Faux-culs, faux-cons.


Redevenons sérieux, et quittons le terrain des gags de la « blagosphère ».

J’écoutais, ce matin, sur i-Télé, l’émission politique de Laurent Bazin qui n’est pas l’un des Journaleux les plus stupides du PAF.

Il interrogeait le Député du Nouveau-Centre, Jean Christophe Lagarde, un jeune parlementaire, modéré, aux idées claires et s’exprimant, malgré les interventions intempestives du journaleux lui coupant la parole, dans des termes précis avec un souci pédagogique dont sont dépourvus la plupart de nos élus nationaux.

Les  questions « téléphonées »du Journaleux, portaient sur la manif du 29 Janvier, et visaient manifestement à faire dire au Député, que les protestations des manifestants étaient fondées, et reposaient, entre autres, sur le rejet de la politique du Gouvernement, impulsée par Sarkozy, et notamment sur les « cadeaux » faits aux banques, pendant que les salariés souffraient d’un manque de pouvoir d’achat aggravé par la crise.

Et pour augmenter l’impact de ses questions, le Journaleux faisait apparaître en arrière plan, à l’écran, les réactions de quelques membres de l’opposition, dont Laurent Fabius, qui n’est pas, non plus, le plus stupide des Députés de l’opposition à l’Assemblée Nationale.

Ainsi donc, un homme de presse, et un Député d’opposition , martelaient, l’un par ses questions, l’autre par ses commentaires, l’argument selon lequel les « cadeaux faits aux banques » étaient incompréhensibles par le « peuple qui souffre », laissant à peine le temps à Jean Christophe Laborde d’expliquer qu’il n’y a pas eu de « cadeau aux banques « , que « les milliards » d’aide de l’Etat dont elles bénéficient « avec l’argent du contribuable », n’étaient pas en fait des « cadeaux ».

Et Jean Christophe Laborde, d’expliquer, avec talent et compétence, à des interlocuteurs qui ont parfaitement compris, et depuis longtemps, le mécanisme de l’intervention de l’Etat dans cette affaire, mais qui continuent à contribuer, pernicieusement, à la propagation de cette nouvelle légende, ce que depuis longtemps des Journaleux de la pointure de Laurent Bazin auraient dû expliquer à leurs téléspectateurs….

Faisons le pour eux.

L’Etat est intervenu, dans cette crise auprès des Banques, non pas pour permettre à celles-ci d’augmenter leurs profits au bénéfice de leurs actionnaires, mais pour leur permettre de jouer le rôle vital qu’elle remplissent dans le fonctionnement de l’économie, à savoir gérer l’épargne de leurs clients, faire circuler l’argent, préserver la liquidité de la circulation monétaire, menacée par la crise de confiance qui s’est emparée des relations interbancaires et financer l’activité économique.

En simplifiant les choses afin de les rendre intelligibles au plus grand nombre, on peut dire qu’il existe grosso modo, deux grandes catégories de Banques:

– celles qui ont un réseau d’ agences et qui collectent des capitaux auprès de leurs déposants: celles-ci prêtent l’argent de leurs déposants à leur clientèle d’emprunteurs, et le volume de prêts qu’elle sont autorisées à consentir est proportionnel au volume de leurs fonds propre ( c’est à dire de leur Capital Social et de leurs Réserves et Provisions non afféctées), car elles doivent respecter, aux yeux de la règlementation bancaire, un ratio appelé « Ratio Prudentiel ».

 Afin d’accroître la capacité de prêter de cette catégorie de Banques, l’Etat est intervenu, sous forme de prêts ( et non de cadeaux) .

Ces prêts, consentis par l’Etat aux Banques, sont rémunérés à 8%, ce qui est un taux très élevé dans la conjoncture financière actuelle, et ce qui viendra abonder les ressources budgétaires de l’Etat, qui lui, n’ayant pas d’excédents budgétaires, mais ayant une signature et une solvabilité meilleure que celle des Banques, emprunteà la Banque Centrale  les fonds qu’il reprête aux Banques , à un taux relativement bas, compte tenu de l’évolution de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne.

– celles qui n’ayant pas de réseaux d’Agences, et ne collectant donc pas de ressources,se procurent sur le marché monétaire, c’est à dire le marché sur lequel s’effectuent les transactions de Banques à Banques, les ressources nécessaires à leur activité de prêteurs. La crise de confiance, consécutive aux défaillances spéctaculaires de Banques jusqu’ici considérées comme invulnérables, et nourrie par les annonces successives de pertes affectant ces mêmes Banques, et mettant en danger leur existence même, cette crise de confiance, donc, fait que les Banques sont devenues méfiantes et n’acceptent que difficilement de se prêter des ressources entre elles. Cette situation affecte particulièrement les organismes financiers spécialisés dans les prêts à la consommation, mais pas seulement. 

Il est évident que cette situation est extrêmement préjudiciable à la mise en oeuvre de la politique de relance de l’économie.

