Relire Renan.


Je tombe, une fois de plus par hasard, en fouillant parmi les vieux livres que recèle ma bibliothèque, sur un ouvrage acheté il y a fort longtemps sur les bords de la Seine à un vieux bouquiniste qui semblait s’être spécialisé dans la revente de livres anciens d’une époque littéraire dont on se détourne, à tort, aujourd’hui.

Car qui, aujourd’hui s’intéresse aux écrits de Mauras, de Déroulède, ou de Renan ??? Et pourtant….Ernest Renan a connu une immense gloire au XIXe siècle, principalement pour sa critique du christianisme .

Mais il serait profondément injuste de réduire l’oeuvre de Renan aux pages critiques qu’il a écrite sur le Christianisme .

Les combats qu’il a pu mener tout comme les débats qu’il a soulevés nous paraissent si lointains aujourd’hui….Et pourtant ….

En feuilletant l’ouvrage exhumé des rayons de ma bibliothèque, qu’à vrai dire je n’avais jamais ouvert, je découvre des pages entières consacrées à une réflexion dont l’actualité m’a paru tellement évidente que je ne résiste pas au plaisir d’en partager les meilleurs morceaux sur ce blog !!!

Renan

Cette édition comporte une préface qui rehausse l’intérêt de ce livre. Sous le titre prometteur des « Origines de la France Contemporaine », Jean-François Revel, qui fut dans les années 70/80 un éditorialiste de talent ( même si je n’ai pas toujours partagé ses points de vue ) nous livre une réflexion dont la hauteur distanciée tranche sur les propos médiocres de ceux qui ne supportent plus que des Français puissent encore s’interroger sur leur « identité »……

Pour Jean-François Revel  » .  « La France est le sel de la Terre » -, la déchéance où elle s’abîme est de toutes la plus profonde lorsqu’elle vient à s’en écarter. » Et plus loin : « N’est pas médiocre qui veut. L’homme qui prostitue un grand nom, qui manque à une mission écrite dans sa nature, ne peut se permettre sans conséquence une foule de choses que l’on pardonne à l’homme ordinaire, qui n’a ni passé à continuer, ni grand devoir à remplir. »

Intéressant, non ??? 

Pour J-F Revel, Renan oppose déjà la médiocrité des Français à la grandeur de la France, et citant Renan, il stigmatise ces « politiciens médiocres et jaloux, naturellement peu respectés de la foule, qui sait par quel charlatanisme on a surpris son suffrage »…..Pour J-F Revel, Renan est un libéral réactionnaire qui se situe entre Montesquieu et de Gaulle.

L’Histoire n’est, en définitive, qu’un éternel recommencement….

Mais revenons à l’ouvrage de Renan, objet de ce billet. En somme, si on se réfère à Revel, ce qui inspire Renan, c’est le sentiment de la médiocrité foncière de notre peuple, sentiment difficile à concilier – comme ce sera aussi le cas chez de Gaulle – avec l’affirmation que ce même peuple est « le sel de la terre ».

Dès les premières pages Renan cadre son propos sur la France :  « Énervée par la démocratie, démoralisée par sa prospérité même, la France a expié de la manière la plus cruelle ses années d’égarement. La raison de ce fait est dans l’importance même de la France et dans la noblesse de son passé. Il y a une justice pour elle ; il ne lui est pas loisible de s’abandonner, de négliger sa vocation ; il est évident que la Providence l’aime ; car elle la châtie.

« Un pays qui a joué un rôle de premier ordre n’a pas le droit de se réduire au matérialisme bourgeois qui ne demande qu’à jouir tranquillement de ses richesses acquises. N’est pas médiocre qui veut. L’homme qui prostitue un grand nom, qui manque à une mission écrite dans sa nature, ne peut se permettre sans conséquence une foule de choses que l’on pardonne a l’homme ordinaire, qui n’a ni passé à continuer, ni grand devoir à remplir. » Il en est de même pour la France.

Ce vieux pays ne peut se permettre de se complaire dans la médiocrité. Or, selon le Renan de l’époque  » pour voir en ces dernières années que l’état moral de la France était gravement atteint, il fallait quelque pénétration d’esprit, une certaine habitude des raisonnements politiques et historiques. Pour voir le mal aujourd’hui, il ne faut, hélas ! que des yeux. L’édifice de nos chimères s’est effondre  comme les châteaux féériques qu’on bâtit en rêve. Présomption, vanité puérile, indiscipline, manque de sérieux, d’application, d’honnêteté, faiblesse de tête, incapacité de tenir à la fois beaucoup d’idées sous le regard, absence d’esprit scientifique, naïve. et grossière ignorance, voilà depuis un an l’abrégé de notre histoire « .

N’en déplaise à ceux qui continuent de faire naître la France au lendemain de la Révolution française, Renan assène ce douloureux constat, dont on mesure encore aujourd’hui les effets dévastateurs ; «  Le jour où la France coupa la tête à son roi, elle commit un suicide. « . Rien que cela !!!

Plus loin, Renan évoque le vieux rêve que les décennies qui viennent de s’écouler ont transformé en fantasme, tant le rêve européen a perdu de sa capacité à nourir les espoirs des générations futures : «  Nous crûmes un moment que notre rêve allait se réaliser, c’est-à-dire l’union politique et intellectuelle de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France, constituant à elles trois une force directrice de l’humanité et de la civilisation »….

Et ce saisissant paragraphe dans lequel Renan décrit le processus de déclin qui conduira la France à de cruelles défaites, et qui mériterait d’être médité par ceux qui ont aujourd’hui entre leurs mains, le destin de la France :

« Toujours légère et inconsidérée, la France avait à la lettre oublié qu’elle avait insulté il y a un demi-siècle la plupart des nations de l’Europe, et en particulier la race qui offre en tout le contraire de nos qualités et de nos défauts. La conscience française est courte et vive ; la conscience allemande est longue, tenace et profonde. Le Français est bon, étourdi ; il oublie vite le mal qu’il a fait et celui qu’on lui a fait ; l’Allemand est rancunier, peu généreux ; il comprend médiocrement la gloire, le point d’honneur ; il ne connaît pas le pardon. »

« Les revanches de 1814 et de 1815 n’avaient pas satisfait l’énorme haine que les guerres funestes de l’Empire avaient allumée dans le cœur de l’Allemagne. Lentement, savamment, elle préparait la vengeance d’injures qui pour nous étaient des faits d’un autre âge, avec lequel nous ne nous sentions aucun lien et dont nous ne croyions nullement porter la responsabilité. »

