La France du défi.


Je suis fort impressionné, ce matin, à la lecture de la Presse française, par le courage et la combativité de nombreux journalistes et hommes ( ou femmes ) politiques.

Le sentiment général que j’éprouve, après avoir « digéré » tous ces points de vue, c’est que la France devrait, comme au douzième siècle, prendre la tête d’une croisade et défier la Chine pour ses excès au Tibet, et dans la même foulée, la Russie pour la brutalité et le cynisme de son intervention en Georgie.

Un peu comme si, tous ces esprits belliqueux n’avaient pas pris la mesure de ce qu’est devenue la France sur l’échiquier mondial, c’est à dire une puissance plus que moyenne, confrontée à une crise économique d’ampleur planétaire, d’une gravité dont peu de Français ont pris la mesure jusqu’ici, placée devant l’obligation de reviser à la baisse ses ambitions militaires, et incapable de défendre son rang parmi les nations développées.

Et c’est cette France là, dont on voudrait qu’elle défie des puissances qui sont appelées à faire la pluie et le beau temps sur la planète, dans les années qui viennent, en s’appuyant sur une Europe désunie, dont on voit bien, au fur et à mesure du temps qui passe, qu’elle ne sera pas avant longtemps ( ou jamais ???) une vraie puissance, y compris sur le plan économique, tant elle sera de plus en plus dépendante de la Russie, sur le plan énergétique et de la Chine pour ses marchés.

Quelques uns, glosent avec un humour douteux sur les efforts de Sarkozy pour sauver ce qui pouvait être encore sauvé en Georgie. N’écoutant que son besoin d’action et son tempérament fougueux, celui-ci s’est précipité, sans préparation diplomatique, en Georgie puis en Russie, alors que l’Europe sommeille au soleil des vacances, sans qu’il ait reçu l’appui d’un seul chef d’Etat européen, excépté ,semble-t-il, jusqu’ici, celui, fort discret de Mme Merkel soucieuse de préserver les relations de l’Allemagne avec la Russie.

                                     Un char géorgien est visé par des tirs de rocket russes près de Gori, le 11 août 2008

Le reproche le plus souvent entendu, c’est que Sarkozy aurait dû, avant d’intervenir en solitaire, réunir les chefs d’Etats Européens pour les consulter avant d’agir. C’est faire semblant de ne pas savoir combien l’Europe est divisée sur la question Russe, et c’est condamner la Présidence française de l’Europe à un immobilisme quasi criminel, quand on sait avec quelle cynisme et quelle détermination la Russie était prête à faire payer le prix du sang aux Georgiens, pour leur « imprudence », en envoyant ses chars détruire l’une après l’autre les principales villes, et les centres nerveux de ce petit pays, sans parler du nombre (inconnu à ce jour ) des victimes et de la détresse de ceux qui ont tout perdu et on dû fuir devant « l’envahisseur ».

Au fond, ce qui frappe, c’est la superficialité de beaucoup de commentateurs qui semblent faire l’impasse sur la complexité de la situation dans ce Caucase devenu un carrefour d’intérêts stratégiques considérables et qu’une allumette suffirait pour embraser la région, tant il y a de pétrole et de gaz dans les pipe lines qui sont appelés à alimenter la planète et en priorité les nations indutrialisées ou en voie de l’être.

Les mêmes commentateurs font l’impasse, le plus souvent, sur les difficultés qui se profilent, dans la relation entre Européens et Russes. Face à une Europe qui doute d’elle même, se découvre, peu à peu, une Russie menaçante, cynique et brutale, dont les dirigeants qui ont grandi dans le serrail du KGB, ont appris sous le régime soviétique à user de toutes les ficelles de la « manipulation des masses ». Cette Russie « new-look » , forte des richesses que lui procurent désormais ses ressources énergétiques, a reconstitué son armée, est résolue à retrouver la place qu’elle avait perdue dans le concert international et à reconquerir son espace d’influence, même par la force s’il le faut.

L’affaire géorgienne en est une illustration.

Cette Russie là, ce n’est pas à coups de belle phrases et d’envolées généreuses sur les « Droits de l’Homme », que la France parviendra à l’intimider,- même en se prévalant de son rôle en Europe.

J’ai apprécié la lucidité du jugement porté sur la situation actuelle de nos relations avec le grand voisin slave dans l’article ci-dessous publié sur « lemonde.fr »:
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/20/pusillanimite-occidentale-face-a-la-russie-par-francoise-thom_1085832_3232.html

                                            

                                      Ils se marrent, tous les deux….