Pour faciliter la reprise de l’activité du marché monétaire et des transactions de prêts interbancaires, l’Etat s’engage à garantir ces transactions en se portant caution, en quelque sorte,de la bonne fin des opérations.

Ce n’est donc pas un « cadeau », en « monnaie sonnante et trébuchante ».

C’est un « engagement par signature », rémunéré au taux que pratiquent les Banques quand elles accordent leur caution à leurs clients, dans des opérations commerciales. La « commission de caution » que l’Etat cautionnaire percevra, viendra abonder elle aussi les ressources budgétaires de la nation. 

Les « milliards » que l’Etat consacre ainsi à ces opérations destinées à relancer le fonctionnement du système bancaire, ne sont donc  en rien des CADEAUX.

Mais l’opposition, avec la complicité de quelques journaleux, entretient autour de ces affaires une confusion , comparable à celle qui a été créée autour du « paquet fiscal » et des « cadeaux »faits aux riches, par un martèlement d’affirmations grotesques sur le plan des réalités économiques, mais efficaces en ce qui concerne le trouble qu’elles provoquent dans l’opinion, peu avertie – ce qui est normal – des questions économiques et du fonctionnement des circuits financiers.

J’ajoute que toutes les Banques n’ont pas demandé à bénéficier dans les mêmes proportions de l’aide de l’Etat. Mais sur ce point les medias télévisés sont restés assez discrets.

Ces mises au point ayant été faite, je suis de ceux qui, rejettent l’idée d’une entrée de l’Etat dans les Conseils d’administration des Banques ayant fait appel à son aide.

Le Crédit agricole n’ira pas chercher d’argent auprès de l’Etat, dans le cadre du deuxième plan public de recapitalisation des banques prévu dans les prochaines semaines, comme le révèlent Les Echos dans leur édition de vendredi 23 janvier. Selon nos informations, la décision de ne pas participer à ce tour de table a été prise en fin de semaine dernière par les dirigeants de la banque coopérative, en accord avec les caisses régionales, au vu des résultats financiers jugés très satisfaisants de l’année 2008. Elle a été votée officiellement mardi 20 janvier, lors d’une réunion du conseil d’administration, confirme un dirigeant en région.

Pourquoi ??? Parceque cela engagerait le système bancaire dans la voie d’une ‘mini-nationalisation », dont on voit bien qu’elle comblerait les voeux de tous ceux qui sont restés nostalgiques d’un passé, au cours duquel, la preuve a été mille fois administrée de l’incapacité, pour ne pas parler d’incompétence, de l’Etat et de ses représentants dans la bonne gestion des Banques nationalisées. Est-il nécessaire de rappeler ce qu’aura coûté au contribuable , la calamiteuse gestion du Crédit Lyonnais qu’ un aéropage de hauts fonctionnaires, détachés des grands services de l’Etat ,a conduit à l’une des plus mémorables catastrophes bancaires qu’ait connu le pays.

Mais en revanche, je me demande pourquoi les Pouvoirs Publics n’ont pas choisi une voie médiane, consistant, non pas à imposer des Administrateurs siégant au Conseil d’Administration des Banques aidées, mais à imposer la présence dans les mêmes Conseils, de « Commissaires du Gouvernement », n’ayant pas pouvoir de vote, mais ayant pour mission de veiller au respect des engagements pris par les dirigeants de ces Banques, tant en ce qui concerne la facilitation des crédits à l’économie, que la rémunération de l’encadrement de Direction appelé à renoncer à des boni injustifiables en période de crise.

La mission de ces « Commissaires du Gouvernement » , serait de rendre compte aux autorités de l’Etat de la manière dont les engagements qui ont été pris sont respéctés et devrait être limitée à la période pendant laquelle les Banques concernées se trouveront en situation de devoir faire appel à l’Etat pour continuer à exercer leur activité.

Cela priverait l’opposition d’un argument qui n’est pas totalement injustifié, d’autant que certains pays, peu suspects de vouloir revenir à un système de nationalisation archaïque,ne se sont pas privés des moyens de pression que procure une certaine forme de « mise sous tutelle » provisoire des Banques défaillantes.

Et cela imposerait aux Banques françaises, même si celles ci ont été moins affectées par la crise financière que les Banques américaines, allemandes, anglaises ou espagnoles, un surcroît de rigueur dans les décisions de prise de risques à venir.

En tout état de cause, l’Etat doit tenir compte du fait que ce sont les Banques, et d’une manière générale, tout le système financier qui, par suite d’un manque de rigueur et de défaillances graves des organes de contrôle, sont à l’origine de la perte de confiance généralisée qui a gagné l’ensemble du système économique.

Une réflexion au sujet de « Faux-culs, faux-cons. »

  1. @Jacques:
    Et alors ??? Je ne vois pas ce que ça change !!! Bien au contraire. Que quelqu’un qui n’approuve pas ce plan de relance ( et c’est son droit ) soit obligé de mettre les choses au point devant un journaliste qui feint de n’avoir rien compris au dispositif « d’aide aux Banques », et qui est pris en défaut de « désinformation » sur un sujet controversé, c’est cela qui est significatif.

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