« Pendant que nous descendions insouciants la pente d’un matérialisme inintelligent ou d’une philosophie trop généreuse, laissant presque se perdre tout souvenir d’esprit national (sans songer que notre état social était si peu solide qu’il suffisait pour tout perdre du caprice de quelques hommes imprudents), un tout autre esprit, le vieil esprit de ce que nous appelons l’ancien régime, vivait en Prusse, et à beaucoup d’égards en Russie. L’Angleterre et le reste de l’Europe, ces deux pays exceptés, étaient engagés dans la même voie que nous, voie de paix, d’industrie, de commerce, présentée par l’école des économistes et par la plupart des hommes d’État comme la voie même de la civilisation. »

« Mais il y avait deux pays où l’ambition dans le sens d’autrefois, l’envie de s’agrandir, la foi nationale, l’orgueil de race duraient encore. La Russie, par ses instincts profonds, par son fanatisme à la fois religieux et politique, conservait le feu sacré des temps anciens, ce qu’on trouve bien peu chez un peuple usé comme le nôtre par l’égoïsme, c’est-à-dire la prompte disposition à se faire tuer pour une cause à laquelle ne se rattache aucun intérêt personnel. »

« En Prusse, une noblesse privilégiée, des paysans soumis à un régime quasi-féodal, un esprit militaire et national poussé jusqu’à la rudesse, une vie dure, une certaine pauvreté générale, avec un peu de jalousie contre les peuples qui mènent une vie plus douce, maintenaient les conditions qui ont été jusqu’ici la force des nations. »

« Là, l’état militaire, chez nous déprécié ou considéré comme synonyme d’oisiveté et de vie désœuvrée, était le principal titre d’honneur, une sorte de carrière savante. L’esprit allemand avait appliqué à l’art de tuer la puissance de ses méthodes. Tandis que, de ce côte du Rhin, tous nos efforts consistaient à extirper les souvenirs selon nous néfastes du premier empire, le vieil esprit des Blücher, des Scharnhorst vivait là encore. »

« Chez nous, le patriotisme se rapportant aux souvenirs militaires était ridiculise sous le nom de chauvinisme, là-bas, tous sont ce que nous appelons des chauvins, et s’en font gloire. »

« La tendance du libéralisme français était de diminuer l’État au profit de la liberté individuelle ; l’État en Prusse était bien plus tyrannique qu’il ne le fut jamais chez nous ; le Prussien, élevé, dressé, moralisé, instruit, enrégimenté, toujours surveillé par l’État, était bien plus gouverné (mieux gouverné aussi sans doute) que nous ne le fûmes jamais, et ne se plaignait pas. Ce peuple est essentiellement monarchique ; il n’a nul besoin d’égalité ; il a des vertus, mais des vertus de classes.

« Tandis que parmi nous un même type d’honneur est l’idéal de tous, en Allemagne, le noble, le bourgeois, le professeur, le paysan, l’ouvrier, ont leur formule particulière du devoir ; les devoirs de l’homme, les droits de l’homme sont peu compris ; et c’est là une grande force, car l’égalité est la plus grande cause d’affaiblissement politique et militaire qu’il y ait. Joignez-y la science, la critique, l’étendue et la précision de l’esprit, toutes qualités que développe au plus haut degré l’éducation prussienne, et que notre éducation française oblitère ou ne développe pas ; joignez-y surtout les qualités morales et en particulier la qualité qui donne toujours la victoire à une race sur les peuples qui l’ont moins, la chasteté et vous comprendrez que, pour quiconque a un peu de philosophie de l’histoire et a compris ce que c’est que la vertu des nations, pour quiconque a lu les deux beaux traités de Plutarque : « De la vertu et de la fortune d’Alexandre. De la vertu et de la fortune des Romains », il ne pouvait y avoir de doute sur ce qui se préparait.

« Il était facile de voir que la révolution française, faiblement arrêtée un moment par les événements de 1814 et de 1815, allait une seconde fois voir se dresser devant elle son éternelle ennemie, la race germanique ou plutôt slavo-germanique du Nord, en d’autres termes, la Prusse, demeurée pays d’ancien régime, et ainsi préservée du matérialisme industriel, économique, socialiste, révolutionnaire, qui a dompté la virilité de tous les autres peuples. La résolution fixe de l’aristocratie prussienne de vaincre la révolution française a eu ainsi deux phases distinctes, l’une de 1792 à 1815, l’autre de 1848 à 1871, toutes deux victorieuses, et il en sera probablement encore ainsi à l’avenir, à moins que la révolution ne s’empare de son ennemi lui-même, ce à quoi l’annexion de l’Allemagne à la Prusse fournira de grandes facilites, mais non encore pour un avenir immédiat. »

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » affirmait Winston Churchill. Or, c’est précisément ce que nous vivons.

Relisez Ernest Renan, et méditez sur ces pages qui, sans concession, décrivent les menaces qui, en de nombreuses circonstances historiques, réveillent les vieux démons qui hantent ce vieux pays.

« Pour n’avoir pas suffisamment médité les leçons tirées des épreuves traversées par notre pays au cours des précédents siècles, nous subissons de plein fouet les conséquences d’une légèreté à laquelle la tragédie du 13 novembre semble avoir mis fin, nous rappelant tristement à une réalité que nous voulions ignorer.

Notre légèreté a consisté à avoir cru que nous pouvions offrir une vie harmonieuse à une jeunesse désœuvrée, sans l’enraciner dans les profondeurs de l’âme française. « Un pays qui a joué un rôle de premier ordre n’a pas le droit de se réduire au matérialisme bourgeois qui ne demande qu’à jouir tranquillement de ses richesses acquises »

Ernest Renan dans La Réforme intellectuelle et morale, au sortir du traumatisme de la guerre de 1870 décrivait déjà le processus du déclin d’une France qui s’abandonne à ses chimères.

Si vous n’avez pas le courage de vous plonger dans Ernest Renan, alors faites un détour par le livre de Barbara Lefebvre qui dépasse largement ce constat. A travers Génération « j’ai le droit » (Albin Michel). Cette essayiste et professeure dans le secondaire aborde des enjeux tels que la démission des familles, la dérive multiculturaliste de notre modèle d’assimilation ou encore l’instrumentalisation politique de l’histoire. Et livre une réflexion puissante sur la crise de l’autorité qui mine notre société ultra-individualiste.Autant de symptômes de ce déclin d’une France qui s’abandonne à ses démons qu’Ernest Renan décrivait si justement….

 

 

 

L’Islam et les naïfs…..


J’ai grandi dans un environnement où l’Islam était partout présent.

Mon enfance s’est déroulée à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt : mes parents habitaient à deux pas de l’immeuble fort modeste où avait grandi Albert Camus. Dans ce quartier peuplé majoritairement d’Arabes, vivaient en bonne intelligence des musulmans, des Juifs, des Chrétiens et des athées de toutes origines.

