L’Oued.


Tempus Fugit....

L'Oued

4 Mai 2018 – 4 Mai 1956.

Dans quelques jours, je rejoindrai, fidèle à un rituel qui dure depuis très longtemps, mes camarades  » survivants » de la 2ème Compagnie du 25ème Bataillon de Chasseurs Alpins, pour partager, après des retrouvailles toujours émouvantes, un moment d’exceptionnelle fraternité. Nous évoquerons, une fois de plus des souvenirs qui n’appartiennent qu’à nous, tant il est difficile de les partager avec ceux qui ne les ont pas vécus. Nous évoquerons ceux qui ont laissé leur vie là-bas, pour rien, et les autres, disparus, mais toujours présents dans nos souvenirs. Puis, nous nous séparerons, en espérant être encore en vie l’an prochain, pour nous retrouver, une fois de plus…..

Chaque année, à la même date, je me réveille, au lever du jour : Impossible de continuer à dormir. Les yeux mi-clos, la poitrine oppressée, je revois les images qui défilent dans ma mémoire. Des images semblables à…

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Regards obliques…


L’âge ne confère plus aucun privilège dans le monde d’aujourd’hui. Il en est même un qui, parmi ceux que l’on considère comme faisant partie des plus brillants esprits de notre époque, tel Jacques Attali, estiment qu’il faudra bien un jour songer à euthanasier les vieux qui vivent trop longtemps et qui coûtent bien trop cher à la société…..

Je conçois parfaitement que pour une génération qui s’est forgée dans un culte égoïste, celui de l’individualisme, la génération des »selfies’, celle de l’autocélébration, celle qui a renoncé à savoir d’où elle vient, qui a une conscience aigüe de ses « droits » mais ne s’interroge jamais sur ses devoirs, et qui se nourrit de l’illusion d’avoir inventé un « monde nouveau », il est irritant de sentir le regard « oblique » des anciens qui observent son agitation fébrile à travers le prisme de leur propre vécu.

Il est vrai qu’un monde sépare ma génération et celles qui m’ont suivi.

Il y a celle qui a connu la pauvreté et les tickets de rationnement dans sa jeunesse,  l’armée et la guerre, la soif, la peur, la fraternité d’armes, les semaines de 48 heures de travail,,.. et il y a celle qui a reçu en héritage les richesses créées au cours des « trente glorieuses ».

Il y a celle qui a eu plus d’une fois à risquer sa peau en croyant « faire son devoir », et qui s’est élevée dans la hiérarchie sociale par les travail et les sacrifices et celle pour qui l’ascenseur social a bien fonctionné et qui est passée d’un amphi de l’ENA à un fauteuil de banque ou de préfecture, avec, au milieu, le rituel stage de « young leader » aux USA, et qui, en conséquence, s’exprime dans un anglais parfait…..

C’est à cette dernière que je m’adresse, car je sais , par ailleurs qu’il y a au sein de cette jeune génération , ceux qui souffrent, angoissés par la précarité de leur avenir.

« Cela dit, on ne peut reprocher à personne sa date de naissance, ni d’avoir jamais senti passer « le vent du boulet »….( Régis Debray ).

Ces « têtes » là, je les ai toutes connues, et vues à l’œuvre: les meilleures  comme les pires d’entre elles.

Il en manque même une qui, dans l’imaginaire de ceux qui lui ont succédé, personnifiait « le monde ancien »: c’est René Coty, dont l’épouse, qui n’avait pas encore accèdé au grade de « Première Dame », était la cible des humoristes « d’avant-garde », car elle personnifiait une gentillesse quasi maternelle, et était adorée par le peuple….

Car si certains se glorifient encore d’avoir « fait Mai 68 », moi, je fais partie de ceux qui ont vécu « Mai 58 » et le célèbre « Je vous ai compris »….Dois-je faire comprendre que ça laisse des traces ???

En creusant un peu plus, dans ma mémoire, me revient le souvenir de la Déclaration de guerre à l’Allemagne par Édouard Daladier ( l’homme des « Accords de Munich »  une lâcheté qui aura couté cher à une génération d’européens !!! ) écoutée par mon père, l’oreille collée à sa vieille radio.  Je me souviens aussi d’avoir chanté, enfant, à l’école, lors de la levée des couleurs, chaque matin, « Maréchal, nous voilà, devant toi le sauveur de la France »…..

Car il se trouve que j’ai une redoutable mémoire.

