La Brise de la Pastille…..


L’atmosphère « pré-insurrectionnelle » que traverse la France depuis quelques semaines,et la « brise » de révolte qui souffle sur le pays, m’ont inspiré ce billet, dont je retardais la rédaction depuis plusieurs mois.

Le 14 Juillet 1789, le peuple de Paris affrontait courageusement, la forteresse dans laquelle étaient « embastillés » les « victimes » de lettres de cachet, symboles de l’arbitraire d’une justice royale et despotique…..

Telle est l’image que j’avais conservée, depuis ma lointaine enfance, grâce aux enseignements des « Hussards de la République », auxquels je tiens – néanmoins – à rendre un affectueux hommage, car je leur dois, en majeure partie d’être ce que je suis devenu. Car, je suis, comme beaucoup de gens de ma génération, un « pur produit de l’école de la République ».

La lecture d’un livre que j’ai évoqué, dans un de mes billets, sous le titre de « Coupeurs de Têtes », il y a déja plusieurs mois,-  , livre qui, sous le titre de « Un Roi sans lendemain », évoquait le sort abominable que fut celui du malheureux Louis XVII, enfant martyr victime innocente d’une haine sans borne, a réveillé en moi certains des doutes que j’avais éprouvé, lorsque, encore jeune lycéen, je me passionnais pour l’Histoire de la Révolution française.

Ce roman, qui met en scène un « Journaleu » de l’époque, en la personne de Jacques-René Hébert, « écrivain favori des sans-culottes » et Directeur du Père Duchesne, le journal le plus scandaleux et le plus lu pendant la période révolutionnaire, évoque les manipulations de l’opinion, les entreprises de désinformation méthodiques, les mensonges répandus sur la personne du Roi et surtout sur celle de la Reine, a réouvert ma curiosité sur les évènements de cette époque sanglante.

J’ai voulu comprendre, comment un peuple qui appartenait déjà à une vieille civilisation,- car la France de Louis XVI n’est pas une terre de Barbares ( même si ceux-ci n’ont jamais cessé d’y faire des incursions )- et comment on a pu pousser ce même peuple sur le chemin d’une guerre civile, dont la violence et les atrocités n’ont pas fini de hanter la mémoire des Français.

Je me suis donc plongé dans la lecture laborieuse de quelques ouvrages traitant de cette époque.

Ainsi, en premier lieu et grâce à Alexis de Tocqueville, j’ai pu approfondir les connaissances superficielles que j’avais acquises sur les bancs de l’école, à propos de « l’Ancien Régime et la Révolution ».

Cet ouvrage, ainsi que l’indique l’auteur dans l’exergue qui en présente le contenu  » n’est point une histoire de la Révolution. C’est une étude sur cette Révolution ». J’ai adhéré au but poursuivi par l’auteur, qui précise que « pour bien comprendre et la Révolution et son oeuvre, il fallait oublier un moment la France que nous voyons, et aller interroger dans son tombeau la France qui n’est plus ». Ce qui correspondait à mes intentions.

 En outre, lorsque Tocqueville précise que « l’objet propre de l’ouvrage qu’il livre au public est de faire comprendre pourquoi cette grande révolution, qui se préparait en même temps sur presque tout le continent de l’Europe, a éclaté chez nous plutôt qu’ailleurs, pourquoi elle est sortie comme d’elle même de la société qu’elle allait détruire, et comment enfin l’ancienne monarchie a pu tomber d’une façon si complète et si soudaine », il comble mes interrogations et m’incite à m’immerger dans une époque, au fond , pas si lointaine, dans laquelle je n’ai pu m’empêcher d’établir quelques analogies avec l’époque que nous vivons actuellement….

Puis, de Tocqueville, je suis passé à un autre point de vue. Celui de l’Historien François Furet, spécialiste peu contesté de la Révolution française, peu suspect de sympathie avec les « idées réactionnaires », que son appartenance, comme une bonne partie de l’intelligentsia française de la première moitié du 20ème siècle, au Parti Communiste, met à l’abri de toute contestation droitière.

Dans « La Révolution française », ouvrage écrit en collaboration avec Denis Richet, professeur, comme François Furet, à l’Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales, il s’efforce de comprendre, à son tour, la Révolution française, mais sans éviter de « faire la critique des tabous et des mythes qu’elle a engendrés ».