J’ai relaté sur ce blog, quelques souvenirs d’enfance qui témoignent de notre proximité paisible, de nos jeux partagés, mais aussi de la perception aigüe que nous avions de nos différences: il ne s’agit pas là de la différence de nos origines sociales, car ma famille et celles qui habitaient l’immeuble où vivaient mes parents étaient aussi pauvres que celles des Arabes qui m’entouraient. Il s’agit surtout des différences résultant de l’éducation reçue dans nos milieux familiaux respectifs, qui elles-mêmes résultaient de l’empreinte de nos religions respectives.

https://berdepas.com/2012/11/24/les-etudes-ou-les-copains-dabord/

Plus tard, au Lycée puis à la Fac j’aurai d’excellents copains algériens, tous issus de familles pratiquant une religion musulmane paisible, dont j’ai gardé un souvenir  chaleureux, car l’hospitalité n’est pas la moindre des qualités de l’Arabe.

J’ai partagé le couscous dans le plat familial placé au centre de « la table des enfants », servi par la mère attentive qui insiste pour que l’on se serve copieusement, tout comme lorsque viendra le plateau de pâtisseries au miel et aux amandes arrosées du traditionnel thé à la menthe…..

Du balcon de chez mes parents, je regardais passer, impressionné, la foule qui suivait les enterrements de ceux que l’on mettait en terre au cimetière musulman du « Marabout »….. Et j’entendais au loin les appels à la miséricorde d’Allah, pour le défunt.

De même, j’ai grandi avec le son de l’appel à la prière du muezzin dans l’oreille, mais aussi avec celui de la musique arabe qui émanait d’un café maure voisin, qui à longueur de soirées nous gratifiait des chansons de Lili Boniche et du répertoire populaire algérien …..

L’Arabe parlé par mes copains algériens, et que je comprenais alors parfaitement,  n’avait rien à voir avec l’Arabe dit « littéraire », – celui que parlent les « Arabes lettrés »-, que nous enseignait au Lycée, le Professeur Stambouli, et nos conversations ressemblaient à un salmigondi de mots dans lequel se mélangeait ce patois de l’Arabe algérois avec du Français, de l’Espagnol et une sorte de « pataouète » parlé dans les quartiers populaires d’Alger……

D’aussi loin que remontent mes souvenirs de cette époque, j’ai gardé la conviction que  l’islam influençait grandement les musulmans que je fréquentais, et j’ai toujours considéré qu’un véritable musulman ne pouvait s’intégrer à la France et s’adapter à nos mœurs profondément imprégnées de nos racines humanistes et chrétiennes, alors que les leurs sont issues de traditions patriarcales et parfois même tribales.
Je continue à être surpris de la naïveté de ceux qui rêvent de l’émergence d’un « Islam de France « : ils méconnaissent l’empreinte identitaire dont l’Islam marque ses fidèles et s’exposent à de graves désillusions.

Ma conviction a toujours été, et demeure aujourd’hui que seuls auront vocation à « s’intégrer » des musulmans, peu nombreux,  s’adonnant à une pratique édulcorée de l’Islam, ce qui les marginalisera aux yeux de ceux qui resteront fidèles à une conception rigoriste de cette religion qui régit le moindre des actes de la vie courante de ses pratiquants, jusqu’à la manière de procéder à leur toilette intime…..

Il se trouve que j’ai exhumé, hier soir, par hasard, de ma bibliothèque, un vieil ouvrage consacré aux correspondances du Père Charles de Foucauld.

De Foucauld, avait réussi à conquérir la confiance des musulmans au point de devenir la cible de fanatiques précurseurs de « djihadistes » d’aujourd’hui, qui sentant, déjà, le danger que constituait sa tentative de construire des ponts entre nos deux cultures, ont fini par l’assassiner, – ( ce qui préfigure, depuis le siècle dernier, ce que le siècle présent se condamne à vivre ).

Le Père de Foucauld  nous livre dans cette correspondance, ses convictions intimes.

Dans une lettre adressée à l’écrivain René Bazin de l’Académie française, et parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917, le religieux qui a consacré sa vie de missionnaire à tenter de se faire accepter des musulmans, et « de devenir pour eux l’ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l’affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument« , livre le fond de sa pensée, – prémonitoire – à propos des Musulmans. Je le cite :

« Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l’Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l’esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l’étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses; d’autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu’elle a avec les Français (représentants de l’autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle. »

C’est exactement ce qui s’est passé en Algérie, et ce qui a abouti à sa séparation avec la France. Et un peu plus loin, dans cette correspondance, je le cite :

« Des musulmans peuvent-ils être vraiment Français? Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent; avec certains il y a des accommodements; avec l’un, celui du Mehdi, il n’y en a pas : tout musulman (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi) croit qu’à l’approche du jugement dernier le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l’islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-musulmans.

Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui ou ses descendants; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve; “l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes; s’il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération”, disent-ils. ( Fin de citation ).

Et aux naïfs qui croient encore aujourd’hui que la révolte algérienne fut causée par le fait que trop longtemps les Musulmans se sont vu refuser les attributs de la citoyenneté française, le Père de Foucault répondait déjà, par anticipation, dans une correspondance datant, je le répète, de 1917 : 

Je le cite:

 » ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d’honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles, mais, d’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Mehdi, en lequel ils soumettront la France.

De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d’un peuple étranger qu’on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d’apostasie, un renoncement à la foi du Mehdi… » ( Fin de citation )

Ces propos du Père de Foucauld, qui datent de 1917 font écho au propos plus récents tenus par le Roi du Maroc, Mohamed V, qui répondant à la journaliste Anne Sinclair sur TF1, lui déclarait que jamais les citoyens marocains vivant en France ne seront « intégrés », et qu’il fallait cesser d’entretenir des illusions à cet égard…..

A méditer par tous ceux qui, par naïveté ou par calcul, tentent de nous faire croire que cette « immigration » qui exerce une fascination naïve sur leurs esprits aveuglés et nourrit leur goût pervers pour le déni de réalité et l’exotisme, sera un jour , « une chance pour la France », refusant d’entendre les évidences de propos émanant de gens qui  connaissent, en profondeur, l’Islam et le monde musulman ( le Père de Foucauld en était réellement un ), et pas seulement à travers leurs relations avec « l’épicier sympa » ouvert à toute heure du jour dans les « beaux quartiers »  …..