Les dures épreuves que j’ai dû affronter durant ma longue existence, m’ont appris à « relativiser » bien des situations, ce qui m’autorise, aujourd’hui, à porter un regard « distancié » sur l’ époque actuelle, en m’interrogeant sur les échecs d’une certaine génération, – la mienne –  héritière des Lumières, éduquée dans le latin-grec, convaincue qu’elle pourrait agir sur les événements par l’exercice de la raison critique et construire une société plus juste, fondée sur un ordre républicain aujourd’hui chancelant,

Mais, comme l’écrit fort bien Régis Debray, dans un article publié dans « Le Figaro Vox », »la fabrique de l’opinion a changé d’échelle, et les industries lourdes de l’image-son ont rendu cette ambition pédagogique obsolète ». Et comme le regrette le même Régis Debray,  » L’action publique a coupé les ponts avec la pensée. Place aux communicants: sondeurs, animateurs, acteurs, cameramen, photographes, spin doctors… », relayés par des « commentateurs » bavards, incultes et imbus de la fonction médiatique qu’ils remplissent, fort mal, dans une société en plein désarroi.

Je crois, comme le prétend Régis Debray dans le même article, que la mondialisation  » crée partout un déficit d’appartenance culturelle, donc un trou d’air où s’engouffre le retour à des sources identitaires plus ou moins fantasmées. La mondialisation heureuse, c’est à l’arrivée une balkanisation furieuse. « 

Je ne crois pas un seul instant à la « mondialisation heureuse » que l’on promet à nos enfants. Je pense, au contraire que la mondialisation à marche forcée est vouée à l’échec, car elle ne sert que les intérêts d’un monde de « marchands ».

La machine à broyer les identités ne tardera pas à s’enrayer. Le seul espoir que l’on puisse nourrir à son égard, c’est que son coup d’arrêt ne suscitera pas de désordre, car un vent mauvais souffle sur l’Europe ( c’est Macron qui le dit et je crois qu’il a raison ) et l’on peut craindre des soubresauts tragiques dans un futur qui n’est plus tellement éloigné.

Car jamais l’analphabétisme en Histoire de ceux qui ont entre leurs mains le destin des générations futures n’a été aussi grand. Or, jamais l’Histoire n’a été aussi présente dans l’actualité qu’aujourd’hui et aussi absente de la tête de nos décideurs.

Les énormes erreurs commises dans l’appréciation de l’état du monde et particulièrement du Moyen Orient qui est à nos portes, en témoignent. Nos stratèges  auraient dû faire un peu d’histoire et de géographie, et apprendre ce que sont le chiisme et le sunnisme et s’informer auprès des ethnologues ( ils pullulent au CNRS !!! ) avant de se lancer dans des aventures aux lendemains tragiques. Et apprendre ce que fut la menace ottomane pour les pays d’Europe Centrale et des Balkans avant de les montrer du doigt en raison de leur résistance à une politique migratoire dont nul ne sait comment tarir le flux….

Ma génération va s’éteindre. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le sort des générations futures qui risquent de devoir payer au prix fort la superficialité suffisante de ceux qui ont leur destin entre les mains, et qui ont « oublié que l’Histoire est tragique ».

Tiens, curieusement, c’est le reproche que faisait Raymond Aron, un philosophe qui a marqué son époque, – la mienne-  à Valéry Giscard d’Estaing, auquel on compare souvent Emmanuel Macron pour « sa classe », « son intelligence brillante » et l’ardeur de son « extrême-centrisme »…..

 

« Et moi, je vis toujours »….


J’achève la lecture simultanée de deux ouvrages dont les auteurs font partie des « monuments » de notre littérature, tant par la richesse de leur œuvre que par la qualité littéraire de leur écriture.

Le premier, notre contemporain, vient de nous quitter, en créant un grand vide et en nous laissant le souvenir de son immense culture, servie par un style d’une grande pureté qui fait irrésistiblement penser à celui du second, auquel de nombreux critiques l’ont souvent comparé….

Lire, en parallèle « Et moi, je vis toujours », l’une des dernières œuvres de Jean d’Ormesson, et « l’Itinéraire de Paris à Jérusalem » de Chateaubriand, c’est vivre une merveilleuse aventure littéraire, dans le Temps, avec Jean d’Ormesson et dans l’espace, avec Chateaubriand, en partant à la découverte de cet Orient qui fascina tant d’artistes et tant d’écrivains au XIXème siècle….

D’Ormesson nous entraîne dans un voyage à travers le Temps, et, nous prenant par la main, nous entraîne dans un vertigineux parcours à travers l’Histoire des Hommes, de leurs Civilisations, de leurs découvertes, de leurs Mythes, dans le but de nous convaincre de ce que l’Homme n’est qu’UN, que l’on soit à Jérusalem, à Byzance, à Venise, …ou à New York.