 » Récusant à la fois les nostalgiques du Roi et les partisans de Robespierre », il montre les nombreuses facettes du phénomène révolutionnaire,  » à la fois fondateur des libertés politiques de l’Etat moderne, et à l’origine d’une guerre civile dont la violence et les atrocités » incite à s’interroger sur l’utilité de tant de sang, et sur le caractère profond du peuple français de cette époque….

Parcourant cet ouvrage, je me suis plusieurs fois posé la question de savoir si la France de notre époque avait conscience, dans la pratique actuelle d’un « Droit de l’Hommisme » omniprésent, du prix qui a été payé par ce pays au nom de la conquête des « Droits de l’Homme ».

On ne sort pas indemne d’une telle immersion. Mais que dire, lorsque, après avoir refermé l’ouvrage de François Furet, on tombe sur « Le Livre Noir de la Révolution française » ??? Cet ouvrage d’environ 900 pages, écrit sous la direction de Renaud Escande, avec les contributions d’une quarantaine d’Historiens, parmi lesquels ( je m’excuse pour les autres ) Pierre Chaunu, Stéphane Courtois, Ghislain de Diesbach, Emmanuel Leroy-Ladurie, Jean Tullard et Jean Sevilla, s’attache à montrer que « l’Histoire ne s’écrit pas comme la mythologie », et se défend d’avoir « noirci » les faits qui témoignent par eux-mêmes, en raison de leur violence inouïe.

Ainsi, les auteurs, s’interrogeant sur le caractère « spontané » de la Révolution populaire qui a conduit à la prise de la Bastille un certain 14 Juillet 1789, se demandent s’il s’agissait « tout d’abord d’une émeute de la faim, c’est à dire d’un avatar de la récession économique que subit la France depuis quelques années :  le peuple de Paris, affamé, misérable, subissant de plein fouet la crise, accompagnée de chômage, qui sévit depuis 1787, se soulève d’exaspération, d’inquiétude et d’indignation contre un gouvernement qui ne fait rien pour le soulagement des plus déshérités, contre une reine, en particulier, qui focalise, par des maladresses verbales soigneusement colportées, les colères, les aigreurs et les aspirations au changement« ….( difficile de ne pas voir, y compris dans le vocabulaire employé, quelques analogies avec le discours d’une partie de l’opposition actuelle à Sarkozy !!!).

Autre hypothèse examinée par les auteurs, celle d’un 14 Juillet symbole d’une insurrection contre « l’arbitraire ». La Bastille symbole du despotisme, une prison d’Etat, où « se morfondaient les victimes de l’arbitraire royal….sinistre symbole de la servitude.

Ce mythe laborieusement entretenu par des générations d’enseignants de l’Histoire, s’effondre dans la page suivante, car  » la Bastille, en Juillet 1789, n’abritait que sept détenus: quatre faussaires, deux fous et le comte de Solages, seul à pouvoir être considéré comme « victime de l’arbitraire ». C’était peu (sic). La réalité n’a pas besoin de coïncider avec les idées reçues, les faux bruits ou les imaginations.

De plus, ajoutent les auteurs, « à la fin du XVIIème siècle, le traitement des prisonniers à la Bastille était décent.  » Il n’y avait pas un lieu de détention en Europe, où les prisonniers fussent entourés d’autant d’égards et de confort » conclut l’Historien Funck-Brentano de ses investigations dans les archives de la Bastille.

Mais pour légitimer l’émeute, il fallait faire de la Bastille un engin de torture horrifique et injuste. Dussaulx, « journaleu » au Moniteur Universel, dès l’été 1789, s’emploie à cette tâche, dans le même esprit que celui du Père Duchesne cité plus haut, c’est à dire à coups d’affirmations grossières de faits non vérifiés, et d’interprétations subtilement mensongères de rumeurs entretenues.

Je me suis longuement attardé sur les chapitres traitant de la « Terreur ». J’y reviendrai dans un prochain billet dans lequel apparaitra, entre autres, le rôle pervers joué par les « Herbertistes », émules du journaleu Jacques-René Hebert, cité ci-dessus, mais aussi les « Enragés » ( sic), et les « Babouvistes », précurseurs des communistes collectivistes et d’un système totalitaire qui a fait ses preuves au cours du 20ème siècle.

 

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