Pour un renouveau authentique de la vie politique


Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Ci-dessous, mon article paru ce matin dans le Figaro (papier). L’idée n’est vraiment pas de se demander, à l’image de 98% des commentaires médiatiques, si l’actuel président de la République est formidable ou s’il ne l’est pas. Tout ce qui compte, c’est le pays, le bien commun, l’intérêt général, par-delà tel ou tel individu. La véritable question est de savoir ce que recouvre le prodigieux écran de fumée médiatique autour d’une personnalité et du grand spectacle politicien, cette vertigineuse fuite dans la posture, la polémique, l’émotion, l’idolâtrie et sa face cachée, le dénigrement, la haine, le lynchage. Sans doute est-il plus difficile de réfléchir que de s’émerveiller ou de s’indigner. L’extraordinaire enfumage que nous subissons à présent a un sens: s’auto-aveugler sur la réalité d’une nation qui s’effondre lentement (encore que…) mais sûrement, dans l’indifférence, la lâcheté, l’abêtissement. Plus que jamais, sur tous les grands enjeux de l’époque, l’heure est…

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Entre « Mediacratie » et médiocrité.


Médias

Je suis tombé au hasard de mes promenades matinales sur le Web, sur le blog d’une journaliste qui, – le phénomène n’est pas courant – semble avoir quelques difficultés dans ses rapports avec ceux de sa « corporation ».

https://blog.causeur.fr/lavoixdenosmaitres/ce-que-le-media-nous-dit-des-medias-00662.html

Dans un article fort bien tourné, Ingrid Rocrieux qui n’est pas n’importe qui ( elle est agrégée de Lettres et spécialiste en Grammaire et en Rhétorique stylistique ) s’en prend sans ménagement à une profession formatée dans des écoles dont l’enseignement est « orienté », comme il convient, à Gauche, depuis toujours.

Elle leur reproche « leur attitude moralisatrice, leurs partis-pris présentés comme des évidences indiscutables et l’hypocrisie qui leur fait prétendre que leurs opinions politiques n’ont pas d’impact sur leur propos » !!!(  je cite ).

Bien évidemment, je me suis senti concerné par ce propos, dans la mesure où, sur mon blog, je ne me prive pas, moi aussi, de critiquer l’absence de neutralité, bien plus, la partialité, et bien pire chez certains journalistes, le sectarisme intellectuel assumé.

Je me suis senti concerné d’autant plus que ce type de critiques est suffisant, aux yeux de certains, pour que celui qui les émet soit catalogué comme participant à la « redoutable fachosphère », cette « nébuleuse » « dont un récent ouvrage a montré le caractère hétéroclite, tout en mettant en évidence que le seul critère constant commun et identifiable de cette galaxie des fascistes n’était pas un marqueur idéologique clair  mais une opposition systématique aux médias ». ( Je cite ).

fachosphère

Ainsi, donc, pour ceux qui se considèrent comme les interprètes d’une « bien-pensance » assumée, le critère d’appartenance à la fachosphère serait donc le fait de suspecter le discours médiatique dominant. Bien pire: la « fachosphère » régnerait sur les réseaux sociaux et y entretiendrait un climat délétère, alimenté par la diffusion de « fausse nouvelles »…..

En y regardant de plus près, on discerne un certain désarroi dans les rangs des défenseurs de « la pensée progressiste » et de la « liberté d’expression » comme si ces « laboratoires » de contrôle de la pensée, se sentaient désormais incapables de maîtriser la diffusion de la « pensée non conforme »….

Et, bien pire, au lieu de chercher à comprendre pourquoi, dans la Grande-Bretagne du Brexit, dans la France du Front national ou dans l’Italie du mouvement populiste 5 Étoiles, en Allemagne bavaroise, en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Slovenie et en Tchéquie, la gauche a abandonné à son sort les couches de la population qui étaient autrefois sa raison d’être au profit des minorités issues de l’immigration, on préfère, une fois de plus, diaboliser ceux qui pointent leur doigt et leur propos sur les vraies raisons du recul du « Parti du Bien ».

Et, en parlant de « fake-news », ou de présumées interventions russes, – ce qui revient à prendre les citoyens pour des imbéciles -, on évite d’aborder les vrais sujets : ceux qui dérangent…..

La démonstration de cette journaliste était à ce point convaincante que j’ai fini par me convaincre, moi-même, que je devais être quelque part, et sur les bords, un petit peu fasciste.

Du moment que l’on s’accorde sur ce que l’on entend par là, à la limite, cela ne me dérange pas : je ne suis ni le premier, ni le dernier à avoir mérité ( ? ) ce qualificatif qui, dans l’histoire politique de notre pays a été généreusement attribué à bien plus illustre que moi ; de Gaulle fut qualifié de tel par Mitterrand et Chirac a dû longtemps porter ce qualificatif en bandoulière, à une époque où il trouvait que certaines « odeurs »avaient un parfum nauséabond dans des immeubles où la « mixité », et le « multiculturalisme »se traduisaient sur le plan gastronomique par des différences de goût, mais aussi d’odeurs qui pouvaient nuire à la qualité du « vivre ensemble ».

Cela a suffit à Chirac pour être traité de « facho », une étiquette fort dévalorisante, car elle s’accompagne de ses dérivés sémantiques que sont les termes de « raciste »qu’ont rejoint plus récemment, ceux de « populiste »: des mots qui font peur aux petits enfants et qui sont employés dans le but d’effrayer les « bien-pensants »……

Car, qu’on se le dise, les thèses de Chirac, à l’époque de ses « dérapages », n’étaient autres que celles du RPR, le parti dominant du Gaullisme pur et dur….. Elles n’aurait rien, ou pas grand chose à envier au Front National d’aujourd’hui, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes actuels.

Jacques Chirac, président du RPR lorsque lui-même était secrétaire général du parti tenait ce discours qui soulèverait l’indignation des « belles âmes » d’aujourd’hui:

«Le problème, c’est que depuis plusieurs années et notamment depuis 1981, de très nombreux immigrés sont arrivés en France. Compte tenu de la situation économique, il y en a trop. Il faut donc que leur nombre diminue» . «Cela veut dire qu’il ne faut plus accepter d’immigration nouvelle et réprimer de manière sévère les clandestins, il faut appliquer avec rigueur les lois de la République, expulser systématiquement ceux qui sont en situation irrégulière et sans doute promouvoir une politique d’encouragement au retour».(entretien de Jacques Chirac dans Libération, 30 octobre 1984) 

Scandaleux, non ??? Même Marine LePen n’oserait pas, aujourd’hui !!!

Poursuivant ma visite de ce blog de plus en plus intéressant, je finis par comprendre qu’en réalité, la cible d’Ingrid Robrieux n’est autre que le nouveau « Média » que vient de lancer « La France Insoumise ».

« Le Média » de Mélenchon annonce « sa couleur », – sans jeu de mots -, et s’affiche comme « engagé ». Mais « ses concepteurs n’hésitent pas à dénoncer l’hypocrisie du mythe de la neutralité journalistique », selon les termes mêmes d’Ingrid Rocrieux.