La capacité d’émerveillement de Jean d’Ormesson devient contagieuse et ses incursions dans les mondes africains, sumériens, ou troyens excitent notre imaginaire.  Sa proximité avec Homère , grâce à son talent de conteur nous rendent Ulysse familier.      « Je suis Ibn Batouta sur le point de quitter Tanger pour la Perse et le Niger, et l’oncle de Marco Polo sur la route de la soie, et Patrick Leigh Fermor en chemin vers la Grèce, et Huiang-tsang dans les sables du désert et sous la neige de l’Hindou Kouch, et je suis « le Juif errant ». « 

« L’Itinéraire de Paris à Jérusalem » ressemble plus à un carnet de voyage, sur lequel Chateaubriand note ses observations et ses impressions. Cela nous vaut de superbes descriptions de couchers de soleil sur l’Acropole, des observations subtiles sur les mœurs des pays traversés, des portraits de personnages hauts en couleur reflétant toute la complexité des peuples de cet Orient à la fois si proche et si lointain, et toujours aussi mystérieux….

Ayant parcouru moi-même, certaines des régions qu’il a dû traverser, je mesure la justesse de ses impressions personnelles, La conflictualité des rapports entre Grecs et Turcs transparaît dans son récit.

Au moment de quitter Constantinople, il note :  » Les sentiments qu’on éprouve malgré soi dans cette ville gâtent sa beauté: quand on songe que ces campagnes n’ont été habitées autrefois que par des Grecs du Bas-Empire, et qu’elle sont aujourd’hui occupées par des Turcs, on est choqué du contraste entre les peuples de ces lieux: il semble que des esclaves aussi vils et des tyrans aussi cruels n’auraient jamais dû déshonorer un séjour aussi magnifique ».

A Jaffa il rencontre le Curé de la ville qui fort de sa connaissance des mœurs de l’endroit, dit à Chateaubriand,  » Vous ne connaissez pas ces gens-ci: ce que vous prenez pour une politesse est un espionnage. On n’est venu vous saluer que pour savoir qui vous êtes, si vous êtes riche, si on peut vous dépouiller. Voulez-vous voir l’Aga ? Il faudra d’abord lui apporter des présents ????Les Arabes persuadés qu’un riche Franc va en pèlerinage au Saint-Sépulcre, augmenteront les droits de Caffaro, ou vous attaqueront »…..

Qui connaît cet Orient lointain, méconnu et mystérieux, n’en sera pas surpris. Déjà à cette époque nos « valeurs » sont si éloignées des leurs que tout rapprochement nécessite un effort sur soi, pour s’accommoder de situations auxquelles nous sommes tellement étrangers…

Je doute que la « mondialisation » dont on nous rabat les oreilles ait changé grand chose dans cet état des lieux…. 

Ce qui n’a probablement pas changé depuis l’époque du voyage de Chateaubriand, c’est la beauté du site de Jérusalem, vue du Mont des Oliviers, lorsque la lumière du soleil couchant laisse flotter sur cette ville, un hâle de sainteté qui bouleverse même celui qui n’est pas habité par la foi.

Au moment de refermer ces deux ouvrages je me prends à rêver et dans ma mémoire se bousculent toutes sortes de souvenirs de mes incursions passées, en Grèce, bien sûr, mais aussi en Turquie, en Israël, en Jordanie, à Pétra, à Alep, à Damas et et dans toute cette malheureuse Syrie déchirée par de multiples affrontements dont le moindre n’est pas l’affrontement entre Chiites et Sunnites qui, à travers les siècle n’a jamais cessé et continuera longtemps encore…..

Et je ne puis m’empêcher de lire et relire la page 271 du livre d’Ormesson, qui, compte tenu de mon âge , trouve en moi, une résonance intime particulière:

 » Et moi, je vis toujours « . Toujours ? ….. Y a-t-il une fin de l’histoire ???Chacun de nous naît, vit et meurt: comme les trois personnes de la Trinité pour les Chrétiens – les savant disent : les trois hypostases – les trois occurrences n’en font qu’une . Naître, pour vous, c’est déjà mourir: mourir c’est avoir vécu. Moi je ne meurs pas. Je continue. »

J’envie Jean d’Ormesson. Il est vrai que grâce à son talent, il était devenu « Immortel »…..

Immortel, je ne le suis pas. Et je le sais : je suis condamné à regarder La Mort en face….

Et je n’ai pas, hélas,son art, – à nul autre semblable -, de traiter les choses graves, – comme le sujet de la Mort -, ni cette légèreté pour évoquer ces choses graves, ni ce talent pour aborder avec sérieux les choses légères , ni même ce clin d’œil malicieux lorsqu’il évoque la Tragédie. Et ce sourire qui revêt son visage d’un masque , pour exprimer tantôt  l’insouciance, tantôt la douleur…

 

« Macron sceptique »….