 

7 réflexions au sujet de « La France du défi. »

  1. Et lorsque Mme Zourabichvili participe à un long débat sur Arte, elle ne dit plus exactement la même chose que dans l’Express !!!!!
    Vous oubliez juste que Mme Zourabichvili est née en France, a fait ses études en France, et dès 1974 a travaillé au Quay d’Orsay, au point d’être nommée, en 2003, Ambassadrice de France en…Géorgie.
    Ceci expliquant cela.

    jf.

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  2. @jacques, en réponse à son commentaire du 18/8/2008.
    Selon Salomé Zourabichvili, Diplomate, ancienne Ministre des Affaires étrangères de Géorgie:
    « Je suis très impressionnée par la rapidité et l’efficacité de l’intervention diplomatique européenne. On tend toujours à souligner les divisions et les indécisions de l’Europe. En cette occasion, l’Union, tout en conservant ses différences de sensibilité, a tout de même su agir, et agir vite. En moins de trois jours, elle a décroché le principe d’un accord de cessez-le-feu, ce qui n’était pas acquis d’avance. Quand on voit la brutalité des actions russes sur le terrain, il est clair que chaque jour gagné ou perdu se traduit par des centaines de civils terrorisés, d’habitations détruites. Je crois que la Géorgie ne mesure pas assez ce qu’elle doit aujourd’hui à l’Europe et combien, pour les semaines qui viennent, son destin va dépendre de la négociation et de la fermeté des positions européennes et américaines. »
    Extrait d’une interview de l’Express.

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  3. A Jacques, lorsque Berdepas dit que peu de Français ont pris conscience de la gravité de la situation, je dois dire hélas qu’il a raison. Pour savoir ce qui se passe dans le Caucase sud, inutile de compter sur les médias francais. Je préfére aller sur les sites de la BBC, de CNN et lire les journaux turcs de langue anglaise! Le fameux « accord » concocté par Sarkozy livre quasiment la Géorgie aux Russes en leur accordant le droit de patrouiller sur le reste de la Géorgie non annexé de facto comme l’ossétie et l’Abkhasie et en reconnaissant aux Russes le droit d’intervenir partout où des « Russes » seraient menacés. On sait ce que cela signifie, tous les Ossétiens du sud et les Abkhases marionnettes de Moscou ont obtenu un passeport russe, et hop le tour est joué.

    Je suis d’accord avec vous à propos de Bush. C’était lamentable de le voir agiter son petit drapeau dans un stade chinois alors que les Russes envahissaient la Géorgie et que Poutine avait quitté bien avant la Chine pour conduire l’invasion!

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  4. Si je n’existais pas , il faudrait que vous m’inventiez, tant vous avez besoin d’un repoussoir pour vous opposer.

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  5. = »Peu de Français ont pris la mesure jusqu’ici de la gravité de la crise »…
    Heureusement, Cher Berdepas que vous êtes là pour nous éclairer.
    = »Ce qui frappe, c’est la superficialité de beaucoup de commentateurs »…
    Heureusement, Cher Berdepas, que vous êtes là pour nous dispenser votre enseignement (comme un Bonze que vous adorez par ailleurs…).
    = »La France obligée de réviser à la baisse ses ambitions militaires » ???
    Tiens, depuis l’arrivée du nouveau Président en 2007, le nombre de nos soldats à l’extérieur a augmenté. Etrange non ? (sans compter que pour l’afghanistan, le Président a fait exactement le contraire de ce qu’il avait déclaré au cours de sa campagne…).
    = La Géorgie n’est pas détruite, que je sache… L’armée géorgienne non plus. Elle annonce le bilan de 154 soldats tués. Tbilissi n’a pratiquement subi aucun dégâts. Et les Russes ne s’en sont pas pris à l’oléoduc qui pourtant les défrise grandement. Et le Président n’a pas été chassé .

    Le problème qu’il faudrait résoudre en priorité, c’est comment empêcher un Pays d’en envahir un autre, que ce soit la Géorgie ou ailleurs.
    Ailleurs, on a parfois réussi à le faire. Ici, en Géorgie, on a perdu beaucoup de temps. Dans le « on » j’inclus évidemment Bush, qui a des troupes stationnées en Géorgie (un comble), qui a des avions en Turquie, à une portée de vol. Et qui finalement a préféré partir en vacances.

    Quant à M. Sarkozy: avec son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, il a pris de vitesse ses partenaires européens en courant à Tbilissi et à Moscou, sans solliciter d’eux le moindre mandat de négociation, même s’il leur téléphonait sans cesse. Il les a mis ensuite devant le fait accompli, leur demandant de valider l’accord.
    Le cynisme n’est peut-être pas seulement du coté que vous évoquez….

    jf.

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