« Le Média » se présente en outre, comme « vraiment progressiste », ce qui inciterait à déduire que les autres médias, contrairement à ce qu’il est d’usage d’affirmer, ne le sont pas réellement. Tout est relatif….

 « Le Média » dénonce l’hypocrisie des journalistes qui se disent de gauche (et que l’on dit tels), alors qu’ils sont totalement acquis à la logique de l’ultralibéralisme, ce qui a un impact jusque dans les choix éditoriaux (ne pas déplaire à l’actionnaire, etc)« . ( Je cite ).

Tout cela ne permettra pas de masquer ce qui apparaîtra dès la première lecture, à savoir que « Le Média » n’est rien d’autre qu’un organe de propagande de plus.

Car on ne voit pas ce qui le différenciera de ce que l’on lit, ce que l’on entend ou ce que l’on voit dans les médias dits « institutionnels ».

Je ne prendrai qu’un seul exemple, ô combien symbolique :

Le traitement de l’information qui tourne en boucle depuis l’élection de Wauquiez à la tête du Parti Républicain, la manière dont lui et ses supporters sont interrogés par certains journalistes, les commentaires, médiocres, tous orientés pour tenter de diaboliser ce nouveau chef d’un Parti qui aspire à devenir le premier parti de l’opposition, comme si l’objectif à atteindre par la « médiacratie » dans l’opinion était de l’installer dans la même suspicion, la même condamnation – avant même qu’il n’ait pu être jugé sur ses actes -, que celle qui poursuit les dirigeants du Front National dont on sait que la permanence est la meilleure assurance vie des Partis dits « progressistes »…..

La hargne médiatique a été telle que l’on peut considérer que«Wauquiez doit sa victoire à la hargne qu’il a subie».

Car, après tout, Wauquiez ne fait que se proclamer « d’une Droite sans complexe », ce en quoi il n’est pas le premier….

Mais on sait, hélas,  ce qu’il est advenu de ceux qui l’ont précédé !!!

« L’Art de perdre »….en restant digne.


L'Art de perdre

Comme toujours, lorsque je referme un livre qui a réveillé en moi, des souvenirs plus ou moins douloureux, ou des sentiments complexes, je m’accorde un certain temps,- le temps du recul -, avant de livrer mes impressions et de tenter de faire partager mon jugement.

C’est le cas, alors que j’ai refermé, il y a quelques jours l’excellent livre d’Alice Zender, qu’elle a intitulé « L’Art de perdre ». Ce livre a obtenu une récompense méritée avec le Prix Goncourt des Lycéens. ( Quelques négligences dans l’écriture lui ont probablement couté l’attribution du Prix Goncourt des écrivains….)

 Il m’aura fallu quelques jours, en effet, pour mettre de l’ordre dans les impressions que ce livre m’aura inspirées, tant il évoque pour moi, des souvenirs restés présents dans ma mémoire et que je porterai en moi jusqu’à mon dernier jour.

La Kabylie si souvent parcourue dans ma jeunesse, avec mon père, et son peuple si attachant, les harkis que j’ai côtoyés, courageux et fidèles, dont le destin tragique continue à me hanter( 1 ).

Ce livre commence comme un conte pour enfants, ont écrit certains critiques. Dans les années 1930, Ali et ses frères, petits paysans d’un village de Kabylie, se baignent dans l’oued lorsqu’ils aperçoivent un objet volumineux et lourd qui dévale dans les flots. Les trois garçons remontent l’objet sur la rive: il s’agit, miraculeusement, d’un pressoir à olives. Cette découverte inattendue va faire leur fortune, car elle permettra à Ali de transformer les olives des plantations familiales, en huile, et fera de lui, à l’échelle de son village Kabyle, un petit industriel et un notable.

Devenu prospère, Ali se marie. De cette union, naitront plusieurs enfants dont Hamid. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Ali s’engage dans l’armée française. Il en revient , couvert de médailles, comme beaucoup de ses semblables qui ont combattu pour la France et ont connu l’horreur des combats, notamment lors de la « bataille d’Italie ».

A son retour, il retrouve sa vie familiale, son statut de paterfamilias, et ses champs d’oliviers. Mais le temps du bonheur et de l’opulence est de courte durée. Les premiers troubles de ce qui va devenir la guerre d’Algérie agitent le village : les partisans de l’Indépendance algérienne ne pardonnent pas à Ali et à ceux qui ont combattu dans l’armée française leur fidélité à la France. Pour eux, ce sont des traîtres.

A cet endroit, je tiens à faire une remarque personnelle à l’intention de ceux qui, en tant que critiques, ont commenté ce livre dans différents médias : Ali est présenté dans presque tous les commentaires, comme un Harki, ce qu’il n’a jamais été, car à aucun moment du récit, l’auteur n’évoque sa participation à une harka ni à des combats. Rien, dans ce récit, ne donne à penser qu’ Ali ait pris les armes pour combattre ceux que l’on désignait alors sous le terme de « fellaghas ».

Je tiens à cette précision, car ceux qui suivent mon blog depuis longtemps connaissent mon attachement à la cause de Harkis, si durement et si injustement traités par la France, pour laquelle ils se sont battus.

Ali est, tout simplement, un homme auquel les FLN d’abord, puis la France ensuite ont fait payer chèrement le fait qu’il avait combattu sous notre drapeau pour la libération de la France, ce qui le rendait suspect à l’égard de ceux qui combattaient la présence française et luttaient pour l’indépendance de l’Algérie.

Il y eut, au cours de cette guerre sur laquelle la France a longtemps hésité avant de la nommer, des dizaines de milliers d’Algériens à qui le FLN a fait payer de leur vie, et dans d’atroces souffrances, leur attachement et leur fidélité à la France.

Pour échapper à cet injuste châtiment, Ali devra s’exiler et quitter le petit village kabyle perché au sommet d’une montagne dont le décor ressemble à l’arrière-pays provençal, pour gagner la France, cette terre mythique et inconnue où il trouvera refuge.

Alice Zeniter,  déroule, dans son roman,  la succession d’événements historiques, toujours racontés à travers la « saga » de la famille d’Ali: la montée du FLN, les pressions subies par les populations prises entre deux feux, – celui des « terroristes » et celui de l’Armée française -, la façon dont les Français ont instrumentalisé les harkis, les massacres, les attentats, les accords d’Evian, l’exil, le racisme ordinaire et les humiliations subies par les « Harkis », certes, mais aussi par tous les Maghrébins qui ont servi la France et combattu sous ses couleurs, même si, comme c’est le cas pour Ali, ils se sont contentés de lui rester fidèles sans pour autant s’engager dans une « Harka »et prendre les armes contre les « fellaghas ».