Macron

Un de mes lecteurs s’interroge sur les raisons qui m’interdisent d’être un partisan chaleureux de Macron, dont les décisions courageuses, – selon lui -, vont dans le sens d’une conception de l’Etat que je semble partager, (toujours selon lui …).

Je m’en suis pourtant expliqué dans un de mes précédents billets, intitulé « Macron, des racines et du zèle ».

https://berdepas.com/2018/03/29/macron-des-racines-et-du-zele/

Outre mes réserves personnelles à l’égard du parcours du personnage de Macron – ( j’en ai connu d’autres construits sur le même modèle …), des raisons plus profondes m’incitent à ne pas m’associer à l’engouement que suscite ce Président, jeune et beau, cultivé, anglophone, et jupitérien.

Je n’ai jamais été attiré par les thèses de ceux qui défendent l’idée que « la France veut être gouvernée au Centre ».

Le centrisme, sous le prétexte d’effacer les clivages entre la Droite et la Gauche, outre le fait qu’il ne s’inscrit pas dans la logique des Institutions de la Vème République, m’apparaît comme une sorte de « compromis » ambigü entre une « Droite molle » et une « Gauche édulcorée ». Ce faisant, le « ni Droite, ni Gauche » qui tente de mettre hors du jeu politique les autres partis, recèle un danger mortel pour nos Institutions: celui, en cas d’échec, d’ouvrir la voie, sans obstacle, au Partis les plus extrémistes.

Le «ni droite ni gauche» appauvrit, en effet, le débat politique et ouvre la voie à une dangereuse alternance entre le centre et les extrêmes.

Or, si les Partis extrémistes peuvent être réduits au silence, leurs idées continuent à vivre et à se diffuser dans l’électorat en attendant l’occasion d’émerger.

Cela ne veut pas dire que je souhaite l’échec de Macron, car son échec serait celui de la France et de ses chances de réussite dans des réformes indispensables pour le pays.

Mais l’euphorie ambiante entretenue par une « macromania médiatique » ne doit pas dissimuler les obstacles auxquels Macron va se heurter: l’actualité nous montre que le déferlement des réformes se heurte à une opposition de plus en plus musclée, en attendant d’être organisée, dans l’espoir auquel l’extrême gauche ne renonce jamais, celui d’une « coagulation » favorisant une « convergence des luttes »…..

Autant dire que, dans le domaine des réformes intérieures, Macron est « entré dans le dur »…..

Sur le plan européen, ses velléités de réformes vont très vite se heurter au scepticisme et aux résistance de nombre de nos « partenaires ».

Je doute que l’Allemagne puisse, dans le nouveau contexte auquel Merkel doit se soumettre, le suivre. Et je ne parle pas de la résistance des pays de l’Est européen, et de la Pologne, où, sur fond de crise migratoire, se développent de nombreux mouvements eurosceptiques et souverainistes.

Les idées de Macron et sa conception jupitérienne d’un « mondialisme libéral » se heurtera au scepticisme de nombreux « partenaires européens »,  auxquels ses propositions sur l’Europe paraissent à la fois discutables et peu crédibles . Je ne parle même pas de l’idée saugrenue de vouloir élargir encore l’Europe aux pays des Balkans qui n’y sont pas encore, au lieu de chercher à répondre aux inquiétudes et aux hostilités que suscite l’Europe des technocrates bruxellois.

Car le problème n’est pas tant celui du « Frexit ou pas Frexit », du fédéralisme à tous crins ou d’un souverainisme à la mode ‘méchenchono-lepéniste’, mais celui de savoir vers  quelle Europe les peuples européens veulent-ils aller? Celle de l’élargissement sans fin voulue par Macron ou une Europe respectant les souverainetés nationales et resserrée autour de quelques projets cruciaux et dotée enfin des normes fiscales et sociales communes?

Or ce débat est pour le moment occulté, les partis de gouvernement étant encore sous le choc de leur défaite.

Je souhaite donc ardemment le retour d’une droite « décomplexée », s’appuyant sur le solide argumentaire européen d’un Philippe Seguin, qui reste, à mes yeux, l’un des rares hommes d’Etat honnête, visionnaire et plus ambitieux pour la France que pour lui-même, que la Vème République ait connus.

On a encore le droit de rêver, non ????

Dans un discours d’anthologie, dont tout a été fait pour qu’il sombre dans l’oubli, Philippe Seguin assénait son message devant un parterre de Députés subjugués. Ce message conserve toute son actualité, et la Droite française serait bien inspirée de s’y référer !!!

