaine, qui apostrophe son professeur de math, remplaçant d’origine roumaine : « Toi, le Gitan, casse-toi, tu pues ! »

(D’aucuns se féliciteraient de cette langue verte qui n’est pas de bois. Que nenni : le stéréotype de la race qui pue est vieux comme le monde…) Quoiqu’il en soit, en des temps reculés, c’eût été : une baffe et la porte ! Maintenant, le filtre bien-pensant euphémise : l’origine ethnique de l’élève (vous oubliez l’esclavage !), son sexe trop longtemps méprisé (et le machisme ambiant ?), un langage « ado » d’aujourd’hui qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre (et NTM sur Canal Plus ?…) Etc. Résultat : deux jours d’exclusion par la compréhensive principale ! Imaginez le malaise de l’insulté et de ses collègues ?

Et le désespoir des élèves ?

Projetons-nous un instant, par empathie, dans cette classe choquée par la grossièreté de leur camarade et par la douleur, visible, infligée à un homme. Choquée, mais solidaire par la force des choses et par peur des représailles. Les grandes gueules ont toujours des amis caïds. L’univers collégien ressemble très fort au carcéral. La classe, honteuse, fait donc profil bas. Elle attend. Elle espère, secrètement, une réaction d’adulte, une réaction d’autorité. Pas du tout pour punir une « méchante », mais pour qu’eux-mêmes redeviennent élèves, dans une vraie école.

« Désespérables »
Dans une lettre à Monsieur l’Inspecteur, publiée dans Le Monde du 19 avril 2008, les collégiens de Jean-Moulin d’Aubervilliers appelaient au secours et peu importent les fautes :

 

« Des élèves à l’intérieur et à l’extérieur du collège s’amusent à jetter des bouteilles emplies d’acide, des poubelles, des œufs, des tomates… sur les élèves… Interrompre les cours… traînent dans les couloirs… se mettent à crié… bagarres… rackettage… Les conditions de travaille sont désespérables. »

Il y a deux ans, par réaction à la démagogie jeuniste de la gauche, combien de professeurs ont voté Sarkozy comme moi pour répondre à cet appel ?

Rien. L’État fait toujours preuve de non-assistance à enfants en danger.

Jusqu’à quand ?

Daniel Faivre

Terrifiant témoignage sur le présent de l’école.Qui ne suscite que l’angoisse sur l’avenir de ses élèves.

3 réflexions au sujet de « La fin des « maîtres ». »

  1. Jacques

    Nous sommes le 25 mars.
    21 jours que vous gardez le silence.
    Pourtant les sujets que vous affectionnez ne manquent pas:
    Remontée du FN aux élections régionales, abandon de la taxe carbone, affaires Zemmour, Bilger, Guillon, etc…

    Je constate que parmi vos 150 lecteurs quotidiens revendiqués, je suis le seul à m’ inquiéter de votre silence persistant..
    Que vous arrive-t-il M. Berdepas ?

    Etes-vous malade ? Etes-vous en voyage ?
    Sincèrement, je souhaite qu’il ne s’agisse que de la deuxième possibilité.

    M. Berdepas, je me permets d’espérer que vous nous rassurerez sans délai.

    A bientôt ?

    jf.

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  2. Jacques

    Année scolaire 1962-1963

    Ecole Saint Sulpice, Rue d’Assas, Paris 6è. Etablissement privé catholique sous contrat.

    Classes de Seconde Classique et Moderne.

    Protagonistes:
    – Un prof de Physique, totalement nul et incapable, versé directement là par l’Etat Gaulliste après dégraissage des effectifs de la….Sncf.
    – un élève de Seconde Classique qui arrivait le matin et repartait le soir à bord de la voiture de fonction de son père….
    – moi.

    En plein milieu d’un cours de physique en Seconde Classique l’élève désigné ci-dessus a eu des mots avec le prof de physique, s’est levé et il l’a …giflé…
    Oui en 1962-1963, ça se faisait déjà, dans un établissement catho en plus….

    Le père du fautif a été convoqué et lorsqu’il est arrivé…le lendemain…en grand uniforme de Colonel de l’Armée de l’Air, nous étions tous en rang dans la cour et je n’ai pu m’empêcher de dire à haute et intelligible voix:
    « Je ne savais pas que les facteurs portaient autant de galons ».

    Bilan:
    – l’élève gifleur: trois jours seulement d’exclusion. Il est revenu en héros la semaine suivante !
    – Moi: six heures de colle d’un seul coup.

    Il ne faut peut-être pas être trop manichéen entre l’école d’hier et l’école d’aujourd’hui…
    Même si, nul ne le conteste, la situation d’aujourd’hui devient alarmante. En revanche, accuser toujours et à tout bout de champ, la gauche, les enseignants socialistes et mai 68 me paraît, par expérience, quelque peu fallacieux.

    jf.

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