Le traitement infligé à ces fidèles de la France est choquant lorsque l’on sait que d’anciens tueurs du FLN ont, après 1962, trouvé un refuge confortable en France, le pays qu’ils ont combattu , pour bénéficier de sa protection, et pas seulement…..

Celui qui, jusqu’au déclenchement de la Guerre atroce que connaîtra l’Algérie pendant près de huit ans, était devenu un notable dans son village, et une sorte de patriarche dans sa famille, devra donc s’exiler en France, afin échapper aux égorgements et autres supplices aux quels ceux qui sont restés auront succombé.

Ali et les siens deviendront, dans un pays qu’ils ne connaissent pas, et qui ne les reconnaîtra et ne les remerciera jamais pour leur fidélité,  des « moins que rien » une fois arrivés de l’autre côté de la Méditerranée, des invisibles parqués dans des camps de fortune. «On ne leur a pas ouvert les portes de la France, juste les clôtures d’un camp», écrit Zeniter. J’ajouterai d’un camp entouré de barbelés…..

Il tentera, pendant ce terrible « purgatoire », de rester, avec dignité, le patriarche qu’il fut pour sa famille, dans son village kabyle.

En décrivant ainsi les années de misère de ces familles livrées au dépaysement dans une société dont ils ne comprennent pas les règles , traités avec mépris par les nouveaux maîtres de l’Algérie qui les considèrent comme des traîtres, et voués à l’ingratitude et à l’indifférence d’une certaine France, Alice Zender nous montre comment cette malédiction se transmet de génération en génération, à travers une histoire parcellaire dont hérite Naïma, la narratrice, fille de Hamid et petite-fille d’Ali.

En retournant en Algérie, la jeune femme va tenter de recomposer son passé et avec l’aide de ceux qui ont connu son Grand-Père, de reconstituer son identité.

Alice Zeniter déploie son récit avec, selon moi, une maîtrise narrative incontestable, transformant l’Histoire de la Guerre d’Algérie en une saga familiale dont les acteurs deviennent peu à peu familiers et attachants pour le lecteur.

Pour avoir vécu cette sombre période, pour avoir combattu aux côtés de Harkis, pour m’être interrogé tout au long de ma vie sur le sort qui leur a été réservé après que j’aie été « libéré de mes obligations militaires », ce livre m’a profondément bouleversé.

Et pourtant, il ne traite que d’un des volets de cette guerre dont la trace subsiste chez plusieurs générations d’Algériens, et qui a marqué une génération de jeunes Français « du contingent » confrontés, – à l’âge de vingt ans, ne l’oublions jamais – à des atrocités qu’ils portent en eux, et qui est recouverte dans notre pays par un silence gêné des autorités cherchant à faire oublier leurs crimes et leurs lâchetés….

Car la guerre d’Algérie reste un morceau d’histoire tabou, un séisme dont les répliques se font encore sentir aujourd’hui.

Mettre des mots sur ce que l’on a trop longtemps qualifié «d’événements» («Cette guerre avance à couvert sous les euphémismes», écrit encore Alice Zeniter), évoquer le destin des harkis relégués à des notes de bas de page dans les manuels d’Histoire est un exercice difficile. 

Il faut rendre hommage au talent et au courage d’Alice Zender de s’être attaqué à un sujet douloureux de part et d’autres des acteurs de ce drame, sur lequel la parole doit être laissée, désormais, aux jeunes auteurs qui n’ayant pas vécu ces moments tragiques de notre Histoire, peuvent enfin, sans passion,  dans des œuvres romanesques, traiter d’un sujet sur lequel peu d’Historiens authentiques ont eu le courage de s’exprimer jusqu’ici, laissant le champ libre à ceux qui, aveuglés par leur sectarisme ont instrumentalisé cette guerre, dont quelques uns – tel les trotskystes Benjamin Stora, ou Edwy Plenel – ont fait leur « fonds de commerce »….

( 1 ) –  https://berdepas.com/2017/09/16/abdallah/

Vers un « césarisme bourgeois »….


César

Durant la Révolution française puis sous le Directoire, le Consulat puis les premier et second Empires, apparaissent en France des régimes qualifiés de « césarisme démocratique » pour désigner des gouvernements qui concentrent les pouvoirs au bénéfice de l’exécutif tout en feignant de s’appuyer sur le peuple, quand ça les arrange.

Ainsi, nous vivons un curieux instant de la vie politique de la France : nous assistons, au moins en apparence, à la juxtaposition d’un pouvoir personnalisé et centralisé avec un régime parlementaire, synonyme de pluralisme et inclinant ( théoriquement ) vers la limitation de l’exécutif.

Et pourtant, sommes-nous  en train d’assister à la naissance d’une nouvelle manière de concevoir la Démocratie, ou à l’émergence d’une nouvelle forme de « césarisme soft » ????

J’emprunte l’expression de « césaro-centrisme » à Jacques Julliard, philosophe et éditorialiste d’une Gauche encore capable de réfléchir, à l’extrait d’un de ses articles publiés dans le Figaro Vox ( Je cite ): » D’où l’expression de césarocentrisme que je propose pour désigner le système macronien, forgée sur le modèle du «césaropapisme», régime où le pouvoir temporel prétend exercer un droit de contrôle sur le pouvoir spirituel de l’Église (Byzance, le Saint Empire romain germanique) !!!

http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/12/03/31001-20171203ARTFIG00130-jacques-julliard-macronvers-le-cesarocentrisme.php

Ce « césarisme » semble vouloir appuyer sa légitimité, non pas sur la majorité des citoyens, ce qui est la base de la Démocratie, mais sur les « minorités » qui sont passées du statut de « groupuscules protégés » à celui de « groupuscules dominants » dans l’opinion, grâce aux relais médiatiques dont ils disposent.

Qui ne voit, en effet que l’opinion populaire , celle de ce que l’on désigne sous le vocable de « la France profonde » est désormais enfermée dans le tiroir catégoriel d’un « populisme » qui n’a plus droit à la parole.

Ceux qui prétendent s’exprimer au nom de cette  » France des oubliés », sont immédiatement classés dans la catégorie des « extrémistes identitaires », ringardisés,  condamnés au silence afin de ne pas couvrir la voix des « bobos » devenus les porte-voix de toutes les minorités chères au « Think-tank » Terra Nova, inspirateur de la Gauche socialiste.( 1 )

Minorités sexuelles, ethniques, religieuses, sexistes, conjuguent leurs efforts pour clouer le bec de ceux qui sont devenus les « vrais indigènes de la République », c’est-à-dire, les « Français de souche »considérés avec mépris comme les héritiers de tous les crimes de notre Histoire: esclavagisme, colonialisme, racisme, sexisme, et intolérance aux « nouveaux genres » qui sous le vocable de LGBT, sortent de l’ombre, toisent et provoquent le citoyen ordinaire de couleur blanche, hétérosexuel et attaché à ses valeurs « traditionnelles », rangées au tiroir des antiquités perverses….