« Voilà trente-cinq ans que le Traité de Rome a été signé. Voilà trente-cinq ans que, contrairement à son esprit, une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants, prend des décisions au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat. L’Europe conçue par ces technocrates et consacrée à Maastricht n’est ni libre ni juste. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution. La citoyenneté ne se décrète pas, ne relève ni de la loi, ni du traité. Pour qu’il y ait une citoyenneté européenne, il faudrait qu’il y ait une Nation européenne. Mais on ne peut pas décréter une nation, fût-elle européenne, par traité. »

Ce texte, qui n’a pas pris une ride, est extrait du discours prononcé par Philippe Séguin, à l’Assemblée Nationale dans la nuit du 5 au 6 mai 1992, dans le cadre du débat consacré au projet de loi de révision constitutionnelle préalable à la ratification des accords de Maastricht.

 

Post-Scriptum :

http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2015/01/06/31001-20150106ARTFIG00364-philippe-seguin-pourquoi-les-politiques-devraient-lire-le-discours-de-maastricht.php.

http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/philippe-seguin-5-mai-1992

Quand les « Bobos » se rebiffent…


Bobo

J’ai souvent utilisé le terme, – un brin provocateur -, de « Bobos » pour qualifier une catégorie de Français bien particulière dans l’électorat de notre Démocratie.

Je ne suis évidemment pas le seul à l’avoir fait et peu à peu, ce terme a pris, dans les médias institutionnels, dans lesquels les « Bobos » s’expriment volontiers, une connotation vaguement péjorative. Au point de susciter une certaine irritation dans ce petit monde….

Selon « Wikipedia »,  » le terme bobo, contraction de bourgeoisbohème, désigne un sociostyle, c’est-à-dire une tentative de caractériser un groupe social selon les valeurs que ses membres partagent, plutôt que selon leurs caractéristiques socio-économiques ou démographiques.

S’il est difficile de précisément décrire un bobo, le sociologue Camille Peugny donne en 2010 cette définition : « une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée, qui profite des opportunités culturelles et vote à gauche2 ».

Mais dans un article récent, l’hebdomadaire « Le Point, fait état d’un ouvrage collectif, dans lequel cinq universitaires récusent la pertinence du terme « bobo », aujourd’hui trop connoté négativement. Ces scientifiques ont été, ainsi, appelés à la rescousse, pour tenter de donner à ce qualificatif, un contenu sociologique positif.

Et leur conclusion, c’est que « les Bobos » n’existent pas !!!

http://www.lepoint.fr/societe/et-si-les-bobos-n-existaient-pas-05-04-2018-2208382_23.php#xtmc=les-bobos&xtnp=1&xtcr=1

Cette conclusion me surprend, et j’émets quelques réserves sur le caractère « scientifique » de ces conclusions, car pour moi, les « Bobos » existent bel et bien et cette catégorie sociologique, dont les prises de position sont parfois déconcertantes m’a toujours semblé parfaitement identifiable , grâce, précisément, à ces prises de position !!!!

Le portrait robot du parfait « Bobo » pourrait s’inscrire dans cette description:

1- Le Bobo vit dans les beaux quartiers des grandes villes, là où se concentrent généralement, les meilleurs spécimens de la « Gauche Caviar ». On le reconnait parfois à son look « Bad Boy » « bon chic, bon genre » imitant le style populaire des « banlieues »….
2- il appartient à une catégorie « d’anywhere », plus ou moins déracinés, et met un point d’honneur à défendre, bec et ongles, un « sacro-saint »multiculturalisme considéré comme le degré ultime d’évolution d’une société sans identité.
3- il est à la pointe, non pas du progrès, mais du progressisme : il fait donc souvent partie de mouvements extrémistes, à condition qu’ils soient « tendance » : véganisme, féminisme, écologisme, et j’en passe…
4- il gagne suffisamment bien sa vie pour ne pas connaître le quotidien d’une majorité de Français, et suffisamment peu pour pouvoir critiquer les riches avec une parfaite bonne conscience.
5- il prolifère dans certaines catégories professionnelles, parmi lesquelles, les sociologues, les « journaleux », les Universitaires, les Cadres de grandes entreprises, les « stars » du show business, et tout un microcosme de « sachants » !!!!
6- Le Bobo vit « dans sa bulle », loin de « l’agitation » des Banlieues, fort de ses certitudes et de la supériorité de ses « valeurs »: ceux qui ne partagent pas ces valeurs sont à classer dans la catégorie des « fachos » qui remplacent dans leur esprit « le fâcheux » d’autrefois, celui que l’on prie de se taire car son discours dérange….                                                                               
7- Le « Bobo » a parfois une grande gueule et aime bien donner des leçons de morale. Il est particulièrement actif sur les réseaux sociaux et dans les associations politisées, à gauche, de préférence. Il prêche avec une émouvante conviction, la tolérance envers les valeurs qu’il défend, mais ne tolère guère ceux qui s’en écartent. Sa « bienveillance » lui sert de refuge contre les menaces qui gangrènent notre société.
8- il se méfie comme de la peste de tout ce qui ressemble à de l’autorité qu’il assimile très vite à « la dictature »,
9- traumatisé par un passé qu’il n’a généralement pas connu, il tente de se protéger en s’inventant un avenir imaginaire qui y soit radicalement opposé, jusque dans la langue.

Il est donc de tous les combats visant à casser les codes, créer une novlangue, bouleverser les institutions. L’immigration de masse ne lui pose aucun problème puisque ses conséquences ne le concernent guère….Et il adore « le Rapp » et les rappeurs !!!

10- il a souvent un excellent niveau d’éducation, ce qui le rend « supportable »….
11- il est très souvent de gauche, mais pas que !!

12 – Le « Bobo » parfait exècre Trump et Poutine, qui le renvoient à son image « dévirilisée », mais le « Bobo », fan de Trudeau, peut avoir des indulgences pour Castro, pour « le Che », et même pour les Monarchies du Golfe !!!

Sachant mieux que quiconque ce qui est bon pour le France, il a voté par déterminisme social pour Macron, parce que Macron était jeune et beau, et qu’il se proposait de mettre un terme au « monde ancien » et ses vieilles badernes, pour le remplacer par un « nouveau monde » dont nul, y compris lui-même, ne sait où il conduira « ce cher et vieux pays ».

Un Bobo bien dans sa peau vous répliquera, avec hauteur et un soupçon de commisération, que notre avenir, – nous devrions en être convaincus !!! – c’est l’Europe, sans jamais préciser « quelle Europe » !!! Et que notre destin passe par Bruxelles où d’authentiques technocrates barbus tiennent la barre d’un bateau ivre ( aucune allusion au Président Junker, évidemment !!! ) et sans boussole…

Macron : des racines et du zèle ???


Beltrame

Je ne suis pas un « Fan » de Macron. Chacun l’aura compris en feuilletant les pages de ce blog.

J’ai des raisons personnelles pour détester ce profil d’hommes que j’ai longuement fréquenté et souvent affronté, tout au long de ma longue carrière, et dont j’ai pu jauger l’intelligence abstraite, l’agilité intellectuelle, mais aussi le cynisme et le mépris de « petits marquis »de la République, pour tout ceux qui ne font pas partie de leur caste. Arrivistes, prêts à écraser ceux qui sont en travers de leur route, capables de trahisons, ils agissent en petites meutes, solidaires, et peuplent depuis la naissance de la Vème République, les allées du pouvoir républicain….

Macron est un cas sur lequel les Historiens du futur se pencheront.

Élu Président de la République, dans un contexte « abracadabrant », par un Centre et une Gauche qui ont cru voir, en lui, l’héritier d’un François Hollande, dont il n’était que le valet sournois, se préparant à exploiter les carences de son maître, il est sur le point de prendre tout le monde à contre-pied.

Sans doute, ceux qui, comme moi, n’ont pas voté pour lui, tout comme ceux qui ont voté pour lui dans l’espoir que « tout change, afin que rien ne change », ont été, dès le début de son ascension, trompés par ce qu’il décrit lui même comme « une pensée complexe », capable « en même temps », de concevoir une chose et son contraire et de traduire cette capacité dans l’action.

D’où la « divine surprise » d’un peuple de droite qui découvre, qu’après tout, il est capable d’agir,parfois, en politique, dans un sens qu’aucun conservateur, parmi lesquels je me situe, ne désavouerait.

J’aurais beaucoup à dire sur ce chapitre.

Mais aujourd’hui, je veux m’en tenir à l’hommage solennel qu’il a rendu, dans un discours de haute tenue et lourd de significations et de symboles, au Colonel Beltrame, élevé au rang de héros historique de la République.

Pour moi, qui suis depuis toujours attentif et sensible à tout ce qui touche à la Patrie, la Nation, à ses valeurs éternelles que j’oppose souvent aux « valeurs à deux balles  » que se  fabriquent pour l’usage et pour satisfaire leur « bonne conscience », ceux qui rêvent de réécrire le « roman national »afin d’ y trouver leur place, pour moi, dis-je, l’éloge funèbre du Colonel Beltrame prononcé par Macron, est un morceau d’anthologie.

Roman National

Le Livre qu’il faut lire !!!

Faisant appel à l’Histoire de notre pays, à ses héros et héroïnes les plus lointains, à la force et à la dignité de son peuple et à sa capacité, dans les moments où la Patrie est réellement en danger, de faire surgir d’authentiques héros, capables de regarder la mort en face et d’aller jusqu’au sacrifice suprême pour sauver d’autres vies, en restant fidèles à des convictions intimes, nourries par le souffle d’une transcendance qui les soulève au dessus de tous les autres, Macron m’a bluffé !!!