Je ne suis pas le seul à le penser: comme le montrent les articles cités ci-après, nous sommes entrés, en douceur et en rasant les murs, dans l’ère d’un « totalitarisme mou », teinté de snobisme bourgeois, dont notre société donne de plus en plus de signes avant-coureurs.

Cette évolution est favorisée par un climat entretenu, où le culte quasi puéril, chez certains, de la personnalité du « Guide », l’abaissement du niveau dans tous les domaines de la culture, l’analphabétisme reconnu des candidats à l’Université ne sont que les symptômes d’un déclin perceptible par tous, sauf par ceux qui en tirent le meilleur parti….

En même temps la conséquence visible du recul de l’enseignement des « humanités », – ce qui est singulier à une époque où il est de bon ton de se piquer « d’humanisme »- , l’abrutissement de générations entières par des jeux vidéo violents et des émissions de télévision débiles, l’illettrisme et l’incapacité chez beaucoup de jeunes d’exprimer une pensée cohérente, une aptitude à la mémorisation ( 2 ) ravagées chez ceux qui sont accrocs au cannabis quand ce ne sont pas à des drogues plus « dures », tout cela favorise le formatage de la pensée collective.

Ce climat est encouragé par le bavardage creux des médias, destiné à empêcher le citoyen de réfléchir, par l’élévation de la sexualité au rang des obsessions collectives avec ses dérives pornographiques, et surtout le bannissement de tout discours de nature à élever le « sens moral » des individus.

A cela s’ajoute le traitement par la dérision de tout ce qui ne va pas dans le sens d’un « pseudo-progressisme » et de tout ce qui s’écarte d’un discours « politiquement correct ».

Nous voilà sous la férule de la « tyrannie douce » tatillonne et bien-pensante prophétisée par Tocqueville, où les blagues les plus innocentes attirent la foudre sur ceux qui osent, même avec humour, s’écarter des chemins du « politiquement correct »….

Dans un article du Figaro, Gaspard Koenig, s’inquiétant des rumeurs concernant la volonté des Pouvoirs Publics de « contrôler » les réseaux sociaux, dénonce les formes variées que peut prendre « la Police du langage » chargée de réprimer touts dérive sémantique, et tout écart de la pensée de ceux qui n’ont pas encore compris qu’ils devaient allégeance à cette forme douce de tyrannie:

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/12/08/31003-20171208ARTFIG00049-gaspard-koenig-la-liberte-d-expression-n-est-pas-faite-pour-tenir-des-propos-courtois-et-raisonnables.php

Tout comme Franz-Olivier Giesbert qui, dans « Le Point », s’inquiète de voir se multiplier les interdits de traiter certains sujets, dès lors qu’ils sont abordés avec humour. « L’hystérie de tous les pseudo-comités de vigilance qui crient au racisme dès qu’il s’agit de l’Afrique ou du Maghreb » est telle que l’on se demande si, aujourd’hui des Coluche ou des Desproges pourraient avoir encore le droit de nous faire rire :

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/franz-olivier-giesbert/fog-defense-de-rire-09-12-2017-2178387_70.php

Comme nous l’enseigne la Philosophe Hannah Arendt : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ». Or, la pensée d’Hannah Arendt nous permet de réfléchir sur notre époque:  elle prend une acuité exceptionnelle sur certains thèmes : les notions de Démocratie, la notion de frontières, celle des contours de l’Europe, les questions que soulèvent la fragilité de nos identités, face à une immigration mal maîtrisée….

Le vide de la pensée chez la plupart de nos dirigeants, obsédés par l’épanouissement de leurs egos, ce vide, sidéral, prépare le terrain pour le glissement d’une société de « bisounours », dont chacun peut contempler autour de soi, ceux qui s’admirent et diffusent les « selfies »de leur propre image avec une auto-satisfaction puérile, signe d’une société immature.

Vivons-nous dans une société qui se laisse mener en douceur, sous la conduite d’un totalitarisme « soft »vers un monde dont les héros ne sont plus ceux qui risquent leur vie pour la défense d’un idéal patriotique, car ceux ci sont remplacés par des mythes qui leur sont imposés à grand renfort médiatique ???

Quelques exemples pris dans l’actualité récente pourrait le laisser penser…..

( 1 ) – En mai 2011, le think tank progressiste Terra Nova, publiait une note intitulée: «Gauche, quelle majorité électorale pour 2012?» dans laquelle elle présentait la base sociologique sur laquelle la gauche devait selon elle s’appuyer pour être majoritaire, celle des minorités. Les auteurs écrivaient ceci: «Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes: elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. C’est tout particulièrement vrai pour les diplômés, les jeunes, les minorités. Elle s’oppose à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement, qui considère que «la France est de moins en moins la France», «c’était mieux avant, un électorat inquiet de l’avenir, plus pessimiste, plus fermé, plus défensif».

( 2 ) – « A l’âge de 10 ans, un écolier français a plus de mal à lire que ses homologues européens. Déjà derniers (22e) dans l’Union européenne en mathématiques et avant-derniers en sciences dans l’enquête internationale Timss (Trends in Mathematics and Science Study ) publiée l’an dernier , les écoliers français, en l’occurrence les collégiens de CM 1, partagent le bonnet d’âne européen pour la lecture avec les belges francophones, et la 34e position sur 50 pays dans le monde dans le classement Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisé tous les cinq ans et publié ce 5 décembre. 319 000 élèves de 9 à 10 ans, 310 000 parents, 16 000 professeurs et 12 000 écoles de 50 pays ont participé à ce programme mené au cours de l’année 2016 par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IAE), qui dépend du Boston College. Les champions internationaux sont la Russie et Singapour. Malgré dix heures d’enseignement hebdomadaire du français du CP au CE 2 et huit heures par semaine en CM 1, les collégiens testés au printemps 2016 comprenaient mal ou pas du tout le texte qu’ils lisaient. Seuls 4% des CM1 ont été jugés aptes  «à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société ». Depuis 2001, année de lancement du programme,  les résultats de la France n’ont cessé de décliner, avec 14 points perdus. « 

Jean-Jacques Rousseau et le « totalitarisme snob »….


Jean-Jacques_Rousseau

L’irruption soudaine de Macron sur la scène politique, son affirmation d’une volonté de pouvoir d’inspiration « jupitérienne », m’a incité à revenir à la lecture des œuvres de J-J Rousseau. Ce penseur qui fut, à mes yeux, l’un des grands inspirateurs du mouvement révolutionnaire, est, si on le lit attentivement, un auteur aux idées corrosives véhiculées sous une fausse naïveté, dans des œuvres au caractère « bucolique »dont la postérité ne semble avoir retenu que les pages « qui font rêver »….

Une lecture attentive du « Contrat Social », de « La Nouvelle Héloïse », des « Rêveries du Promeneur solitaire »  – ou même de « l’Émile » qui donne à l’éducateur un pouvoir immense sur la construction intellectuelle de son élève – , ne tarde pas à révéler l’idée qui traverse toute l’œuvre de Rousseau, à savoir que « l’Homme est bon, naturellement bon, mais que c’est la Société qui le corrompt », idée qui est à la racine de toute inspiration révolutionnaire et du désir permanent des « socialistes » de réformer la « société » pour la rendre conforma à leur conception de « l’Homme nouveau »….

J’ai évoqué dans un billet déjà ancien, les difficultés auxquelles j’ai été confronté, jeune lycéen, pour avoir dans une dissertation traitant du classique sujet littéraire auquel des générations d’élèves ont été confrontées : la comparaison entre l’oeuvre de Voltaire et celle de Rousseau est une source inépuisable de controverses auxquelles je n’ai pas échappé, au Lycée, en classe de Littérature.

https://berdepas.com/2009/03/18/voltairien-je-suis/

Encore bien jeune, et à cette époque, éloigné de toute conviction politique, j’avais commis, aux yeux d’un excellent professeur de littérature, qui ne cachait pas, lui, son engagement au Parti Communiste et ses idées marxisantes, – ( c’était l’époque où les Communistes régnaient sans partage sur la vie intellectuelle du pays ) – l’invraisemblable erreur de suspecter Rousseau de véhiculer des idées de nature à inspirer une forme « d’autoritarisme populaire » qui sera désigné plus tard sous le vocable de « totalitarisme ».

La place que Rousseau donne aux antagonismes sociaux créés par la division des tâches dans le monde moderne, et, selon lui, par la propriété privée, en fait également un précurseur du marxisme. Pourtant, Marx ne cite que très peu Rousseau. Quand il se réfère à la partie du chapitre 7 du livre II du Contrat social, c’est de façon négative pour noter que c’est « un excellent tableau de l’abstraction bourgeoise ».

En fait, Karl Marx reproche à Rousseau de ne pas assez valoriser l’antagonisme des rapports sociaux.

Pour éviter que le choc de nos libertés ne nous place à chaque instant sous la menace d’autrui, Marx considère que la  fatalité irréversible des antagonismes sociaux nous contraint à  apprendre à « vivre ensemble »et à « accepter l’autre comme nous-mêmes ». Rousseau propose, lui, une autre définition du contrat social: il faut que chacun d’entre nous reconnaisse la décision publique comme sa propre décision. Ainsi, en obéissant à la loi commune, nous n’obéirons qu’à nous-mêmes, et nous pourrons continuer de nous trouver aussi libres qu’avant !!!

Nous nous interdisons ainsi de contester, et encore plus de combattre, toute décision collective ce qui, en soi, est un renoncement à nos libertés individuelles …

Par là, Rousseau se montre, bien sûr, tel un précurseur de la Révolution française, dont il est, à n’en pas douter, l’un des plus grands inspirateurs.

En découle, selon moi,  le fait que cette conception de la Société asservit l’Homme. Une fois qu’il s’est fondu dans le tout, il n’existe plus en tant que personne. Le tout, c’est à dire le Parti ou l’État quand celui ci est « confisqué » par un Parti unique,, peut tout sur l’individu, qui lui a délégué ses pouvoirs. Toute désobéissance au Parti ou à la loi, est punie de mort civile quand ça n’est pas de mort tout court dans les pires régimes totalitaires. C’est la fin du « libre arbitre »cher à toute conception libérale de la société.

Ainsi, la voie est ouverte aux Saint-Just, aux Robespierre, et à tous les idéologues révolutionnaires qui leur ont succédé dans d’utopiques et sanglantes entreprises .

C’est par ce chemin que l’on peut, sans voir venir le danger, glisser soudain de la conception « jupitérienne » du pouvoir « macronique », qui tend à ressembler à un nouveau totalitarisme « soft », d’inspiration bourgeoise, un tantinet élitiste et snobinard, vers la conception « mélenchonienne »du pouvoir, d’inspiration rousseauiste, foncièrement « populiste », qui se rapproche de la « dictature du prolétariat » chère aux marxistes et dont Rousseau fut, sans aucun doute, l’un des inspirateurs naïfs et « généreux »….

La « Grande Aventure », quoi !!!

C’est pourquoi je continue à croire qu’une une société a besoin de structures qui rassurent par leur stabilité : famille, commune, région ou nation pour assurer sa survie. De même que toute société a besoin de repères identitaires solides pour assurer sa stabilité et maintenir sa cohésion.

Dans un monde devenu incertain, où pèsent de lourdes menaces, l’homme européen se sent vulnérable face à des dangers que ni Rousseau, ni Marx n’ont imaginés: les menaces climatiques, la perspectives de grandes migrations dont nul ne sait comment elles pourront être maîtrisées, la montée des risques de conflits armés qui se multiplient, le sentiment d’inquiétude, qui fait douter de la capacité de nos dirigeants à les maîtriser, tout cela n’incite pas à faire confiance , à terme, à ceux qui se bercent de l’idée salvatrice d’une fuite en avant au nom de ce qu’ils croient être « le nouveau monde », à la recherche désespérée de « l’Homme nouveau ».

Refusant de savoir d’où ils viennent, ils partent à la recherche d’un monde dont ils ignorent s’il peut encore laisser une petite place aux « bisounours »….

Sous Mitterrand circulait une blague qui le comparaît à Christophe Colomb qui lorsqu’il s’est embarqué pour les Amériques, ne savait pas où il allait. Lorsqu’il est arrivé, il ne savait pas où il était, pas plus qu’il ne savait quand ni comment il reviendrait. Mais tout cela n’avait pas d’importance, puisque le voyage ne lui avait personnellement rien coûté !!!

J’ai refermé, ce soir, ma vieille édition du « Contrat Social », avant d’aller me coucher, convaincu, une fois encore, que seul un libéralisme équilibré, respectant à la fois le besoin de Justice et la nécessaire défense des structures sociales héritées d’un long passé et qui seules ont su résister aux épreuves, peut permettre de calmer les angoisses justifiées de ceux qui doutent.

Le Conservatisme a encore un bel avenir face à un monde troublé et qui doute de son avenir.