Comment ne pas être bluffé, lorsqu’il assène, avec la force d’une conviction apparemment sincère ( mais c’est un excellent comédien !!!). Qu’on en juge, par cet extrait :

« ……. Et tous – je le sais – partagent la certitude profonde qui animait le lieutenant-colonel BELTRAME : celle que son destin ne lui appartenait pas tout à fait, qu’il avait partie liée avec quelque chose de plus élevé que lui-même. Car il était un engagé, et il avait juré de faire corps avec un idéal plus grand et plus haut.

Et cet idéal, c’était le service de la France.

Dès que nous eûmes appris son geste, à l’issue incertaine, nous tous, Français, avons tremblé d’un frisson singulier.

L’un d’entre nous venait de se dresser.

Droit, lucide, et brave, il faisait face à l’agression islamiste, face à la haine, face à la folie meurtrière, et avec lui surgissait du cœur du pays l’esprit français de résistance, par la bravoure d’un seul entraînant la Nation à sa suite.

Cette détermination inflexible face au nihilisme barbare convoqua aussitôt dans nos mémoires les hautes figures de Jean Moulin, de Pierre Brossolette, des Martyrs du Vercors et des combattants du maquis. Soudain se levèrent obscurément dans l’esprit de tous les Français, les ombres chevaleresques des cavaliers de Reims et de Patay, des héros anonymes de Verdun et des Justes, des compagnons de Jeanne et de ceux de Kieffer – enfin, de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui, un jour, avaient décidé que la France, la liberté française, la fraternité française ne survivraient qu’au prix de leur vie, et que cela en valait la peine.

Car l’intolérable, jamais ne peut l’emporter.

Le camp de la liberté, celui de la France, est confronté aujourd’hui à un obscurantisme barbare, qui n’a pour programme que l’élimination de nos libertés et de nos solidarités. Les atours religieux dont il se pare ne sont que le dévoiement de toute spiritualité, et la négation même de l’esprit. Car il nie la valeur que nous donnons à la vie. Valeur niée par le terroriste de Trèbes. Valeur niée par le meurtrier de Mireille KNOLL, qui a assassiné une femme innocente et vulnérable parce qu’elle était juive, et qui ainsi a profané nos valeurs sacrées et notre mémoire.

Non, ce ne sont pas seulement les organisations terroristes, les armées de Daesh, les imams de haine et de mort que nous combattons. Ce que nous combattons, c’est aussi cet islamisme souterrain, qui progresse par les réseaux sociaux, qui accomplit son œuvre de manière invisible, qui agit clandestinement, sur des esprits faibles ou instables, trahissant ceux-là mêmes dont il se réclame, qui, sur notre sol, endoctrine par proximité et corrompt au quotidien. C’est un ennemi insidieux, qui exige de chaque citoyen, de chacun d’entre nous, un regain de vigilance et de civisme.

Il s’agit-là, et depuis plusieurs années, d’une nouvelle épreuve. »

Stupéfiant !!! Il jette, par dessus bord, toutes les vieilles lunes du « relativisme » qui écrase notre société sous le poids de ce ceux pour qui « tout se vaut », donc toutes le cultures se valent. Ceux qui n’ont pas trouvé de mots assez cassants pour critiquer le Livre dont le succès a été mondial sous le titre du « Choc des Cultures ».

Choc des cultures

Macron, – avec une lucidité sans doute tardive , n’évoque-t-il pas ce terrible choc des cultures lorsqu’il oppose la « culture de mort » d’un islam dévoyé qui incite à la recherche de la mort pour accéder au statut de martyr ( Chouada en Arabe ) afin d’accéder à un « paradis peuplé de vierges », en récompense, pour avoir pris la vie d’innocents méprisés parce que « koufirs », à la culture judéo-chrétienne fondée sur le respect de la vie qui pousse le héros à accepter le sacrifice  de sa propre vie pour sauver d’autres vies, au nom d’une transcendance et d’une foi absolue dans les valeurs qui ont fondé notre civilisation.

Macron a ainsi révélé des racines profondes, avec un zèle surprenant mais avec un talent et une force de conviction qui, – s’ils sont sincères -, le rehausseraient dans l’estime de ceux que, jusqu’ici, il avait beaucoup de difficultés à convaincre, en raison des ambiguïtés de son parcours politique….

Peut-être y aura-t-il un « avant et un après Trèbes dans le quinquennat de Macron ???

Ô Méditerranée toujours….


Sliema 2

Port de Sliema ( Malte).

« Il n’y a qu’une seule mer: la Méditerranée. Après elle, il y a des mers, des océans, de l’eau… » ( Gabriel Audisio. Héliotrope; Gallimard 1928 ).

Mais moi je vous parle de La Mer, l’Unique, celle qui m’a vu naître, grandir, dont le sel a brûlé ma peau de jeune homme, celle qui a rougi mes yeux éblouis par le soleil ardent, celle dont j’ai exploré les fonds mille fois, auprès de laquelle je me ressource, le soir, après une marche bienfaisante, en la contemplant, avec une pensée pour les miens qui sont restés sur l’autre rive, et en prenant de larges respirations de cet air chargé d’iode qui fouette mon visage et m’apporte l’odeur du grand large.

Car je suis de cette race improbable, en voie de disparition dont les veines sont chargées d’un sang mélangé qui fait que je suis de tous ces rivages où flotte le parfum du thym sauvage, de la lavande, et du romarin.

Je suis de cette Mer qui ne connaît pas l’impudeur des marées basses qui étalent leur ventre de vase et de déchets humains, mais d’une mer qui, chaque soir, au soleil couchant scintille de mille feux. 

Napoléon, navigant au large de la Corse prétendait qu’il savait en reconnaître la proximité rien qu’à l’odeur de maquis qui flotte dans l’air, tout le long des côtes sauvages.

Je n’ai pas honte de paraphraser Napoléon !!! : quel que soit le pays où je me trouve quand il borde la Méditerranée, je sais reconnaître, à l’odeur, qu’Elle est là, pas très loin, et qu’au détour d’une rue qui descend vers son rivage, ou d’un chemin caillouteux, au bord du quel poussent des asphodèles, je vais l’apercevoir.

Car, dans toutes le villes côtières, en Méditerranée, flottent les mêmes parfums qui se mélangent à celui de l’iode marin: approchez-vous du bord de mer et vos narines seront envahies par l’odeur de friture de rougets de roche, de sardines grillées, qui se mélangent à celle de l’ail et du poivron frit.

Mais il n’y a pas que les odeurs !!! Les couleurs, elles aussi sont différentes. Leur éclat a attiré tant de peintres de talent !!! Les Impressionnistes en ont fait l’une de leurs terres d’inspiration….

Le bleu laiteux de l’aurore, quand le soleil s’élève au dessus de l’horizon, à l’heure où les oiseux de mer prennent leur vol, le bleu cobalt qui orne les céramiques, les bleus azur, turquoise, outre-mer, et j’en passe, se disputent une place lumineuse sur les façades blanches des maisons.

La palette des peintres n’est pas assez riche pour en rendre toutes les nuances, et les contrastes, et pour fixer sur la toile les phosphorescences de la mer pendant les nuits d’été.

J’ai toujours été attiré par les ports méditerranéens. Et tout particulièrement par les ports de pêche.

J’aime regarder le spectacle des pêcheurs raccommodant leurs mailles, pendant que les oiseaux de mer tentent de récupérer les restes de poissons encore accrochés au filets….Et je ne manque jamais de contempler la danse immobile des barques aux couleurs vives qui se reflètent dans la vague. 

Les plus beaux échantillons de « pointus » que j’aie eu l’occasion d’observer, pour leur couleurs vives et leur silhouette singulière, sont à Sliema, près de La Vallette, à Malte.

Mais comment évoquer la Méditerranée sans s’attarder sur ce que j’appelle « l’arrière-pays »identique à lui-même quels que soient ses rivages ???

Car il n’y a pas que les calanques aux eaux claires où pullulent les oursins, – car plus personne ne les cueille par crainte de la pollution -, et les petites plages où l’on peut encore se livrer à des baignades solitaires, ou bronzer à l’ombre d’un pin….

Tournez le dos à la mer et enfoncez-vous dans la campagne environnante, au printemps, quand les amandiers fleurissent, et quand les pâquerettes entreprennent d’envahir le sol encore humide de leur neige blanche. Attardez-vous un instant pour observer, dans les rangs d’oliviers pluri-centenaires, d’où émerge la silhouette d’un cyprès , les reflets d’argent qui, sous l’effet de la brise, scintillent au soleil.

J’ai un respect infini pour ces oliviers, plus vieux que toutes les religions, qui ont traversé le temps, témoins de toutes les folies humaines, sous lesquels des bergers sortis de la mémoire de Virgile, viennent chercher le repos, à l’ombre, pour souffler, – comme en Kabylie – dans leur flûte de roseau, et répandre à l’infini une musique qui a traversé le temps.

Ô Méditerranée !!! Il y aurait tant à dire sur tes rivages.

D’autres l’ont fait. Avant moi. Bien mieux que moi.

Berceau de cultures qui ont traversé les âges, et qui ont encore aujourd’hui, le culot d’affronter, sans honte, « la modernité »d’une époque où la négation des racines et des identités est devenue « un must », ….. en attendant de revenir aux sources.

Car les modes sont passagères et ne résistent pas à l’usure du Temps….